{"id":577,"date":"2024-06-11T21:28:50","date_gmt":"2024-06-11T18:28:50","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=577"},"modified":"2025-11-20T20:14:52","modified_gmt":"2025-11-20T17:14:52","slug":"patristique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/11\/patristique\/","title":{"rendered":"Patristique. Le corps des enseignements des P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise chr\u00e9tienne"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">La patristique (grec rcaxfjp<strong>,<\/strong> latin pater, p\u00e8re) dans la tradition th\u00e9ologique occidentale (ainsi qu&rsquo;historique et philosophique) fait g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ensemble conventionnel des enseignements des p\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise chr\u00e9tienne des IIe au VIIIe si\u00e8cles. Initialement, \u00abp\u00e8re\u00bb \u00e9tait le nom donn\u00e9 \u00e0 un mentor spirituel dot\u00e9 d\u2019une autorit\u00e9 p\u00e9dagogique reconnue dans l\u2019\u00c9glise. Par la suite, au Ve si\u00e8cle, quatre caract\u00e9ristiques fondamentales du mod\u00e8le patristique furent finalement \u00e9tablies: 1) la saintet\u00e9 de la vie; 2) l&rsquo;antiquit\u00e9; 3) orthodoxie de l&rsquo;enseignement; 4) reconnaissance officielle de l&rsquo;\u00e9glise. Le dernier \u00abp\u00e8re\u00bb du point de vue de la tradition th\u00e9ologique catholique occidentale \u00e9tait <strong>Jean de Damas<\/strong> (mort en 753), mais d\u2019autres auteurs chr\u00e9tiens qui ont v\u00e9cu apr\u00e8s lui \u00e9taient appel\u00e9s \u00ab\u00e9crivains d\u2019\u00c9glise\u00bb. Au contraire, selon la tradition grecque orthodoxe, la tradition sacr\u00e9e, par essence, n&rsquo;est soumise \u00e0 aucune sp\u00e9cification chronologique: le Saint-Esprit agit \u00e0 tout moment \u00e0 travers les personnes; L&rsquo;\u00c9glise orthodoxe consid\u00e8re que le crit\u00e8re principal pour d\u00e9terminer le degr\u00e9 d&rsquo;orthodoxie des vues d&rsquo;un p\u00e8re particulier n&rsquo;est pas l&rsquo;antiquit\u00e9, ni m\u00eame la saintet\u00e9 en elle-m\u00eame, mais la proximit\u00e9 spirituelle de l&rsquo;enseignement par rapport aux canons de la foi apostolique command\u00e9s par l&rsquo;\u00c9glise.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/11\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-iii-la-philosophie-au-moyen-age-chapitre-1-patristique\/patristika230624\/\" rel=\"attachment wp-att-765\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-765\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/patristika230624-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/patristika230624-300x200.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/patristika230624.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Les nombreuses difficult\u00e9s et d\u00e9saccords au sein de l\u2019\u00c9glise chr\u00e9tienne et de la culture th\u00e9ologique naissante \u00e9taient de longues disputes autour de la \u00abcatholicit\u00e9\u00bb et de \u00abl\u2019orthodoxie\u00bb de divers mouvements et tendances au sein de la tradition spirituelle de la nouvelle Europe (m\u00e9di\u00e9vale) \u00e9mergente, qui prenait progressivement et lentement conscience l&rsquo;unit\u00e9 de ses composants &#8211; pass\u00e9, futur et pr\u00e9sent. En particulier, ce n\u2019est pas une co\u00efncidence si les enseignements de nombreux th\u00e9ologiens importants (y compris des \u00abma\u00eetres de la pens\u00e9e\u00bb incontestables comme Tertullien et surtout Orig\u00e8ne) ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s, pers\u00e9cut\u00e9s et condamn\u00e9s par l\u2019\u00c9glise primitive comme ne r\u00e9pondant pas aux exigences de l\u2019orthodoxie.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Premi\u00e8re patristique (II-III si\u00e8cles)<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">La p\u00e9riode de la patristique primitive est traditionnellement divis\u00e9e en deux \u00e9tapes. La premi\u00e8re \u00e9tape (IIe &#8211; d\u00e9but IIIe si\u00e8cles) comprend le travail des premiers penseurs de la culture th\u00e9ologique patristique, qui ont jet\u00e9 les bases du futur dogme chr\u00e9tien (les \u00abp\u00e8res apostoliques\u00bb et les premiers p\u00e8res apologistes). La deuxi\u00e8me \u00e9tape (fin des IIe-IIIe si\u00e8cles) comprend les travaux d&rsquo;un certain nombre d&rsquo;\u00e9crivains chr\u00e9tiens &#8211; les auteurs des premiers syst\u00e8mes th\u00e9ologiques universels de l&rsquo;histoire de la conscience de soi europ\u00e9enne m\u00e9di\u00e9vale (Tertullien, Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie et Orig\u00e8ne). Le d\u00e9but de la patristique a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par l&rsquo;apparition des \u0153uvres de ce qu&rsquo;on appelle. \u00abP\u00e8res apostoliques\u00bb, qui regroupent habituellement les noms de six auteurs chr\u00e9tiens de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du IIe si\u00e8cle: Barnabas, Cl\u00e9ment de Rome, Ignace d&rsquo;Antioche, Polycarpe de Smyrne, Hermas et Pappius; ainsi qu&rsquo;un essai d&rsquo;un auteur inconnu sous le titre conventionnel \u00ab L&rsquo;Enseignement des douze ap\u00f4tres de Gili selon le premier mot du texte, le Didache, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00abenseignement\u00bb). Les \u00abP\u00e8res apostoliques\u00bb \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s soit comme des disciples directs des ap\u00f4tres, soit comme des disciples de leurs successeurs imm\u00e9diats. En g\u00e9n\u00e9ral, le style de pens\u00e9e de ces p\u00e8res se caract\u00e9rise par un manque total de syst\u00e9maticit\u00e9, une grande religiosit\u00e9 et une orientation intra-eccl\u00e9siale. Dans leurs \u00e9crits, le plus souvent \u00e9crits \u00e0 une occasion pr\u00e9cise, la doctrine chr\u00e9tienne est pr\u00e9sent\u00e9e avec une pr\u00e9dominance d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments moralisateurs sur les \u00e9l\u00e9ments de th\u00e9orie th\u00e9ologique abstraite. La vie et la pr\u00e9dication du Christ apparaissent dans ces textes comme une nouvelle loi venue dans ce monde pour la remplacer. la l\u00e9gislation ancienne et, avec la venue du Christ, d\u00e9pass\u00e9e (\u00abAncien Testament\u00bb); La vie chr\u00e9tienne dans les communaut\u00e9s eccl\u00e9siales est d\u00e9crite comme l&rsquo;ob\u00e9issance \u00e0 cette loi. La base du salut est la mort et la r\u00e9surrection du Christ: par Lui le pardon des p\u00e9ch\u00e9s et la lib\u00e9ration du malheur sont donn\u00e9s. \u00abMort au monde\u00bb et \u00absuivre le Christ\u00bb sont proclam\u00e9s comme les imp\u00e9ratifs moraux les plus \u00e9lev\u00e9s. Le p\u00e9ch\u00e9 est d\u00e9crit comme la corruption et le mauvais d\u00e9sir, l\u2019ignorance et l\u2019illusion; le salut est consid\u00e9r\u00e9 comme la vie \u00e9ternelle, la lib\u00e9ration de la mort et l&rsquo;acquisition de la v\u00e9rit\u00e9. Dieu est un, omnipotent, inconnaissable pour l&rsquo;homme; il a cr\u00e9\u00e9 ce monde visible et a ainsi r\u00e9v\u00e9l\u00e9 sa gr\u00e2ce, sa volont\u00e9 et sa justice. Le Christ est Dieu incarn\u00e9 dans l&rsquo;homme; il r\u00e8gne en secret sur les cieux depuis la nuit des temps et appara\u00eetra au jour fix\u00e9 comme juge des vivants et des morts.