{"id":570,"date":"2024-06-08T20:34:44","date_gmt":"2024-06-08T17:34:44","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=570"},"modified":"2025-11-20T20:15:44","modified_gmt":"2025-11-20T17:15:44","slug":"scepticisme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/08\/scepticisme\/","title":{"rendered":"Scepticisme. Pyrrhon, Timon, Arc\u00e9silas, Carn\u00e9ade, En\u00e9sid\u00e8me, Agrippa. Ils cherchent la v\u00e9rit\u00e9, mais ne la trouvent pas"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Le scepticisme est un point de vue selon lequel la possibilit\u00e9 de toute connaissance du monde est ni\u00e9e et la n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;abstenir de tout jugement sur celui-ci est affirm\u00e9e. Une attitude sceptique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la connaissance humaine est tr\u00e8s caract\u00e9ristique de l&rsquo;esprit grec. Les philosophes et po\u00e8tes de la Gr\u00e8ce ancienne, Hom\u00e8re et H\u00e9raclite, Archiloque et D\u00e9mocrite, Euripide et Platon ont parl\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises de la faiblesse de nos sentiments, de la bri\u00e8vet\u00e9 de la vie humaine, de la faiblesse de l&rsquo;esprit humain. Cependant, Elean\u00a0<strong>Pyrrhon<\/strong>\u00a0(360 &#8211; 270 av. J.-C.)\u00a0\u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 rassembler les grains \u00e9pars d&rsquo;une attitude sceptique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du monde et \u00e0 les fondre en une vision du monde unique. C&rsquo;est \u00e0 lui que remontent les d\u00e9finitions du scepticisme comme une direction philosophique distincte, diff\u00e9rente de la simple m\u00e9fiance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du t\u00e9moignage de nos sentiments et de notre esprit.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/08\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-ii-philosophie-de-lantiquite-chapitre-8-scepticisme\/skeptizism230624\/\" rel=\"attachment wp-att-756\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-756\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/skeptizism230624-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/skeptizism230624-300x200.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/skeptizism230624.jpg 753w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, par sceptiques, selon Pyrrhon, nous entendons ceux qui r\u00e9fl\u00e9chissent constamment \u00e0 quelque chose, mais ne prennent aucune d\u00e9cision. Le mot grec \u00abscepticisme\u00bb (\u03c3\u03ba\u03ad\u03c8\u03b9\u03c2) signifie \u00abconsid\u00e9ration\u00bb. Ces personnes peuvent \u00e9galement \u00eatre appel\u00e9es chercheurs, car elles recherchent toujours la v\u00e9rit\u00e9, mais ne la trouvent pas. On les appelle aussi abstentionnistes, car apr\u00e8s avoir examin\u00e9 une affirmation, ils s&rsquo;abstiennent de juger si elle est vraie ou non. Les disciples de Pyrrhon \u00e9taient \u00e9galement appel\u00e9s \u00abaporeticiens\u00bb, car ils amenaient \u00e0 la fois ceux qui affirmaient un enseignement et eux-m\u00eames dans un \u00e9tat d\u2019\u00abaporie\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de d\u00e9sespoir. Les sceptiques grecs se distinguaient \u00e0 la fois de ceux qui exprimaient certains jugements ou dogmes sur le monde et sa nature, et de ceux qui niaient compl\u00e8tement la possibilit\u00e9 de conna\u00eetre le monde. Les sceptiques sont partis du fait que dans toute \u00e9tude, trois r\u00e9sultats sont possibles. Vous pouvez trouver une solution au probl\u00e8me \u00e9tudi\u00e9, vous pouvez nier une telle solution et continuer \u00e0 explorer. La premi\u00e8re option est repr\u00e9sent\u00e9e par le dogmatisme, la seconde &#8211; par la philosophie de la Moyenne (ou deuxi\u00e8me) et de la Nouvelle (ou troisi\u00e8me) Acad\u00e9mie, Arc\u00e9silas et Carn\u00e9ade, la troisi\u00e8me &#8211; par Pyrrhon et ses disciples, qui n&rsquo;affirment pas la connaissance du monde et sa nature, ne le niez pas, mais abstenez-vous de d\u00e9cider et continuez \u00e0 chercher sans jamais le trouver. Ainsi, le scepticisme au sens propre du terme est l&rsquo;enseignement de Pyrrhon et de ses disciples. Chronologiquement, il est divis\u00e9 selon les \u00e9tapes suivantes. Le scepticisme de Pyrrhon et Timon, puis le scepticisme d&rsquo;\u00c9nesid\u00e8me et d&rsquo;Agrippa, et enfin le scepticisme de Sextus Empiricus et M\u00e9nodote. Le scepticisme ult\u00e9rieur ayant \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par Arc\u00e9silas et Carn\u00e9ade, nous analyserons \u00e9galement leur enseignement, proche du scepticisme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Compatriote de Parm\u00e9nide et de Z\u00e9non, Pyrrhon a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par le disciple de D\u00e9mocrite Anaxarque, la critique sophistique de la connaissance fiable, ainsi que par le sensationnalisme des Cyr\u00e9na\u00efques. Des auteurs anciens racontent son voyage en Inde et en Perse et l&rsquo;influence sur lui des pratiques de vie des asc\u00e8tes indiens, les soi-disant \u00abgymnosophes\u00bb. Il fut le premier \u00e0 enseigner l&rsquo;inconnaissabilit\u00e9 (\u03ac\u03ba\u03b1\u03c4\u03b1\u03bb\u03b7\u03c8\u03af\u03b1) de