{"id":557,"date":"2024-06-08T19:17:51","date_gmt":"2024-06-08T16:17:51","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=557"},"modified":"2025-11-20T20:16:14","modified_gmt":"2025-11-20T17:16:14","slug":"sophistes-et-socrate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/08\/sophistes-et-socrate\/","title":{"rendered":"Sophistes et Socrate. Protagoras, Gorgias, Hippias et Thrasymaque. Dialectique"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Vers le milieu du Ve si\u00e8cle. avant JC e. En Gr\u00e8ce, les conditions sont r\u00e9unies pour une r\u00e9volution culturelle qui, au cours de plusieurs d\u00e9cennies, a touch\u00e9 toutes les sph\u00e8res de la vie sociale et politique et a produit un changement radical dans la fa\u00e7on de penser d&rsquo;une grande partie de la population civile, ainsi que dans la direction m\u00eame des activit\u00e9s philosophiques. La principale raison du cataclysme \u00e9tait le d\u00e9veloppement de la vie politique grecque. Dans la p\u00e9riode qui a commenc\u00e9 apr\u00e8s les guerres m\u00e9diques, le centre de gravit\u00e9 de la vie politique et culturelle de la Gr\u00e8ce s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 du territoire de l&rsquo;Asie Mineure et des \u00eeles de la mer \u00c9g\u00e9e vers la Gr\u00e8ce continentale, l&rsquo;importance d&rsquo;Ath\u00e8nes, la plus grande ville de l&rsquo;Attique, une r\u00e9gion du sud-est de la p\u00e9ninsule balkanique, s&rsquo;est agrandie, c&rsquo;est pourquoi cette p\u00e9riode de l&rsquo;histoire du monde antique est souvent appel\u00e9e \u00abGrenier\u00bb. Les centaines de cit\u00e9s-\u00c9tats grecques qui existaient \u00e0 cette \u00e9poque avaient depuis longtemps des structures diff\u00e9rentes, occupaient des positions diff\u00e9rentes dans la hi\u00e9rarchie des alliances militaires et \u00e9conomiques et se faisaient constamment concurrence dans divers domaines d&rsquo;activit\u00e9. \u00c0 de nombreuses contradictions \u00e9conomiques et politiques se superposaient des contradictions ethniques &#8211; entre les villes doriennes, ach\u00e9ennes et ioniennes. Avec l&rsquo;\u00e9tablissement de l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie politique d&rsquo;Ath\u00e8nes, les int\u00e9r\u00eats de nombreuses cit\u00e9s-\u00c9tats grecques ont acquis pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de la Gr\u00e8ce une direction commune &#8211; en raison de la croissance de la conscience civique et de la pertinence de justifier leur propre identit\u00e9 politique. Le r\u00e9sultat du d\u00e9veloppement de toutes ces contradictions fut une grave complication de la situation int\u00e9rieure dans les villes grecques, une intensification de toute la vie politique et humaine en g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/08\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-ii-philosophie-de-lantiquite-classiques-philosophiques-anciens-chapitre-3-sophistes-et-socrate\/sokrat230624\/\" rel=\"attachment wp-att-739\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-739\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/sokrat230624-300x169.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"169\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/sokrat230624-300x169.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/sokrat230624-768x434.jpg 768w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/sokrat230624.jpg 864w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Cela a d\u2019abord touch\u00e9 Ath\u00e8nes elle-m\u00eame: ici, pour la premi\u00e8re fois, la politique est devenue l\u2019affaire de chaque citoyen, le moment le plus important de son existence quotidienne. \u00abL\u2019homme est un animal politique\u00bb, disait Aristote.<\/p>\n<p align=\"justify\">A cette \u00e9poque, alors qu&rsquo;une personne, son exp\u00e9rience sp\u00e9cifiquement humaine devient in\u00e9vitablement la \u00abmesure des choses\u00bb, apparaissent les premiers th\u00e9oriciens d&rsquo;un nouveau rapport au monde \u2013 les sophistes, au sens propre. \u00abexperts en sagesse\u00bb, professeurs r\u00e9mun\u00e9r\u00e9s d\u2019\u00e9loquence, de vertu politique et de toutes sortes de connaissances consid\u00e9r\u00e9es comme n\u00e9cessaires \u00e0 une participation active \u00e0 la vie civique. Parmi les \u00abgrands sophistes\u00bb (2e moiti\u00e9 du Ve si\u00e8cle av. J.-C.) figurent traditionnellement Protagoras, Gorgias, Hippias, Prodicus, Antiphon, Critias. Parmi les \u00abjeunes sophistes\u00bb (1\u00e8re moiti\u00e9 du IVe si\u00e8cle av. J.