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les \u00abP\u00e8res apostoliques\u00bb constituent un lien important entre le temps de la R\u00e9v\u00e9lation et l&rsquo;\u00e8re de la tradition; leur pens\u00e9e repr\u00e9sente la premi\u00e8re exp\u00e9rience de r\u00e9flexion th\u00e9orique, alors que la pens\u00e9e chr\u00e9tienne commen\u00e7ait tout juste \u00e0 prendre conscience de son propre contenu et, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, s&rsquo;adressait exclusivement \u00e0 un petit public eccl\u00e9sial. Les \u00abP\u00e8res apostoliques\u00bb furent les premiers \u00e0 ressentir, \u00e0 la fin des temps anciens, l&rsquo;importance et la complexit\u00e9 de la t\u00e2che d&rsquo;autod\u00e9termination culturelle du christianisme, mais pour r\u00e9soudre ce probl\u00e8me, ils avaient besoin de moyens que ces \u00e9crivains ne poss\u00e9daient pas.<\/p>\n<p align=\"justify\">Vers le milieu du IIe si\u00e8cle des groupes distincts de petits chr\u00e9tiens vivaient dans une soci\u00e9t\u00e9 dont l&rsquo;ensemble de la structure culturelle et les traditions s\u00e9culaires contredisaient fortement la vision chr\u00e9tienne du monde. Dans l&rsquo;Empire romain du IIe si\u00e8cle, le christianisme \u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 \u00abreligion ill\u00e9gale\u00bb: il n&rsquo;\u00e9tait pas inclus dans la liste des doctrines religieuses autoris\u00e9es par la loi, et donc le moindre soup\u00e7on d&rsquo;un citoyen romain appartenant \u00e0 celle-ci \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme faux et nuisible secte\u00a0 constituait un motif juridique suffisant pour justifier la pers\u00e9cution. Pour que la nouvelle foi acqui\u00e8re un caract\u00e8re l\u00e9gitime, l&rsquo;\u00c9glise chr\u00e9tienne devait d&rsquo;abord accepter le syncr\u00e9tisme (coexistence de nombreuses croyances) qui pr\u00e9valait dans la soci\u00e9t\u00e9 pa\u00efenne romaine, c&rsquo;est-\u00e0-dire reconna\u00eetre J\u00e9sus-Christ comme \u00abseulement\u00bb l&rsquo;un des dieux du panth\u00e9on romain et acceptez de participer au culte de l&#8217;empereur romain d\u00e9ifi\u00e9 et des dieux romains. Le fait que de nombreux chr\u00e9tiens rejetaient cat\u00e9goriquement les deux a constitu\u00e9 une raison suffisante pour que l\u2019administration imp\u00e9riale romaine les accuse d\u2019ath\u00e9isme. Dans cette situation historique complexe et douloureuse, le ph\u00e9nom\u00e8ne de pol\u00e9miques publiques, quoique unilat\u00e9rales, est apparu entre les \u00e9rudits chr\u00e9tiens et l&rsquo;intelligentsia pa\u00efenne \u00e9clair\u00e9e, appel\u00e9 apolog\u00e9tique (grec \u03b1\u03c0\u03bf\u03bb\u03bf\u03b3\u03af\u03b1 &#8211; \u00abdiscours d\u00e9fensif\u00bb). Parmi les premiers apologistes du p\u00e8re de la seconde moiti\u00e9. IIe si\u00e8cle, qui \u00e9crivait en grec, appartenait \u00e0 Codratus, Aristide, Apollonius, Justin le philosophe et martyr (\u00abPremi\u00e8res excuses\u00bb, \u00abDialogue avec Tryphon\u00bb), Tatien d&rsquo;Assyrie (\u00abDiscours contre les Hell\u00e8nes\u00bb), Ath\u00e9nagoras d&rsquo;Ath\u00e8nes ( \u00abP\u00e9tition pour les chr\u00e9tiens\u00bb) , \u00abSur la r\u00e9surrection des morts\u00bb), Th\u00e9ophile d&rsquo;Antioche (\u00abTrois livres \u00e0 Autolycus sur la foi chr\u00e9tienne\u00bb) et M\u00e9liton de Sardes; Les repr\u00e9sentants des premi\u00e8res apolog\u00e9tiques comprenaient \u00e9galement en grande partie: Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon, qui \u00e9crivait en grec, son \u00e9l\u00e8ve Hippolyte de Rome, et dans certaines de ses \u0153uvres Orig\u00e8ne (\u00abContre Kels\u00bb); ainsi que les premiers auteurs chr\u00e9tiens de langue latine de la fin du IIe et du d\u00e9but du IIIe si\u00e8cle. Minucius Felix (\u00abOctave\u00bb) et Tertullien (\u00abApolog\u00e9tique\u00bb, \u00abAux pa\u00efens\u00bb, \u00abDu t\u00e9moignage de l&rsquo;\u00e2me\u00bb).<\/p>\n<p align=\"justify\">Les \u00e9crits des apologistes s&rsquo;adressaient pour la premi\u00e8re fois \u00e0 un public ext\u00e9rieur et pa\u00efen \u2013 beaucoup plus form\u00e9 en th\u00e9ologie et en philosophie que la plupart des premiers chr\u00e9tiens. Les apologistes devaient prouver au monde pa\u00efen que 1) les croyances pa\u00efennes sont bien plus absurdes et r\u00e9pr\u00e9hensibles que le christianisme aux yeux de ses opposants; que 2) la philosophie hell\u00e9nique est noy\u00e9e dans les contradictions et est incapable de donner au monde une seule v\u00e9rit\u00e9 universelle; que 3) les meilleurs repr\u00e9sentants de l&rsquo;ancienne philosophie pa\u00efenne (principalement H\u00e9raclite, Socrate, Platon et certains sto\u00efciens) \u00e9taient proches du christianisme; que 4) le christianisme est, dans son propre sens, la seule vraie philosophie adapt\u00e9e \u00e0 tous. Les faits tir\u00e9s de la biographie <strong>de Justin le Philosophe<\/strong> sont r\u00e9v\u00e9lateurs du ph\u00e9nom\u00e8ne de l&rsquo;apolog\u00e9tique dans son ensemble(d. 165), qu&rsquo;il rapporte lui-m\u00eame dans son \u00abDialogue avec Tryphon le Juif\u00bb. Ici, Justin parle de lui-m\u00eame comme d&rsquo;un admirateur sinc\u00e8re de toute sagesse philosophique, dont le sens est de servir de base \u00e0 la compr\u00e9hension de Dieu et de l&rsquo;\u00eatre et, gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance de principes sup\u00e9rieurs, de conduire une personne au bonheur. A la recherche des meilleurs mentors, Justin se tourne tour \u00e0 tour vers les sto\u00efciens, puis vers les scientifiques p\u00e9ripat\u00e9ticiens, puis vers les myst\u00e9rieux pythagoriciens &#8211; mais \u00e0 chaque fois il est d\u00e9\u00e7u. Enfin, il se retrouve parmi les platoniciens: \u00abJ\u2019\u00e9tais tr\u00e8s admir\u00e9 par la doctrine de l\u2019incorporel de Platon, dit Justin, et la th\u00e9orie des id\u00e9es a donn\u00e9 des ailes \u00e0 ma pens\u00e9e; Bient\u00f4t, semble-t-il, je suis devenu un sage, et dans mon imprudence j&rsquo;esp\u00e9rais bient\u00f4t contempler Dieu lui-m\u00eame, car tel est le but de la philosophie de Platon\u00bb (Justin. Dialogue avec Tryphon, 2. Traduction de P. A. Preobrazhensky). Suite \u00e0 cela, alors qu&rsquo;il se trouve dans une solitude philosophique, il rencontre un certain vieil homme qui commence \u00e0 interroger le n\u00e9ophyte platonicien sur l&rsquo;essence de Dieu cr\u00e9ateur et la nature de l&rsquo;\u00e2me. Lorsque Justin a expliqu\u00e9 \u00e0 son interlocuteur les vues de Platon sur Dieu et sur la th\u00e9orie de la transmigration des \u00e2mes, l&rsquo;a\u00een\u00e9 a not\u00e9 une incoh\u00e9rence \u00e9vidente: si les \u00e2mes qui ont vu Dieu oublient tout apr\u00e8s \u00eatre entr\u00e9es dans le corps, alors leur bonheur est illusoire et n&rsquo;apporte pas la paix; si ceux qui, en raison de leur indignit\u00e9, ne peuvent pas voir les id\u00e9es et Dieu, restent en captivit\u00e9 mat\u00e9rielle en guise de punition pour leur indignit\u00e9, alors cette punition est essentiellement inutile, puisqu&rsquo;ils ne souffrent pas d&rsquo;un sentiment de perte et ne connaissent pas de regret. Si l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;une personne est immortelle et vit constamment, depuis l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, ce n&rsquo;est pas parce que l&rsquo;\u00e2me est une vie immortelle, comme l&rsquo;enseigne Platon, mais parce que Dieu le veut, telle est sa volont\u00e9. L&rsquo;a\u00een\u00e9 conseille \u00e0 Justin de lire les \u00e9crits des anciens proph\u00e8tes et les livres des ap\u00f4tres, puisque seuls ces \u00e9crits contiennent la v\u00e9rit\u00e9. \u00abUn feu s&rsquo;est imm\u00e9diatement allum\u00e9 dans mon c\u0153ur, et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 envahi d&rsquo;amour pour les proph\u00e8tes et pour les hommes qui sont les amis du Christ; et, en r\u00e9fl\u00e9chissant avec moi-m\u00eame \u00e0 ses paroles, j&rsquo;ai vu que cette philosophie est unie, solide et utile. C\u2019est ainsi que je suis devenu philosophe\u00bb (Dialogue avec Tryphon, 8. Traduit par P. A. Preobrazhensky). Du point de vue des apologistes, la foi chr\u00e9tienne est une v\u00e9ritable philosophie, et seule la foi chr\u00e9tienne est capable de r\u00e9pondre \u00e0 toutes ces questions rest\u00e9es sans r\u00e9ponse par toute la tradition philosophique pr\u00e9c\u00e9dente. Seul le christianisme est capable de donner \u00e0 ceux qui souffrent ce que les philosophes recherchent mais ne peuvent pas trouver, puisque la source de la sagesse chr\u00e9tienne n&rsquo;est pas la raison humaine, aussi talentueuse et sophistiqu\u00e9e soit-elle, mais la R\u00e9v\u00e9lation divine.