toute chose et la n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;abstenir (\u03ad\u03c0\u03ad\u03c7\u03b5\u03c3\u03b8\u03b1\u03b9) de tout jugement. Il a enseign\u00e9 que par nature il n&rsquo;y a rien de beau ou de laid, rien de juste ou d&rsquo;injuste, etc., mais que les gens font tout selon leurs propres institutions et habitudes. Cela a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9 par la position de Pyrrhon selon laquelle \u00abtoute chose n&rsquo;est pas plus ce qu&rsquo;elle est qu&rsquo;elle n&rsquo;est\u00bb (Diog\u00e8ne Laertius, IX 61), c&rsquo;est-\u00e0-dire que pour toute chose une d\u00e9finition et son contraire peuvent \u00eatre exprim\u00e9s, nous ne saurons donc rien de la nature de la chose. Pour cette raison, on ne peut pas parler de quoi que ce soit avec certitude, on ne peut pas affirmer quelque chose sur l&rsquo;essence de telle ou telle chose, mais il faut, selon Pyrrhon, suivre ce qui appara\u00eet. Chaque affirmation est \u00e9quivalente (\u03af\u03c3\u03bf\u03c3\u03b8\u03b5\u03bd\u03ae\u03c2) \u00e0 l\u2019affirmation oppos\u00e9e, il est donc impossible de choisir entre elles. La doctrine sceptique, comme toutes les autres, est soumise \u00e0 ce principe. Par cons\u00e9quent, dans les principes sceptiques \u00ab tout n\u2019est plus ceci que cela \u00bb et d\u2019autres, on ne voit pas de principes et de dogmes, mais des outils temporaires pour atteindre un autre objectif. Les d\u00e9clarations des sceptiques, selon eux, ne sont que l&rsquo;expression d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;indiff\u00e9rence et d&rsquo;un manque d&rsquo;inclination \u00e0 toute d\u00e9claration (\u03ac\u03c1\u03c1\u03b5\u03c8\u03af\u03b1). La doctrine m\u00eame selon laquelle chaque affirmation a un contraire tout \u00e0 fait \u00e9quivalent, ayant d\u00e9truit tous les enseignements dogmatiques, se d\u00e9truit elle-m\u00eame en tant que doctrine, c&rsquo;est-\u00e0-dire en tant qu&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 d&rsquo;une certaine position. Il y a ici un passage de la critique du dogmatisme \u00e0 la clarification de l&rsquo;attitude appropri\u00e9e envers le monde, un passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9thique.<\/p>\n<p align=\"justify\">Timon, l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de Pyrrhon, suivant certainement ici son professeur, a d\u00e9fini ainsi l&rsquo;attitude du sceptique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du monde. \u00ab Celui qui veut \u00eatre heureux doit pr\u00eater attention aux trois choses suivantes. Premi\u00e8rement, sur ce que sont les choses, deuxi\u00e8mement, sur la mani\u00e8re dont nous devons les traiter et, enfin, sur ce qui suivra une telle attitude pour une personne. Et concernant les choses, celui (c&rsquo;est-\u00e0-dire celui qui veut vivre heureux &#8211; <em>D.B.)<\/em> d\u00e9couvrira qu&rsquo;elles sont \u00e9galement indiff\u00e9rentes, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res et non sujettes au jugement, et si c&rsquo;est le cas, alors les opinions \u00e0 leur sujet ne peuvent \u00eatre ni vraies ni fausses. Et il s&rsquo;ensuit qu&rsquo;il ne faut pas leur faire confiance, mais qu&rsquo;il faut \u00eatre d\u00e9pourvu d&rsquo;opinions, d\u00e9pourvu d&rsquo;inclination envers quoi que ce soit et in\u00e9branlable. Il faut dire de toute chose qu&rsquo;elle n&rsquo;est rien de plus que ce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas, qu&rsquo;elle est et n&rsquo;est pas, qu&rsquo;elle n&rsquo;est ni n&rsquo;est pas. Et quiconque arrive \u00e0 un tel \u00e9tat d&rsquo;esprit, selon Timon, aura d&rsquo;abord l&rsquo;abstinence totale de d\u00e9clarations et de discours, puis l&rsquo;\u00e9quanimit\u00e9 \u00bb (Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e, Pgaer. ev. XIV 18, 2). Ce qui suit est remarquable dans ce fragment. Premi\u00e8rement, selon Pyrrhon et Timon, le but de la vision sceptique du monde \u00e9tait une vie heureuse ou heureuse. La valeur de la consid\u00e9ration th\u00e9orique chez les sceptiques est purement n\u00e9gative et agit comme un moyen. Ici, la nature \u00e9thique de l\u2019enseignement sceptique est clairement visible, rapprochant le scepticisme de l\u2019orientation des autres \u00e9coles hell\u00e9nistiques. Deuxi\u00e8mement, l&rsquo;id\u00e9al \u00e9thique de Pyrrhon est d\u00e9fini n\u00e9gativement, comme l&rsquo;absence de soucis et de perturbations que peuvent provoquer les choses si elles sont trait\u00e9es de mani\u00e8re inappropri\u00e9e. L\u2019\u00e9quanimit\u00e9 et l\u2019indiff\u00e9rence (dSiCKpopio) sont les seuls \u00abbiens\u00bb vers lesquels il faut lutter. Tout le reste est \u00e9galement indiff\u00e9rent au bonheur. Comme le dit Cic\u00e9ron, pour Pyrrhon il n\u2019y avait aucune diff\u00e9rence entre la meilleure sant\u00e9 et la maladie la plus grave.