{"id":1323,"date":"2024-10-27T14:11:27","date_gmt":"2024-10-27T11:11:27","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=1323"},"modified":"2025-11-20T20:07:15","modified_gmt":"2025-11-20T17:07:15","slug":"trois-citoyens-americains-deviennent-laureats-du-prix-nobel-deconomie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/10\/27\/trois-citoyens-americains-deviennent-laureats-du-prix-nobel-deconomie\/","title":{"rendered":"Trois citoyens am\u00e9ricains deviennent laur\u00e9ats du prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\">Les laur\u00e9ats ont \u00e9tudi\u00e9 les diff\u00e9rents syst\u00e8mes politiques et \u00e9conomiques introduits par les colonisateurs europ\u00e9ens. Comme l\u2019a not\u00e9 le comit\u00e9, Acemoglu, Johnson et Robinson \u00abnous ont aid\u00e9s \u00e0 comprendre les diff\u00e9rences de richesse entre les pays\u00bb. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;importance des institutions publiques pour la prosp\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un pays et ont \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 des outils th\u00e9oriques permettant d&rsquo;expliquer pourquoi les diff\u00e9rences au sein des institutions persistent et comment les institutions peuvent changer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les laur\u00e9ats 2024 du prix Alfred Nobel d\u2019\u00e9conomie sont Daron Acemoglu, Simon Johnson et James A. Robinson, bas\u00e9s aux \u00c9tats-Unis.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0L&rsquo;Acad\u00e9mie royale des sciences de Su\u00e8de a d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;attribuer le prix Riksbank 2024 en sciences \u00e9conomiques \u00e0 la m\u00e9moire d&rsquo;Alfred Nobel \u00e0 Daron Acemoglu, Simon Johnson et James A. Robinson \u00ab\u00a0pour leurs recherches sur la mani\u00e8re dont les institutions fa\u00e7onnent et influencent la prosp\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 le prix Nobel.\u00bb a d\u00e9clar\u00e9 dans un communiqu\u00e9 le comit\u00e9 sur le r\u00e9seau social X.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Acemoglu est professeur au Massachusetts Institute of Technology, n\u00e9 \u00e0 Istanbul en 1967. Johnson est professeur au m\u00eame institut o\u00f9 il a obtenu son doctorat en 1989. N\u00e9 en 1963 \u00e0 Sheffield, Royaume-Uni. Robinson est professeur \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Chicago, n\u00e9 en 1960.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abR\u00e9duire l\u2019\u00e9norme \u00e9cart de revenus entre les pays est l\u2019un des plus grands d\u00e9fis de notre \u00e9poque. Les laur\u00e9ats ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;importance des institutions publiques dans la r\u00e9alisation de cet objectif\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Jakob Svensson, pr\u00e9sident du comit\u00e9 du prix des sciences \u00e9conomiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La Banque d&rsquo;\u00c9tat su\u00e9doise a cr\u00e9\u00e9 le Prix d&rsquo;\u00e9conomie en 1968, l&rsquo;ann\u00e9e de son 300e anniversaire. Depuis lors, la banque verse chaque ann\u00e9e \u00e0 la Fondation Nobel un montant \u00e9gal au prix Nobel. Selon une tradition bien \u00e9tablie, l&rsquo;annonce des laur\u00e9ats dans le domaine de l&rsquo;\u00e9conomie cl\u00f4t la semaine Nobel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2833\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/ekonom271024.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/ekonom271024.jpg 1024w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/ekonom271024-300x169.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/ekonom271024-768x432.jpg 768w\" alt=\"\" width=\"1024\" height=\"576\" \/><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le prix des sciences \u00e9conomiques est le premier et jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent le seul ajout \u00e0 la liste Nobel. Initialement, selon la volont\u00e9 de l&rsquo;inventeur et industriel su\u00e9dois Alfred Nobel, le prix \u00e9tait d\u00e9cern\u00e9 pour des d\u00e9couvertes dans les domaines de la physique, de la chimie, de la physiologie ou de la m\u00e9decine, de la litt\u00e9rature, ainsi que pour des activit\u00e9s visant \u00e0 renforcer la paix.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les recherches des laur\u00e9ats ont fa\u00e7onn\u00e9 une nouvelle approche de l&rsquo;\u00e9conomie institutionnelle, fournissant pour la premi\u00e8re fois une r\u00e9ponse quantitative, c&rsquo;est-\u00e0-dire math\u00e9matiquement fond\u00e9e, \u00e0 la question de savoir pourquoi certains pays sont riches et d&rsquo;autres sont pauvres. Les traducteurs vers le russe ont intitul\u00e9 le livre d&rsquo;Acemoglu et Robinson Why Nations Fail &#8211; \u00ab\u00a0Pourquoi certains pays sont riches et d&rsquo;autres sont pauvres\u00a0\u00bb. Il est bas\u00e9 sur les recherches des auteurs, en grande partie avec Simon Johnson, et est devenu un best-seller mondial. Sa version ant\u00e9rieure et plus acad\u00e9mique, devenue un best-seller scientifique, est le livre \u00abLes origines \u00e9conomiques de la dictature et de la d\u00e9mocratie\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les institutions sont les \u00abr\u00e8gles du jeu\u00bb dans la soci\u00e9t\u00e9, qui guident les individus dans leurs interactions les uns avec les autres dans diff\u00e9rentes sph\u00e8res \u2013 politique, \u00e9conomique, sociale et autres \u2013 et qui d\u00e9terminent ainsi les opportunit\u00e9s et les incitations. Dans leurs \u00e9tudes, Acemoglu, Johnson et Robinson ont montr\u00e9 que la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique, ou son absence, d\u00e9pend des institutions politiques. Avant cela, les \u00e9conomistes, lorsqu\u2019ils construisaient des mod\u00e8les de croissance, ne pensaient pratiquement pas selon de telles cat\u00e9gories : les facteurs de production \u2013 le capital physique et humain \u2013 \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme des sources de croissance \u00e9conomique. Et l\u2019\u00e9tude de la structure sociale \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme l\u2019\u0153uvre des politologues et des sociologues.