<\/p>\n<p align=\"justify\">Afin de d\u00e9fendre les fondements du dogme chr\u00e9tien contre les attaques de la critique pa\u00efenne, les apologistes avaient besoin d&rsquo;une id\u00e9e universelle et forte qui deviendrait une base solide pour comprendre et pr\u00e9senter de mani\u00e8re ad\u00e9quate &#8211; face \u00e0 des opposants instruits &#8211; les principes th\u00e9oriques du nouveau credo. Cette id\u00e9e dans les enseignements des premiers p\u00e8res apologistes \u00e9tait l&rsquo;id\u00e9e de Raison &#8211; Logos (grec \u03bb\u03cc\u03b3\u03bf\u00a0<em>\u03c2<\/em> &#8211; \u00abparole\u00bb, \u00abmot\u00bb, \u00abconcept\u00bb, \u00abesprit\u00bb), identifi\u00e9e par eux, d&rsquo;une part, avec J\u00e9sus-Christ et la Sagesse de Dieu &#8211; conform\u00e9ment \u00e0 la th\u00e9orie th\u00e9ologique de St. Jean (Jean 1:1) et, d\u2019autre part, avec les paradigmes des premi\u00e8res traditions philosophiques sto\u00efciennes et platoniciennes. Dieu est compris par les apologistes comme un \u00eatre incompr\u00e9hensible, transcendant au monde, \u00e9ternel, immuable et autosuffisant. La Deuxi\u00e8me Personne (hypostase) de la Trinit\u00e9 divine &#8211; le Logos, le Fils de Dieu, le Christ &#8211; est pr\u00e9sente en Dieu le P\u00e8re comme une certaine \u00abpuissance raisonnable\u00bb qui re\u00e7oit son \u00ab\u00e9nerg\u00e9tique\u00bb et son hypostatique (grec shbotaots &#8211; \u00abr\u00e9alisation\u00bb) expression dans l\u2019acte de cr\u00e9ation de l\u2019univers. Dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, le Logos \u00e9tait avec Dieu en tant qu&rsquo;esprit et providence de Dieu (du grec H.o\/o; Yoy5sh9etos, &#8211; \u00ab\u00a0logos interne\u00a0\u00bb, terme de la philosophie sto\u00efcienne), apr\u00e8s quoi, selon la d\u00e9cision de Dieu le P\u00e8re, \u00e0 Apr\u00e8s la cr\u00e9ation du monde, Dieu Logos (Christ) a commenc\u00e9 \u00e0 se \u00ab manifester litt\u00e9ralement \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00bb (grec \u03bb\u03cc\u03b3\u03bf <em>\u03c2<\/em> \u03c0\u03c1\u03bf\u03c6\u03bf\u03c1\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2 \u00ablogos externe\u00bb), d\u00e9terminant ainsi la direction de la mise en \u0153uvre du plan \u00e9ternel. Le Logos est la Parole engendr\u00e9e du P\u00e8re; tout ce qui existe a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par Lui.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un trait caract\u00e9ristique de la th\u00e9ologie des premiers apologistes \u00e9tait le subordinationisme (la doctrine de la signification in\u00e9gale des hypostases de la Sainte Trinit\u00e9), qui n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 compl\u00e8tement surmont\u00e9e que dans le travail des repr\u00e9sentants de la patristique mature, les soi-disant. Cappadociens &#8211; Basile le Grand, Gr\u00e9goire le Th\u00e9ologien et Gr\u00e9goire de Nysse (seconde moiti\u00e9 du IVe si\u00e8cle). Le fait est que les apologistes consid\u00e9raient la naissance (c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;entr\u00e9e dans l&rsquo;existence hypostatique) du Fils-Logos comme un \u00e9v\u00e9nement associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;acte de cr\u00e9ation de l&rsquo;univers. En cons\u00e9quence, il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 que le Fils de Dieu est quelque chose qui est \u00abpost\u00e9rieur\u00bb et \u00abplus petit\u00bb que le P\u00e8re, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui est \u00abin\u00e9gal\u00bb au P\u00e8re, \u00e9tant un dieu-m\u00e9diateur entre Dieu le Cr\u00e9ateur et l&rsquo;univers dans son ensemble. En supposant la possibilit\u00e9 d&rsquo;une diff\u00e9rence entre Dieu le P\u00e8re et le Logos le Fils, qui serait conditionn\u00e9e par le fait et l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;origine du monde, les apologistes ont ainsi introduit des \u00e9l\u00e9ments de d\u00e9veloppement et de changement dans la nature de l&rsquo;essence divine. Les apologistes n&rsquo;ont pas beaucoup \u00e9crit sur la troisi\u00e8me Personne (hypostase) de la Trinit\u00e9 divine &#8211; le Saint-Esprit &#8211; et il n&rsquo;est donc pas n\u00e9cessaire de parler d&rsquo;une th\u00e9ologie compl\u00e8te et r\u00e9fl\u00e9chie de la trinit\u00e9 par rapport \u00e0 ces \u00e9crivains chr\u00e9tiens.<\/p>\n<p align=\"justify\">Apolog\u00e9tique pal\u00e9ochr\u00e9tienne I-III si\u00e8cles. a eu une grande importance pour toute l&rsquo;histoire ult\u00e9rieure de la pens\u00e9e patristique: les apologistes ont \u00e9t\u00e9 les premiers \u00e0 comprendre la possibilit\u00e9 d&rsquo;une synth\u00e8se profonde du christianisme et de l&rsquo;\u00e9ducation hell\u00e9nique et ont montr\u00e9 son caract\u00e8re extr\u00eamement productif. En outre, ils furent les premiers \u00e0 saluer l\u2019int\u00e9r\u00eat naissant pour le christianisme de la part de l\u2019intelligentsia pa\u00efenne \u00e9clair\u00e9e; Il suffira ici de mentionner le dicton populaire du platonicien pythagoricien du IIe si\u00e8cle. Num\u00e9nie d&rsquo;Apam\u00e9e: \u00abQu&rsquo;est-ce que Platon, sinon Mo\u00efse parlant Grenier?\u00a0\u00bb &#8211; ou les hypoth\u00e8ses de Kels, un c\u00e9l\u00e8bre critique du christianisme, selon lesquelles J\u00e9sus \u00e9tait probablement un lecteur des \u0153uvres de Platon, et de l&rsquo;ap\u00f4tre Paul &#8211; d&rsquo;H\u00e9raclite (Orig\u00e8ne. Contre Kels, VI, 12 ; 16).<\/p>\n<p align=\"justify\">Une autre tentative importante pour donner au christianisme le caract\u00e8re d&rsquo;un enseignement philosophique ordonn\u00e9 fut le gnosticisme, qui \u00e9tait un conglom\u00e9rat de nombreux mouvements religieux et philosophiques des Ier-IVe si\u00e8cles, dans lesquels les soi-disant. gnose (grec uuisk; &#8211; \u00abconnaissance\u00bb) &#8211; connaissance secr\u00e8te de l&rsquo;univers, de Dieu et de l&rsquo;homme, d\u00e9couverte par un certain Sauveur (ou plusieurs sauveurs) et pr\u00e9serv\u00e9e par la tradition \u00e9sot\u00e9rique.<\/p>\n<p align=\"justify\">La possession d\u2019une telle connaissance conduisait en soi au salut. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du 19\u00e8me si\u00e8cle. Les enseignements gnostiques n&rsquo;\u00e9taient connus que par les \u00e9crits des h\u00e9r\u00e9siologues &#8211; des auteurs chr\u00e9tiens engag\u00e9s dans la r\u00e9futation syst\u00e9matique des h\u00e9r\u00e9sies et pol\u00e9miques avec les gnostiques. Dans le 19\u00e8me si\u00e8cle En \u00c9gypte, plusieurs ouvrages gnostiques en traduction copte ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts, dont le plus important est ce qu&rsquo;on appelle. \u00ab\u00a0Pistis-Sophie\u00a0\u00bb. En 1945, en Egypte, pr\u00e8s de la ville de Nag Hammadi (ancien Henoboskion), une biblioth\u00e8que gnostique fut d\u00e9couverte, comprenant 52 ouvrages; ils appartiennent \u00e0 diff\u00e9rents mouvements gnostiques et sont r\u00e9dig\u00e9s en copte. Diverses sectes gnostiques sont connues: Ophites, Barbelognostics, Carpocratiens et autres. Les noms de nombreux enseignants gnostiques, cr\u00e9ateurs de syst\u00e8mes philosophiques et religieux sont \u00e9galement connus: Simon le Mage, Marcion, Th\u00e9odote, Marc, M\u00e9nandre, Sathornilus, Carpocrates, Valentinus, Basilides et d&rsquo;autres. Le but de la connaissance sup\u00e9rieure (gnose) est de r\u00e9pondre \u00e0 une s\u00e9rie de questions fondamentales: \u00abQui \u00e9tions-nous? Qu&rsquo;es-tu devenu? O\u00f9 nous \u00e9tions? O\u00f9 sont-ils jet\u00e9s? O\u00f9 allons-nous? Comment se lib\u00e9rer? Qu&rsquo;est-ce que la naissance? Qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;un r\u00e9veil? (Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie. Extraits de Th\u00e9odote, 78, 2). Les r\u00e9ponses \u00e0 ces questions r\u00e9v\u00e8lent l&rsquo;attitude n\u00e9gative des Gnostiques envers l&rsquo;arrangement de l&rsquo;Univers, ainsi qu&rsquo;envers le cr\u00e9ateur de ce monde (\u00abfaux dieu\u00bb) &#8211; le D\u00e9miurge vantard et d\u00e9raisonnable, qui \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement identifi\u00e9 au Dieu Cr\u00e9ateur de L&rsquo;ancien testament. Outre la conviction de l&rsquo;extr\u00eame inf\u00e9riorit\u00e9 du Dieu Cr\u00e9ateur et de l&rsquo;univers tout entier, les Gnostiques se distinguaient \u00e9galement par la confiance que \u00abtout en haut\u00bb, en dehors de l&rsquo;ordre des choses, se trouve le vrai Dieu et P\u00e8re, le Dieu Inconnaissable &#8211; tout va bien et tout est parfait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au tout d\u00e9but des temps, le Dieu le plus \u00e9lev\u00e9 g\u00e9n\u00e8re \u00e0 partir de sa propre essence le Pl\u00e9r\u00f4me (grec \u03c0\u03bb\u03ae\u03c1\u03c9\u03bc\u03b1 &#8211; \u00abpl\u00e9nitude\u00bb, \u00ababondance\u00bb, \u00abmultitude\u00bb) &#8211; la pl\u00e9nitude de l&rsquo;\u00eatre parfait, constitu\u00e9 d&rsquo;hypostases-\u00e9ons connect\u00e9s par paires (grec \u03b1\u03b9\u03ce\u03bd &#8211; \u00ab\u00a0\u00e2ge\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0terme du temps\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0\u00e9ternit\u00e9\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0ordre mondial limit\u00e9 dans le temps\u00a0\u00bb) &#8211; une sorte d'\u00a0\u00bb\u00e9chelle de l&rsquo;\u00eatre\u00a0\u00bb, sur les marches de laquelle se situent hi\u00e9rarchiquement toutes les \u00e9manations de la nature \u00e9ternelle et parfaite . La derni\u00e8re dans l&rsquo;ordre des \u00e9ons, poss\u00e9dant une nature f\u00e9minine (Sophia), guid\u00e9e par l&rsquo;audacieuse volont\u00e9 d&rsquo;\u00ab\u00eatre\u00bb (\u00ab\u00eatre soi-m\u00eame\u00bb), entend devenir comme le Dieu le plus \u00e9lev\u00e9. \u00c0 la suite de cette impulsion d\u00e9raisonnable, Sophia donne naissance \u00e0 une cr\u00e9ature absurde et laide et, horrifi\u00e9e par ce qu&rsquo;elle a fait, \u00abpousse\u00bb litt\u00e9ralement sa cr\u00e9ation au-del\u00e0 des limites de l&rsquo;existence surexistante. Le fils de Sophie (souvent appel\u00e9 Yaldabaoth), n\u00e9 d&rsquo;une erreur, est l&rsquo;incarnation de l&rsquo;ignorance (du grec ochg^^kpa) et de l&rsquo;insouciance ; il se d\u00e9signe comme le seul Dieu et commence \u00e0 cr\u00e9er un monde aussi imparfait et laid que son cr\u00e9ateur. Il dirige ce monde avec les archontes (c&rsquo;est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement les \u00abdirigeants\u00bb), qu&rsquo;il a lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9s. Lorsque vient le temps de la cr\u00e9ation du premier homme, alors l&rsquo;intervention de forces sup\u00e9rieures, bonnes et en v\u00e9rit\u00e9, se produit de mani\u00e8re invisible, et alors l&rsquo;homme, appel\u00e9 soit Adam, soit Adam Kadmon, re\u00e7oit une particule de la v\u00e9ritable essence du divinit\u00e9 supr\u00eame, qui passe de lui \u00e0 sa prog\u00e9niture. En raison de son implication dans une nature pure, immortelle et intacte, une personne dans ce monde est un vagabond et un \u00e9tranger; la v\u00e9ritable patrie de l&rsquo;homme est le Pl\u00e9r\u00f4me, et non l&rsquo;espace ni l&rsquo;histoire de ce monde; le sens et le but de la vie humaine devraient \u00eatre le salut. La Gnose, la connaissance secr\u00e8te, est pr\u00e9cis\u00e9ment la conscience qu\u2019a l\u2019homme de sa divinit\u00e9 originelle; l&rsquo;acquisition de la gnose en elle-m\u00eame signifie automatiquement le salut d&rsquo;une personne, son retour \u00e0 elle-m\u00eame. Le symbole et le mod\u00e8le d&rsquo;une telle connaissance de soi et, par cons\u00e9quent, de la lib\u00e9ration de tout ce qui est sp\u00e9cifiquement mat\u00e9riel et mondain, du point de vue des repr\u00e9sentants du gnosticisme chr\u00e9tien &#8211; Marcion, son plus proche \u00e9l\u00e8ve Apelle, Valentin et Basilides (environ le milieu du IIe si\u00e8cle ), \u00e9tait J\u00e9sus-Christ. Dans la vie du Christ, du point de vue du gnosticisme, la mort et la souffrance, en substance, n&rsquo;ont pas d&rsquo;importance, puisque le Christ n&rsquo;est en fait pas un homme, mais un \u00eatre spirituel venu des \u00e9ons. Ce Christ n\u2019est jamais \u00abn\u00e9\u00bb, \u00aba v\u00e9cu\u00bb ou \u00abest mort\u00bb, mais tout en pr\u00eachant la v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019a rev\u00eatu que temporairement une coquille fantomatique. Le but du Christ \u00e9tait le salut de Sophie, tomb\u00e9e dans la pauvret\u00e9 (grec \u03c3\u03bf\u03c6\u03af\u03b1 &#8211; \u00ab sagesse \u00bb), son retour \u00e0 l&rsquo;\u00eatre pur et la reconstitution du Pl\u00e9r\u00f4me \u00e0 son \u00e9tat originel; et, par cons\u00e9quent, la lib\u00e9ration des \u00e2mes humaines de la captivit\u00e9 de la mati\u00e8re et leur retour au \u00abciel spirituel\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pendant plus d&rsquo;un demi-si\u00e8cle, le gnosticisme a rivalis\u00e9 avec succ\u00e8s avec l&rsquo;enseignement orthodoxe de l&rsquo;\u00c9glise, essayant \u00e0 sa mani\u00e8re de synth\u00e9tiser et de g\u00e9n\u00e9raliser les r\u00e9alisations de la science philosophique hell\u00e9nique et le contenu de l&rsquo;\u00c9vangile du Nouveau Testament. La plupart des th\u00e9ologiens \u00e9minents du deuxi\u00e8me sexe se sont consacr\u00e9s \u00e0 la lutte contre le gnosticisme. II &#8211; d\u00e9but IIIe si\u00e8cle; Parmi eux se distinguent les noms de Justin; Ir\u00e9n\u00e9e de Lyon; Hippolyte de Rome et Quintus Septime Tertullien. Le gnosticisme en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne particulier de la culture religieuse et philosophique de l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive a finalement disparu au 5\u00e8me si\u00e8cle, mais des \u00e9l\u00e9ments individuels des enseignements des gnostiques ont ensuite constitu\u00e9 la base du manich\u00e9isme (qui est apparu au 3\u00e8me si\u00e8cle) et de nombreuses h\u00e9r\u00e9sies du Moyen \u00c2ge chr\u00e9tien. (Pauliciens, Bogomiles, Cathares).<\/p>\n<p align=\"justify\">Le premier centre de formation de syst\u00e8mes th\u00e9ologiques universels sp\u00e9culatifs dans l&rsquo;Orient chr\u00e9tien fut l&rsquo;\u00c9cole th\u00e9ologique d&rsquo;Alexandrie. Le premier directeur connu de cette \u00e9cole \u00e9tait un certain Panten; il n&rsquo;a laiss\u00e9 aucun \u00e9crit derri\u00e8re lui. Les \u00e9tudiants de Panten \u00e9taient les plus grands repr\u00e9sentants de l&rsquo;\u00e9cole &#8211; Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie et Orig\u00e8ne.