-C.) figurent g\u00e9n\u00e9ralement Lycophron, Alcidamas et Thrasymaque. \u00abMoiti\u00e9 philosophes, moiti\u00e9 politiciens\u00bb (Prodicus de K\u00e9os), les sophistes n&rsquo;ont pas fix\u00e9 le but de leurs \u00e9tudes \u00e0 percer les myst\u00e8res de nature, mais la compr\u00e9hension de l&rsquo;homme dans toute son originalit\u00e9. Le principe principal du sophisme a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 par l&rsquo;a\u00een\u00e9 d&rsquo;entre eux &#8211;\u00a0 <strong>Protagoras d&rsquo;Abdera<\/strong> (vers 480 &#8211; 410 avant JC), \u00e9l\u00e8ve de D\u00e9mocrite: \u00abL&rsquo;homme est la mesure de toutes choses: existant &#8211; dans la mesure o\u00f9 elles existent, inexistant &#8211; dans la mesure o\u00f9 ils n\u2019existent pas\u00bb (Protagoras, fr. 1). Acceptant les enseignements d&rsquo;H\u00e9raclite et de Parm\u00e9nide sur la relativit\u00e9 et l&rsquo;incoh\u00e9rence de la connaissance \u00abhumaine\u00bb, Protagoras abandonne en m\u00eame temps l&rsquo;opposition traditionnelle de cette connaissance, fond\u00e9e sur l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle, \u00e0 la connaissance \u00abdivine\u00bb, comme s&rsquo;il p\u00e9n\u00e9trait dans l&rsquo;essence cach\u00e9e de des choses. Il n\u2019y a pas d\u2019\u00abessence cach\u00e9e\u00bb dans les choses; il n\u2019y a que des choses individuelles elles-m\u00eames, donn\u00e9es dans les sensations; cependant, le monde des sensations humaines est contradictoire, c&rsquo;est pourquoi, selon Protagoras, \u00abdeux jugements oppos\u00e9s peuvent \u00eatre port\u00e9s sur chaque chose\u00bb (Diog\u00e8ne Laertius, IX, 51). \u00ab\u00catre\u00bb pour le sophiste signifie \u00abappara\u00eetre\u00bb, dit Protagoras, \u00abcomme quelque chose m&rsquo;appara\u00eet, ainsi cela est vrai pour moi, et ce qui est pour vous, tel est pour vous\u00bb (Platon. Th\u00e9\u00e9t\u00e8te, 15le). Un autre sophiste c\u00e9l\u00e8bre, <strong>Gorgias<\/strong> de L\u00e9ontini (vers 480 &#8211; 380 av. J.-C.), \u00e9tudiant d&rsquo;Emp\u00e9docle, dans un essai au titre paradoxal \u00abSur ce qui n&rsquo;est pas ou sur la nature\u00bb (une sorte de parodie de la m\u00e9taphysique \u00e9l\u00e9atique), soutenait trois dispositions: 1) rien n&rsquo;existe; 2) s\u2019il y a quelque chose qui existe, alors c\u2019est inconnaissable; 3) m\u00eame si elle est connaissable, alors sa connaissance est inexprimable et inexplicable.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les enseignements des sophistes entraient in\u00e9vitablement en conflit avec les id\u00e9es religieuses traditionnelles. L&rsquo;essai de Protagoras \u00abSur les dieux\u00bb commen\u00e7ait par ces mots: \u00ab\u00c0 propos des dieux, je ne peux savoir ni ce qu&rsquo;ils sont ou ce qu&rsquo;ils ne sont pas, ni \u00e0 quoi ils ressemblent, car beaucoup de choses l&#8217;emp\u00eachent: l&rsquo;obscurit\u00e9 du sujet et la bri\u00e8vet\u00e9 de la vie humaine\u00bb ( fr. 4). Les citoyens ath\u00e9niens accus\u00e8rent Protagoras d&rsquo;impi\u00e9t\u00e9, il dut fuir secr\u00e8tement et, selon la l\u00e9gende, pris en mer par une temp\u00eate, il se noya dans un naufrage. Proche des sophistes, Diagoras de M\u00e9los et Th\u00e9odore de Cyr\u00e8ne, surnomm\u00e9<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abAth\u00e9e\u00bb niait directement l&rsquo;existence des dieux. Prodicus de Keos voyait les origines de la religion dans la v\u00e9n\u00e9ration du pain et du vin, du soleil, de la lune et des rivi\u00e8res, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout ce qui \u00abprofite aux hommes\u00bb (Prodicus de Keos, fr. 4). Critias a d\u00e9clar\u00e9 que la religion \u00e9tait une invention destin\u00e9e \u00e0 forcer les gens \u00e0 ob\u00e9ir aux lois (Critias, fr. 25).<\/p>\n<p align=\"justify\">Les sophistes se consid\u00e9raient comme experts dans de nombreux domaines: Hippias enseignait l&rsquo;astronomie, la m\u00e9t\u00e9orologie, la g\u00e9om\u00e9trie et la musique; Gorgias \u00e9tait comp\u00e9tent en mati\u00e8re de physique; Critias partageait la doctrine de l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;Emp\u00e9docle; Antiphon a travaill\u00e9 sur le probl\u00e8me de la quadrature du cercle et a tent\u00e9 d&rsquo;expliquer les ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques. Les sophistes ont fait un pas important vers la cr\u00e9ation d&rsquo;une science du langage: Protagoras s&rsquo;est occup\u00e9 des cat\u00e9gories de flexion et de la syntaxe des phrases; Prodicus a jet\u00e9 les bases de la doctrine des synonymes. Hippias \u00e9tait fier de conna\u00eetre non seulement toutes les sciences, mais aussi tous les m\u00e9tiers : il tissait son propre manteau, le teignait en violet, le brodait d&rsquo;or, cousait des sandales, sculptait un b\u00e2ton et forgeait une bague. La \u00abReine des sciences\u00bb pour les sophistes \u00e9tait la rh\u00e9torique \u2013 \u00abl\u2019art de persuader\u00bb. Gorgias, Hippias et Thrasymaque \u00e9taient surtout c\u00e9l\u00e8bres pour leur \u00e9loquence inimitable. La capacit\u00e9 de structurer un discours, de le rendre clair et attrayant, de l&rsquo;agr\u00e9menter d&rsquo;antith\u00e8ses, d&rsquo;allit\u00e9rations, de m\u00e9taphores, de lui donner de la sonorit\u00e9 et de la musicalit\u00e9, la capacit\u00e9 de convaincre les gens lors de r\u00e9unions publiques et de contr\u00f4ler l&rsquo;humeur de la foule, \u00e9tait si n\u00e9cessaire dans le monde chang\u00e9. situation politique qui faisait que les sophistes \u00e9taient pay\u00e9s beaucoup d&rsquo;argent pour enseigner ce m\u00e9tier.