{"id":566,"date":"2024-06-08T20:21:41","date_gmt":"2024-06-08T17:21:41","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=566"},"modified":"2025-11-20T20:15:54","modified_gmt":"2025-11-20T17:15:54","slug":"epicure","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/08\/epicure\/","title":{"rendered":"\u00c9picure. D\u00e9livrer l&rsquo;\u00e2me humaine de la souffrance"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">\u00c9picure est n\u00e9 en janvier ou f\u00e9vrier 341 av. e., dans sa jeunesse, il a v\u00e9cu \u00e0 Samos et Teos. Son p\u00e8re \u00e9tait, selon toute vraisemblance, professeur d&rsquo;\u00e9cole. \u00c9picure s&rsquo;est tourn\u00e9 vers la philosophie \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans, lorsque, en tant que professeur de litt\u00e9rature, il a lu les \u0153uvres de D\u00e9mocrite. D\u00e9mocrite Nausifan devint son professeur de philosophie. \u00c9picure devient professeur de philosophie \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 32 ans, d&rsquo;abord \u00e0 Mytil\u00e8ne et Lampsaque, puis, \u00e0 partir de 307, \u00e0 Ath\u00e8nes, o\u00f9 il fonde son \u00e9cole. L&rsquo;\u00e9cole \u00e9tait situ\u00e9e dans le jardin d&rsquo;\u00c9picure, c&rsquo;est pourquoi elle \u00e9tait appel\u00e9e \u00abLe Jardin\u00bb, et les adeptes d&rsquo;\u00c9picure \u00e9taient des \u00abphilosophes des jardins\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/08\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-ii-philosophie-de-lantiquite-philosophie-de-lepoque-hellenistique-chapitre-6-epicure\/epikur230624\/\" rel=\"attachment wp-att-750\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-750\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/epikur230624-300x196.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"196\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/epikur230624-300x196.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/epikur230624.jpg 700w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9picure a \u00e9crit environ 300 ouvrages, mais seule la \u00abLettre \u00e0 H\u00e9rodote\u00bb nous est parvenue, exposant les principes g\u00e9n\u00e9raux de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie et de la physique d&rsquo;\u00c9picure, \u00abLettre \u00e0 Pythocle\u00bb, consacr\u00e9e aux ph\u00e9nom\u00e8nes c\u00e9lestes, \u00abLettre \u00e0 M\u00e9n\u00e9c\u00e9e\u00bb, interpr\u00e9tant la partie \u00e9thique de l&rsquo;enseignement, Pens\u00e9es principales\u00bb. Le reste de l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;\u00c9picure nous est connu gr\u00e2ce \u00e0 des fragments et des expos\u00e9s d&rsquo;autres \u00e9crivains. Comme de nombreux professeurs de litt\u00e9rature dans les \u00e9coles, \u00c9picure n&rsquo;\u00e9tait pas un ma\u00eetre du style. De plus, le texte grec de ses \u0153uvres \u00e9tait soumis \u00e0 des distorsions importantes, il est donc souvent difficile de juger de la v\u00e9ritable pens\u00e9e d&rsquo;\u00c9picure.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La compr\u00e9hension d&rsquo;\u00c9picure de la philosophie.<\/strong> \u00c9picure est extr\u00eamement loin de comprendre la philosophie comme une \u00e9tude de la v\u00e9rit\u00e9 th\u00e9orique, comme une recherche d&rsquo;une connaissance \u00abpure\u00bb difficile \u00e0 atteindre. Sa philosophie \u00e9tait cens\u00e9e servir les besoins les plus urgents de l\u2019homme: la d\u00e9livrance de l\u2019\u00e2me humaine de la souffrance. Tout comme un m\u00e9decin s&rsquo;efforce de d\u00e9barrasser le corps de la douleur et de la maladie, le philosophe gu\u00e9rit l&rsquo;\u00e2me en la lib\u00e9rant de la souffrance. Celui qui ne fait pas cela n\u2019est pas un philosophe. Selon Sextus Empiricus, \u00c9picure d\u00e9finit la philosophie comme \u00abune activit\u00e9 qui cr\u00e9e une vie heureuse par la parole et le raisonnement\u00bb. La philosophie m\u00e8ne \u00e0 la sagesse, but ultime de la perfection humaine. Ayant atteint cet objectif, il ne peut plus tomber dans l\u2019ignorance. Le sage est d\u00e9j\u00e0 compl\u00e8tement \u00e9tranger \u00e0 toute opinion qui, selon \u00c9picure, est une \u00abmaladie sacr\u00e9e\u00bb. Cependant, tout le monde ne peut pas devenir sage: pour cela, il faut avoir un corps dot\u00e9 de certaines propri\u00e9t\u00e9s, et en plus, \u00eatre hell\u00e9nique et non barbare. \u00c9picure est \u00e9tranger au cosmopolitisme pr\u00each\u00e9 par les sto\u00efciens ; en v\u00e9ritable Ath\u00e9nien, il reste fid\u00e8le aux pr\u00e9ceptes d&rsquo;Aristote. La vraie sagesse ne n\u00e9cessite aucune science complexe et abstraite, comme les math\u00e9matiques. Ici, \u00c9picure s\u2019oppose avant tout \u00e0 la compr\u00e9hension platonicienne et en partie aristot\u00e9licienne de la philosophie. Beaucoup dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 pensaient que le rejet des sciences math\u00e9matiques par \u00c9picure \u00e9tait d\u00fb \u00e0 son ignorance de celles-ci. Cependant, comme le dit Lucius Torquatus dans le dialogue de Cic\u00e9ron \u00abSur les limites du bien et du mal\u00bb, \u00abnon, \u00c9picure n&rsquo;\u00e9tait pas ignorant, les ignorants sont ceux qui croient que jusqu&rsquo;\u00e0 un \u00e2ge avanc\u00e9 il faut \u00e9tudier ce qu&rsquo;il \u00e9tait dommage de ne pas apprendre dans enfance.\u00a0\u00bb Seules les sciences qui aident \u00e0 atteindre le bonheur valent la peine d&rsquo;\u00eatre \u00e9tudi\u00e9es: \u00abl&rsquo;art (et la science. &#8211; D.B. <em>)<\/em>a la capacit\u00e9 de fournir des avantages vitaux. Cela ne sert \u00e0 rien non plus en po\u00e9sie, c&rsquo;est pourquoi \u00c9picure a parl\u00e9 du \u00abbruit des po\u00e8tes\u00bb, des \u00ababsurdit\u00e9s hom\u00e9riques\u00bb, de \u00abla s\u00e9duction destructrice des l\u00e9gendes\u00bb, etc. \u00c9picure lui-m\u00eame n&rsquo;\u00e9tait pas un \u00e9crivain \u00e9l\u00e9gant, et diverses subtilit\u00e9s et beaut\u00e9s dont la cr\u00e9ativit\u00e9 est riche, par exemple Platon, n&rsquo;a pas suscit\u00e9 son approbation. L&rsquo;ironie du Socrate de Platon, dont Cic\u00e9ron parlait de l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, lui \u00e9tait compl\u00e8tement \u00e9trang\u00e8re. Les ennemis de l&rsquo;\u00e9picurisme &#8211; les m\u00eames Cic\u00e9ron et Plutarque &#8211; lui attribuent l&rsquo;ingratitude envers ses propres professeurs de philosophie: au platonicien Pamphile, au D\u00e9mocrite Nausiphane. Cic\u00e9ron \u00e9crit qu&rsquo;\u00c9picure s&rsquo;est prononc\u00e9 contre Pythagore, Platon, Emp\u00e9docle, Aristote et s&rsquo;est m\u00eame montr\u00e9 ingrat envers D\u00e9mocrite. Selon Diog\u00e8ne Laertius, \u00c9picure, jouant avec les mots, appelait D\u00e9mocrite (litt\u00e9ralement en grec \u00abTribunal du peuple\u00bb) \u00abTribunal des absurdit\u00e9s\u00bb (\u039b\u03b7\u03c1\u03cc\u03ba\u03c1\u03b9\u03c4\u03bf\u03c2). Les ennemis parlent de l&rsquo;ambition d&rsquo;\u00c9picure, qui ne voulait pas admettre que quelqu&rsquo;un puisse lui apprendre. M\u00eame si l\u2019on reconna\u00eet l\u2019attitude hostile d\u2019\u00c9picure \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tous ces philosophes, il n\u2019est pas du tout n\u00e9cessaire de voir en lui une manifestation d\u2019une soif de gloire et d\u2019ingratitude. Sans parler des philosophes id\u00e9alistes, Platon et Aristote, dont la vision du monde laisse, selon \u00c9picure, les gens dans l\u2019obscurit\u00e9 et la souffrance, et le concept de D\u00e9mocrite selon lequel la philosophie est une recherche d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e des causes physiques ne pouvait pas satisfaire \u00c9picure. Comme vous le savez, le jeune Marx, dans sa th\u00e8se de doctorat, a parl\u00e9 des diff\u00e9rences fondamentales dans la compr\u00e9hension de la sagesse entre \u00c9picure et D\u00e9mocrite. L&rsquo;un s&rsquo;efforce de comprendre la nature avec ses lois immuables, l&rsquo;autre ne se soucie pas de la nature et de son \u00e9tude si cela n&rsquo;aide pas une personne \u00e0 se d\u00e9barrasser de la peur de la mort et de la peur des tourments au-del\u00e0 de la tombe. \u00abSi nous n&rsquo;\u00e9tions en aucune fa\u00e7on troubl\u00e9s par les soup\u00e7ons sur les corps c\u00e9lestes et la mort, nous faisant croire qu&rsquo;ils ont quelque chose \u00e0 voir avec nous, et aussi par notre ignorance des limites de la souffrance et des d\u00e9sirs, nous n&rsquo;aurions pas besoin d&rsquo;\u00e9tudier la nature.\u00bb Cette affirmation d&rsquo;\u00c9picure permet \u00e0 elle seule de comprendre les raisons de son ingratitude envers D\u00e9mocrite. Ainsi, l\u2019art pur et la philosophie pure n\u2019ont aucune valeur; la vraie philosophie n\u2019est rien d\u2019autre que gu\u00e9rir l\u2019\u00e2me, la soulager de la culpabilit\u00e9 et de la peur de la mort, la conduisant au v\u00e9ritable plaisir.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Canoniques.<\/strong> Bien que l&rsquo;on pense traditionnellement que la philosophie \u00e9tait divis\u00e9e, selon \u00c9picure, en trois parties: le canon, la physique et l&rsquo;\u00e9thique, ce n&rsquo;est pas tout \u00e0 fait vrai. \u00c9picure n&rsquo;a pas reconnu l&rsquo;ind\u00e9pendance de la partie qui \u00e9tudie les conditions de notre connaissance. Elle, comme en t\u00e9moigne S\u00e9n\u00e8que, n&rsquo;\u00e9tait pour \u00c9picure qu&rsquo;un appendice (accessio) de la doctrine de la nature. En effet, selon \u00c9picure, l&rsquo;\u00e9tude m\u00eame de la nature devrait enseigner la cognition, le raisonnement et la parole \u00abGr\u00e2ce \u00e0 la physique, dit l&rsquo;\u00e9picurien Lucius Torquatus dans le dialogue de Cic\u00e9ron, le sens des mots, la nature de la parole et le sens des cons\u00e9quences. ou les n\u00e9gations peuvent \u00eatre comprises. Ou, comme le dit Diog\u00e8ne Laertius, \u00abil suffit \u00e0 un physicien de suivre les mots sur les choses elles-m\u00eames\u00bb. C&rsquo;est la physique qui est la r\u00e8gle ou le canon pour la connaissance de toute chose, tous les jugements sur les choses y remontent, c&rsquo;est elle, et non les r\u00e8gles logiques formelles, qui permet de distinguer le vrai du faux. Par cons\u00e9quent, \u00c9picure a ni\u00e9 la dialectique, n&rsquo;a pas d\u00e9velopp\u00e9 la doctrine du syllogisme et de l&rsquo;inf\u00e9rence et a n\u00e9glig\u00e9 la doctrine de la d\u00e9finition et de la division g\u00e9n\u00e9rique. L\u2019un des \u00absaints p\u00e8res\u00bb (J\u00e9r\u00f4me) a r\u00e9sum\u00e9 cette orientation d\u2019\u00c9picure par ces mots: \u00abNe vous inqui\u00e9tez pas de la fa\u00e7on dont vous parlez, mais de ce que vous dites.\u00bb \u00c9picure a compris qu&rsquo;apr\u00e8s avoir reconnu l&rsquo;existence ind\u00e9pendante de la science de la connaissance, il devait \u00e9galement reconna\u00eetre la pr\u00e9sence chez l&rsquo;homme d&rsquo;un esprit existant s\u00e9par\u00e9 du corps, ce qui, comme nous le verrons, contredisait les fondements de sa philosophie. Par cons\u00e9quent, le soi-disant canon, la doctrine des r\u00e8gles de la connaissance, \u00e0 laquelle \u00c9picure a consacr\u00e9 l&rsquo;essai \u00abSur le crit\u00e8re, ou Canon\u00bb, doit \u00eatre compris comme une partie de la physique, comme un seuil indissociable de celle-ci.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9picure reconnaissait les sensations (\u03b1\u03b9\u03c3\u03b8\u03ae\u03c3\u03b5\u03b9\u03c2), les \u00abanticipations\u00bb ou concepts g\u00e9n\u00e9raux (\u03c0\u03c1\u03bf\u03bb\u03ae\u03c8\u03b5\u03b9\u03c2) et les passions (\u03c0\u03ac\u03b8\u03b7) comme crit\u00e8res de v\u00e9rit\u00e9, et plus tard les \u00e9picuriens ajout\u00e8rent \u00abdes jets de pens\u00e9e fantastiques\u00bb (\u03c6\u03b1\u03bd\u03c4\u03b1\u03c3\u03c4\u03b9\u03ba\u03b1\u03af \u03ad\u03c0\u03b9\u03b2\u03bf\u03bb\u03b1\u03b9). \u03c4\u03b7\u03c2 \u03b4\u03b9\u03b1\u03bd\u03bf\u03af\u03b1\u03c2). La sensation est le crit\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9, puisque rien ne peut ajouter ou retrancher \u00e0 son t\u00e9moignage. Alors, la sensation est irr\u00e9futable, car les sensations homog\u00e8nes ne peuvent se r\u00e9futer du fait qu&rsquo;elles sont \u00e9quivalentes. Et les sensations h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes se rapportent \u00e0 des choses diff\u00e9rentes. Une sensation ne peut \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e par le raisonnement. Platon se trompe, selon \u00c9picure, en essayant de prouver la fausset\u00e9 des sensations, car la preuve et le raisonnement lui-m\u00eame d\u00e9pendent enti\u00e8rement des sensations. Toute pens\u00e9e na\u00eet de sensations en raison de leur co\u00efncidence al\u00e9atoire, similitude, ressemblance et juxtaposition avec un ajout venant de l&rsquo;esprit. La sensation ne nous montre pas seulement un objet, mais nous montre ce qu&rsquo;il est r\u00e9ellement. Le scepticisme de D\u00e9mocrite, sa doctrine des types clairs et obscurs de la connaissance \u00e9taient \u00e9trangers \u00e0 \u00c9picure, qui \u00e9tait enclin au ph\u00e9nom\u00e9nisme de Protagora: ce qu&rsquo;une chose semble \u00eatre est ce qu&rsquo;elle est r\u00e9ellement.