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019histoire suivante peut servir de bonne illustration de l\u2019id\u00e9al pyrrhonien. Lorsque Pyrrhon se retrouva sur un navire pris dans une temp\u00eate, il montra \u00e0 ses compagnons effray\u00e9s un cochon, comme si de rien n&rsquo;\u00e9tait, mangeant dans son auge sur le pont, et dit que c&rsquo;est exactement \u00e0 cela qu&rsquo;est un sage. Le sage sceptique est \u00e9tranger \u00e0 la piti\u00e9 et \u00e0 l\u2019affection. Pyrrhon lui-m\u00eame, voyant que son professeur Anaxarchus \u00e9tait tomb\u00e9 dans un mar\u00e9cage, avec un sentiment d&rsquo;indiff\u00e9rence totale et sans aucune piti\u00e9, passa sur son chemin, suscitant l&rsquo;admiration d&rsquo;Anaxarchus. Dans la vie ordinaire, comme le rapporte Diog\u00e8ne Laertius, Pyrrhon ne pr\u00eatait attention \u00e0 rien, ni aux chars venant en sens inverse, ni aux pentes abruptes, ni aux chiens en col\u00e8re. Il pouvait faire du commerce au march\u00e9, laver un cochon, voyager \u00e0 travers la Gr\u00e8ce avec diverses populaces. Rien ne peut \u00eatre honteux pour une personne vou\u00e9e \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence et \u00e0 la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, l&rsquo;un des \u00e9tudiants de Pyrrhon \u00e9tait\u00a0<strong>Timon<\/strong> (320 &#8211; 230 av. J.-C.), originaire de Phlius, qui devint c\u00e9l\u00e8bre principalement comme l&rsquo;auteur des Syllas, des po\u00e8mes satiriques ridiculisant les philosophes dogmatiques et leurs enseignements. Dans Powers, Timon n&rsquo;a \u00e9pargn\u00e9 que X\u00e9nophane et Pyrrhon. Contre les philosophes qui soutenaient que la v\u00e9rit\u00e9 se comprend \u00e0 travers l&rsquo;interaction de la raison et des sentiments, Timon orientait le verset: \u00abAttage et Num\u00e9nius se r\u00e9unirent\u00bb (Diog\u00e8ne Laertius, IX 114)<br \/>\n<a title=\"Attagus et Numenius sont deux trompeurs c\u00e9l\u00e8bres.\"><sup>[12]<\/sup><\/a>\u00a0.<\/p>\n<p align=\"justify\">Arc\u00e9silas et Carn\u00e9ade appartenaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des adeptes de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Platon. Cependant, leur enseignement \u00e9tait impr\u00e9gn\u00e9 de l&rsquo;influence de Pyrrhon; ils ne d\u00e9velopp\u00e8rent pas de doctrines platoniciennes positives. Leur principal int\u00e9r\u00eat \u00e9tait de critiquer les opposants \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie, principalement les sto\u00efciens. Leurs d\u00e9veloppements dialectiques et pol\u00e9miques ont eu un impact majeur sur l\u2019histoire du scepticisme grec, enrichissant consid\u00e9rablement l\u2019argumentation et la sophistication dialectique des sceptiques ult\u00e9rieurs.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Arc\u00e9silas<\/strong> (315 &#8211; 241 av. J.-C.), qui devint le chef de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Platon apr\u00e8s Crates, poussa la philosophie acad\u00e9mique, qui s&rsquo;occupait auparavant de l&rsquo;interpr\u00e9tation des textes platoniciens et de l&rsquo;\u00e9laboration dogmatique des doctrines platoniciennes, sur de nouvelles voies. Il fut le premier, comme le rapporte Cic\u00e9ron, \u00ab\u00e0 commencer non pas \u00e0 prouver sa propre opinion, mais \u00e0 contester l&rsquo;opinion d&rsquo;un autre\u00bb (Cic\u00e9ron, De oral III 67.). Il fut le premier, comme le dit Diog\u00e8ne Laertius, \u00e0 s&rsquo;abstenir de tout jugement car tout jugement peut s&rsquo;opposer \u00e0 l&rsquo;exact oppos\u00e9. Au lieu de prouver son opinion et de r\u00e9futer le contraire, Arc\u00e9silas entreprit de prouver la th\u00e8se et l&rsquo;antith\u00e8se avec la m\u00eame conviction. Les anciens croyaient que le platonisme d&rsquo;Arc\u00e9silas n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un masque sous lequel se cachaient le pyrrhonisme et l&rsquo;\u00e9ristique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le scepticisme et l&rsquo;art de l&rsquo;argumentation. Il y avait m\u00eame un vers \u00e0 son sujet: \u00abPlaton est devant, Pyrrhon est derri\u00e8re, Diodore est au milieu\u00bb (Diog\u00e8ne Laertius, IV 3Z)<br \/>\n<a title=\"Diodore Cronos est un c\u00e9l\u00e8bre dialecticien et \u00e9risticiste de l'\u00e9cole m\u00e9garienne.\"><sup>[13]<\/sup><\/a>\u00a0.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cependant, la position d&rsquo;Arc\u00e9silas diff\u00e9rait du scepticisme de Pyrrhon et de ses partisans. Bien que lui, comme eux, se soit abstenu de tout jugement, n&rsquo;ait prouv\u00e9 ni l&rsquo;existence ni la non-existence de quoi que ce soit, n&rsquo;ait pas consid\u00e9r\u00e9 quelque chose de plus ou moins fiable, cependant, pour Arc\u00e9silas, le but de l&rsquo;activit\u00e9 philosophique \u00e9tait l&rsquo;abstention m\u00eame de jugement, pas l&rsquo;\u00e9quanimit\u00e9 (sstssrsfa). L&rsquo;\u00e9quanimit\u00e9, selon Arc\u00e9silas, n&rsquo;est qu&rsquo;une circonstance concomitante d&rsquo;abstention de jugement. Arc\u00e9silas s&rsquo;est oppos\u00e9 \u00e0 la logique sto\u00efcienne et \u00e0 l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie. Il r\u00e9fute la doctrine sto\u00efcienne du consentement, selon laquelle la connaissance finale intervient apr\u00e8s l&rsquo;acte de consentement. Dans ce cas, selon Carn\u00e9ades, nous consentons \u00e0 ce que nous ne connaissons pas encore et, par cons\u00e9quent, la connaissance r\u00e9sultant d&rsquo;un tel consentement est sans valeur. De plus, la th\u00e9orie du consentement entre en conflit avec la doctrine sto\u00efcienne du sage, puisque toute opinion est \u00e9trang\u00e8re au sage, mais s&rsquo;il