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Titus Flavius \u200b\u200b\u200b\u200bCl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie<\/strong>\u00a0(vers 150 &#8211; 216) est n\u00e9 dans une famille pa\u00efenne et a re\u00e7u une excellente \u00e9ducation. Apr\u00e8s avoir accept\u00e9 le christianisme et err\u00e9 pendant de nombreuses ann\u00e9es, Cl\u00e9ment se retrouva \u00e0 Alexandrie (vers 180), o\u00f9, vers 200, il rempla\u00e7a Panten \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;\u00e9cole de l&rsquo;\u00e9glise locale (dite cat\u00e9ch\u00e9tique). En 202, en raison de la pers\u00e9cution des chr\u00e9tiens qui commen\u00e7a \u00e0 Alexandrie, Cl\u00e9ment fut contraint de fuir secr\u00e8tement l&rsquo;\u00c9gypte et de se rendre en Cappadoce (une r\u00e9gion du nord de la p\u00e9ninsule d&rsquo;Asie Mineure), o\u00f9 il v\u00e9cut ses derni\u00e8res ann\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cl\u00e9ment est entr\u00e9 dans l\u2019histoire de la pens\u00e9e patristique comme le cr\u00e9ateur du premier syst\u00e8me universel d\u2019\u00e9ducation chr\u00e9tienne et en m\u00eame temps du premier syst\u00e8me th\u00e9ologique th\u00e9orique universel. L&rsquo;objectif de Cl\u00e9ment \u00e9tait de transformer la doctrine chr\u00e9tienne en un \u00e9difice solide de science chr\u00e9tienne et de d\u00e9velopper une m\u00e9thodologie pour son assimilation ad\u00e9quate. Les principales \u0153uvres de Cl\u00e9ment forment une sorte de \u00abtrilogie\u00bb, unies par un concept p\u00e9dagogique commun. \u00abProtreptique\u00bb (ou \u00abExhortation aux Hell\u00e8nes\u00bb) est \u00e9tudi\u00e9 au stade pr\u00e9paratoire ; Le but de ce travail est de d\u00e9tourner les gens de la superstition et de les rapprocher de la foi. \u00abMa\u00eetre\u00bb est la deuxi\u00e8me \u00e9tape, servant \u00e0 gu\u00e9rir les passions et \u00e0 \u00e9duquer l&rsquo;\u00e2me. Le niveau le plus \u00e9lev\u00e9, l\u2019\u00e9tape de la connaissance de Dieu, est constitu\u00e9 des \u00abStromates\u00bb (litt\u00e9ralement \u00abcouvre-lits en patchwork\u00bb) \u2013 l\u2019\u0153uvre la plus significative de Cl\u00e9ment; voici la somme de la connaissance chr\u00e9tienne, la v\u00e9ritable \u00abgnose\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">D\u00e9veloppant les principes g\u00e9n\u00e9raux de la th\u00e9ologie apologiste, Cl\u00e9ment arrive \u00e0 la th\u00e8se de l&rsquo;harmonie entre la foi et la raison. La foi, selon Cl\u00e9ment, est le premier pas vers la perfection et une condition indispensable pour progresser vers la \u00abgnose\u00bb: ni une connaissance fiable ni une vie heureuse ne sont possibles en l\u2019absence de foi. A l&rsquo;aide de la m\u00e9thode d&rsquo;interpr\u00e9tation des all\u00e9gories (m\u00e9thode all\u00e9gorique), la raison aide \u00e0 clarifier le contenu de la foi. Le but de la philosophie est de faire la transition de la foi \u00e0 la vraie connaissance. L\u2019ensemble de la connaissance humaine sur le monde sert de fondement \u00e0 la construction de la vraie philosophie, tout comme la philosophie elle-m\u00eame sert d\u2019aide \u00e0 la construction de la vraie th\u00e9ologie: \u00abLes Grecs avaient besoin de philosophie pour la justice avant l\u2019av\u00e8nement du monde. Seigneur, et m\u00eame maintenant, il est utile pour le d\u00e9veloppement de la vraie religion, comme discipline pr\u00e9paratoire pour ceux qui parviennent \u00e0 la foi par d\u00e9monstration visuelle&#8230; Car Dieu est la source de tout bien: soit directement, comme dans l&rsquo;Ancien et le Nouveau Testament , ou indirectement, comme dans le cas de la philosophie. Mais il est m\u00eame possible que la philosophie ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e directement aux Grecs, car elle \u00e9tait le \u00abma\u00eetre d&rsquo;\u00e9cole\u00bb (Galates 3:24) de l&rsquo;hell\u00e9nisme pour le Christ \u2013 tout comme la Loi l&rsquo;\u00e9tait pour les Juifs. Ainsi, la philosophie \u00e9tait une pr\u00e9paration qui pr\u00e9parait l&rsquo;homme \u00e0 la perfection dans le Christ\u00bb (Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie. Stromates, I, 5).<\/p>\n<p align=\"justify\">La v\u00e9ritable \u00abgnose\u00bb comprend deux \u00e9l\u00e9ments: la connaissance de Dieu (th\u00e9ologie) et l&rsquo;atteinte de la plus haute perfection morale. La connaissance de l&rsquo;essence de Dieu en termes de th\u00e9ologie positive et cataphatique (grec \u03ba\u03b1\u03c4\u03ac\u03c6\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2 &#8211; \u00abaffirmation\u00bb), du point de vue de Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie, n&rsquo;est pas r\u00e9alisable dans son int\u00e9gralit\u00e9; Vous ne pouvez savoir avec certitude sur Dieu que ce que Dieu n&rsquo;est pas, et par cons\u00e9quent, pour exprimer l&rsquo;essence de l&rsquo;inexplicable, une th\u00e9ologie n\u00e9gative et apophatique est n\u00e9cessaire (grec \u03ac\u03c0\u03cc\u03c6\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2 &#8211; \u00abn\u00e9gation\u00bb). Dieu est au-dessus de tout ce qui existe, au-dessus de sa singularit\u00e9 m\u00eame; c&rsquo;est infini, sans forme et sans nom. Dieu n&rsquo;est connu que dans son propre Esprit, c&rsquo;est-\u00e0-dire le Logos divin, le Fils, qui est la \u00abpuissance\u00bb et la \u00absagesse\u00bb du P\u00e8re; il existe de toute \u00e9ternit\u00e9, n\u00e9, mais non cr\u00e9\u00e9. Le Logos-Christ est \u00abl\u2019\u00e9nergie\u00bb de Dieu le P\u00e8re, m\u00e9diateur constant entre le Cr\u00e9ateur et l\u2019univers dans son ensemble. Le Logos dans la structure de la hi\u00e9rarchie divine est situ\u00e9 en dessous du P\u00e8re, et plus on s&rsquo;\u00e9loigne du Logos, plus le lien avec la premi\u00e8re et unique origine devient faible. Atteindre le stade le plus \u00e9lev\u00e9 de la connaissance de Dieu, selon Cl\u00e9ment d&rsquo;Alexandrie, s&rsquo;accompagne de perfection morale: chez un v\u00e9ritable \u00abgnostique\u00bb, il y a une fusion de sophistication th\u00e9orique et d&rsquo;impeccabilit\u00e9 asc\u00e9tique; l&rsquo;id\u00e9al platonicien de contemplation des essences (\u00e9ternelles et immuables) s&rsquo;identifie aux id\u00e9aux chr\u00e9tiens de foi, d&rsquo;esp\u00e9rance et d&rsquo;amour.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le deuxi\u00e8me repr\u00e9sentant marquant de l&rsquo;\u00e9cole alexandrine fut\u00a0<strong>Orig\u00e8ne<\/strong>\u00a0(vers 185 &#8211; 263\/264), que l&rsquo;on peut appeler, sans trop d&rsquo;exag\u00e9ration, le fondateur de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne sp\u00e9culative. Orig\u00e8ne est n\u00e9 dans une riche famille chr\u00e9tienne \u00e0 Alexandrie et, d\u00e8s sa petite enfance, a commenc\u00e9 \u00e0 fr\u00e9quenter les classes primaires de la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9cole dirig\u00e9e par Panten et Cl\u00e9ment. Au fil du temps, Orig\u00e8ne change son attitude n\u00e9gative initiale envers la philosophie : vers 210, il devient l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve du c\u00e9l\u00e8bre pythagoricien Ammonius Saccas (vers 175 &#8211; 242), avec qui Plotin, le fondateur du n\u00e9oplatonisme, \u00e9tudie un peu plus tard. Pendant pr\u00e8s de 30 ans, Orig\u00e8ne a travaill\u00e9 fructueusement \u00e0 Alexandrie, apr\u00e8s quoi, en raison de conflits avec les autorit\u00e9s, il a quitt\u00e9 l&rsquo;\u00c9gypte et s&rsquo;est rendu en Palestine, dans la ville de C\u00e9sar\u00e9e, o\u00f9 il a fond\u00e9 une nouvelle \u00e9cole th\u00e9ologique. Orig\u00e8ne est mort lors de la pers\u00e9cution des chr\u00e9tiens \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&#8217;empereur D\u00e8ce.