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">M\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;est pas possible de prouver que le travail des laur\u00e9ats a influenc\u00e9 la politique r\u00e9elle, cela sugg\u00e8re qu&rsquo;une strat\u00e9gie mettant l&rsquo;accent sur la d\u00e9mocratie et les institutions inclusives est bien align\u00e9e sur les objectifs de lutte contre la pauvret\u00e9 et de promotion du d\u00e9veloppement \u00e9conomique, a d\u00e9clar\u00e9 le Comit\u00e9 Nobel. Le Rapport sur le d\u00e9veloppement mondial 2017 de la Banque mondiale pr\u00e9sente un programme de d\u00e9veloppement institutionnel centr\u00e9 sur les id\u00e9es des laur\u00e9ats du prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie &#8211; 2024. Et les objectifs de d\u00e9veloppement durable de l&rsquo;ONU pour 2030 incluent \u00abla construction de soci\u00e9t\u00e9s inclusives\u00bb avec l&rsquo;\u00e9tat de droit et un acc\u00e8s \u00e9gal \u00e0 la justice. et \u00abb\u00e2tir des institutions efficaces, responsables et inclusives\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les trois laur\u00e9ats font partie des 5% des \u00e9conomistes les plus cit\u00e9s, Acemoglu se classe \u00e9galement au premier rang des 10% des auteurs les plus cit\u00e9s au cours des 10 derni\u00e8res ann\u00e9es (en septembre 2024).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Acemoglu, n\u00e9 en 1967 \u00e0 Istanbul et ayant grandi en Turquie, a des racines arm\u00e9niennes. Son p\u00e8re \u00e9tait avocat et professeur \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 d&rsquo;Istanbul, et sa m\u00e8re \u00e9tait directrice et enseignante dans un lyc\u00e9e arm\u00e9nien d&rsquo;Istanbul. Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9cole, Acemoglu est all\u00e9 \u00e9tudier au Royaume-Uni et a obtenu une licence en \u00e9conomie de l&rsquo;Universit\u00e9 de York en 1989, puis une ma\u00eetrise en \u00e9conomie math\u00e9matique et \u00e9conom\u00e9trie et un doctorat en \u00e9conomie de la London School of Economics (LSE). Depuis 1993, il a enseign\u00e9 d&rsquo;abord \u00e0 la LSE puis au MIT, o\u00f9 il demeure toujours ; a obtenu la citoyennet\u00e9 am\u00e9ricaine. En 2005, il a re\u00e7u la m\u00e9daille John Bates Clark, d\u00e9cern\u00e9e par l&rsquo;American Economic Association pour les r\u00e9alisations exceptionnelles d&rsquo;\u00e9conomistes de moins de 40 ans. L&rsquo;\u00e9pouse d&rsquo;Acemoglu, Asuman Ozdaglar, est professeur de g\u00e9nie \u00e9lectrique au MIT et l&rsquo;un de ses co-auteurs. Avec elle, il a par exemple \u00e9crit un article r\u00e9cemment publi\u00e9 sur le NBER sur la mani\u00e8re dont les r\u00e9seaux sociaux peuvent r\u00e9duire le bien-\u00eatre des utilisateurs lorsqu&rsquo;ils sont mon\u00e9tis\u00e9s par la publicit\u00e9 plut\u00f4t que par les abonnements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Robinson est n\u00e9 en 1960 au Royaume-Uni, a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 la LSE et \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Warwick et a obtenu son doctorat \u00e0 Yale. Il a enseign\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Melbourne, \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie du Sud, \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Californie \u00e0 Berkeley et \u00e0 Harvard. Robinson s&rsquo;int\u00e9resse particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;Afrique subsaharienne et \u00e0 l&rsquo;Am\u00e9rique latine et est chercheur \u00e0 l&rsquo;Institut d&rsquo;\u00e9tudes africaines de l&rsquo;Universit\u00e9 du Nig\u00e9ria \u00e0 Nsukka. De 1994 \u00e0 2022, il a enseign\u00e9 l&rsquo;\u00e9cole d&rsquo;\u00e9t\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 des Andes \u00e0 Bogot\u00e1, menant des travaux de terrain et collectant des donn\u00e9es en Bolivie, en Colombie, en Ha\u00efti, en R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo, au Nigeria, en Sierra Leone, en Afrique du Sud et au Zimbabwe. En 2013, il a \u00e9t\u00e9 inclus dans le classement des meilleurs penseurs du monde par le magazine Prospect.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Johnson est n\u00e9 en 1963 en Grande-Bretagne. Il a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Manchester et d&rsquo;Oxford et a obtenu un doctorat en \u00e9conomie du MIT. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9conomiste en chef du FMI en 2007-2008, membre du groupe de conseillers \u00e9conomiques du Congressional Budget Office, membre du comit\u00e9 consultatif sur la r\u00e9solution syst\u00e9mique de la Federal Deposit Insurance Corporation et membre du comit\u00e9 consultatif sur la recherche financi\u00e8re. du Bureau de recherche financi\u00e8re du Tr\u00e9sor am\u00e9ricain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pourquoi certains pays sont riches et continuent de s&rsquo;enrichir, tandis que d&rsquo;autres sont pauvres et ne peuvent pas am\u00e9liorer de mani\u00e8re significative leur situation &#8211; cette question a longtemps intrigu\u00e9 de nombreux chercheurs. \u00abSi un pays est 50% plus riche qu&rsquo;un autre, on pourrait se dire: eh bien, c&rsquo;est peut-\u00eatre naturel. Ils ont des ressources ou d&rsquo;autres avantages. Mais il n\u2019y a rien de naturel dans des diff\u00e9rences de revenu par habitant de 30, 40 ou 50 fois dans un monde globalis\u00e9 et interconnect\u00e9\u00bb, explique Acemoglu pour expliquer pourquoi il s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 \u00e0 ce sujet dans les ann\u00e9es 1990. Les scientifiques ont pris en compte diverses raisons : situation g\u00e9ographique, conditions climatiques, diff\u00e9rences culturelles.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais, par exemple, la ville de Nogales: elle est divis\u00e9e par un mur entre deux pays: sa partie nord se trouve aux \u00c9tats-Unis et sa partie sud au Mexique. Les revenus des \u00abnordistes\u00bb sont trois fois plus \u00e9lev\u00e9s que ceux du \u00absud\u00bb, ils ont une esp\u00e9rance de vie plus longue, la plupart des adolescents vont \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole et les adultes n&rsquo;ont pas peur des vols et de l&rsquo;expropriation de leur entreprise. Les \u00absudistes\u00bb ont moins de chance: bien qu\u2019ils vivent dans une r\u00e9gion prosp\u00e8re du Mexique, ils sont trois fois plus pauvres que leurs voisins du nord, la plupart des adultes n\u2019ont pas de dipl\u00f4me scolaire et la plupart des adolescents ne vont pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole, le taux de criminalit\u00e9 est \u00e9lev\u00e9, et il n&rsquo;est pas s\u00e9curitaire d&rsquo;ouvrir une entreprise. De plus, la g\u00e9ographie et le climat des deux parties de la ville sont absolument les m\u00eames. L&rsquo;origine des habitants est la m\u00eame : historiquement, la partie nord se trouvait au Mexique, et les habitants des deux c\u00f4t\u00e9s du mur ont des anc\u00eatres communs et des cultures et traditions similaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La seule raison de la diff\u00e9rence dans la qualit\u00e9 de vie et le niveau de bien-\u00eatre des habitants des deux quartiers de Nogales est le mur lui-m\u00eame: des c\u00f4t\u00e9s oppos\u00e9s de celui-ci, les gens vivent dans des conditions institutionnelles diff\u00e9rentes. Dans la partie nord, il existe des institutions \u00e9conomiques am\u00e9ricaines qui permettent de faire des \u00e9tudes, de choisir une profession, de cr\u00e9er sa propre entreprise et d&rsquo;encourager les investissements pour augmenter les profits ; et des institutions politiques qui leur permettent d&rsquo;\u00e9lire leurs repr\u00e9sentants et de les changer en cas de performances insatisfaisantes. Les habitants de Nogales \u00abmexicains\u00bb vivent dans un monde compl\u00e8tement diff\u00e9rent, dans lequel des institutions compl\u00e8tement diff\u00e9rentes ont cr\u00e9\u00e9 des incitations compl\u00e8tement diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Avec cet exemple, Acemoglu et Robinson commencent leur livre Pourquoi certains pays sont riches et d\u2019autres sont pauvres, dans lequel ils montrent que Nogales n\u2019est pas du tout une exception, mais fait partie d\u2019un mod\u00e8le clair. Mais si tel est le cas, pourquoi certains pays ont-ils d\u00e9velopp\u00e9 des institutions qui favorisent la prosp\u00e9rit\u00e9, alors que d\u2019autres y font obstacle?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans leur premier ouvrage commun et l&rsquo;un de leurs ouvrages fondateurs, publi\u00e9 en 2001, Acemoglu, Johnson et Robinson associent les raisons de cette situation \u00e0 la fondation des premi\u00e8res colonies par les Europ\u00e9ens il y a 500 ans. Les auteurs ont \u00e9tudi\u00e9 environ six douzaines de pays actuels qui ont \u00e9t\u00e9 colonis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e8re des d\u00e9couvertes &#8211; les chercheurs ont consid\u00e9r\u00e9 cette colonisation comme une exp\u00e9rience naturelle se d\u00e9roulant dans l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les Europ\u00e9ens ont \u00e9tabli des r\u00e8gles diff\u00e9rentes dans leurs colonies : dans certains territoires, il s&rsquo;agissait de r\u00e8gles que l&rsquo;on qualifierait d\u00e9sormais de d\u00e9mocratiques, dans d&rsquo;autres territoires, il s&rsquo;agissait de dictatures. Les diff\u00e9rences \u00e9taient dues \u00e0 l\u2019attractivit\u00e9 des territoires colonis\u00e9s pour la vie des colonisateurs eux-m\u00eames. S&rsquo;ils sont tr\u00e8s attractifs, alors de nombreux Europ\u00e9ens s&rsquo;y sont install\u00e9s. Ils \u00e9taient alors incit\u00e9s \u00e0 \u00e9tablir des r\u00e8gles qui \u00e9taient dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des citoyens \u2013 des r\u00e8gles qui soutiendraient les droits de propri\u00e9t\u00e9, faciliteraient les transactions et impliqueraient ainsi davantage de personnes dans l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les territoires n\u2019\u00e9taient pas attractifs, alors la migration en provenance d\u2019Europe \u00e9tait moindre. Et puis des institutions y ont \u00e9t\u00e9 introduites et soutenues, qui correspondaient aux int\u00e9r\u00eats d&rsquo;un petit groupe de l&rsquo;\u00e9lite et contribuaient \u00e0 son extraction du plus grand nombre de ressources possible.