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comment \u00c9picure comprend-il la sensation? Des objets solides leurs impressions, ou impressions (\u03c4\u03cd\u03c0\u03bf\u03b9), sont s\u00e9par\u00e9es, semblables aux objets en forme, conservant la position et l&rsquo;ordre correspondant \u00e0 la chose, mais beaucoup plus subtiles que les choses. \u00c9picure appelle ces gravures des images (\u03b5\u03af\u03b4\u03c9\u03bb\u03b1). Ils se s\u00e9parent continuellement de la surface d&rsquo;un corps solide, se propagent \u00e0 une vitesse \u00e9norme dans l&rsquo;environnement et peuvent p\u00e9n\u00e9trer dans n&rsquo;importe quel trou. Nous ne remarquons pas cette s\u00e9paration, puisque les choses, perdant constamment leurs couches, en acqui\u00e8rent de plus en plus de nouvelles.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les impressions peuvent maintenir longtemps l&rsquo;ordre et la position des atomes dans un solide, mais elles peuvent aussi se m\u00e9langer les unes aux autres et, en outre, elles forment facilement de nouvelles combinaisons dans l&rsquo;air. Quand ils entrent en nous, nous voyons et pensons. De plus, les images qui tombent dans nos yeux ou dans nos oreilles maintiennent toujours l&rsquo;ordre et la position des atomes d&rsquo;un corps solide; elles sont semblables aux choses par la forme et la couleur, gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;\u00e9norme vitesse de leur mouvement, elles cr\u00e9ent en nous l&rsquo;impression; (\u03c6\u03b1\u03bd\u03c4\u03b1\u03c3\u03af\u03b1) d&rsquo;un objet unique et continu. Et ces images qui nous p\u00e9n\u00e8trent par d\u2019autres pores agissent directement sur l\u2019esprit, qui est la partie mat\u00e9rielle la plus subtile et la plus mobile de notre \u00e2me mat\u00e9rielle. Ces images, selon Lucr\u00e8ce, qui expose dans le quatri\u00e8me livre de \u00abDe la nature des choses\u00bb le concept \u00e9picurien des images, d\u00e9passant les images visuelles en subtilit\u00e9, sont souvent un m\u00e9lange de diff\u00e9rentes parties de couches objectives. Gr\u00e2ce aux images de ce deuxi\u00e8me type, nous avons des images telles que l&rsquo;image d&rsquo;un centaure, d&rsquo;un mi-cheval mi-homme, du chien \u00e0 trois t\u00eates Cerb\u00e8re, etc. Si de telles images qui influencent notre esprit re\u00e7oivent une confirmation et ne sont pas r\u00e9fut\u00e9, un mensonge surgira, si au contraire il est vrai. Les images elles-m\u00eames sont toujours vraies, car elles constituent elles-m\u00eames une r\u00e9alit\u00e9 objective et mat\u00e9rielle qui refl\u00e8te correctement la position et l&rsquo;ordre des atomes \u00e0 la surface des corps solides. Mais comme parfois dans les images il y a une confusion dans l&rsquo;ordre correct des atomes du corps originel, puisque de nombreuses images sont un m\u00e9lange d&rsquo;images diff\u00e9rentes de choses diff\u00e9rentes, alors ce serait une erreur de consid\u00e9rer de tels m\u00e9langes et combinaisons d&rsquo;images correspondant \u00e0 des choses. . Par cons\u00e9quent, m\u00eame si toutes les images sont r\u00e9elles et vraies, nous devons toujours faire la distinction entre les images qui refl\u00e8tent les choses elles-m\u00eames et les combinaisons de plusieurs images en une seule image. Par exemple, le trait d&rsquo;Ivan Karamazov en tant que sensation n\u00e9e sous l&rsquo;influence de nombreuses images combin\u00e9es en une seule est une vraie sensation, mais quand nous commen\u00e7ons \u00e0 croire que la sensation du trait correspond \u00e0 une seule r\u00e9alit\u00e9 corporelle, nous exprimerons une faux avis. L&rsquo;id\u00e9e du diable est n\u00e9e dans l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;Ivan Karamazov, lorsque des images qui se d\u00e9collaient d&rsquo;un certain ensemble d&rsquo;objets et flottaient au hasard dans l&rsquo;air, puis y p\u00e9n\u00e9traient, une image complexe d&rsquo;une certaine cr\u00e9ature est n\u00e9e dans son \u00e2me<br \/>\n<a title=\"\u00c9picure appelait sensation (\u03b1\u0390\u03c3\u03b8\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2) \u00e0 la fois une image qui traduit correctement les contours d'un objet et une image r\u00e9sultant de nombreuses images du premier type flottant dans l'air. Les \u00e9picuriens ult\u00e9rieurs d\u00e9sign\u00e8rent le deuxi\u00e8me type d\u2019image par l\u2019expression \u00ab saut fantastique de la pens\u00e9e \u00bb (\u03c6\u03b1\u03bd\u03c4\u03b1\u03c3\u03c4\u03b9\u03ba\u03ae \u03b5\u03c0\u03b9\u03b2\u03bf\u03bb\u03ae \u03c4\u03b7\u03c2 \u03b4\u03b9\u03b1\u03bd\u03bf\u03af\u03b1\u03c2).\"><sup>[5]<\/sup><\/a>\u00a0. Ainsi, les sensations, selon \u00c9picure, sont toujours vraies, mais les opinions sur les sensations, les jugements sur les sensations peuvent \u00eatre \u00e0 la fois vrais et faux. Il faut toujours faire confiance \u00e0 l\u2019implicite et au non-\u00e9vident avec ce qui est toujours le m\u00eame et clair. \u00c0 partir des sensations, nous devons d\u00e9duire ce qui n\u2019est pas clair et qui n\u2019est pas \u00e9vident pour nous. Une telle conclusion est appel\u00e9e un jugement d&rsquo;\u00c9picure\u00a0<em>(<\/em>\u00a0\u03bb\u03cc\u03b3\u03bf\u00a0<em>\u03c2).<\/em>En m\u00eame temps, nous devons veiller \u00e0 ce que ce qui est flou et non \u00e9vident s&rsquo;accorde avec ce qui est clair et \u00e9vident, c&rsquo;est-\u00e0-dire que notre pens\u00e9e (\u03ad\u03c0\u03af\u03bd\u03bf\u03b9\u03b1), qui vient des sensations, ne s&rsquo;en d\u00e9tache pas et ne les contredit pas. La philosophie ne doit pas abandonner les jugements g\u00e9n\u00e9raux, mais les v\u00e9rifier constamment par la sensation comme les plus \u00e9vidents de notre connaissance.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9picure appelait \u00abl&rsquo;anticipation\u00bb <em>(<\/em>\u00a0\u03c0\u03c1\u03bf\u03bb\u03ae\u03c8\u03b5\u03b9\u03c2\u00a0<em>) un autre crit\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9.