<\/p>\n<p align=\"justify\">La personnalit\u00e9 et l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;Orig\u00e8ne ont toujours \u00e9t\u00e9 entour\u00e9es d&rsquo;un honneur et d&rsquo;un respect extraordinaires. De nombreux \u00e9l\u00e9ments importants de la th\u00e9ologie d&rsquo;Orig\u00e8ne ont servi de base \u00e0 divers enseignements, tant h\u00e9r\u00e9tiques qu&rsquo;orthodoxes. Dans le m\u00eame temps, une grande partie de cette th\u00e9orie a suscit\u00e9 des doutes parmi les autorit\u00e9s eccl\u00e9siastiques, ce qui a finalement conduit \u00e0 la condamnation des vues du th\u00e9ologien alexandrin sous l&#8217;empereur Justinien (553). Parmi les 2000 \u0153uvres \u00e9crites par Orig\u00e8ne, certaines \u0153uvres (la plupart) ont \u00e9t\u00e9 irr\u00e9m\u00e9diablement perdues, d&rsquo;autres nous sont parvenues dans des traductions d&rsquo;\u00e9tudiants et d&rsquo;admirateurs enthousiastes, ce qui a souvent d\u00e9form\u00e9 le sens de ses vues th\u00e9ologiques.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans l&rsquo;enseignement chr\u00e9tien, Orig\u00e8ne voyait le summum de la philosophie grecque : le platonisme pa\u00efen devint pour lui (comme pour toute pens\u00e9e patristique apr\u00e8s lui) son mod\u00e8le. Ici trouve son explication l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&rsquo;Orig\u00e8ne pour la m\u00e9thodologie stricte de la preuve, pour les math\u00e9matiques, la logique et le symbolisme num\u00e9rique. La m\u00e9thode all\u00e9gorique est proclam\u00e9e comme le principal moyen d&rsquo;interpr\u00e9tation des textes de l&rsquo;\u00c9criture Sainte, distinguant trois niveaux de sens dans chaque fragment: litt\u00e9ral (corporel), mental (\u00e9thique) et spirituel (th\u00e9ologique abstrait). Les principes de la th\u00e9orie th\u00e9ologique sont expos\u00e9s dans l\u2019essai \u00abSur les principes\u00bb. Le premier livre parle de Dieu comme de la source \u00e9ternelle de tout ce qui existe; dans le second &#8211; sur la structure de l&rsquo;Univers et la cr\u00e9ation de l&rsquo;univers; dans le troisi\u00e8me &#8211; sur l&rsquo;homme et son but; et enfin, le quatri\u00e8me livre traite de la R\u00e9v\u00e9lation et des mani\u00e8res de la comprendre. Toutes les v\u00e9rit\u00e9s de la foi, selon Orig\u00e8ne, sont divis\u00e9es en essentielles (c&rsquo;est-\u00e0-dire les principes de doctrine les plus importants, r\u00e9sum\u00e9s dans les Symboles) et non essentielles (qui ne sont pas \u00e9nonc\u00e9es assez clairement dans l&rsquo;\u00c9criture ou ne sont pas \u00e9nonc\u00e9es du tout). En ce qui concerne l\u2019examen des premi\u00e8res v\u00e9rit\u00e9s essentielles, aucune libert\u00e9 de jugement conduisant \u00e0 des divergences d\u2019opinion n\u2019est inacceptable, tandis que sur des questions particuli\u00e8res (concernant les choses cr\u00e9\u00e9es de l\u2019univers imparfait), les th\u00e9ologiens sont libres de s\u2019appuyer sur leur propre raison. Le Dieu d&rsquo;Orig\u00e8ne est une unit\u00e9, ou \u00abmonade\u00bb, qui d\u00e9passe tout ce qu&rsquo;on peut dire et penser sur Dieu. Orig\u00e8ne utilise aussi souvent l&rsquo;expression \u00abTrinit\u00e9\u00bb et dans les discussions sur les relations entre les Personnes de la Trinit\u00e9, pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, il utilise le concept de \u00abconsubstantiel\u00bb (grec \u03bf\u03bc\u03bf\u03bf\u03cd\u03c3\u03b9\u03bf\u03c2). Le Fils de Dieu, qui est la Sagesse de Dieu et le Logos divin, est assimil\u00e9 \u00e0 un rayon de lumi\u00e8re qui \u00e9mane de la source \u00e9ternelle et in\u00e9puisable et contient en m\u00eame temps (potentiellement) l&rsquo;univers tout entier. Le Logos est un reflet \u00e9ternel du prototype, la \u00abmonade\u00bb surexistante, Dieu le P\u00e8re, mais par rapport au monde cr\u00e9\u00e9, il est le prototype, ou les \u00abid\u00e9es d&rsquo;id\u00e9es\u00bb, et toutes choses sont des reflets du Logos mais pas le Dieu supr\u00eame. Le Logos est en quelque sorte un m\u00e9diateur entre Dieu et le monde, \u00e0 travers lequel Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire la \u00abmonade\u00bb &#8211; surexistante et sur-concevable &#8211; se d\u00e9ploie dans la pluralit\u00e9. Le Saint-Esprit se situe tout en bas de la hi\u00e9rarchie des hypostases divines et impr\u00e8gne l\u2019univers tout entier. L&rsquo;action de Dieu le P\u00e8re s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 tout ce qui existe, Dieu le Fils (Christ) au rationnel, Dieu le Saint-Esprit au saint (Orig\u00e8ne. Des principes, 1.2 &#8211; 3). Tout comme dans les enseignements des n\u00e9oplatoniciens, l&rsquo;Esprit na\u00eet \u00e9ternellement de l&rsquo;Un, de m\u00eame dans les enseignements d&rsquo;Orig\u00e8ne la deuxi\u00e8me Personne (hypostase) de la Trinit\u00e9 divine na\u00eet \u00e9ternellement et d\u00e9coule de la premi\u00e8re. L&rsquo;acte de cr\u00e9ation du monde, comme la naissance du Fils de Dieu le P\u00e8re, est aussi n\u00e9cessairement \u00e9ternel: Dieu ne peut \u00eatre ni le Cr\u00e9ateur ni le Tout-Puissant. Le monde r\u00e9el est un monde \u00abd\u2019intellects\u00bb (anges, \u00e2mes, esprits purs) et non de mati\u00e8re, identique \u00e0 lui-m\u00eame et uni. Le monde sensoriel cr\u00e9\u00e9 existe dans le temps et n\u2019est ni permanent ni m\u00eame unique: les mondes se remplacent constamment (Orig\u00e8ne.Au commencement, II, 1; III, 5), et les \u00e2mes rationnelles (esprits, \u00abintellects\u00bb) sont capables de passer d&rsquo;un monde cr\u00e9\u00e9 \u00e0 un autre (Orig\u00e8ne. Des principes, II, 8). L&rsquo;\u00e2me est un croisement entre la chair et l&rsquo;esprit (grec: \u03c0\u03bd\u03b5\u03cd\u03bc\u03b1). Elle est capable, d&rsquo;une part, de s&rsquo;approcher de Dieu et de devenir pur esprit, mental (\u00abintellect\u00bb), et peut, d&rsquo;autre part, pencher vers la mati\u00e8re, pure non-existence. Ses deux \u00e9tats sont dus au fait que tout \u00eatre rationnel est dot\u00e9 par nature de la capacit\u00e9 de choisir &#8211; entre la richesse et le d\u00e9savantage, le bien et le mal, etc. Le mal est une chute de la pl\u00e9nitude de l&rsquo;\u00eatre vers la non-existence (Orig\u00e8ne. Sur les principes, II, 8; III, 1), c&rsquo;est-\u00e0-dire une cons\u00e9quence d&rsquo;un choix faux mais libre. Le mal, le malheur, l&rsquo;injustice, le vice, la non-existence et la mati\u00e8re, dit Orig\u00e8ne, ne sont pas quelque chose qui est n\u00e9 de l&rsquo;inconscience de Dieu, le Bon et le Tout-Puissant; toutes ces choses sont le r\u00e9sultat du faux choix d\u2019esprits cr\u00e9\u00e9s et dot\u00e9s de libert\u00e9. Dans le monde sensoriel, il ne peut y avoir de bien et de mal substantiels (le mal et le bien sont inh\u00e9rents aux choses par accident), et par cons\u00e9quent il n&rsquo;y a pas un seul \u00eatre finalement d\u00e9chu et condamn\u00e9 dans l&rsquo;univers; m\u00eame le diable, selon Orig\u00e8ne, est capable de bien (Orig\u00e8ne. Des principes, I, 8). Tous les \u00eatres rationnels forment ensemble une seule hi\u00e9rarchie d&rsquo;existence, dont la place d\u00e9pend du degr\u00e9 de perfection morale. Le but de chaque personne &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;esprit (\u00ab\u00a0intellect\u00a0\u00bb), embourb\u00e9 dans l&rsquo;impuret\u00e9 du monde mat\u00e9riel &#8211; est un retour progressif \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat originel de connaissance de Dieu, d&rsquo;unit\u00e9 avec Dieu, de salut, de \u00ab\u00a0restauration\u00a0\u00bb (grec: \u03b1\u03c0\u03bf\u03ba\u03b1\u03c4\u03ac\u03c3\u03c4\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2), qui est finalement suppos\u00e9 \u00eatre in\u00e9vitable pour l&rsquo;univers entier.