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00c0 son tour, le degr\u00e9 d\u2019attractivit\u00e9 des terres coloniales pour la colonisation d\u00e9pendait, premi\u00e8rement, du taux de mortalit\u00e9 des Europ\u00e9ens qui s\u2019y installaient. L\u00e0 o\u00f9 les Europ\u00e9ens \u00e9taient plus susceptibles de mourir de maladies jusque-l\u00e0 inconnues, les migrations ont \u00e9t\u00e9 moindres (Am\u00e9rique du Sud, Inde). L\u00e0 o\u00f9 l&rsquo;environnement \u00e9tait plus favorable, la migration en provenance d&rsquo;Europe \u00e9tait plus importante (Am\u00e9rique du Nord, Australie, Nouvelle-Z\u00e9lande).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deuxi\u00e8mement, la taille de la population locale a influenc\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 elle \u00e9tait plus importante, les Europ\u00e9ens mouraient plus souvent face \u00e0 la r\u00e9sistance et s&rsquo;y d\u00e9pla\u00e7aient donc moins souvent. De plus, la population locale \u00e9tait plus importante dans les zones riches. En capturant ces territoires, les Europ\u00e9ens ont re\u00e7u d&rsquo;\u00e9normes ressources, ce qui a permis \u00e0 un nombre relativement restreint de colonialistes d&rsquo;exploiter l&rsquo;importante population indig\u00e8ne dans les mines et de capturer encore plus de ressources &#8211; or, argent, sucre. Et l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y avait pas d\u2019abondance naturelle, il n\u2019y avait pas de mines.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La diff\u00e9rence dans les trajectoires institutionnelles choisies a d\u00e9termin\u00e9 la diff\u00e9rence dans les r\u00e9sultats \u00e9conomiques \u00e0 long terme. Cela a finalement conduit \u00e0 ce qu\u2019Acemoglu, Johnson et Robinson ont appel\u00e9 un \u00abrenversement de fortune\u00bb: des pays qui \u00e9taient relativement riches il y a 500 ans sont maintenant relativement pauvres et, \u00e0 l\u2019inverse, des r\u00e9gions colonis\u00e9es relativement moins d\u00e9velopp\u00e9es se retrouvent parmi les leaders \u00e9conomiques du monde. \u00abPlut\u00f4t que de nous demander si le colonialisme est bon ou mauvais, nous notons que diff\u00e9rentes strat\u00e9gies coloniales ont conduit \u00e0 diff\u00e9rents mod\u00e8les institutionnels qui ont persist\u00e9 au fil du temps\u00bb, explique Acemoglu. Actuellement, les 50% de personnes situ\u00e9es dans la moiti\u00e9 inf\u00e9rieure de la r\u00e9partition mondiale des revenus ne repr\u00e9sentent que 10% du revenu mondial, et cet \u00e9cart est largement d\u00fb aux diff\u00e9rences entre les pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, une grande partie de la pauvret\u00e9 est le r\u00e9sultat d\u2019arrangements institutionnels, politiques et \u00e9conomiques de longue date. Il y a donc de tr\u00e8s gros d\u00e9fis \u00e0 relever.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les laur\u00e9ats actuels n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 d\u00e9couvrir l&rsquo;importance des institutions pour le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Cette id\u00e9e remonte \u00e0 Adam Smith, qui soulignait dans La richesse des nations l\u2019importance du libre march\u00e9 et de la concurrence pour la prosp\u00e9rit\u00e9 des nations. Dans les ann\u00e9es 1970-1980. Le r\u00f4le des institutions dans le d\u00e9veloppement \u00e9conomique a \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9 par Douglas North, qui a re\u00e7u le prix Nobel pour ses travaux en 1993. North a divis\u00e9 les institutions publiques en \u00abordres d\u2019acc\u00e8s restreint\u00bb et \u00abordres d\u2019acc\u00e8s libre\u00bb. Acemoglu, Johnson et Robinson ont introduit les concepts d&rsquo;institutions \u00abextractives\u00bb et \u00abinclusives\u00bb. Avec des institutions politiques inclusives, les int\u00e9r\u00eats de la majorit\u00e9 de la population sont pris en compte, tandis que les int\u00e9r\u00eats de l\u2019\u00e9lite politique sont limit\u00e9s. Avec les industries extractives, c\u2019est l\u2019inverse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les institutions politiques inclusives soutiennent les institutions \u00e9conomiques inclusives, qui cr\u00e9ent des avantages strat\u00e9giques pour tous et placent ainsi les nations sur la voie durable d\u2019une prosp\u00e9rit\u00e9 accrue. Les institutions politiques extractives offrent des avantages \u00e9conomiques \u00e0 court terme aux \u00e9lites, mais \u00e0 long terme, elles ne sont pas capables de g\u00e9n\u00e9rer de la croissance \u00e9conomique \u2013 de courtes pouss\u00e9es sont possibles, mais elles s\u2019estompent rapidement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors qu\u2019il pr\u00e9parait un article sur les causes et les solutions \u00e0 la crise financi\u00e8re mondiale en 2008, Acemoglu s\u2019est retrouv\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter des phrases du monologue du m\u00e9chant embl\u00e9matique Gordon Gekko du film Wall Street selon lesquelles \u00abl\u2019avidit\u00e9 est une bonne chose\u00bb. La cupidit\u00e9 en elle-m\u00eame n\u2019est ni bonne ni mauvaise, \u00e9crit le scientifique: \u00abLorsqu\u2019elle est orient\u00e9e vers la maximisation du profit, un comportement comp\u00e9titif et innovant sous les auspices de lois et de r\u00e9glementations saines, la cupidit\u00e9 peut agir comme un moteur d\u2019innovation et de croissance \u00e9conomique. Mais si elle n\u2019est pas contr\u00f4l\u00e9e par des institutions et des r\u00e8gles appropri\u00e9es, elle d\u00e9g\u00e9n\u00e9rera en recherche de rente, en corruption et en criminalit\u00e9. Pour la plupart des gens, la cupidit\u00e9 est aliment\u00e9e par l\u2019ambition. Et les institutions peuvent l\u2019orienter dans une direction cr\u00e9ative. Cependant, les institutions qui contr\u00f4laient la cupidit\u00e9 des financiers dans les ann\u00e9es 1980 et 1990 ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9mantel\u00e9es, entra\u00eenant une crise.