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un exemple de dialectique sophistique peut \u00eatre les sophismes &#8211; lit. des \u00abastuces\u00bb, des t\u00e2ches pour trouver une ligne de pens\u00e9e paradoxale et l&rsquo;appliquer comme moyen de d\u00e9bat public. Par exemple, \u00abCornu\u00bb: \u00abCe que vous n&rsquo;avez pas perdu, vous l&rsquo;avez; tu n&rsquo;as pas perdu tes cornes ; c\u2019est pourquoi vous avez des cornes. Ou &#8211; \u00abCouvert\u00bb: \u00abSavez-vous qui se tient devant vous sous le voile? Non? Mais voici ton p\u00e8re; \u00e7a veut dire que tu ne connais pas ton propre p\u00e8re. Le sophisme le plus c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tait le paradoxe appel\u00e9 \u00abLe Menteur\u00bb: \u00abLe Cr\u00e9tois disait: \u00abTous les Cr\u00e9tois sont des menteurs\u00bb; a-t-il dit la v\u00e9rit\u00e9 ou un mensonge? Si la v\u00e9rit\u00e9 est vraie, alors il est aussi un menteur &#8211; donc il a menti &#8211; ce qui signifie qu&rsquo;en fait les Cr\u00e9tois sont v\u00e9ridiques, etc.<\/p>\n<p align=\"justify\">Puisque sur chaque chose, soutenaient les sophistes, plusieurs jugements peuvent \u00eatre port\u00e9s qui se contredisent, alors chaque \u00e9l\u00e9ment de preuve peut \u00eatre compar\u00e9 \u00e0 un autre, oppos\u00e9, \u00e9galement fond\u00e9 et convaincant. La preuve la plus solide sera celle qui sera la plus pratique et la plus urgente. On ne peut pas dire que telle affirmation est \u00abplus vraie\u00bb qu\u2019une autre, on peut seulement dire qu\u2019elle est \u00abplus utile\u00bb. Les lois, les coutumes et l&rsquo;\u00c9tat lui-m\u00eame n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s par la volont\u00e9 des dieux, mais sont apparus autrefois \u00e0 la suite d&rsquo;un accord entre les hommes. D\u2019o\u00f9 la distinction centrale pour le sophisme entre, d\u2019une part, ce qui existe \u00abpar nature\u00bb (grec \u03c6\u03cd\u03c3\u03b9\u03c2 \u2013 \u00abnature\u00bb), et ce qui existe \u00abpar la loi\u00bb (grec \u03bd\u03cc\u03bc\u03bf\u03c2 \u2013 \u00abloi\u00bb), d\u2019autre part.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, par exemple, Hippias, selon Platon, a proclam\u00e9 que tous les hommes sont \u00abdes parents, des parents et des concitoyens &#8211; par nature, et non par la loi: apr\u00e8s tout, le semblable est li\u00e9 au semblable par nature, mais la loi est un tyran sur les gens &#8211; les oblige \u00e0 faire beaucoup de choses, ce qui est contraire \u00e0 la nature\u00bb (Platon. Protagoras, 337d).<\/p>\n<p align=\"justify\">Alcidamantus a d\u00e9clar\u00e9 que \u00abDieu a tout rendu libre, la nature n&rsquo;a rendu personne esclave\u00bb (Scholia \u00e0 la Rh\u00e9torique d&rsquo;Aristote, 1373b); Antiphon et Lycophron rejet\u00e8rent l&rsquo;avantage d&rsquo;une naissance noble; Thrasymaque a d\u00e9fini la justice comme \u00abce qui convient au plus fort\u00bb (Platon. R\u00e9publique, I, 338c), et a soutenu que chaque pouvoir \u00e9tablit ses propres lois, utiles pour lui-m\u00eame: d\u00e9mocratie &#8211; d\u00e9mocratique, tyrannie &#8211; tyrannique, etc. Selon les sophistes, toutes les coutumes humaines sont des conventions, et m\u00eame les plus famili\u00e8res d&rsquo;entre elles ne sont pas n\u00e9es \u00abpar nature\u00bb, mais \u00abpar accord\u00bb. Le bien et le mal, le beau et le honteux, la v\u00e9rit\u00e9 et le mensonge sont \u00e9videmment des choses relatives, et ce qui est bien pour l&rsquo;un est mal pour l&rsquo;autre, ce qui est beau pour l&rsquo;un est laid pour l&rsquo;autre, et la v\u00e9rit\u00e9 dans la bouche de l&rsquo;un est un mensonge dans la bouche de l&rsquo;autre. discours d&rsquo;un autre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un point de vue diff\u00e9rent \u00e9tait celui de <strong>Socrate<\/strong> (vers 470 &#8211; 399 av. J.-C.), \u00able plus juste des hommes\u00bb (Platon), qui d\u00e9cida &#8211; tant en paroles qu&rsquo;en actes &#8211; d&rsquo;enseigner \u00abla vertu en tant que telle\u00bb, ind\u00e9pendamment des consid\u00e9rations sophistiques d\u00e9tails et conventions. Socrate, fils du sculpteur Sophronisque et de la sage-femme Ph\u00e9nar\u00e8te, est n\u00e9 \u00e0 Ath\u00e8nes c. 470 avant JC e. Dans sa jeunesse, Socrate \u00e9tait un auditeur d&rsquo;Anaxagore et du philosophe Archelaus (surnomm\u00e9 \u00abLe Physicien\u00bb) (milieu du Ve si\u00e8cle avant JC), qui enseignait notamment que dans la nature il y a \u00abdeux causes d&rsquo;apparition: la chaleur et le froid\u00bb; que \u00abtous les animaux sont issus de la boue\u00bb; et que \u00able juste et le laid n\u2019existent pas par nature, mais seulement selon l\u2019institution humaine\u00bb. \u00abIci\u00bb, dit Diog\u00e8ne La\u00ebrce \u00e0 propos d&rsquo;Arch\u00e9laos, \u00abla fin de la philosophie physique a \u00e9t\u00e9 mise, et Socrate, apr\u00e8s cela, a donn\u00e9 naissance \u00e0 la philosophie morale\u00bb (Diog\u00e8ne La\u00ebrce, II, 16). Pendant la guerre du P\u00e9loponn\u00e8se, Socrate a particip\u00e9 \u00e0 de nombreuses batailles &#8211; \u00e0 Potid\u00e9e (430), D\u00e9lium (424) et Amphipolis (422), o\u00f9 il s&rsquo;est montr\u00e9 un guerrier courageux et tr\u00e8s r\u00e9sistant. Par exemple, une fois dans un camp pr\u00e8s de Potid\u00e9e, Socrate resta immobile toute la journ\u00e9e et toute la nuit jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aube. Lorsqu\u2019on a ensuite interrog\u00e9 Socrate sur la raison d\u2019un tel acte, il a r\u00e9pondu: \u00abJ\u2019ai \u00e9cout\u00e9 ma voix int\u00e9rieure.