- est un retour progressif \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat originel de connaissance de Dieu, d&rsquo;unit\u00e9 avec Dieu, de salut, de \u00abrestauration\u00bb (grec: \u03b1\u03c0\u03bf\u03ba\u03b1\u03c4\u03ac\u03c3\u03c4\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2), qui est finalement suppos\u00e9 in\u00e9vitable pour l&rsquo;univers entier- est un retour progressif \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat originel de connaissance de Dieu, d&rsquo;unit\u00e9 avec Dieu, de salut, de \u00abrestauration\u00bb (grec: \u03b1\u03c0\u03bf\u03ba\u03b1\u03c4\u03ac\u03c3\u03c4\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2), qui est finalement suppos\u00e9 in\u00e9vitable pour l&rsquo;univers entier.<\/p>\n<p align=\"justify\">Parmi les \u00e9crivains chr\u00e9tiens de langue latine de la premi\u00e8re p\u00e9riode patristique, le nom d&rsquo;un natif de Carthage,\u00a0<strong>Quintus Septimius Florent Tertullien<\/strong> (vers 160 &#8211; apr\u00e8s 220), se d\u00e9marque. Dans sa jeunesse, Tertullien, n\u00e9 dans une noble famille romaine pa\u00efenne, a re\u00e7u une \u00e9ducation la\u00efque compl\u00e8te &#8211; rh\u00e9torique, philosophique et juridique. Apr\u00e8s avoir accept\u00e9 le christianisme (entre 185 et 197), Tertullien fut pendant quelque temps pr\u00eatre et avocat (exer\u00e7ant le droit \u00e0 Rome et \u00e0 Carthage). Au tout d\u00e9but des ann\u00e9es 200. il devient un adepte passionn\u00e9 du montanisme (\u00abh\u00e9r\u00e9sie phrygienne\u00bb) &#8211; une secte h\u00e9r\u00e9tique avec des r\u00e8gles strictes et une vive attention aux \u00e9tats proph\u00e9tiques et extatiques. Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 les montanistes, Tertullien devient \u00e0 Carthage le fondateur de sa propre secte. Environ env. 240, il meurt. Parmi les nombreux (plus de trente) ouvrages survivants de Tertullien, \u00abApolog\u00e9tique\u00bb, \u00abSur le t\u00e9moignage de l&rsquo;\u00e2me\u00bb, \u00abSur l&rsquo;\u00e2me\u00bb, \u00abSur la prescription contre les h\u00e9r\u00e9tiques\u00bb, \u00abSur la chair du Christ\u00bb, \u00abSur le R\u00e9surrection de la chair\u00bb, \u00abContre Hermog\u00e8ne\u00bb sont particuli\u00e8rement importants, \u00abContre Praxeus\u00bb, \u00abContre Marcion\u00bb. Le ton de ses \u00e9crits &#8211; dur, passionn\u00e9 et pol\u00e9mique &#8211; est typique de nombreux \u00e9crivains africains anciens, qui, comme lui, avaient un caract\u00e8re original et complexe, dans lequel une sobri\u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8re se conjuguait avec un ardent d\u00e9sir de v\u00e9rit\u00e9 et une intransigeance impitoyable envers les ennemis.<\/p>\n<p align=\"justify\">Contrairement aux apologistes Cl\u00e9ment d\u2019Alexandrie, Orig\u00e8ne ou (plus tard) Augustin, Tertullien refuse de voir dans le christianisme une \u00abnouvelle philosophie\u00bb: \u00ab Qu\u2019ont en commun un philosophe et un chr\u00e9tien? Entre un \u00e9tudiant de la Gr\u00e8ce et un \u00e9tudiant du Ciel? Entre le chercheur de v\u00e9rit\u00e9 et le chercheur de vie \u00e9ternelle? (Tertullien. Apolog\u00e9ticien, 46); \u00abQu\u2019est-ce qu\u2019Ath\u00e8nes pour J\u00e9rusalem? Qu&rsquo;est-ce que l&rsquo;Acad\u00e9mie &#8211; l&rsquo;\u00c9glise? Que sont les h\u00e9r\u00e9tiques pour les chr\u00e9tiens?\u00bb (Sur la prescription contre les h\u00e9r\u00e9tiques, 7). La philosophie est la source de toutes les h\u00e9r\u00e9sies, \u00e9trang\u00e8res et secr\u00e8tement hostiles \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de la R\u00e9v\u00e9lation. Dieu est au-dessus des lois, des distinctions et des d\u00e9finitions que la raison naturelle philosophique veut lui imposer; Les questions \u00abpourquoi?\u00bb ne s\u2019appliquent pas \u00e0 Dieu \u00ab\u00a0et pourquoi?\u00a0\u00bb Seule l\u2019\u00e2me humaine, qui, comme le dit Tertullien,\u00a0 est chr\u00e9tienne par nature\u00a0 (anima naturaliter Christiana), peut conna\u00eetre Dieu par la puissance de la foi. Pour appara\u00eetre v\u00e9ritablement, Dieu doit \u00eatre compris d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment peu philosophique, paradoxale et non naturelle: \u00abLe Fils de Dieu crucifi\u00e9 n\u2019est pas honteux, car il est digne de honte; et le Fils de Dieu est mort, c&rsquo;est absolument certain, car c&rsquo;est absurde; et, enterr\u00e9, il est ressuscit\u00e9 \u2013 cela est certain, car c&rsquo;est impossible\u00bb (Sur la chair du Christ, 5). Beaucoup de ses paradoxes furent ensuite r\u00e9duits \u00e0 la formule attribu\u00e9e plus tard \u00e0 Tertullien par contumace: \u00abJe crois parce que c&rsquo;est absurde\u00bb (credo quia absurdum).<\/p>\n<p align=\"justify\">La foi par rapport \u00e0 la connaissance a \u00e0 la fois une valeur et une priorit\u00e9 logique: elle fixe les buts, le sujet et les limites de la compr\u00e9hension rationnelle (De la prescription contre les h\u00e9r\u00e9tiques, 7; Contre Hermog\u00e8ne, 4-5). Conform\u00e9ment \u00e0 ce principe, Tertullien distingue deux grands types de connaissances: r\u00e9v\u00e9l\u00e9es et naturelles. Toute connaissance empirique commence par la perception sensorielle; dans l&rsquo;\u00e2me, des id\u00e9es primaires sur l&rsquo;univers, Dieu, l&rsquo;\u00e2me, le bien et le mal, etc. surgissent naturellement (Sur la r\u00e9surrection de la chair, 3; 5), ce qui, \u00e0 son tour, ressemble \u00e0 la vision sto\u00efcienne de la nature des concepts g\u00e9n\u00e9raux . Chronologiquement, la connaissance naturelle peut pr\u00e9c\u00e9der la familiarisation avec le texte des Saintes \u00c9critures, qui, \u00e9tant la principale source de v\u00e9rit\u00e9 command\u00e9e, doit \u00eatre acquise dans le processus d&rsquo;\u00e9ducation chr\u00e9tienne. Le crit\u00e8re formel de la v\u00e9rit\u00e9 est l&rsquo;autorit\u00e9 (du latin auctoritas); la source fondamentale de l&rsquo;autorit\u00e9 est l&rsquo;\u00c9criture Sainte, la tradition apostolique et la succession eccl\u00e9siastique.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les principes g\u00e9n\u00e9raux de la th\u00e9ologie de Tertullien remontent directement \u00e0 la physique sto\u00efcienne. Tout ce qui existe est corporel, l&rsquo;incorporel n&rsquo;existe pas et il n&rsquo;y a pas de troisi\u00e8me chose. Dieu est un \u00catre unique, \u00e9ternel, supr\u00eame, omnipotent et tout bon. Il est le Cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers, qui est en dehors de l&rsquo;univers et l&rsquo;a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir de rien. En m\u00eame temps, Dieu, comme toutes choses existantes, est substantiellement corporel: \u00abQui nierait que Dieu soit corps, bien qu\u2019il soit Esprit? Apr\u00e8s tout, l\u2019Esprit est une sorte de corps \u00e0 son image (corpus sui generis in sua effigie)\u00bb (Contre Praxeus, 7). De la m\u00eame mani\u00e8re, selon les enseignements de Tertullien, l\u2019\u00e2me humaine est un \u00abcorps\u00bb sp\u00e9cifique. L\u2019essence (substantia) des trois hypostases divines est la m\u00eame : Dieu, conform\u00e9ment au principe de \u00abconsubstantialit\u00e9\u00bb, est \u00e0 la fois triple et un. \u00abL&rsquo;unit\u00e9, produisant la Trinit\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;elle-m\u00eame, n&rsquo;est pas d\u00e9truite, mais est ordonn\u00e9e\u00bb (Contre Praxeus, 3). Le Christ est le Fils de Dieu, la Raison divine (Logos) et la Sagesse divine (Sophia). Le Saint-Esprit vient du P\u00e8re et du Fils. Parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 du principe de \u00abconsubstantialit\u00e9\u00bb, Tertullien introduit \u00e9galement le concept de \u00abdistribution\u00bb (distributio, dispositio): \u00abLe P\u00e8re est la substance enti\u00e8re, le Fils est un d\u00e9riv\u00e9 et une partie\u00bb (Contre Praxeus, 9).