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9tudes d\u2019Acemoglu, Johnson et Robinson ont \u00abcorrig\u00e9\u00bb la th\u00e9orie de la modernisation, dont l\u2019un des fondements \u00e9tait l\u2019ouvrage de Seymour Lipset de 1959. Selon cette th\u00e9orie, le d\u00e9veloppement socio-\u00e9conomique pr\u00e9d\u00e9termine le d\u00e9veloppement politique: les soci\u00e9t\u00e9s se d\u00e9mocratisent \u00e0 mesure qu\u2019elles s\u2019enrichissent \u2013 \u200b\u200bplus un pays est riche, plus sa classe moyenne riche et instruite s\u2019agrandit, ce qui cr\u00e9e la base de la d\u00e9mocratisation. Cette th\u00e9orie \u00e9tait \u00e9tay\u00e9e par le fait que les pays les plus riches, dans l\u2019ensemble, sont effectivement plus d\u00e9mocratiques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Selon une deuxi\u00e8me interpr\u00e9tation ult\u00e9rieure de cette th\u00e9orie, la d\u00e9mocratie est une sorte de sous-produit d\u2019un accord d\u2019\u00e9lite, c\u2019est-\u00e0-dire que la d\u00e9mocratisation se produit \u00abd\u2019en haut\u00bb. Selon la troisi\u00e8me version, le choix de la voie vers la d\u00e9mocratie ou la dictature est d\u00e9termin\u00e9 par les rapports entre les classes sociales, c&rsquo;est-\u00e0-dire que la d\u00e9mocratisation est initi\u00e9e \u00abpar le bas\u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les laur\u00e9ats de 2024, dans un article de 2008, ont d\u00e9mystifi\u00e9 la premi\u00e8re version classique de la th\u00e9orie de la modernisation, prouvant qu\u2019il n\u2019y a aucun lien entre la richesse et la qualit\u00e9 des institutions : ce qui ressemblait \u00e0 une relation de cause \u00e0 effet est en r\u00e9alit\u00e9 une corr\u00e9lation. Et cette corr\u00e9lation est due au fait que les chemins politiques et \u00e9conomiques sont \u00e9troitement li\u00e9s. Et certains pays ont emprunt\u00e9 la voie de la d\u00e9mocratisation, associ\u00e9e \u00e0 la croissance \u00e9conomique, tandis que d\u2019autres ont emprunt\u00e9 la voie de la dictature, associ\u00e9e \u00e0 la limitation du d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Autrement dit, ce n\u2019est pas la richesse qui a conduit \u00e0 la d\u00e9mocratie, mais la d\u00e9mocratie qui a conduit \u00e0 la richesse.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Acemoglu et Robinson ont combin\u00e9 les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me approches, proposant un mod\u00e8le expliquant pourquoi les pays restent coinc\u00e9s dans des institutions extractives et dans quelles conditions une transition vers la d\u00e9mocratie peut avoir lieu. L&rsquo;explication se compose de trois \u00e9l\u00e9ments: la confiance, le conflit social et le probl\u00e8me de l&rsquo;engagement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si un syst\u00e8me politique ne profite qu\u2019aux \u00e9lites, alors le public risque de ne pas croire que les changements \u00e9conomiques promis par les politiciens profiteront \u00e0 tout le monde. Un nouveau syst\u00e8me politique, bas\u00e9 sur des \u00e9lections libres et permettant aux citoyens de remplacer les dirigeants qui ne tiennent pas leurs promesses, n&rsquo;inspire pas confiance aux \u00e9lites, qui craignent que la perte de leurs avantages \u00e9conomiques et du pouvoir ne soit pas compens\u00e9e. Cela laisse les pays coinc\u00e9s dans des institutions extractives qui entravent le d\u00e9veloppement \u00e9conomique. Ce probl\u00e8me est ce qu\u2019Acemoglu et Robinson appellent le \u00abprobl\u00e8me de l\u2019engagement\u00bb.<\/p>\n\n<p style=\"text-align: justify;\">La situation peut changer si un conflit social survient. La population a un avantage sur les \u00e9lites: la participation de masse. Les masses peuvent se mobiliser, par exemple, sous l\u2019influence de crises \u00e9conomiques. Face \u00e0 la menace d\u2019une r\u00e9volution \u2013 pas n\u00e9cessairement violente, mais elle peut aussi \u00eatre pacifique, permettant \u00e0 davantage de citoyens d\u2019y adh\u00e9rer \u2013 l\u2019\u00e9lite est confront\u00e9e \u00e0 un dilemme: elle pourrait partager la rente \u00e9conomique en promettant des r\u00e9formes pour maintenir le pouvoir, mais la population ne croit pas \u00e0 ces promesses. Dans ce cas, l\u2019\u00e9lite peut choisir de partager le pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais puisqu\u2019il s\u2019agit de redistribution, les ressources pourraient bient\u00f4t finir par s\u2019accumuler \u00e0 nouveau entre les mains des \u00e9lites, ou les nouveaux dirigeants d\u00e9mocratiques ne pourraient pas tenir leurs promesses, ce qui donnerait aux anciennes \u00e9lites la possibilit\u00e9 de revenir au pouvoir. Cela explique pourquoi les jeunes d\u00e9mocraties sont instables et peuvent retomber dans l\u2019autoritarisme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La cr\u00e9ation d\u2019institutions inclusives v\u00e9ritablement fonctionnelles n\u00e9cessite l\u2019adh\u00e9sion et le soutien de larges groupes communautaires. \u00abLes \u00e9lections cr\u00e9ent parfois des conflits et, dans des soci\u00e9t\u00e9s polaris\u00e9es, peuvent conduire \u00e0 des r\u00e9sultats \u00e0 court terme qui ne sont parfois pas de nature d\u00e9mocratique\u00bb, explique Acemoglu.