<\/em> Lorsque nous disons \u00abC&rsquo;est un homme instruit\u00bb, nous pensons en m\u00eame temps \u00e0 une image ou une empreinte (\u03c4\u03cd\u03c0\u03bf\u03c2) d&rsquo;une personne qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 en nous avant cette affirmation en raison de sensations. \u00abL&rsquo;anticipation\u00bb est \u00abla m\u00e9moire de ce qui est souvent apparu de l&rsquo;ext\u00e9rieur\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la m\u00e9moire de nombreuses sensations similaires du m\u00eame objet. L&rsquo;anticipation dans ce sens est aussi pour nous le sens premier, le plus clair et le plus compr\u00e9hensible du mot, \u00e0 partir duquel nous devons toujours partir. Comme l&rsquo;\u00e9crit T.V. Vasilyeva, \u00abl&rsquo;anticipation&#8230; est une certaine impression associ\u00e9e \u00e0 un mot de l&rsquo;objet d\u00e9sign\u00e9 par ce mot, dont l&rsquo;anticipation \u00e9tait des sensations\u00bb (6: 240). Selon \u00c9picure, il est impossible d&rsquo;expliquer logiquement ce premier sens ; il repose uniquement sur la consolidation de sensations r\u00e9currentes et la formation sur leur base d&rsquo;une image claire d&rsquo;une chose. Sans anticipation, nous ne pourrions enqu\u00eater, douter, avoir une opinion ou r\u00e9futer quoi que ce soit. En effet, si je vois au loin la silhouette d&rsquo;un animal et que je n&rsquo;arrive pas \u00e0 comprendre s&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une vache ou d&rsquo;un cheval, et que je souhaite l&rsquo;examiner, j&rsquo;aurais d\u00e9j\u00e0 d\u00fb conna\u00eetre \u00e0 l&rsquo;avance la forme du taureau et du cheval. Cette connaissance qui pr\u00e9c\u00e8de mes recherches est ce qu\u2019\u00c9picure appelait l\u2019anticipation. Les anticipations ne peuvent pas \u00eatre comprises comme une unit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mologique ind\u00e9pendante des sentiments. Ils s\u2019enracinent dans nos ressentis et les r\u00e9sument. \u00c9picure oppose \u00abl&rsquo;anticipation\u00bb <em>(<\/em>\u00a0\u03c0\u03c1\u03cc\u03bb\u03b7\u03c8\u03b9\u03c2\u00a0<em>)<\/em> \u00e0 la \u00abfausse compr\u00e9hension\u00bb ( \u03c8\u03b5\u03c5\u03b4\u03ae\u03c2 \u03cd\u03c0\u03cc\u03bb\u03b7\u03c8\u03b9\u03c2 <em>).<\/em> Par exemple, nous avons des anticipations sur les dieux gr\u00e2ce \u00e0 leurs images flottantes partout, mais les id\u00e9es sur les dieux punisseurs et surveillants sont des id\u00e9es fausses, qui ne sont bas\u00e9es sur aucune sensation claire ou \u00abanticipation\u00bb dieu (\u03b8\u03b5\u03cc\u03c2) ne porte en lui aucune trace du concept de r\u00e9tribution et de justice divines.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La physique.<\/strong> Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que l&rsquo;\u00e9tude de la nature n&rsquo;\u00e9tait pas une fin en soi aux yeux d&rsquo;\u00c9picure; elle \u00e9tait cens\u00e9e lib\u00e9rer l&rsquo;\u00e2me humaine des fausses peurs et des faux espoirs, de la souffrance en g\u00e9n\u00e9ral. Et bien que la base de la physique \u00e9picurienne soit la conception de la nature de D\u00e9mocrite, ces enseignements ne sont pas les m\u00eames. La th\u00e9orie physique d&rsquo;\u00c9picure repose sur un certain nombre de dispositions qui, bien que non donn\u00e9es directement dans la sensation, ne contredisent n\u00e9anmoins pas les sensations et sont coh\u00e9rentes avec elles. La n\u00e9gation de ces dispositions conduit, selon \u00c9picure, \u00e0 des conclusions impossibles. La premi\u00e8re proposition affirme que rien ne peut na\u00eetre de rien. L\u2019hypoth\u00e8se de la possibilit\u00e9 d\u2019une sortie de la non-existence d\u00e9truit, selon \u00c9picure, toute r\u00e9gularit\u00e9 de notre monde. Si quelque chose naissait du n\u00e9ant, n\u2019importe quelle chose pourrait na\u00eetre de n\u2019importe quoi. Les gens sortiraient de l&rsquo;eau, les poissons et les oiseaux sortiraient de la terre, le b\u00e9tail volerait du ciel, etc. Il n&rsquo;y aurait pas besoin de certaines graines, d&rsquo;o\u00f9, selon \u00c9picure, certaines choses naissent. Avant m\u00eame l\u2019av\u00e8nement du christianisme avec sa th\u00e8se de la cr\u00e9ation \u00e0 partir de rien, \u00c9picure montre comment une telle doctrine d\u00e9truit \u00e0 la racine toute possibilit\u00e9 de connaissance scientifique. Ensuite, si tout ce qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit tombait dans l\u2019oubli, alors tout p\u00e9rirait progressivement et s\u2019effondrerait, ce qui est impossible. Par cons\u00e9quent, la destruction des choses n&rsquo;est que leur d\u00e9composition en leurs \u00e9l\u00e9ments constitutifs, le r\u00e9arrangement (\u03bc\u03b5\u03c4\u03ac\u03b8\u03b5\u03c3\u03b9\u03c2) des \u00e9l\u00e9ments, leur afflux et leur sortie, et c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9mergence et la destruction. De plus, l\u2019Univers (c\u2019est-\u00e0-dire \u03c0\u03ac\u03bd<em>)<\/em>\u00a0a toujours \u00e9t\u00e9 tel qu\u2019il est actuellement et le restera pour toujours. Aucun changement ne peut \u00eatre autoris\u00e9 pour l\u2019Univers dans son ensemble, car cela impliquerait l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019une non-existence influen\u00e7ant l\u2019\u00eatre.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;Univers est un ensemble de corps\u00a0<em>(<\/em>\u00a0\u03c3\u03ce\u03bc\u03b1\u03c4\u03b1\u00a0<em>)<\/em> et d&rsquo;espace (\u03c4\u03cc\u03c0\u03bf\u03c2). L&rsquo;existence des corps est attest\u00e9e par la sensation elle-m\u00eame, et l&rsquo;espace, c&rsquo;est-\u00e0-dire le vide et la nature intangible, doit \u00eatre suppos\u00e9 pour expliquer la possibilit\u00e9 du mouvement des corps. \u00abS\u2019il y a du mouvement, alors il y a du vide. Il y a du mouvement. Cela signifie qu\u2019il y a aussi du vide. M\u00eame si nous ne voyons ni ne touchons le vide, sa reconnaissance ne contredit pas nos sensations, elle est en accord avec elles. Cette conclusion est donc bas\u00e9e sur la sensation. Le vide ne peut ni agir ni \u00eatre affect\u00e9. Cela donne seulement aux corps de l\u2019espace pour bouger. Ils s\u2019y d\u00e9placent et s\u2019y d\u00e9placent. Le vide est illimit\u00e9. Le vide existe \u00e0 la fois dans notre monde et dans tout l\u2019Univers. Tout le reste que l&rsquo;on peut voir dans l&rsquo;Univers ne sont que les propri\u00e9t\u00e9s (\u03c3\u03c5\u03bc\u03c0\u03c4\u03ce\u03bc\u03b1\u03c4\u03b1, \u03c3\u03c5\u03bc\u03b2\u03b5\u03b2\u03b7\u03ba\u03cc\u03c4\u03b1) des corps et du vide. Les corps sont divis\u00e9s en deux types: les corps complexes et ceux \u00e0 partir desquels les corps complexes sont compos\u00e9s. Les corps du deuxi\u00e8me type sont indivisibles et immuables, c&rsquo;est-\u00e0-dire des atomes qui