\u00bb Socrate a qualifi\u00e9 sa voix int\u00e9rieure de \u00abd\u00e9moniaque\u00bb (grec \u03b4\u03b1\u03b9\u03bc\u03cc\u03bd\u03b9\u03bf\u03bd &#8211; \u00abdivinit\u00e9\u00bb); il ne pouvait pas expliquer ce que c&rsquo;\u00e9tait et a seulement dit que ce \u00abd\u00e9mon\u00bb lui disait constamment ce qu&rsquo;il ne fallait pas faire. Son dicton pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e9tait: \u00abConnais-toi toi-m\u00eame\u00bb. Selon la l\u00e9gende, l&rsquo;oracle de Delphes lui-m\u00eame aurait qualifi\u00e9 Socrate de sage. La question \u00e9tait pos\u00e9e: \u00abLequel des Hell\u00e8nes est le plus sage? L&rsquo;oracle r\u00e9pondit: \u00abSophocle est sage, Euripide est sage et Socrate est le plus sage de tous.\u00bb Cependant, Socrate refusait d\u2019admettre qu\u2019il \u00e9tait un sage, affirmant: \u00abJe sais seulement que je ne sais rien!\u00bb \u00abIl vivait tout le temps \u00e0 Ath\u00e8nes\u00bb, \u00e9crit Diog\u00e8ne Laertius, \u00abet discutait avec enthousiasme avec n&rsquo;importe qui, non pas pour les convaincre, mais pour d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9\u00bb (I, 22). Il \u00e9tait chauve, trapu, avec une bosse sur le front et des yeux exorbit\u00e9s. Il vivait pauvrement, portait un manteau grossier, mangeait tout ce qu\u2019il pouvait, expliquant: \u00abJe mange pour vivre, et les autres vivent pour manger.\u00bb En se promenant sur le march\u00e9, Socrate aimait r\u00e9p\u00e9ter: \u00abComme c\u2019est bien qu\u2019il y ait tant de choses dont on peut se passer!\u00bb Socrate eut de nombreux \u00e9tudiants, parmi lesquels les plus c\u00e9l\u00e8bres furent Platon, X\u00e9nophon, Antisth\u00e8ne, Alcibiade et quelques autres. \u00abIl fut le premier \u00e0 parler du mode de vie et le premier des philosophes \u00e0 \u00eatre ex\u00e9cut\u00e9 par la cour\u00bb (I, 20). En 399, Socrate fut accus\u00e9 \u00abde ne pas honorer les dieux que la ville honore, mais d&rsquo;introduire de nouvelles divinit\u00e9s, et se rend coupable de corruption de la jeunesse; et le ch\u00e2timent pour cela est la mort\u00bb (II, 40). Il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort par 361 voix sur 500.<\/p>\n<p align=\"justify\">Socrate n&rsquo;a jamais rien \u00e9crit et ses vues philosophiques ne peuvent donc \u00eatre jug\u00e9es qu&rsquo;\u00e0 partir de sources secondaires, les soi-disant \u00ab\u0153uvres socratiques\u00bb de Platon et de X\u00e9nophon, qui \u00e9taient ses jeunes contemporains et en m\u00eame temps ses \u00e9tudiants. La vertu (grec \u03b1\u03c1\u03b5\u03c4\u03ae &#8211; \u00abvertu\u00bb, \u00abvaleur\u00bb, \u00abbont\u00e9\u00bb), du point de vue de Socrate, est le bien le plus \u00e9lev\u00e9 et absolu, constituant le but de la vie humaine, car seule la vertu donne le bonheur. La vertu consiste \u00e0 conna\u00eetre ce qui est bien et \u00e0 agir selon cette connaissance. La personne vraiment courageuse est celle qui sait comment se comporter face au danger et qui fait exactement cela; v\u00e9ritablement juste est celui qui sait ce qu&rsquo;il convient de faire dans les affaires publiques et qui fait exactement cela; celui qui sait ce qu&rsquo;il faut faire dans les rites religieux et les sacrements, et qui fait exactement cela, etc., sera vraiment pieux.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abSocrate n&rsquo;a pas trouv\u00e9 de diff\u00e9rence entre la sagesse et la moralit\u00e9: il a reconnu une personne \u00e0 la fois intelligente et morale si une personne, comprenant ce qui est beau et bon, est guid\u00e9e par cela dans ses actions et, au contraire, sachant ce qui est moralement laid, l&rsquo;\u00e9vite\u00bb (X\u00e9nophon. M\u00e9moires de Socrate, III, 9. Traduit par S.I. Sobolevsky). La vertu est indissociable de la connaissance. Les gens agissent de mani\u00e8re immorale, se trompent et souffrent pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019ils ne savent pas ce qui est bien et ce qui est mal.