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Acemoglu, Robinson et leurs co-auteurs ont d\u00e9montr\u00e9 dans un large \u00e9chantillon de pays (175 pays sur la p\u00e9riode 1960-2010) que les transitions vers la d\u00e9mocratie produisent une croissance du PIB par habitant 20 % plus \u00e9lev\u00e9e que ce qui aurait \u00e9t\u00e9 le cas en l\u2019absence de telles transitions. l&rsquo;horizon \u00e0 25 ans. Cependant, au cours de la premi\u00e8re d\u00e9cennie, ce chiffre diminue au contraire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les d\u00e9mocraties \u00e9tablies co\u00fbtent assez cher \u00e0 d\u00e9manteler, elles ont donc tendance \u00e0 s\u2019auto-entretenir : par exemple, les 27 pays class\u00e9s comme d\u00e9mocraties en 1920 le sont rest\u00e9s en 2020.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La croissance \u00e9conomique d\u00e9pend essentiellement de l\u2019innovation. Dans l&rsquo;un de leurs articles, Acemoglu et Robinson ont montr\u00e9, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un mod\u00e8le math\u00e9matique, que les \u00e9lites politiques peuvent bloquer les innovations technologiques et institutionnelles si elles estiment que de tels changements d\u00e9stabiliseraient l&rsquo;ordre existant et menaceraient leur pouvoir &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire si les innovations cr\u00e9ent un \u00abeffet de substitution politique\u00bb. \u00ab\u00a0Cela se produit dans des conditions de faible concurrence politique et ne se produit pas dans des conditions de forte concurrence, ainsi que dans les cas o\u00f9 les \u00e9lites sont convaincues que rien ne les menace.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, si le probl\u00e8me de l\u2019engagement est r\u00e9solu, alors des institutions \u00e9conomiques efficaces n\u2019exigent pas une d\u00e9mocratie \u00abpr\u00e9liminaire\u00bb. Cela explique pourquoi des pays comme la Chine ou Singapour, par exemple, ont pu se moderniser et obtenir des r\u00e9sultats \u00e9conomiques impressionnants sans pour autant \u00eatre un mod\u00e8le de d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les sources qui permettent une \u00abmodernisation non d\u00e9mocratique\u00bb se trouvent dans la culture, estiment Acemoglu et Robinson : l\u2019influence mutuelle de la politique et de l\u2019\u00e9conomie ne peut \u00eatre s\u00e9par\u00e9e des facteurs culturels. De nombreuses soci\u00e9t\u00e9s ont un ensemble assez stable d&rsquo;attitudes culturelles qui d\u00e9finissent des concepts tels que l&rsquo;importance de la hi\u00e9rarchie, le r\u00f4le de la famille, les id\u00e9aux sup\u00e9rieurs, ainsi que les coutumes et traditions. Ces attitudes peuvent fournir une justification, c\u2019est-\u00e0-dire une l\u00e9gitimation, \u00e0 divers arrangements politiques et hi\u00e9rarchies sociales.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si les attitudes culturelles supposent que le gouvernement d&rsquo;en haut est l\u00e9gitime, que les dirigeants sont vertueux ou dot\u00e9s d&rsquo;une autorit\u00e9 divine et que les gens ordinaires ne devraient pas s&rsquo;immiscer dans les affaires gouvernementales, alors de telles attitudes peuvent \u00eatre utilis\u00e9es \u00e0 la fois par les \u00e9lites pour renforcer leurs positions et par les citoyens pour renforcer leurs positions. s&rsquo;adapter \u00e0 la vie dans des conditions d&rsquo;autoritarisme. Plus cela dure, plus les attitudes culturelles correspondantes s\u2019enracinent et plus il est facile de l\u00e9gitimer le pouvoir des \u00e9lites, qu\u2019il s\u2019agisse des empereurs ou du Parti communiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans leur livre de 2012 Pourquoi certains pays sont riches et d\u2019autres pauvres, Acemoglu et Robinson affirmaient que sans institutions inclusives, la Chine serait incapable de soutenir sa croissance \u00e9conomique. Plus d\u2019une d\u00e9cennie apr\u00e8s sa publication, la Chine pose un \u00abpetit d\u00e9fi\u00bb \u00e0 cet argument, a reconnu Acemoglu, car elle investit dans les domaines innovants de l\u2019IA et des v\u00e9hicules \u00e9lectriques. \u00ab Mais dans l\u2019ensemble, je pense que les r\u00e9gimes autoritaires auront plus de mal \u00e0 obtenir des r\u00e9sultats d\u2019innovation durables \u00e0 long terme pour diverses raisons \u00bb, a-t-il ajout\u00e9. Dans la plupart des cas, une croissance \u00e9conomique durable \u00e0 long terme n\u00e9cessite des changements technologiques, de l\u2019innovation et de la cr\u00e9ativit\u00e9, et tout cela prosp\u00e8re dans le contexte d\u2019institutions \u00e9conomiques inclusives, concluent Acemoglu et ses co-auteurs dans leurs recherches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cependant, les d\u00e9mocraties ne r\u00e9alisent pas toujours leur potentiel de prosp\u00e9rit\u00e9, comme en t\u00e9moigne leur soutien historiquement faible, d\u00e9plore le prix Nobel. Le monde est tr\u00e8s constant, mais on peut encore voir des exemples de transition de ce que nous appelons des institutions extractives vers des institutions inclusives. Tous les pays prosp\u00e8res d\u2019aujourd\u2019hui \u00e9taient historiquement extractifs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Lorsqu&rsquo;Acemoglu \u00e9tait adolescent, un incident d\u00e9sagr\u00e9able lui est arriv\u00e9 : il a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 pour conduite d&rsquo;une voiture sans permis \u00e0 Istanbul. La nuit en cellule lui a montr\u00e9 combien la r\u00e9gulation et les r\u00e8gles \u00e9taient importantes, se souvient l\u2019\u00e9conomiste, d\u00e9j\u00e0 professeur au MIT: \u00abSans r\u00e9gulation et sans lois pr\u00e9visibles, les march\u00e9s ne fonctionneront pas.