n&rsquo;ont aucun vide en eux-m\u00eames et sont donc indestructibles. Le vide n&rsquo;appara\u00eet que dans les corps complexes, s\u00e9parant certains atomes des autres. Rien ne peut influencer les atomes; ils sont caract\u00e9ris\u00e9s par l\u2019absence de souffrance (\u03b1\u03c0\u03ac\u03b8\u03b5\u03b9\u03b1). En eux-m\u00eames, comme en t\u00e9moigne Plutarque, il n&rsquo;y a pas de force g\u00e9n\u00e9ratrice; ils produisent tout gr\u00e2ce \u00e0 leur fermet\u00e9 et leur opposition les uns aux autres. Les atomes ne peuvent pas \u00eatre vus par nous; ils, comme le dit le doxographe Aetius, \u00abne sont contempl\u00e9s que par l&rsquo;esprit \u00bb, mais leur reconnaissance ne contredit pas non plus les sensations. On voit, par exemple, que la force invisible du vent d\u00e9molit les toits des maisons, soul\u00e8ve les vagues de la mer, coule les navires, et comme seul un corps peut agir sur un corps, cela veut dire qu&rsquo;on peut admettre l&rsquo;existence de corps invisibles, et la reconnaissance des atomes ne contredit pas notre exp\u00e9rience sensorielle.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019univers est infini; s\u2019il \u00e9tait fini, il aurait une fronti\u00e8re avec quelque chose d\u2019autre, et cet autre ne peut \u00eatre que la non-existence, qui n\u2019existe pas. Dans l\u2019Univers, le nombre de corps est infini et le vide est infini. S\u2019il y avait un nombre infini de corps et que l\u2019espace \u00e9tait limit\u00e9, alors un nombre infini de corps ne rentrerait pas dans un espace limit\u00e9. Et si l&rsquo;espace \u00e9tait infini et qu&rsquo;il y avait un nombre limit\u00e9 de corps, alors les corps se disperseraient simplement dans un vide infini. En plus de l&rsquo;infini, l&rsquo;Univers ne na\u00eet ni ne se d\u00e9truit, n&rsquo;augmente ni ne diminue.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il existe un grand nombre de types d&rsquo;atomes, mais ces types ne sont pas un nombre infini, comme l&rsquo;enseignait D\u00e9mocrite, le nombre de types d&rsquo;atomes n&rsquo;est qu&rsquo;incompr\u00e9hensible (\u03ac\u03c0\u03b5\u03c1\u03af\u03bb\u03b7\u03c0\u03c4\u03bf\u03c2). Comme le dit Plutarque, selon \u00c9picure, \u00ables atomes ne peuvent pas \u00eatre en forme de crochet, de trident ou d\u2019anneau, car ces formes se brisent facilement et les atomes ne devraient pas \u00eatre soumis \u00e0 une influence ext\u00e9rieure\u00bb. Le nombre d\u2019atomes eux-m\u00eames, sous une forme ou une autre, est infini. Les atomes sont caract\u00e9ris\u00e9s par un mouvement \u00e9ternel qui n&rsquo;a pas de commencement. Dans ce mouvement, ils entrent en collision et s\u2019entrelacent, formant des compos\u00e9s atomiques.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un nombre infini d\u2019atomes rend possible l\u2019existence d\u2019un nombre infini de mondes (\u03ba\u03cc\u03c3\u03bc\u03bf\u03b9), car un tel nombre d\u2019atomes ne sera pas \u00e9puis\u00e9 par la cr\u00e9ation d\u2019un nombre fini de mondes. Certains mondes sont semblables au n\u00f4tre, d\u2019autres non.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les atomes n&rsquo;ont aucune qualit\u00e9 pr\u00e9sente dans le monde que nous percevons, \u00e0 l&rsquo;exception de la forme, du poids et de la taille. Cela est n\u00e9cessaire car toute qualit\u00e9 peut changer et les atomes, par d\u00e9finition, sont d\u00e9pourvus de changement. Le nombre infini des atomes, ainsi que leurs formes et leurs poids, devraient, selon \u00c9picure, expliquer toute la diversit\u00e9 qualitative du monde ph\u00e9nom\u00e9nal. De plus, on ne peut pas supposer que les atomes peuvent avoir n\u2019importe quelle taille, comme le croyait probablement D\u00e9mocrite. Pour expliquer la diversit\u00e9 des qualit\u00e9s que nous rencontrons, il suffit de supposer que les atomes pr\u00e9sentent certaines diff\u00e9rences de taille. \u00c9picure s&rsquo;oppose sur ce point \u00e0 D\u00e9mocrite, en s&rsquo;appuyant sur la th\u00e8se de son canon, qui dit que tout doit \u00eatre mis en conformit\u00e9 avec les sensations. S\u2019il y avait des atomes de n\u2019importe quelle taille, nous les verrions, ce qui n\u2019arrive pas. D\u00e9mocrite pourrait en effet adh\u00e9rer \u00e0 la th\u00e8se sur la possibilit\u00e9 de l&rsquo;existence d&rsquo;un atome de n&rsquo;importe quelle taille, puisque la position \u00e9pist\u00e9mologique du grand Abderitus n&rsquo;impliquait pas une telle foi dans l&rsquo;exactitude de notre sensation. Bien au contraire. De plus, comme en t\u00e9moigne Plutarque, \u00c9picure, contrairement \u00e0 D\u00e9mocrite, consid\u00e9rait le poids d&rsquo;un atome comme une propri\u00e9t\u00e9 essentielle, puisque le poids provoque le mouvement des atomes. D\u00e9mocrite ne reconnaissait que la taille et la forme<br \/>\n<a title=\"Cependant, Simplicius dit que D\u00e9mocrite a \u00e9galement dot\u00e9 les atomes de poids.\"><sup>[6]<\/sup><\/a>\u00a0.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un corps limit\u00e9 et d\u00e9fini ne peut pas \u00eatre constitu\u00e9 d\u2019un nombre infini d\u2019atomes, m\u00eame s\u2019ils sont aussi petits que possible. Car d\u2019un nombre infini d\u2019\u00e9l\u00e9ments constitutifs on ne peut obtenir un corps limit\u00e9; il faut donc qu\u2019il soit infini et illimit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tous les atomes, quels que soient leur taille et leur poids dans le vide, se d\u00e9placent \u00e0 la m\u00eame vitesse et \u00e0 tr\u00e8s grande vitesse jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils rencontrent un obstacle, c&rsquo;est-\u00e0-dire jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils entrent en collision les uns avec les autres. Par cons\u00e9quent, ce que nous appelons vitesse ou lenteur n\u2019est que l\u2019absence d\u2019opposition ou sa pr\u00e9sence.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le changement le plus important qu&rsquo;\u00c9picure a introduit dans le sch\u00e9ma atomiste de D\u00e9mocrite est la d\u00e9viation des atomes, dont parlent Lucr\u00e8ce, Cic\u00e9ron et Plutarque. Les atomes, qui se d\u00e9pla\u00e7aient initialement en ligne droite en raison de leur poids, ne pourraient jamais entrer en collision les uns avec les autres et former des compos\u00e9s \u00e0 moins que chaque atome, \u00e0 un moment donn\u00e9, ne commence, sans aucune raison, \u00e0 s&rsquo;\u00e9carter petit \u00e0 petit de cette ligne de mouvement. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment gr\u00e2ce \u00e0 cette d\u00e9viation que la formation du monde et de toutes ses parties est devenue possible. Comme le note Cic\u00e9ron, cette doctrine a \u00e9t\u00e9 introduite par \u00c9picure pour surmonter la n\u00e9cessit\u00e9 du destin (necessitas fati). Cic\u00e9ron explique ainsi cette id\u00e9e: \u00ab\u00c9picure a introduit cette doctrine car, en effet, si l&rsquo;atome se d\u00e9pla\u00e7ait toujours sous l&rsquo;influence de la gravit\u00e9 naturelle et n\u00e9cessaire, nous n&rsquo;aurions aucune libert\u00e9, puisque notre esprit aurait un tel mouvement qui serait compl\u00e8tement conditionn\u00e9 mouvement des atomes.\u00bb Ainsi, pour que les fondements de la libert\u00e9 humaine soient pos\u00e9s dans la physique, \u00c9picure va \u00e0 l\u2019encontre du d\u00e9terminisme de l\u2019atomisme de D\u00e9mocrite, en introduisant une d\u00e9viation spontan\u00e9e des atomes, qui n\u2019a aucune raison physique. La contradiction de cet enseignement avec le cadre de base de l&rsquo;atomisme a \u00e9t\u00e9 remarqu\u00e9e par les sto\u00efciens, qui ont d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s avoir reconnu l&rsquo;absence de cause de la d\u00e9viation, \u00c9picure reconnaissait le n\u00e9ant. En effet, \u00c9picure, construisant son enseignement pour la lib\u00e9ration de l&rsquo;homme, le construit sur le fondement de la physique de D\u00e9mocrite, qui ne s&rsquo;est pas fix\u00e9 de tels objectifs. D&rsquo;o\u00f9 la contradiction entre les deux syst\u00e8mes d&rsquo;atomisme et la volont\u00e9 d&rsquo;\u00c9picure de corriger la philosophie naturelle de D\u00e9mocrite, fond\u00e9e sur la n\u00e9cessit\u00e9, en introduisant la doctrine de la d\u00e9viation arbitraire des atomes.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019\u00e2me, selon \u00c9picure, n\u2019est pas une entit\u00e9 existant ind\u00e9pendamment, quelque chose d\u2019incorporel. L&rsquo;incorporel ne peut ni agir ni \u00eatre affect\u00e9, ce qui n&rsquo;est pas le cas de l&rsquo;\u00e2me. C&rsquo;est un corps constitu\u00e9 de fines particules dispers\u00e9es dans tout le corps et semblable \u00e0 l&rsquo;air avec un m\u00e9lange de chaleur. Il existe une partie encore plus subtile de l\u2019\u00e2me, \u00e0 laquelle appartiennent les sensations. Cette partie per\u00e7oit ce qui arrive au reste de l&rsquo;\u00e2me et au corps physique. De plus, cette perception est due au fait que cette partie de l\u2019\u00e2me est \u00ab recouverte\u00bb par le reste de l\u2019organisme. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, le reste de l&rsquo;organisme participe \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de sensation. Avec la perte de l&rsquo;un des organes du corps, l&rsquo;\u00e2me n&rsquo;est pas priv\u00e9e de la capacit\u00e9 de ressentir, tandis qu&rsquo;avec la d\u00e9sint\u00e9gration du corps entier, l&rsquo;\u00e2me se d\u00e9sint\u00e8gre et se dissipe \u00e9galement.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les formes, les couleurs et les tailles des corps n\u2019existent pas ind\u00e9pendamment. Bien qu&rsquo;\u00c9picure soit bien conscient qu&rsquo;ils d\u00e9terminent tous la nature d&rsquo;un corps particulier, il ne les reconna\u00eet pas tous comme des parties constitutives du corps. Et bien que toutes ces propri\u00e9t\u00e9s aient leur propre cognition, elles ne peuvent n\u00e9anmoins \u00eatre connues que dans le contexte du corps tout entier. La forme, la couleur et la taille sont, selon \u00c9picure, les propri\u00e9t\u00e9s essentielles du corps (\u03c3\u03c5\u03bc\u03b2\u03b5\u03b2\u03b7\u03ba\u03cc\u03c4\u03b1). Il les oppose aux propri\u00e9t\u00e9s al\u00e9atoires (\u03c3\u03c5\u03bc\u03c0\u03c4\u03ce\u03bc\u03b1\u03c4\u03b1). De telles propri\u00e9t\u00e9s n\u2019accompagnent pas toujours le corps et ne d\u00e9terminent pas sa nature. Sans propri\u00e9t\u00e9s accidentelles, nous pouvons penser \u00e0 un corps, alors que sans propri\u00e9t\u00e9s essentielles, nous ne le pouvons pas.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tous les mondes et tous les corps ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s \u00e0 partir d\u2019accumulations sp\u00e9ciales d\u2019atomes dans lesquelles ils sont d\u00e9truits. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire qu\u2019un tel cosmos soit apparu et pas un autre. \u00c9picure nie qu\u2019une puissance immortelle et b\u00e9nie puisse prendre soin et ordonner le cosmos. Si elle faisait cela, elle ne serait pas heureuse et autonome; elle serait caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019inqui\u00e9tude, la col\u00e8re et la mis\u00e9ricorde.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, l\u2019\u00e9tude de la nature dans ses principales causes \u00e9limine les peurs et donne du bonheur. Cependant, selon \u00c9picure, il n&rsquo;est pas du tout n\u00e9cessaire de rechercher l&rsquo;exactitude des d\u00e9tails de la connaissance physique. Il n&rsquo;est absolument pas n\u00e9cessaire de savoir pour quelle raison exacte le soleil se l\u00e8ve et se couche, etc. De nombreux experts dans ces d\u00e9tails n&rsquo;\u00e9taient pas, selon \u00c9picure, exempts de craintes, car ils ne connaissaient pas les principales raisons de tout ce qui se passait. Comme D\u00e9mocrite, \u00c9picure, \u00e9tant atomiste, ne nie pas l\u2019existence des dieux. Il cite ce qui suit comme preuve de leur existence. Premi\u00e8rement, la connaissance des dieux est claire et \u00e9vidente, elle est inscrite dans l&rsquo;\u00e2me de tous et est accessible \u00e0 tous les peuples, quels que soient leurs institutions, leurs enseignements et leurs coutumes. L&rsquo;universalit\u00e9 de cette connaissance t\u00e9moigne de l&rsquo;existence de ces objets (dieux) qui produisent en nous cette connaissance. La connaissance des dieux nous appara\u00eet gr\u00e2ce \u00e0 leurs images qui nous visitent en r\u00eave. Les dieux ne sont rien d\u2019autre que des images produites par des atomes dans les espaces entre les mondes. Les dieux ne sont pas des corps solides, ce sont des sortes de contours ou de formes (liniamenta, comme dit Cic\u00e9ron), constamment remplis d&rsquo;atomes nouveaux et plus subtils. Un point int\u00e9ressant de la th\u00e9ologie \u00e9picurienne est la doctrine de l\u2019anthropomorphisme des dieux. Puisque le corps le plus parfait est le corps humain, car c&rsquo;est seulement en lui que l&rsquo;esprit peut surgir, les dieux sont dot\u00e9s de la ressemblance du corps humain, de la ressemblance du sang et des organes humains. Les dieux passent leur vie \u00e0 parler et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir. Le deuxi\u00e8me argument prouvant l\u2019existence des dieux est le suivant : s\u2019il n\u2019existait que des mortels, il y aurait une distorsion de la nature. Par cons\u00e9quent, en vertu du principe d\u2019\u00e9quilibre (\u03b9\u03c3\u03bf\u03bd\u03bf\u03bc\u03af\u03b1, aequilibritas) op\u00e9rant dans l\u2019Univers, il doit y avoir quelque chose d\u2019immortel, et tels sont les dieux.