commet un acte de consentement, c&rsquo;est-\u00e0-dire accepte quelque chose qui n&rsquo;est pas encore pleinement connu, alors il a donc une opinion. S\u2019il ne commet pas d\u2019acte de consentement, alors il ne sait rien du tout. Arc\u00e9silas critique \u00e9galement le concept sto\u00efcien de fantaisie cataleptique, le crit\u00e8re sto\u00efcien de v\u00e9rit\u00e9, car il n&rsquo;existe pas d&rsquo;id\u00e9e vraie qui ne puisse \u00eatre fausse. Ainsi, selon Arc\u00e9silas, il n&rsquo;y a pas de v\u00e9rit\u00e9, \u00abtout est cach\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9\u00bb (Cic\u00e9ron, Acad. post. 12, 45), mais dans le domaine de la vie pratique, il reconnaissait encore une certaine justesse. \u00abCelui qui s&rsquo;abstient de tout jugement d\u00e9termine le choix et l&rsquo;\u00e9vitement, et en g\u00e9n\u00e9ral toutes les actions pratiques, par une bonne justification rationnelle (\u03c4\u03c9 \u03b5\u03cd\u03bb\u03cc\u03b3\u03c9). &#8230; Une action est correcte si elle a une justification bonne et raisonnable pour sa mise en \u0153uvre\u00bb (Sextus Empiricus, Adv. math. VII 158).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Carn\u00e9ades<\/strong> (214-129 av. J.-C.), qui devint le fondateur de la troisi\u00e8me, ou Nouvelle, Acad\u00e9mie, consid\u00e9rait l\u2019\u0153uvre de sa vie comme la r\u00e9futation du dogmatisme sto\u00efcien, en particulier des enseignements du sto\u00efcien Chrysippe. Il dit m\u00eame: \u00abSi Chrysippe n&rsquo;avait pas exist\u00e9, alors je n&rsquo;aurais pas exist\u00e9\u00bb (Diog\u00e8ne Laertius, IV 62). Carn\u00e9ades \u00e9tait un dialecticien et un orateur tr\u00e8s dou\u00e9. Une fois, envoy\u00e9 \u00e0 Rome en mission diplomatique, il parla au S\u00e9nat pendant deux jours. Le premier jour, il pr\u00e9senta des arguments en faveur de la justice, le deuxi\u00e8me jour, contre elle, \u00e9tonnant les Romains, faibles en dialectique. Ses activit\u00e9s \u00e0 Rome furent arr\u00eat\u00e9es sur l&rsquo;insistance de Caton l&rsquo;Ancien.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c0 la suite d&rsquo;Arc\u00e9silas, Carn\u00e9ade critique la th\u00e9orie sto\u00efcienne du crit\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire du fantasme cataleptique. Carn\u00e9ades dit que la fantaisie cataleptique n\u2019est pas diff\u00e9rente des autres id\u00e9es. Sa clart\u00e9 et son \u00e9vidence ne peuvent pas servir de garantie de sa v\u00e9rit\u00e9, puisque les id\u00e9es contenues dans les r\u00eaves et les fantasmes des fous peuvent \u00eatre claires et \u00e9videntes. Le fait que le fantasme cataleptique nous am\u00e8ne n\u00e9cessairement \u00e0 l&rsquo;accepter ne nous am\u00e8ne pas non plus \u00e0 reconna\u00eetre sa v\u00e9rit\u00e9, car le d\u00e9lire d&rsquo;un fou peut avoir le m\u00eame r\u00e9sultat. De plus, il n\u2019y a pas de repr\u00e9sentation cataleptique, puisqu\u2019elle n\u2019existe pas dans le cas de notre sensation principale, la vision. En effet, nous n\u2019avons pas de repr\u00e9sentation claire et \u00e9vidente de la couleur, puisque la couleur change constamment. Ainsi, nous connaissons les changements de couleur, mais nous ne connaissons pas la vraie couleur, la couleur per\u00e7ue cataleptiquement. Carn\u00e9ades s&rsquo;opposait \u00e0 la loi fondamentale de la logique, la loi de la contradiction. Il n&rsquo;a pas accept\u00e9 la proposition selon laquelle une proposition peut \u00eatre fausse ou vraie. Alors, si je dis \u00abje mens\u00bb, est-ce que j\u2019exprime la v\u00e9rit\u00e9 ou un mensonge? Si je mens vraiment, alors je dis la v\u00e9rit\u00e9; si je dis la v\u00e9rit\u00e9, alors je dis un mensonge. Cela signifie que cette proposition ne peut \u00eatre ni vraie ni fausse. La preuve scientifique est \u00e9galement impossible, car, premi\u00e8rement, chaque preuve elle-m\u00eame n\u00e9cessite une justification et on va vers l&rsquo;infini. Deuxi\u00e8mement, la preuve g\u00e9n\u00e9rale est bas\u00e9e sur une preuve plus sp\u00e9cifique, et la preuve particuli\u00e8re est bas\u00e9e sur la preuve g\u00e9n\u00e9rale; sans conna\u00eetre la premi\u00e8re, on ne peut pas prouver la seconde sans conna\u00eetre la seconde, on ne prouvera pas la premi\u00e8re; En raison de cette interd\u00e9pendance, la preuve scientifique est impossible. Ainsi, aucune connaissance scientifique, pr\u00e9cise et fiable, n\u2019est possible, puisque nous ne pouvons pas distinguer une id\u00e9e vraie d\u2019une id\u00e9e fausse et ne pouvons rien prouver. Dans un tel cas, si le monde ext\u00e9rieur est totalement inconnaissable, il ne nous reste plus que nos propres \u00e9tats. Comme Arc\u00e9silas, Carn\u00e9ade ne d\u00e9duisait pas l\u2019impossibilit\u00e9 de l\u2019action pratique de l\u2019impossibilit\u00e9 de conna\u00eetre le monde. Au contraire, pour \u00e9tayer cette derni\u00e8re, il a introduit la doctrine de la probabilit\u00e9 ou du pouvoir de persuasion (\u03c0\u03b9\u03b8\u03b1\u03bd\u03cc\u03c4\u03b7\u03c2). Comme le dit Sextus Empiricus, s\u00e9parant la position des sceptiques de celle de Carn\u00e9ade, \u00abNous croyons que toutes les id\u00e9es, en ce qui concerne le raisonnement, sont \u00e9gales en termes de fiabilit\u00e9 et de manque de fiabilit\u00e9, alors