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son enfance et son adolescence en Turquie dans les ann\u00e9es 1980 lui ont fait penser pour la premi\u00e8re fois que le mal-\u00eatre \u00e9conomique pouvait \u00eatre li\u00e9 au syst\u00e8me politique. Il s\u2019est encore plus int\u00e9ress\u00e9 aux \u00e9normes diff\u00e9rences entre les pays pauvres et les pays riches lorsqu\u2019il a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 dans la ville prosp\u00e8re de Londres, o\u00f9 il a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 la LSE. Certes, \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de York, o\u00f9 il est venu \u00e9tudier l\u2019\u00e9conomie, Acemoglu a d\u00e9couvert qu\u2019aucune des mati\u00e8res n\u2019expliquait le lien entre l\u2019\u00e9conomie et la politique. Puis il a commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier la question par lui-m\u00eame.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Acemoglu et Robinson se sont rencontr\u00e9s lors d&rsquo;un s\u00e9minaire \u00e0 la LSE en 1992. Robinson se souvient d&rsquo;Acemoglu comme d&rsquo;un jeune homme \u00e9chevel\u00e9 qui remettait en question avec v\u00e9h\u00e9mence sa m\u00e9thodologie. \u00abJe pr\u00e9sentais mes recherches lors d&rsquo;un s\u00e9minaire au d\u00e9but de 1992, et assis juste en face de moi se trouvait un \u00e9tudiant dipl\u00f4m\u00e9 tr\u00e8s ennuyeux qui interrompait et pinaillait constamment ma pr\u00e9sentation. Le groupe et moi sommes ensuite all\u00e9s d\u00eener et je me suis retrouv\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du m\u00eame personnage ennuyeux, mais nous avons commenc\u00e9 \u00e0 discuter et j&rsquo;ai d\u00e9couvert qu&rsquo;il avait des id\u00e9es originales qu&rsquo;il pr\u00e9sentait tr\u00e8s bien. C&rsquo;\u00e9tait Daron \u00bb, se souvient Robinson. Robinson est retourn\u00e9 en Australie, o\u00f9 il a enseign\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Melbourne, et lui et Daron ont continu\u00e9 \u00e0 communiquer via le nouveau support \u00e9mergent qu&rsquo;est le courrier \u00e9lectronique. Un jour, apr\u00e8s avoir \u00e9chang\u00e9 leurs nouveaux articles par email, les amis d\u00e9couvrent qu&rsquo;ils ont \u00e9crit des textes quasiment identiques ind\u00e9pendamment les uns des autres. Puisque leur formation \u00e9conomique avait inculqu\u00e9 chez les deux hommes un profond d\u00e9go\u00fbt pour la duplication et l\u2019inefficacit\u00e9, les scientifiques ont d\u00e9cid\u00e9 de s\u2019unir dans leurs recherches.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019existe pas de moyen simple de r\u00e9sumer comment une soci\u00e9t\u00e9 peut passer d\u2019un ensemble d\u2019institutions extractives \u00e0 un ensemble d\u2019institutions inclusives, mais pour r\u00e9sumer nos recherches, je dirais que nous n\u2019avons \u00e9galement trouv\u00e9 aucun autre moyen d\u2019assurer la prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e0 long terme d\u2019une nation. plut\u00f4t que de s\u2019efforcer de cr\u00e9er des institutions inclusives.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Acemoglu a \u00e9tonn\u00e9 ses co-auteurs, ses coll\u00e8gues et plus tard ses \u00e9tudiants par l&rsquo;ampleur de ses int\u00e9r\u00eats acad\u00e9miques, publiant une douzaine d&rsquo;articles par an non seulement sur l&rsquo;\u00e9conomie institutionnelle, mais aussi sur l&rsquo;\u00e9conomie du travail, la macro\u00e9conomie et l&rsquo;\u00e9conomie politique. Et il aurait pu remporter un prix Nobel pour n\u2019importe lequel de ces sujets, estime Jonathan Gruber, chef du d\u00e9partement d\u2019\u00e9conomie du MIT: \u00abDaron Acemoglu est un \u00e9conomiste parmi les \u00e9conomistes.\u00bb Il est l&rsquo;auteur de plusieurs centaines d&rsquo;articles, dont environ 120 ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s dans des revues universitaires de premier plan, de quatre livres co-\u00e9crits avec ses co-laur\u00e9ats actuels du prix Nobel et de deux manuels.<\/p>\n\n<p style=\"text-align: justify;\">Acemoglu a introduit l\u2019\u00e9conomie politique dans le courant dominant au MIT, mais lorsqu\u2019il y a pris son premier poste il y a 30 ans, on l\u2019a pr\u00e9venu que m\u00e9langer l\u2019\u00e9conomie et la politique \u00e9tait \u00abune h\u00e9r\u00e9sie ind\u00e9sirable\u00bb. Mais il ne s&rsquo;int\u00e9ressait pas seulement au tableau macro &#8211; en tant qu&rsquo;\u00e9tudiant, il est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que les tendances macro commencent par le micro, et a \u00ab\u00a0viol\u00e9 par inadvertance\u00a0\u00bb la distinction nette et in\u00e9branlable entre ces deux disciplines, a \u00e9crit le magazine du FMI \u00e0 son sujet comme un \u00ab\u00a0perturbateur de la paix.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Si vous voulez comprendre pleinement la situation macro\u00e9conomique dans son ensemble (croissance, \u00e9conomie politique, probl\u00e8mes \u00e0 long terme), vous devez comprendre les principes micro\u00e9conomiques de base tels que les incitations, l&rsquo;allocation des ressources, le changement technologique et l&rsquo;accumulation de capital\u00a0\u00bb, a expliqu\u00e9 Acemoglu pourquoi il ne pouvait pas \u00ab\u00a0comprenez-le\u00bbles divisions existantes entre les disciplines. \u00ab\u00a0Il s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 tout\u00a0\u00bb, a confirm\u00e9 Robinson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un autre int\u00e9r\u00eat constant d&rsquo;Acemoglu est l&rsquo;innovation technologique et l&rsquo;intelligence artificielle. Selon Acemoglu, l\u2019IA continue de causer plus de tort que de bien \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 