<\/p>\n<p align=\"justify\">La vertu peut et doit s\u2019apprendre. Cependant, Socrate n\u2019enseignait pas la vertu comme l\u2019enseignaient les sophistes, pr\u00e9f\u00e9rant la conversation directe (en grec \u03b4\u03b9\u03ac\u03bb\u03bf\u03b3\u03bf\u03c2, \u00abdialogue\u00bb) avec un interlocuteur aux discours et aux instructions. D&rsquo;o\u00f9 le nom de sa m\u00e9thode philosophique: la dialectique. La dialectique comprend l&rsquo;ironie et la ma\u00efeutique. L\u2019ironie (litt\u00e9ralement \u00abfaire semblant\u00bb) rappelle quelque peu une m\u00e9thode d\u2019argumentation sophistiqu\u00e9e, con\u00e7ue pour r\u00e9v\u00e9ler des contradictions internes dans le discours de l\u2019adversaire ou dans le point de vue \u00e9tudi\u00e9. Se faisant passer pour un niais et affirmant que lui-m\u00eame ne savait rien et ne pouvait rien enseigner, Socrate a invit\u00e9 son interlocuteur \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 un certain nombre de questions: qu&rsquo;est-ce qui est bon? mal? justice? courage? il. d. Gr\u00e2ce \u00e0 des questions et des r\u00e9ponses suggestives, les consid\u00e9rations de l\u2019interlocuteur ont \u00e9t\u00e9 constamment amen\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurdit\u00e9, ce qui a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des contradictions entre les paroles de cette personne et ses actes. Sur cette base, la ma\u00efeutique (litt\u00e9ralement \u00abobst\u00e9trique\u00bb) a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e: Socrate, qui aimait se comparer \u00e0 une sage-femme, a aid\u00e9 son interlocuteur \u00e0 \u00abaccoucher\u00bb de la v\u00e9rit\u00e9. Dans sa pratique philosophique, Socrate partait du fait que chaque personne poss\u00e8de d\u00e9j\u00e0 la connaissance de la v\u00e9rit\u00e9, mais ne s&rsquo;en rend compte que lorsque les questions qui lui sont propos\u00e9es le conduisent \u00e0 une contradiction avec lui-m\u00eame et, par cons\u00e9quent, \u00e0 la reconnaissance de son ignorance. Le doute sur la v\u00e9racit\u00e9 des jugements ant\u00e9rieurs conduit \u00e0 la connaissance de soi. \u00abSe conna\u00eetre\u00bb pour Socrate signifie agir dans la vie pour que les paroles ne s&rsquo;\u00e9cartent pas des actes, et pour cela il faut examiner le contenu des concepts g\u00e9n\u00e9raux: d\u00e9couvrir quelles actions des personnes peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es de vertueuses, \u00e9tablir ce qui est commun dans certains actions, et enfin, donner une d\u00e9finition du concept moral correspondant: courage, justice, pi\u00e9t\u00e9, etc. \u00abSocrate \u00e9tait de l&rsquo;avis suivant: si quelqu&rsquo;un sait ce qu&rsquo;est un objet donn\u00e9, alors il peut l&rsquo;expliquer aux autres; et s&rsquo;il ne le sait pas, il n&rsquo;est pas du tout surprenant qu&rsquo;il commette lui-m\u00eame des erreurs et induise les autres en erreur. Compte tenu de cela, il n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudier avec ses amis les questions de ce qu&rsquo;est chaque objet\u00bb (X\u00e9nophon. M\u00e9moires de Socrate, IV, 6. Traduit par S.I. Sobolevsky).<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abUn jour le sophiste Antiphon, voulant d\u00e9tourner l&rsquo;attention de ses interlocuteurs de Socrate, s&rsquo;approcha de lui et dit en leur pr\u00e9sence ceci: Socrate! Je pensais que les gens qui \u00e9tudient la philosophie devraient \u00eatre plus heureux \u00e0 cause de cela; et vous, me semble-t-il, en go\u00fbtez les fruits oppos\u00e9s. Par exemple, vous vivez de telle mani\u00e8re que pas m\u00eame un seul esclave ayant un tel style de vie ne resterait avec son ma\u00eetre : votre nourriture et vos boissons sont les pires&#8230; vous ne prenez pas d&rsquo;argent, mais cela apporte de la joie lorsque vous l&rsquo;acqu\u00e9rez, et lorsqu&rsquo;on en est propri\u00e9taire, permettez-vous de vivre \u00e0 la fois plus d\u00e9cemment et plus agr\u00e9ablement. Dans d&rsquo;autres domaines du savoir, les enseignants inculquent \u00e0 leurs \u00e9l\u00e8ves le d\u00e9sir de les imiter: si vous souhaitez inculquer une telle pens\u00e9e \u00e0 vos interlocuteurs, alors consid\u00e9rez-vous comme un professeur du malheur. Socrate r\u00e9pondit: Il me semble, Antiphon, que tu imagines ma vie si triste que je pr\u00e9f\u00e9rerais, j&rsquo;en suis s\u00fbr, mourir plut\u00f4t que de vivre comme moi&#8230; Il semble, Antiphon, que tu vois le bonheur dans une vie luxueuse et co\u00fbteuse; et \u00e0 mon avis, ne pas avoir de besoins est une propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;une divinit\u00e9, et avoir des besoins minimes, c&rsquo;est \u00eatre tr\u00e8s proche d&rsquo;une divinit\u00e9; mais la divinit\u00e9 est parfaite, et \u00eatre tr\u00e8s proche de la divinit\u00e9, c&rsquo;est \u00eatre tr\u00e8s proche de la perfection&#8230; Quand j&rsquo;ai entendu de telles conversations, &#8211; \u00e9crit le t\u00e9moin de cette conversation &#8211; X\u00e9nophon (c. 444 &#8211; c. 356 avant JC), &#8211; il me semblait qu&rsquo;il \u00e9tait lui-m\u00eame une personne heureuse et qu&rsquo;il conduisait ses auditeurs \u00e0 la perfection morale\u00bb (X\u00e9nophon. M\u00e9moires de Socrate, I, 6. Traduit par S.I. Sobolevsky). Dans l&rsquo;unit\u00e9 particuli\u00e8re de la pratique et de la th\u00e9orie, de la vie et de la philosophie, dans le d\u00e9sir d&rsquo;exprimer l&rsquo;essence d&rsquo;un acte \u00e0 travers le concept et le concept de traduction en r\u00e9alit\u00e9 r\u00e9side le sens principal de la doctrine philosophique de Socrate, c&rsquo;est la cl\u00e9 de sa philosophie unique exp\u00e9rience.