qu&rsquo;elles (les acad\u00e9miciens. &#8211; D. <em>B. )<\/em>certaines id\u00e9es sont qualifi\u00e9es de convaincantes, d\u2019autres non convaincantes\u00bb (Sextus Empiricus, R. I 227). Les pr\u00e9sentations convaincantes sont divis\u00e9es en trois types: 1) simplement convaincantes, 2) convaincantes et v\u00e9rifi\u00e9es, 3) convaincantes, v\u00e9rifi\u00e9es et n&rsquo;interf\u00e9rant pas avec les autres repr\u00e9sentations. Ainsi, lorsque j&rsquo;entre dans une pi\u00e8ce sombre et que je vois une corde pos\u00e9e sur le sol, j&rsquo;en ai une id\u00e9e convaincante comme un serpent. Cependant, lorsque je consid\u00e9rerai ses propri\u00e9t\u00e9s, sa couleur, son immobilit\u00e9, etc., je comprendrai qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une corde, c&rsquo;est-\u00e0-dire que j&rsquo;aurai une id\u00e9e convaincante et v\u00e9rifi\u00e9e. Une pr\u00e9sentation convaincante et v\u00e9rifi\u00e9e atteint le summum de la persuasion si aucune autre pr\u00e9sentation ne me fait en douter.<\/p>\n<p align=\"justify\">Carn\u00e9ade a montr\u00e9 l&rsquo;absurdit\u00e9 de nombreux arguments des sto\u00efciens concernant le monde, les dieux, le destin et le libre arbitre. Ainsi, l&rsquo;argument de Z\u00e9non sur la rationalit\u00e9 du monde &#8211; le monde est raisonnable, puisque la raison vaut mieux que la d\u00e9raison, et la paix est meilleure &#8211; a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;absurdit\u00e9 par Carn\u00e9ade avec l&rsquo;argument suivant: si l&rsquo;argument de Z\u00e9non est correct, alors le monde sait comment lire des livres, parce que celui qui sait lire et \u00e9crire est meilleur que l&rsquo;ignorant, et le monde est meilleur Total. Selon le m\u00eame argument, le monde peut \u00eatre qualifi\u00e9 de math\u00e9maticien, de musicien et, bien s\u00fbr, de philosophe. Contre la bont\u00e9 divine, Carn\u00e9ade avance l&rsquo;argument suivant: si les dieux, favorisant l&rsquo;homme, l&rsquo;ont dot\u00e9 de tout, cela signifie qu&rsquo;ils l&rsquo;ont \u00e9galement dot\u00e9 de la capacit\u00e9 d&rsquo;utiliser leurs dons pour le mal, ce qui signifie qu&rsquo;ils ne se soucient pas de l&rsquo;homme s&rsquo;ils ont donn\u00e9 lui la possibilit\u00e9 de faire le mal. De plus, les dieux, bons envers l&rsquo;homme, prenaient soin de remplir la terre de toutes sortes de cr\u00e9atures mal\u00e9fiques et nuisibles qui lui \u00e9taient destructrices. La conception sto\u00efcienne des dieux en tant qu&rsquo;\u00eatres vivants corporels est \u00e9galement absurde, car dans ce cas, les dieux se r\u00e9v\u00e9leraient mortels et sensibles \u00e0 la douleur. Quel genre de dieux sont ceux qui meurent et souffrent? Si les dieux m\u00e8nent une vie heureuse, selon les sto\u00efciens, cela est impossible \u00e0 moins qu&rsquo;ils ne poss\u00e8dent les quatre vertus. Mais comment une divinit\u00e9 peut-elle \u00eatre courageuse, ou comment peut-elle mod\u00e9rer ses passions?<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s que l&rsquo;Acad\u00e9mie de Platon soit revenue au dogmatisme et que le scepticisme acad\u00e9mique se soit \u00e9teint, le scepticisme revient \u00e0 ses origines pyrrhoniennes. Cela se produit dans les activit\u00e9s d&rsquo;\u00a0<strong>\u00c9nesid\u00e8me<\/strong>\u00a0de Knossos, qui a v\u00e9cu et \u00e9crit dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du 1er si\u00e8cle. avant JC e. Il \u00e9crivit huit livres des Discours de Pyrrhon, dont un bref extrait fut conserv\u00e9 par le patriarche Photius.<\/p>\n<p align=\"justify\">Aenesidemus a argument\u00e9 contre la v\u00e9rit\u00e9, la causalit\u00e9 et la preuve. La v\u00e9rit\u00e9 ne peut pas exister, puisqu&rsquo;elle peut \u00eatre soit perceptible, soit intelligible, soit une combinaison du perceptible et de l&rsquo;intelligible. Elle ne peut pas \u00eatre ressentie, puisque la sensation elle-m\u00eame est totalement d\u00e9pourvue de rationalit\u00e9 et n&rsquo;a donc aucun rapport avec la v\u00e9rit\u00e9. Il ne peut pas \u00eatre intelligible, puisque l&rsquo;intelligible d\u00e9pend du sensible. Il ne peut s\u2019agir d\u2019une combinaison du sensible et de l\u2019intelligible, puisque le sensible et l\u2019intelligible se contredisent et se contredisent.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9nesid\u00e8me argumentait ainsi contre la causalit\u00e9. Un corps ne peut pas \u00eatre la cause d\u2019un autre. Premi\u00e8rement, un corps, \u00e9tant en soi, ne peut devenir la cause d&rsquo;un autre corps, sinon il cesserait d&rsquo;\u00eatre en soi. Deuxi\u00e8mement, il ne peut rien cr\u00e9er d&rsquo;autre, m\u00eame en raison d&rsquo;une connexion avec autre chose, puisque ce qui ne peut pas cr\u00e9er par lui-m\u00eame ne le fera pas m\u00eame s&rsquo;il est li\u00e9 \u00e0 autre chose. De plus, deux ne peuvent pas \u00eatre form\u00e9s \u00e0 partir d\u2019un seul corps, car un est un et deux est deux. Mais m\u00eame s&rsquo;il \u00e9tait possible d&rsquo;en former deux \u00e0 partir d&rsquo;un seul corps, alors de deux nous en obtiendrions quatre, de quatre &#8211; huit, et nous devrions aller \u00e0 l&rsquo;infini. Puisqu\u2019un corps ne peut rien cr\u00e9er, il ne peut donc pas \u00eatre la cause d\u2019un autre corps. L&rsquo;incorporel ne