en raison de l\u2019acc\u00e8s in\u00e9gal \u00e0 cette technologie et du manque de r\u00e9glementation. Dans leur nouveau livre commun, Power and Progress: Our Thousand-Year Struggle for Technology and Prosperity, qui retrace les transformations technologiques majeures de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, Acemoglu et Johnson montrent que la num\u00e9risation et l&rsquo;introduction de l&rsquo;IA peuvent rendre la vie pire ou bien meilleure pour la plupart des gens. &#8211; le r\u00e9sultat d\u00e9pend des d\u00e9cisions \u00e9conomiques, sociales et politiques qui seront prises dans ce domaine. Le livre sur la technologie poursuit le th\u00e8me des institutions, en montrant que le plus dangereux est que des technologies avanc\u00e9es puissent \u00eatre donn\u00e9es aux individus et aux entreprises, ce qui leur permettra d&rsquo;acqu\u00e9rir un pouvoir \u00e9norme.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00abJe ne m&rsquo;inqui\u00e8te pas du tout de l&rsquo;IA superintelligente. Je m\u2019inqui\u00e8te de l\u2019IA stupide parce que je pense que l\u2019IA a un grand potentiel\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 Acemoglu au comit\u00e9 Nobel apr\u00e8s l\u2019annonce des laur\u00e9ats du prix 2024. \u00ab\u00a0Et si nous ne l&rsquo;utilisons pas ou si nous ne l&rsquo;utilisons pas correctement, je pense que le potentiel sera perdu.\u00a0\u00bb Mais plus important encore, s\u2019il est mal utilis\u00e9, il deviendra un facteur majeur d\u2019aggravation des in\u00e9galit\u00e9s, affaiblissant encore davantage la d\u00e9mocratie en raison de la manipulation de certains acteurs. Et cela contribuera \u00e0 l\u2019\u00e9mergence d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 deux vitesses, dont je pense que nous commen\u00e7ons d\u00e9j\u00e0 \u00e0 souffrir.\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1800, l\u2019\u00e9conomiste politique David Ricardo a d\u00e9couvert que les machines elles-m\u00eames ne sont ni bonnes ni mauvaises. Sa d\u00e9couverte selon laquelle l\u2019impact des machines est d\u00e9termin\u00e9 selon qu\u2019elles cr\u00e9ent ou d\u00e9truisent des emplois, et que cela d\u00e9pend \u00e0 son tour de la mani\u00e8re dont elles sont introduites et de la personne qui prend ces d\u00e9cisions, est plus pertinente aujourd\u2019hui que jamais, ont \u00e9crit Acemoglu et Johnson en avril 2024. L\u2019IA conviviale pour les travailleurs n\u2019est possible qu\u2019en changeant l\u2019orientation de l\u2019innovation dans l\u2019industrie technologique et en introduisant de nouvelles r\u00e8gles et institutions. Comme \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Ricardo, il serait na\u00eff de s\u2019appuyer sur la philanthropie des leaders du monde des affaires et de la technologie. Il a fallu des ann\u00e9es \u00e0 l\u2019Angleterre pendant la r\u00e9volution industrielle pour mettre en \u0153uvre des r\u00e9formes politiques, cr\u00e9er la d\u00e9mocratie, l\u00e9galiser les syndicats et changer l\u2019orientation du progr\u00e8s technologique. Les soci\u00e9t\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui sont confront\u00e9es au m\u00eame d\u00e9fi, affirment Acemoglu et Johnson.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble que leurs efforts aient eu un effet. Le laur\u00e9at du prix Nobel Paul Romer, qui pensait que la technologie \u00e9tait le moteur de l&rsquo;\u00e9conomie moderne, a critiqu\u00e9 les g\u00e9ants de la technologie, arguant qu&rsquo;ils \u00e9touffaient le flux des nouvelles id\u00e9es, et a plaid\u00e9 en faveur d&rsquo;une taxe sur leur publicit\u00e9. Et la premi\u00e8re directrice g\u00e9n\u00e9rale adjointe du FMI, Gita Gopinath, a cit\u00e9 Acemoglu pour appeler \u00e0 une r\u00e9glementation de l\u2019IA afin que la soci\u00e9t\u00e9 en profite.<\/p>\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les laur\u00e9ats ont \u00e9tudi\u00e9 les diff\u00e9rents syst\u00e8mes politiques et \u00e9conomiques introduits par les colonisateurs europ\u00e9ens. Comme l\u2019a not\u00e9 le comit\u00e9, Acemoglu, Johnson et Robinson \u00abnous ont aid\u00e9s \u00e0 comprendre les diff\u00e9rences de richesse entre les pays\u00bb. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;importance des institutions publiques pour la prosp\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un pays et ont \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 des outils th\u00e9oriques permettant d&rsquo;expliquer pourquoi les diff\u00e9rences au sein des&hellip;<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/10\/27\/trois-citoyens-americains-deviennent-laureats-du-prix-nobel-deconomie\/\">Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1324,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49,50],"tags":[380,382,381,383],"class_list":{"0":"post-1323","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-philosophie","8":"category-philosophie-moderne","9":"tag-economie","10":"tag-pauvrete","11":"tag-prix-nobel","12":"tag-richesse"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1323","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1323"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1323\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1537,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1323\/revisions\/1537"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1324"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1323"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1323"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1323"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}