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au d\u00e9but du IVe si\u00e8cle. avant JC e. Certains \u00e9tudiants de Socrate fond\u00e8rent de nouvelles \u00e9coles philosophiques, dites \u00absocratiques\u00bb. Ceux-ci incluent: 1) M\u00e9garien; 2) Elido-\u00c9r\u00e9trien; 3) Cyr\u00e8ne et 4) Cynique. L&rsquo;\u00e9cole m\u00e9garienne a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e <strong>par Euclide<\/strong> de M\u00e9gare (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 apr\u00e8s 369 avant JC), l&rsquo;un des \u00e9l\u00e8ves les plus proches de Socrate. Les opposants \u00e0 cette \u00e9cole lui ont donn\u00e9 le surnom d&rsquo;\u00aberistic\u00bb, et ses repr\u00e9sentants \u00e9taient appel\u00e9s \u00aberistics\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00abcontestants\u00bb). Partant de l&rsquo;enseignement de Parm\u00e9nide selon lequel il n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul \u00ab\u00eatre\u00bb, et de l&rsquo;enseignement de Socrate sur le bien, identique \u00e0 la vertu, Euclide soutenait qu&rsquo;\u00abil n&rsquo;y a qu&rsquo;un seul bien, appel\u00e9 de diff\u00e9rents noms: tant\u00f4t l&rsquo;entendement, tant\u00f4t Dieu, et parfois l&rsquo;esprit et d&rsquo;autres noms, et niait le contraire du bien, d\u00e9clarant qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas\u00bb (Diog\u00e8ne Laertius, II, 106). L&rsquo;\u00e9cole m\u00e9garienne a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans le d\u00e9veloppement de la logique, traitant de la nature des paradoxes logiques (sophismes) et de l&rsquo;analyse des formes d&rsquo;implication logique (suivant).<\/p>\n<p align=\"justify\">Le M\u00e9garien Stilpo niait l&rsquo;existence de concepts g\u00e9n\u00e9raux et soutenait que celui qui dit \u00abhomme\u00bb ne nomme aucune personne sp\u00e9cifique et, par cons\u00e9quent, dit \u00abpersonne\u00bb (II, 119). Un autre repr\u00e9sentant de l&rsquo;\u00e9cole, Diodore Cronos, a prouv\u00e9 l&rsquo;identit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre en possibilit\u00e9 avec l&rsquo;\u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 (Epict\u00e8te. Conversations, II, 119, 1) et a ni\u00e9 le ph\u00e9nom\u00e8ne m\u00eame du mouvement: il croyait que \u00abrien ne bouge, mais est toujours avanc\u00e9\u00bb. (Sextus Empiricus, Contre les savants, X, 85). L&rsquo;\u00e9cole Elido-Eretrian a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e <strong>par Ph\u00e9don<\/strong>\u00a0d&rsquo;Elis, un d\u00e9batteur habile et professeur d&rsquo;\u00e9loquence. Cette \u00e9cole \u00e9tait tr\u00e8s similaire \u00e0 l\u2019\u00e9cole m\u00e9garienne et n\u2019apportait aucune id\u00e9e originale.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;\u00e9cole de Cyr\u00e8ne a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9e par <strong>Aristippe<\/strong> de Cyr\u00e8ne (vers 435 &#8211; apr\u00e8s 366 av. J.-C.). Il a soutenu que tout existe pour le bien ou le mal et que la seule chose qui compte est soit le \u00abbien\u00bb, soit le \u00abmal\u00bb. Par cons\u00e9quent, Aristippe a rejet\u00e9 les math\u00e9matiques, pour lesquelles la distinction entre \u00abmauvais\u00bb et \u00abbon\u00bb n\u2019existe pas. La nature, selon lui, est inconnaissable et son \u00e9tude est une entreprise impossible et inutile. Aristippe comparait l&rsquo;homme \u00e0 une ville assi\u00e9g\u00e9e: il semblait captif de ses sensations, ne recevant pas de nouvelles de l&rsquo;ext\u00e9rieur. Les sensations sont des perceptions de nos propres \u00e9tats, et non des choses du monde naturel elles-m\u00eames. Seuls deux \u00e9tats peuvent \u00eatre caract\u00e9ristiques de l&rsquo;\u00e2me: un mouvement doux et calme (plaisir) et un mouvement vif et imp\u00e9tueux (douleur). L&rsquo;enseignement des Cyr\u00e9na\u00efques est h\u00e9doniste (grec \u03b7\u03b4\u03bf\u03bd\u03ae &#8211; \u00abplaisir\u00bb): ils d\u00e9clarent que les plaisirs sont le but de la vie humaine, et le bonheur est la totalit\u00e9 des plaisirs. La richesse en elle-m\u00eame n\u2019est pas un bien, mais uniquement un moyen d\u2019obtenir du plaisir. La propri\u00e9t\u00e9 peut \u00eatre une charge pour ceux qui y sont attach\u00e9s, c&rsquo;est pourquoi, disait Aristippe, \u00abil faut avoir autant de choses qu&rsquo;on peut sauver lors d&rsquo;un naufrage\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">La sagesse, du point de vue cyr\u00e9na\u00efque, consiste \u00e0 ne pas \u00eatre esclave des plaisirs, mais \u00e0 les subordonner \u00e0 votre volont\u00e9 rationnelle. H\u00e9g\u00e9sius, disciple d&rsquo;Aristippe, surnomm\u00e9 \u00abCelui qui persuade de mourir\u00bb, consid\u00e9rait le bonheur parfait comme inaccessible, car \u00abnotre corps est rempli de nombreuses souffrances, et l&rsquo;\u00e2me partage les souffrances du corps et donc les soucis\u00bb, c&rsquo;est pourquoi la mort est pr\u00e9f\u00e9rable pour un personne raisonnable, et la vie est indiff\u00e9rente (Diog\u00e8ne Laertius, I, 94). Le fondateur de l&rsquo;\u00e9cole cynique \u00e9tait <strong>Antisth\u00e8ne<\/strong> d&rsquo;Ath\u00e8nes (vers 455 &#8211; vers 360 av. J.