peut \u00eatre cause d&rsquo;autre chose, puisqu&rsquo;il est intangible et ne peut ni agir ni subir. Les incorporels ne peuvent rien cr\u00e9er de corporel, car ils sont \u00e9trangers les uns aux autres par leur nature m\u00eame. Ainsi, le corps ne peut \u00eatre cause ni du corporel ni de l&rsquo;incorporel, et l&rsquo;incorporel ne peut \u00eatre cause ni de l&rsquo;incorporel ni du corporel. Il ne peut donc y avoir de causalit\u00e9. De plus, la cause n&rsquo;existe pas, puisque par son concept m\u00eame la cause est quelque chose de relatif, c&rsquo;est-\u00e0-dire la cause de quelque chose, et le relatif ne peut pas avoir d&rsquo;existence ind\u00e9pendante. Il ne peut y avoir de cause, car s\u2019il y en avait une, ce serait soit avant, soit simultan\u00e9ment, soit apr\u00e8s l\u2019effet. La cause ne peut pas \u00eatre simultan\u00e9e, car alors la cause et l\u2019effet sont dans le m\u00eame \u00e9tat. Apr\u00e8s l\u2019effet, il ne peut y avoir de cause, car il cessera \u00e9videmment d\u2019\u00eatre une cause. Il ne peut y avoir de cause avant l\u2019effet, car alors ce n\u2019est pas une cause, puisque celui dont c\u2019\u00e9tait la cause n\u2019existe pas encore. Il est \u00e9galement impossible de conclure des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, puisque les ph\u00e9nom\u00e8nes sont tous pareils, mais lorsqu&rsquo;ils commencent \u00e0 \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s non seulement comme des ph\u00e9nom\u00e8nes, mais comme des signes d&rsquo;une certaine r\u00e9alit\u00e9, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;accord \u00e0 leur sujet. Par exemple, diff\u00e9rents m\u00e9decins utiliseront les m\u00eames sympt\u00f4mes pour diagnostiquer des maladies compl\u00e8tement diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p align=\"justify\">Puisque la preuve est aussi un signe, alors sur cette base, nous ne pouvons conclure \u00e0 aucune r\u00e9alit\u00e9. De plus, si nous prouvons quelque chose, cela peut \u00eatre \u00e9vident ou non. Si c\u2019est \u00e9vident, la preuve n\u2019est pas n\u00e9cessaire, mais si ce n\u2019est pas \u00e9vident, alors comment relier ce non \u00e9vident \u00e0 ce par quoi il est prouv\u00e9. Alors, tout syllogisme est en r\u00e9alit\u00e9 un cercle (circulus vitiosus), puisque les pr\u00e9misses contiennent d\u00e9j\u00e0 la conclusion. Prenons, par exemple, le syllogisme \u00abTout homme est un \u00eatre vivant, Socrate est un homme, donc Socrate est un \u00eatre vivan \u00bb. Selon les sceptiques, pour prouver la th\u00e8se \u00abchaque personne est un \u00eatre vivant\u00bb, il est n\u00e9cessaire d\u2019interroger tout le monde, nous verrons donc d\u00e9j\u00e0 ici que Socrate est un \u00eatre vivant. Par cons\u00e9quent, la pr\u00e9misse \u00abtout homme est un \u00eatre vivant\u00bb est prouv\u00e9e en tirant la conclusion \u00abSocrate est un \u00eatre vivant\u00bb. Le r\u00e9sultat est un cercle vicieux dans la preuve, qui, selon les sceptiques, est caract\u00e9ristique de toute preuve. Enfin, puisque, comme le croyaient Aristote et les sto\u00efciens, toute preuve doit avoir des principes ind\u00e9montrables, toute preuve en d\u00e9pend. Cependant, ces principes ne peuvent d\u00e9passer les limites des ph\u00e9nom\u00e8nes; ce sont aussi des ph\u00e9nom\u00e8nes, et non la v\u00e9rit\u00e9 et la r\u00e9alit\u00e9. Donc, par d\u00e9finition, aucune preuve ne peut atteindre la v\u00e9rit\u00e9, puisqu\u2019on ne peut inf\u00e9rer que de ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 ph\u00e9nom\u00e8ne, et non \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 en soi.<\/p>\n<p align=\"justify\">Enesid\u00e8me a \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 dix tropes, c&rsquo;est-\u00e0-dire des m\u00e9thodes d&rsquo;argumentation, \u00e0 la suite desquelles il faut s&rsquo;abstenir de juger. Le premier trope affirme que puisque tous les \u00eatres vivants diff\u00e8rent dans ce qu\u2019ils per\u00e7oivent comme plaisir et douleur, b\u00e9n\u00e9fiques ou nuisibles, alors tous les \u00eatres vivants ont des id\u00e9es diff\u00e9rentes les uns des autres. Il n\u2019est donc pas n\u00e9cessaire que les gens aient des id\u00e9es qui correspondent \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, ce qui signifie qu\u2019il faut s\u2019abstenir de tout jugement. Selon le deuxi\u00e8me trope, il faut s&rsquo;abstenir de tout jugement, puisque les propri\u00e9t\u00e9s individuelles du corps sont diff\u00e9rentes pour chaque personne. Il y a ceux qui g\u00e8lent par la chaleur et ceux qui ont chaud par le froid. Cela signifie que les gens ne peuvent pas avoir les m\u00eames id\u00e9es sur la r\u00e9alit\u00e9. Le troisi\u00e8me trope dit que puisque nous avons des sens diff\u00e9rents, dont chacun nous donne une id\u00e9e diff\u00e9rente de la r\u00e9alit\u00e9, et que nous n&rsquo;avons aucune raison de pr\u00e9f\u00e9rer l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, nous ne pouvons jamais dire ce qu&rsquo;est r\u00e9ellement une chose. Par exemple, la m\u00eame pomme appara\u00eet \u00e0 l\u2019\u0153il comme ronde, au go\u00fbt comme sucr\u00e9, \u00e0 l\u2019odorat comme parfum\u00e9e, et nous ne pouvons dire laquelle de ces qualit\u00e9s correspond \u00e0 la