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans une lettre \u00e0 M\u00e9n\u00e9c\u00e9e, \u00c9picure dit que la reconnaissance de certaines dispositions concernant les dieux est le d\u00e9but le plus important d&rsquo;une vie b\u00e9nie. Cependant, on ne peut pas supposer que les dieux gouvernent le monde, interviennent dans les affaires humaines, punissent les m\u00e9chants et r\u00e9compensent les vertueux. Un tel enseignement est faux car il contredit les principales propri\u00e9t\u00e9s de la nature divine, l\u2019\u00e9quanimit\u00e9 et la f\u00e9licit\u00e9. Dans la doctrine de la r\u00e9compense et du ch\u00e2timent pour certains actes et vertus, \u00c9picure voit \u00e0 juste titre de l&rsquo;anthropomorphisme: \u00abCar, s&rsquo;\u00e9tant habitu\u00e9s tout au long de leur vie \u00e0 leurs propres vertus, les hommes acceptent et approuvent les siens, et consid\u00e8rent tout ce qui n&rsquo;est pas ainsi comme \u00eatre \u00e9tranger. Le m\u00e9chant n&rsquo;est pas celui qui rejette l&rsquo;id\u00e9e que la foule se fait des dieux, mais celui qui attribue ces id\u00e9es aux dieux. \u00ab\u00a0L&rsquo;\u00eatre divin, \u00e9tant b\u00e9ni et indestructible, ne se soucie de rien et ne cause pas de probl\u00e8mes aux autres, il n&rsquo;est donc ni col\u00e9rique ni mis\u00e9ricordieux, car tout cela n&rsquo;est caract\u00e9ristique que d&rsquo;un \u00eatre impuissant.\u00a0\u00bb Une telle compr\u00e9hension de Dieu devrait amener les gens \u00e0 cesser de craindre les dieux et \u00e0 chasser la peur, la base de tous nos malheurs, de l\u2019\u00e2me humaine. Le concept de divinit\u00e9 d&rsquo;\u00c9picure s&rsquo;oppose nettement \u00e0 la doctrine platonicienne d&rsquo;une divinit\u00e9 qui cr\u00e9e le monde selon sa bont\u00e9, \u00e0 l&rsquo;interpr\u00e9tation aristot\u00e9licienne de la divinit\u00e9 comme d\u00e9but du mouvement du monde et au concept sto\u00efcien de providence divine omnipr\u00e9sente. Mais pourquoi alors reconna\u00eetre les dieux, \u00e0 quoi servent-ils? De nombreux anciens ennemis de l\u2019\u00e9picurisme (Posidonius dans un r\u00e9cit sympathique de Cic\u00e9ron) disaient qu\u2019\u00c9picure \u00e9tait un ath\u00e9e secret. Cependant, les \u00e9picuriens avaient une r\u00e9ponse \u00e0 de telles affirmations. \u00ab\u00a0Ceux qui croient en nos proph\u00e9ties sur les dieux d\u00e9sireront imiter leur existence heureuse\u00a0\u00bb, dit l&rsquo;\u00e9picurien Philod\u00e8me. En ce sens, selon Atticus, \u00c9picure reconnaissait que les bienfaits venaient des dieux pour les hommes. Le m\u00eame Philod\u00e8me parle d&rsquo;une sorte d&rsquo;exp\u00e9rience mystique d&rsquo;\u00c9picure: \u00abEt il admire (\u00c9picure. &#8211; <em>D.B.<\/em>\u00a0) leur nature et leur \u00e9tat, essaie de se rapprocher de cette nature et, pour ainsi dire, s&rsquo;y accroche, essayant de l&rsquo;atteindre et reste avec \u00e7a. Il appelle les sages amis des dieux, et les dieux amis des sages. Ainsi, le concept de divinit\u00e9 d&rsquo;\u00c9picure n&rsquo;est pas une couverture pour un ath\u00e9isme secret, comme ses ennemis le calomniaient, mais sa divinit\u00e9, heureuse et libre, hors du monde, passant tout son temps dans la conversation et la r\u00e9flexion, est l&rsquo;id\u00e9al vers lequel l&rsquo;homme doit s&rsquo;efforcer d&rsquo;atteindre. bonheur. La connaissance initiale et partag\u00e9e des dieux garantit \u00e0 chacun la possibilit\u00e9 d\u2019atteindre cet \u00e9tat de bonheur.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9thique. Lorsqu\u2019on commence \u00e0 \u00e9tudier l\u2019\u00e9thique d\u2019\u00c9picure, il faut se rappeler que le concept \u00e9thique d\u2019\u00c9picure a peu de points communs avec ce qu\u2019on appelle habituellement \u00abl\u2019\u00e9picurisme\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire avec l\u2019amour de tous et de toutes sortes de plaisirs. Le but de l\u2019\u00e9thique est de d\u00e9finir la vie b\u00e9nie ou heureuse. Les fondements du bonheur, selon \u00c9picure, sont une bonne compr\u00e9hension de la nature divine, comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9, et l\u2019absence de peur de la mort. La peur de la mort est le mal le plus terrible qui nous emp\u00eache de mener une vie heureuse. Une fois que nous nous en serons d\u00e9barrass\u00e9s, nous aurons la possibilit\u00e9 de nous d\u00e9barrasser de tous les autres probl\u00e8mes. La mort n&rsquo;a rien \u00e0 voir avec nous, puisque pour nous tout le bien et le mal sont contenus dans la sensation, et la mort est la cessation compl\u00e8te de la sensation. \u00ab Tant que nous existons, il n\u2019y a pas de mort; quand il y a la mort, nous n\u2019existons pas \u00bb, dit \u00c9picure.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le but le plus \u00e9lev\u00e9 d\u2019une vie heureuse est la sant\u00e9 physique et l\u2019\u00e9quanimit\u00e9 de l\u2019\u00e2me. \u00abCar nous faisons tout, dit \u00c9picure, pour ne pas souffrir et ne pas nous inqui\u00e9ter.\u00bb Par cons\u00e9quent, le d\u00e9but et le but d\u2019une vie heureuse seront le plaisir ou la jouissance, car nous ne pouvons jouir que lorsque nous ne souffrons pas et ne nous inqui\u00e9tons pas. Ainsi, la d\u00e9finition du bonheur d\u2019\u00c9picure est purement n\u00e9gative. Nous n\u2019avons besoin de plaisir que lorsque nous souffrons, et lorsqu\u2019il n\u2019y a pas de souffrance, nous n\u2019\u00e9prouvons pas de besoin de plaisir. \u00abLa limite de l\u2019ampleur du plaisir est la suppression de toute douleur. Et l\u00e0 o\u00f9 il y aura du plaisir, et pendant tout le temps qu\u2019il y aura, il n\u2019y aura ni souffrance, ni chagrin, ni les deux. Pour cette raison, le plaisir est la norme par laquelle nous mesurons tout ce qui est bon. C\u2019est en soi le bien premier et inn\u00e9 pour nous. Parlant de plaisirs, \u00c9picure n\u2019entend pas les plaisirs des libertins, des gourmets et des amateurs de farniente. De tels plaisirs ne m\u00e8nent ni \u00e0 la sant\u00e9 du corps ni \u00e0 l\u2019\u00e9quanimit\u00e9 de l\u2019\u00e2me. Cela signifie que m\u00eame si tout plaisir est bon, il faut n\u00e9anmoins faire un choix entre les plaisirs, en pr\u00e9f\u00e9rant certains \u00e0 d&rsquo;autres. Nous devons choisir les plaisirs qui m\u00e8nent \u00e0 une vie heureuse, c\u2019est-\u00e0-dire plus de plaisir, et \u00e9viter ceux qui conduisent \u00e0 la souffrance et \u00e0 la maladie. Bien que tout plaisir soit bon en soi, certaines causes de plaisir peuvent conduire \u00e0 une souffrance qui d\u00e9passe le plaisir. Parfois, il est m\u00eame n\u00e9cessaire de choisir la souffrance \u2013 bien que toute souffrance en soi soit mauvaise \u2013 si cette souffrance doit finalement conduire au plaisir.