-C.), \u00e9l\u00e8ve du sophiste Gorgias, puis de Socrate. Le nom de l&rsquo;\u00e9cole remonte au mot \u00abchien\u00bb (grec \u03ba\u03cd\u03c9\u03bd, Gen. Pad. \u03ba\u03c5\u03bd\u03cc\u03c2), puisque les Cyniques, selon leurs ennemis, voyaient le bonheur dans le fait de vivre \u00abcomme un chien\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;\u00eatre \u00abplus pr\u00e8s de nature.\u00a0\u00bb La philosophie, de leur point de vue, est une sagesse de vie qui ne n\u00e9cessite aucune connaissance abstraite. Antisth\u00e8ne soutenait qu&rsquo;il est impossible de d\u00e9terminer l&rsquo;essence d&rsquo;une chose ; on peut seulement dire qu&rsquo;une chose donn\u00e9e poss\u00e8de certaines qualit\u00e9s. D&rsquo;o\u00f9 la th\u00e8se de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de la contradiction: \u00abUne seule chose peut \u00eatre dite d&rsquo;une chose, \u00e0 savoir seulement son nom propre\u00bb (Aristote. M\u00e9taphysique, V, 29, 1024b). Une chose ne doit \u00eatre d\u00e9sign\u00e9e que par son nom propre, qui ne d\u00e9signe qu&rsquo;une seule chose.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c0 partir de ces positions, les cyniques ont critiqu\u00e9 la doctrine des \u00abid\u00e9es\u00bb de Platon. Selon Platon, chaque chose (individu) est quelque chose de sp\u00e9cifique en raison de son implication dans l&rsquo;une ou l&rsquo;autre \u00abid\u00e9e\u00bb, une essence universelle (g\u00e9n\u00e9rale), cependant, selon les Cyniques, il est impossible d&rsquo;exprimer un g\u00e9n\u00e9ral sur un individu, c&rsquo;est-\u00e0-dire c&rsquo;est, par exemple, dire: \u00abSocrate est un homme\u00bb. Tout ce qu\u2019on peut dire, c\u2019est que Socrate est \u00abSocrate\u00bb et que l\u2019homme est \u00abhomme\u00bb, etc.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si la v\u00e9ritable compr\u00e9hension d\u2019une chose se r\u00e9sume \u00e0 son \u00abnom propre\u00bb, alors le vrai bien est le \u00abpropre bien\u00bb de chacun. Ce \u00abbien\u00bb ne sont pas les choses, ni le pouvoir, ni la propri\u00e9t\u00e9, ni la sant\u00e9, ni m\u00eame la vie en tant que telle. Ce qui est vraiment \u00abpropre\u00bb \u00e0 une personne, c&rsquo;est sa libert\u00e9 int\u00e9rieure. C&rsquo;est la vraie vertu, qui consiste dans l&rsquo;abstinence des plaisirs et l&rsquo;insensibilit\u00e9 \u00e0 la souffrance. \u00c0 la suite des sophistes, les cyniques distinguaient la nature (\u00abphusis\u00bb) et les institutions humaines (\u00abnomos\u00bb). La nature, selon leur compr\u00e9hension, d\u00e9termine le minimum dont une personne a besoin et sert de crit\u00e8re suffisant pour le comportement moral. Tout ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme la norme dans la soci\u00e9t\u00e9 humaine est artificiel et conditionnel, les opinions sont fausses et \u00e9loignent du vrai bonheur, la vertu et le vice au sens g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9 du terme sont des mots vides de sens. \u00abIl existe de nombreux dieux populaires, mais il existe un dieu naturel\u00bb, argumentait Antisth\u00e8ne (Cic\u00e9ron. Sur la nature des dieux, I, 32). Les cyniques condamnaient la richesse, le luxe et le plaisir, pr\u00e9f\u00e9rant \u00e0 ces choses une vie sans pr\u00e9tention, un travail mod\u00e9r\u00e9 qui apaise l&rsquo;esprit et fortifie le corps, et une pauvret\u00e9 honn\u00eate. L&rsquo;\u00e9l\u00e8ve d&rsquo;Antisth\u00e8ne \u00e9tait <strong>Diog\u00e8ne<\/strong> de Sinope (vers 404 &#8211; vers 323 avant JC). Tout ce dont parlait Antisth\u00e8ne, Diog\u00e8ne le mettait en pratique. Il errait pieds nus \u00e0 travers la Gr\u00e8ce, v\u00eatu d&rsquo;un manteau grossier sur son corps nu, avec un sac de mendiant et un gros b\u00e2ton. Lorsqu&rsquo;on lui a demand\u00e9 d&rsquo;o\u00f9 il venait, Diog\u00e8ne a r\u00e9pondu: \u00abJe suis un citoyen du monde.\u00bb Tous ses biens \u00e9taient contenus dans une tasse en argile, et m\u00eame il frappa une pierre, apr\u00e8s avoir vu un jour comment un gar\u00e7on buvait au bord de la rivi\u00e8re simplement avec la paume de ses mains: \u00abLe gar\u00e7on s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 plus sage que moi.\u00bb dit Diog\u00e8ne. A Corinthe, o\u00f9 il se rendait le plus souvent, Diog\u00e8ne s&rsquo;installa dans un tonneau rond en argile &#8211; le pithos. Il vivait d&rsquo;aum\u00f4nes sur la place, exigeant cela comme son d\u00fb. Quelqu&rsquo;un lui fit remarquer qu&rsquo;on fait l&rsquo;aum\u00f4ne aux boiteux et aux aveugles, mais non aux philosophes; Diog\u00e8ne r\u00e9pondit: \u00abParce que les gens le savent: ils peuvent devenir boiteux et aveugles, mais jamais philosophes.\u00bb Il arpentait les rues en pleine journ\u00e9e avec une lanterne et criait: \u00abJe cherche un homme! Platon a un jour donn\u00e9 la c\u00e9l\u00e8bre d\u00e9finition: \u00abL\u2019homme est un animal \u00e0 deux pattes, d\u00e9pourvu de plumes\u00bb. En r\u00e9ponse, Diog\u00e8ne plume le coq, l\u2019apporte \u00e0 son \u00e9cole et dit: \u00abVoici l\u2019homme de Platon!