nature de la pomme. Selon le quatri\u00e8me trope, nous ne pouvons pas avoir de vraies id\u00e9es sur la r\u00e9alit\u00e9, puisque toutes nos id\u00e9es d\u00e9pendent de notre \u00e9tat. Nous avons certaines id\u00e9es quand nous sommes \u00e9veill\u00e9s, d&rsquo;autres quand nous dormons, quand nous sommes heureux et tristes, dans la vieillesse et dans la jeunesse, et ainsi de suite. Le cinqui\u00e8me trope prouve la n\u00e9cessit\u00e9 de suspendre son jugement, citant le fait que diff\u00e9rents peuples et diff\u00e9rentes nations ont des lois diff\u00e9rentes, des habitudes diff\u00e9rentes, des enseignements diff\u00e9rents, des id\u00e9es diff\u00e9rentes sur ce qui est juste et ce qui ne l\u2019est pas, ce qui est utile et ce qui est nuisible. Le sixi\u00e8me trope dit que nous n\u2019avons aucune id\u00e9e pure et sans m\u00e9lange de la r\u00e9alit\u00e9. Chacune de nos perceptions est compliqu\u00e9e par des facteurs qui l&rsquo;accompagnent: l&rsquo;\u00e9clairage, l&rsquo;humidit\u00e9, l&rsquo;air, le mouvement, etc. Cela signifie que nous ne percevons pas la r\u00e9alit\u00e9 telle qu\u2019elle est. Le septi\u00e8me trope dit que nos perceptions d\u00e9pendent de la distance spatiale: la m\u00eame chose nous semble grande de pr\u00e8s, mais petite de loin. Par cons\u00e9quent, nos id\u00e9es sur l\u2019ampleur changent constamment et ne correspondent pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. Selon le huiti\u00e8me trope, une chose en elle-m\u00eame n&rsquo;est dot\u00e9e d&rsquo;aucune propri\u00e9t\u00e9, puisque toutes ses propri\u00e9t\u00e9s n&rsquo;existent que par rapport \u00e0 autre chose. Ainsi, le vin peut fortifier et revigorer, ou bien il peut vous enivrer et vous abattre. Le neuvi\u00e8me trope affirme que la qualit\u00e9 de nos id\u00e9es d\u00e9pend de la fr\u00e9quence et de la raret\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne. Si cela arrive rarement, nous en sommes surpris, si souvent, nous ne le remarquons pas. Le dixi\u00e8me trope prouve que nos id\u00e9es ne correspondent pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9, puisqu&rsquo;elles d\u00e9pendent les unes des autres. Ainsi, notre id\u00e9e de droite est impossible sans l&rsquo;hypoth\u00e8se de gauche, bien que dans la nature m\u00eame de la chose qui nous appara\u00eet comme juste, il n&rsquo;y ait rien de droit inh\u00e9rent.Sextus Empiricus a r\u00e9duit ces voies d&rsquo;\u00c9nesid\u00e8me \u00e0 trois groupes principaux. Le premier groupe de tropes se fonde sur les diff\u00e9rences existant chez celui qui porte le jugement, le deuxi\u00e8me sur les diff\u00e9rences dans l&rsquo;objet de la repr\u00e9sentation et le troisi\u00e8me sur les deux. Sextus consid\u00e9rait que le trope principal d&rsquo;\u00c9nesid\u00e8me \u00e9tait le huiti\u00e8me trope, le trope de la relativit\u00e9, qui d\u00e9truisait compl\u00e8tement la possibilit\u00e9 de parler de la nature et de l&rsquo;essence de toute chose. Les chemins restants sont des sortes de modifications du huiti\u00e8me.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le sceptique\u00a0<strong>Agrippa,<\/strong> dont on ne sait rien de la vie, en ajouta cinq nouveaux aux chemins d&rsquo;\u00c9n\u00e9sid\u00e8me. C\u2019est ainsi que Sextus Empiricus les d\u00e9crit. \u00ab\u00a0Le premier est appel\u00e9 \u00ab\u00a0du d\u00e9saccord\u00a0\u00bb, lorsque nous constatons qu&rsquo;\u00e0 propos de la chose \u00e9tudi\u00e9e, il existe une dispute insoluble dans la vie et entre philosophes, \u00e0 cause de laquelle dispute et d\u00e9saccord nous, ne pouvant l&rsquo;accepter ou le rejeter, tombons dans l&rsquo;abstinence. du jugement. Le deuxi\u00e8me trope \u00ab de tomber dans l\u2019infini \u00bb appara\u00eet lorsque la preuve de l\u2019\u00e9vidence du sujet \u00e9tudi\u00e9 n\u00e9cessite une autre preuve, et cette autre en n\u00e9cessite une troisi\u00e8me, et ainsi de suite \u00e0 l\u2019infini. Par cons\u00e9quent, n\u2019ayant pas de d\u00e9but pour notre d\u00e9monstration, nous r\u00e9servons notre jugement. Le trope \u00abde la relativit\u00e9\u00bb&#8230; se produit lorsque ce qui est consid\u00e9r\u00e9 appara\u00eet d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre en fonction de la personne qui porte le jugement, ainsi que de ce qui est consid\u00e9r\u00e9 avec lui. Concernant ce qu&rsquo;il est par nature, nous nous abstenons de tout jugement. Le quatri\u00e8me trope \u00abde l&rsquo;hypoth\u00e8se\u00bb se produit lorsque les dogmatiques, allant vers l&rsquo;infini, partent d&rsquo;une proposition qu&rsquo;ils ne prouvent pas, mais consid\u00e8rent qu&rsquo;il est possible de l&rsquo;accepter simplement et sans preuve par accord. Le cinqui\u00e8me trope \u00abde la r\u00e9ciprocit\u00e9\u00bb appara\u00eet lorsque ce qui aurait d\u00fb justifier la chose \u00e9tudi\u00e9e en a besoin pour son authenticit\u00e9. Pour cette raison, ne pouvant nous appuyer sur aucun d\u2019entre eux comme preuve, nous nous abstenons de tout jugement\u00bb (Sextus Empiricus, R. I 165-169).