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9picure divise les plaisirs en plaisirs de repos et plaisirs de mouvement. Le premier signifie l&rsquo;\u00e9quanimit\u00e9 (\u03b1\u03c4\u03b1\u03c1\u03b1\u03be\u03af\u03b1) et l&rsquo;absence de souffrance corporelle (\u03ac\u03c0\u03bf\u03bd\u03af\u03b1), le second signifie la joie et le plaisir. Le premier type de plaisir est meilleur, car le but ultime d&rsquo;une vie heureuse y est d\u00e9j\u00e0 atteint. La seconde peut s&rsquo;accompagner de souffrance. Les plaisirs principaux sont, selon \u00c9picure, les plaisirs corporels. \u00ab\u00a0Je ne peux concevoir aucun bien si l&rsquo;on exclut les plaisirs du go\u00fbt, les joies de l&rsquo;amour charnel, les plaisirs de l&rsquo;ou\u00efe et ces mouvements agr\u00e9ables qui affectent la vue avec des images.\u00a0\u00bb \u00c9picure dit m\u00eame que le commencement et la racine de tout bien est le plaisir de l\u2019estomac, auquel peuvent \u00eatre rattach\u00e9es la sagesse et la culture raffin\u00e9e. Les plaisirs spirituels sont compl\u00e8tement r\u00e9ductibles aux plaisirs corporels, puisque notre esprit et notre \u00e2me sont de nature corporelle. Cependant, les plaisirs spirituels peuvent \u00eatre plus intenses que les plaisirs corporels, car la souffrance de l&rsquo;\u00e2me, selon \u00c9picure, est plus forte que la souffrance du corps. Le corps ne souffre que dans le pr\u00e9sent, mais l&rsquo;\u00e2me peut \u00eatre tourment\u00e9e par les souvenirs, souffrir de la conscience de la douleur pr\u00e9sente et s&rsquo;inqui\u00e9ter de l&rsquo;incertitude de l&rsquo;avenir.<\/p>\n<p align=\"justify\">Tous les d\u00e9sirs ne doivent pas \u00eatre satisfaits. \u00c9picure divise les d\u00e9sirs en naturels et vides; les naturels, \u00e0 leur tour, sont divis\u00e9s en n\u00e9cessaires et simplement naturels ; les n\u00e9cessaires sont divis\u00e9s en ceux n\u00e9cessaires \u00e0 une vie heureuse, puis en ceux n\u00e9cessaires \u00e0 la paix corporelle et en ceux n\u00e9cessaires \u00e0 la vie elle-m\u00eame. Les d\u00e9sirs n\u00e9cessaires sont les d\u00e9sirs de nourriture et de v\u00eatements. Le d\u00e9sir d\u2019amour charnel, selon \u00c9picure, est naturel, mais pas n\u00e9cessaire. Et le d\u00e9sir de v\u00eatements luxueux et de nourriture gastronomique n\u2019est ni naturel, ni n\u00e9cessaire, mais un d\u00e9sir vide de sens.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cela signifie que pour une vie heureuse, un choix est n\u00e9cessaire, et il est impossible sans raisonnement et sans compr\u00e9hension. \u00c9picure consid\u00e8re la compr\u00e9hension comme le plus grand bien, car ce n&rsquo;est qu&rsquo;avec son aide que l&rsquo;on peut parvenir \u00e0 une vie heureuse. \u00abVous ne pouvez pas vivre dans les plaisirs si vous ne vivez pas sagement, bien et justement, et vous ne pouvez pas non plus vivre sagement, bien et justement sans vivre dans les plaisirs.\u00bb Il dit m\u00eame qu\u2019il vaut mieux endurer des malheurs en vivant sagement que de prosp\u00e9rer en vivant de mani\u00e8re d\u00e9raisonnable.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;\u00e9thique d&rsquo;\u00c9picure est individualiste. L\u2019homme n\u2019est pas par nature un animal social, comme le croyait Aristote. Il ne le devient que sous l&rsquo;influence du besoin. Par cons\u00e9quent, un sage ne s\u2019efforcera jamais de vivre en soci\u00e9t\u00e9, car cela excite et d\u00e9range l\u2019\u00e2me. Un sage ne s\u2019engagera dans des activit\u00e9s sociales que pour assurer sa propre pr\u00e9servation. \u00c9picure propose le slogan \u00abVivre inaper\u00e7u\u00bb (\u03bb\u03ac\u03b8\u03b5 \u03b2\u03b9\u03ce\u03c3\u03b1\u03c2) comme un imp\u00e9ratif social. Dans le m\u00eame temps, \u00c9picure appr\u00e9ciait beaucoup l\u2019amiti\u00e9 et les \u00e9picuriens \u00e9taient c\u00e9l\u00e8bres dans l\u2019Antiquit\u00e9 pour leur d\u00e9vouement envers leurs amis.<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1.Diog\u00e8ne La\u00ebrce.<\/em>\u00a0\u00c0 PROPOS DE LA VIE, enseignements et paroles de philosophes c\u00e9l\u00e8bres. M., 1979.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2.Lucr\u00e8ce.<\/em>\u00a0Sur la nature des choses. T.I-II. M., 1946-1947.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3. Voiture Titus Lucr\u00e8ce.<\/em>\u00a0Sur la nature des choses. M., 1983.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4.T.Lucr\u00e8ce Cams.<\/em>\u00a0De rerum natura. \u00c9d. Jos\u00e8phe Martin. Lipsiae, 1957.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>5.\u00c9picur\u00e9e. \u00c9d.<\/em>\u00a0Utilisateur Hermannus. Lipsiae, MDCCCLXXXVII.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6. Vasilyeva T. V.<\/em>\u00a0Commentaires sur le cours d&rsquo;histoire de la philosophie ancienne. M., 2002.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>7.<\/em>\u00a0De<br \/>\n<em>Vogel S. J.<\/em>\u00a0Philosophie grecque. V.III. La p\u00e9riode hell\u00e9nistique-romaine. Leyde, 1959.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8.Marx K.<\/em>\u00a0Des premiers travaux. M., 1956.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9picure est n\u00e9 en janvier ou f\u00e9vrier 341 av. e., dans sa jeunesse, il a v\u00e9cu \u00e0 Samos et Teos. Son p\u00e8re \u00e9tait, selon toute vraisemblance, professeur d&rsquo;\u00e9cole. \u00c9picure s&rsquo;est tourn\u00e9 vers la philosophie \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 14 ans, lorsque, en tant que professeur de litt\u00e9rature, il a lu les \u0153uvres de D\u00e9mocrite. 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