\u00bb Ils lui dirent: \u00abTu ne sais rien, mais tu philosophes!\u00bb Il r\u00e9pondit: \u00abSi seulement je pr\u00e9tendais \u00eatre un sage, alors cela aussi serait de la philosophie!\u00bb Il v\u00e9cut assez longtemps pour voir Alexandre le Grand. Lorsqu&rsquo;Alexandre \u00e9tait \u00e0 Corinthe, il vint voir Diog\u00e8ne. Il s&rsquo;est allong\u00e9 et s&rsquo;est dor\u00e9 au soleil. \u00abJe suis Alexandre, roi de Mac\u00e9doine, et bient\u00f4t du monde entier\u00bb, dit Alexandre. Que puis-je faire pour vous? \u00ab\u00a0\u00c9cartez-vous et ne me bloquez pas le soleil\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit Diog\u00e8ne. Alexandre s&rsquo;\u00e9loigna et dit \u00e0 ses amis: \u00abSi je n&rsquo;\u00e9tais pas Alexandre, je voudrais \u00eatre Diog\u00e8ne\u00bb (Diog\u00e8ne Laertius, VI, 20-81).<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1.<\/em>\u00a0Anthologie du cynisme. Fragments d&rsquo;\u0153uvres de penseurs cyniques (Antisth\u00e8ne, Diog\u00e8ne, Crat\u00e8s, Cercides, Dion). M., 1984.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2. Bogomolov A. S.<\/em>\u00a0Philosophie ancienne. M., 1985.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3. Vasilyeva T. V.<\/em>\u00a0Commentaires sur le cours d&rsquo;histoire de la philosophie ancienne. M., 2002.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4. Gomperts T.<\/em>\u00a0Penseurs grecs. T.I-II. Saint-P\u00e9tersbourg, 1999.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>5.Diog\u00e8ne La\u00ebrce.<\/em>\u00a0\u00c0 propos de la vie, des enseignements et des paroles de philosophes c\u00e9l\u00e8bres \/ Trad. du grec M. L. Gasparova. 2e \u00e9d. M., 1986.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6.Dobrokhotov A.L.<\/em>\u00a0Doctrine des pr\u00e9socratiques sur l&rsquo;\u00eatre. M., 1980.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>7. Yeager V.<\/em>\u00a0Paideia. \u00c9ducation d&rsquo;un grec ancien. T. 1. M., 2001 ; T. 2. M., 1997.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8.X\u00e9nophon d&rsquo;Ath\u00e8nes.<\/em>\u00a0\u00c9crits socratiques. M.\u00a0; L., 1935 ; recuire X\u00e9nophon. Souvenirs de Socrate. M., 1993.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>9. Lurie S. Ya.<\/em>\u00a0D\u00e9mocrite. Textes, traduction, recherche. L., 1970.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>10. Makovelsky A. O.<\/em>\u00a0Sophistes. Vol. 12. Bakou, 1940-1941 11<br \/>\n<em>. Rozhansky I.D.<\/em><\/p>\n<p align=\"justify\"><em>11.<\/em>\u00a0Anaxagore. Aux origines de la science antique. M., 1972.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>12. Rozhansky I. D.<\/em>\u00a0D\u00e9veloppement des sciences naturelles \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;Antiquit\u00e9. Premi\u00e8re science grecque de la \u00ab nature \u00bb. M., 1979.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>13. Tannerie P.<\/em>\u00a0Les premiers pas de la science grecque antique. Saint-P\u00e9tersbourg, 1902.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>14.<\/em>\u00a0Fragments des premiers philosophes grecs \/ Ed. pr\u00e9paration A.V. L\u00e9bedev. Partie I. Des th\u00e9ocosmogonies \u00e9piques \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;atomisme. M., 1989.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>15.Zeller E.<\/em>\u00a0Essai sur l&rsquo;histoire de la philosophie grecque. Saint-P\u00e9tersbourg, 1996.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vers le milieu du Ve si\u00e8cle. avant JC e. En Gr\u00e8ce, les conditions sont r\u00e9unies pour une r\u00e9volution culturelle qui, au cours de plusieurs d\u00e9cennies, a touch\u00e9 toutes les sph\u00e8res de la vie sociale et politique et a produit un changement radical dans la fa\u00e7on de penser d&rsquo;une grande partie de la population civile, ainsi que dans la direction m\u00eame des activit\u00e9s philosophiques.&hellip;<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/08\/sophistes-et-socrate\/\">Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":739,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49,180],"tags":[99],"class_list":{"0":"post-557","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-philosophie","8":"category-filosofiaantichnosti","9":"tag-enseignements-des-sophistes"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/557","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=557"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/557\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":919,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/557\/revisions\/919"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/739"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=557"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=557"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=557"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}