<\/p>\n<p align=\"justify\">Le scepticisme grec ult\u00e9rieur est repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019\u00e9cole des m\u00e9decins empiristes. Le fondateur de ce courant fut un certain\u00a0<strong>Filin de Kos,<\/strong> dont le principe \u00e9tait \u00abl&rsquo;observation (\u03c4\u03ae\u03c1\u03b7\u03c3\u03b9\u03c2) de ce qui \u00e9tait souvent vu de la m\u00eame mani\u00e8re\u00bb (Galen, \u039f\u03c1\u03bf\u03b9 \u03b9\u03b1\u03c4\u03c1\u03b9\u03ba\u03bf\u03af XIX 353, 9). Les empiristes consid\u00e9raient le ph\u00e9nom\u00e8ne et sa repr\u00e9sentation comme le crit\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9. Ils ont vu le caract\u00e8re incontestable d&rsquo;un tel crit\u00e8re dans le fait que personne ne discute de ce que c&rsquo;est. Les d\u00e9saccords commencent lorsque se pose la question de savoir si un ph\u00e9nom\u00e8ne est r\u00e9ellement ainsi par rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle ce ph\u00e9nom\u00e8ne devrait correspondre. Si nous nous en tenons \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience, aux ph\u00e9nom\u00e8nes et ne d\u00e9passons pas leurs limites, nous aurons une base solide dans la vie, comme l&rsquo;ont tous les gens normaux et ordinaires, qui ne se soucient pas des bagatelles des dispositions dogmatiques.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les empiristes s&rsquo;opposent \u00e0 la dialectique, estimant que, premi\u00e8rement, chaque \u00e9nonc\u00e9 de la dialectique peut \u00eatre oppos\u00e9 \u00e0 un \u00e9quivalent, deuxi\u00e8mement, qu&rsquo;il prouve des choses qui sont d\u00e9j\u00e0 claires sans aucune preuve, troisi\u00e8mement, que l&rsquo;exp\u00e9rience et la pratique humaines continuent calmement leur chemin, malgr\u00e9 tout. les \u00abd\u00e9couvertes\u00bb de la dialectique dogmatique qui bouleversent le monde. C&rsquo;est ainsi que dit <strong>Sextus Empiricus<\/strong> , r\u00e9sumant son raisonnement contre la dialectique: \u00abCar il nous suffit de vivre selon notre exp\u00e9rience, sans aucune opinion, selon des observations et des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales, et de nous abstenir des exc\u00e8s dogmatiques et des bavardages qui d\u00e9passe les limites des besoins urgents de la vie\u00bb (Sextus Empiricus, R. II 246). C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;une telle vie appara\u00eet dans un autre passage de Sextus. \u00abAinsi, en nous accrochant aux ph\u00e9nom\u00e8nes, nous vivons selon l&rsquo;exp\u00e9rience de la vie, sans aucune opinion, car nous ne pouvons pas \u00eatre compl\u00e8tement inactifs. L\u2019exp\u00e9rience de vie elle-m\u00eame semble se composer de quatre parties. Le premier r\u00e9side dans la direction de la nature, le second dans la n\u00e9cessit\u00e9 des passions, le troisi\u00e8me dans la tradition des coutumes et des lois, le quatri\u00e8me dans l&rsquo;enseignement des arts. Conform\u00e9ment aux indications de la nature, nous ressentons et pensons naturellement, conform\u00e9ment \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 des passions, la faim nous conduit \u00e0 la nourriture et la soif nous am\u00e8ne \u00e0 boire, selon la tradition des coutumes et des lois, nous consid\u00e9rons la pi\u00e9t\u00e9 comme une bonne dans la vie ordinaire, et la m\u00e9chancet\u00e9 est mauvaise, selon la formation des arts, nous ne sommes pas inactifs dans les arts que nous avons adopt\u00e9s. Et tout cela ne n\u00e9cessite aucune opinion dogmatique\u00bb (Sextus Empiricus, R. I 23-24).<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1.Diog\u00e8ne La\u00ebrce.<\/em>\u00a0\u00c0 PROPOS DE LA VIE, enseignements et paroles de philosophes c\u00e9l\u00e8bres. M., 1979.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2. Sextus Empiricus.<\/em>\u00a0Oeuvres : En 2 vol. T. I-II. M., 1975-1976.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3. M\u00e9thodes sceptiques de Janacek K.<\/em>\u00a0Sextus Empiricus. Prague, 1972.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le scepticisme est un point de vue selon lequel la possibilit\u00e9 de toute connaissance du monde est ni\u00e9e et la n\u00e9cessit\u00e9 de s&rsquo;abstenir de tout jugement sur celui-ci est affirm\u00e9e. Une attitude sceptique \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la connaissance humaine est tr\u00e8s caract\u00e9ristique de l&rsquo;esprit grec. Les philosophes et po\u00e8tes de la Gr\u00e8ce ancienne, Hom\u00e8re et H\u00e9raclite, Archiloque et D\u00e9mocrite, Euripide et Platon ont&hellip;<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/08\/scepticisme\/\">Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":756,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49,180],"tags":[108],"class_list":{"0":"post-570","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-philosophie","8":"category-filosofiaantichnosti","9":"tag-dieux"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/570","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=570"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/570\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":925,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/570\/revisions\/925"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/756"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=570"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=570"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=570"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}