\u00a0 Tertullien cherche \u00e0 souligner que la Trinit\u00e9 de Dieu existait \u00e0 l&rsquo;origine en puissance, mais qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e lors de la cr\u00e9ation du monde \u00e0 travers le Logos-Fils et le Saint-Esprit (Contre Praxeus, 26; Contre Hermog\u00e8ne, 3; 18). En cons\u00e9quence, l&rsquo;enseignement de Tertullien sur le Logos acquiert les caract\u00e9ristiques du subordinationisme (l&rsquo;introduction d&rsquo;une relation hi\u00e9rarchique entre les Personnes de la Trinit\u00e9), qui est une caract\u00e9ristique commune \u00e0 presque tous les premiers apologistes.<\/p>\n<p align=\"justify\">La question principale de la christologie de Tertullien est la relation entre les deux natures du Christ, divine et humaine. Le Christ est \u00abun homme uni \u00e0 Dieu\u00bb (Apolog\u00e9tique, 21; Sur la chair du Christ, 15). La combinaison de ces substances doit \u00eatre comprise comme \u00abune double nature, non m\u00e9lang\u00e9e, mais unie en une seule Personne\u00bb (Contre Praxeus, 27). L&rsquo;homme est un \u00eatre rationnel et libre, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l&rsquo;image et \u00e0 la ressemblance de Dieu. L&rsquo;image de Dieu c&rsquo;est l&rsquo;\u00e2me, la ressemblance est dans la bonne disposition de l&rsquo;\u00e2me (Sur la r\u00e9surrection des corps, 6; Contre Marcion, I, 9). Dans l\u2019\u00e2me, comme en Dieu, il y a une distinction entre le \u00abcorps\u00bb et \u00abl\u2019esprit\u00bb \u2013 deux substances diff\u00e9rentes mais corporelles. L&rsquo;\u00e2me est d\u00e9finie comme \u00able souffle de Dieu, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir de l&rsquo;Esprit (flatus Dei factus ex Spiritu)\u00bb (Sur l&rsquo;\u00e2me, 11), est plac\u00e9e dans le c\u0153ur et s&rsquo;identifie avec ce qui \u00abdirige\u00bb et \u00abdonne la vie\u00bb principe (Sur l&rsquo;\u00e2me, 5; 15; Sur la r\u00e9surrection de la chair, 15; 28). L&rsquo;esprit est une \u00abstructure\u00bb particuli\u00e8re de l&rsquo;\u00e2me, qui s&rsquo;y manifeste apr\u00e8s la naissance (Sur l&rsquo;\u00e2me, 12). L&rsquo;\u00e2me est g\u00e9n\u00e9r\u00e9e corporellement, comme si elle \u00e9tait transmise par h\u00e9ritage; la nouvelle \u00e2me h\u00e9rite des propri\u00e9t\u00e9s caract\u00e9ristiques des \u00e2mes m\u00e8res. La naissance d&rsquo;une personne est l&rsquo;union de l&rsquo;\u00e2me avec la chair, la mort est leur s\u00e9paration. En tant que telle, l\u2019\u00e2me est immortelle (Sur l\u2019\u00e2me, 9; Sur la r\u00e9surrection de la chair, 1; 16; 35; 53) et poss\u00e8de une connaissance \u00abnaturelle\u00bb de Dieu et de sa nature intime.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les fondateurs de la nouvelle science th\u00e9ologique sp\u00e9culative (chr\u00e9tienne) &#8211; les Alexandrins et Tertullien &#8211; ont jet\u00e9 les bases de l&rsquo;\u00e9difice de la dogmatique chr\u00e9tienne \u00e9rig\u00e9 par l&rsquo;\u00c9glise. Les repr\u00e9sentants des g\u00e9n\u00e9rations suivantes de penseurs chr\u00e9tiens ont pu achever la construction du b\u00e2timent et remettre de l&rsquo;ordre dans cette maison.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Patristique mature (IV-V si\u00e8cles)<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">La patristique mature fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de l&rsquo;histoire de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne comprise entre le premier concile \u0153cum\u00e9nique de Nic\u00e9e (325) et le quatri\u00e8me concile de Chalc\u00e9doine (451). A cette \u00e9poque, l&rsquo;\u00c9glise chr\u00e9tienne devint pour la premi\u00e8re fois une \u00c9glise d&rsquo;\u00c9tat (380) et la patristique atteignit son apog\u00e9e. Histoire des enseignements th\u00e9ologiques du IVe si\u00e8cle. &#8211; est avant tout une image complexe et h\u00e9t\u00e9roclite de nombreux diff\u00e9rends et d\u00e9saccords autour de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie la plus populaire de cette \u00e9poque &#8211; l&rsquo;arianisme. L&rsquo;enseignement du pr\u00eatre alexandrin\u00a0<strong>Arius<\/strong> (mort en 335) ne contenait rien de sp\u00e9cifiquement nouveau \u00e0 la lumi\u00e8re des recherches th\u00e9ologiques ant\u00e9rieures des IIe et IIIe si\u00e8cles. Dieu Arya est une \u00abmonade\u00bb, autonome et parfaite. En raison de sa nature unique, Dieu est incapable de transmettre ou de communiquer son essence \u00e0 quoi que ce soit. Par cons\u00e9quent, raisonnait Arius, les deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me hypostases divines ne sont pas consubstantielles \u00e0 la premi\u00e8re. Puisque la \u00abmonade\u00bb ne peut rien g\u00e9n\u00e9rer \u00e0 partir de sa propre essence, le divin Logos (Christ) n\u2019est pas n\u00e9 de Dieu le P\u00e8re, mais est litt\u00e9ralement cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir de rien, comme l\u2019univers tout entier. Arius nie syst\u00e9matiquement au Logos-Fils le caract\u00e8re d&rsquo;un \u00eatre co-\u00e9ternel avec Dieu le P\u00e8re et l&rsquo;appelle \u00abdivinit\u00e9\u00bb uniquement \u00e0 titre honorifique.<\/p>\n<p align=\"justify\">La primaut\u00e9 ind\u00e9niable dans la lutte contre l&rsquo;arianisme appartient \u00e0 Saint-Pierre.\u00a0<strong>Athanase d&rsquo;Alexandrie<\/strong> (vers 293 &#8211; 373). Sur la question trinitaire, St. Athanase \u00e9tait partisan de la formule de \u00abconsubstantialit\u00e9\u00bb et a avanc\u00e9 les arguments suivants contre Arius, entre autres: 1) si le Christ est un \u00eatre cr\u00e9\u00e9 et n&rsquo;est pas consubstantiel au P\u00e8re, alors le salut est impossible, car un seul Dieu sauve, qui est descendu dans l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque du Nouveau Testament pour l&rsquo;\u00e9lever ainsi \u00e0 lui-m\u00eame, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, pour le \u00abd\u00e9ifier\u00bb; 2) des enseignements d&rsquo;Arius d\u00e9coulent le culte des choses cr\u00e9\u00e9es et le polyth\u00e9isme. Pour Athanase, le sens du salut est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation. Dieu le Cr\u00e9ateur et le Sauveur (Christ) sont des hypostases diff\u00e9rentes de la Divinit\u00e9 consubstantielle. Selon Athanase, le Cr\u00e9ateur tout-puissant accomplit lui-m\u00eame le salut, dont le but est de permettre \u00e0 un \u00eatre cr\u00e9\u00e9 tomb\u00e9 dans le p\u00e9ch\u00e9 de ressusciter vers sa destin\u00e9e originelle. Ainsi, par exemple, au d\u00e9but des temps, l\u2019homme a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 \u00ab\u00e0 l\u2019image de Dieu\u00bb, mais il est ensuite tomb\u00e9 et a perdu sa participation au Cr\u00e9ateur, devenant sujet \u00e0 la mort et \u00e0 la corruption. Le salut, selon Athanase, se produit apr\u00e8s que le Fils de Dieu, le Logos divin, soit descendu dans la nature humaine et la \u00abrenouvelle\u00bb ainsi, c\u2019est-\u00e0-dire la ram\u00e8ne \u00e0 \u00abl\u2019image\u00bb divine. La Trinit\u00e9 pour Athanase est une unit\u00e9 essentielle indivisible; il n&rsquo;est pas divis\u00e9 en parties, entre la chose cr\u00e9\u00e9e et le Cr\u00e9ateur, mais il est enti\u00e8rement cr\u00e9ateur. Le Logos na\u00eet \u00e9ternellement de l&rsquo;essence divine de Dieu le P\u00e8re, et non simplement du fait de la volont\u00e9 divine, qui \u00e0 un moment donn\u00e9 (selon l&rsquo;enseignement d&rsquo;Athanase, en toute libert\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire sans aucune n\u00e9cessit\u00e9) cr\u00e9e l&rsquo;ensemble du monde. monde sensoriel \u00e0 partir de la non-existence inexistante.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les repr\u00e9sentants les plus autoris\u00e9s de la patristique grecque mature \u00e9taient les p\u00e8res cappadociens : Basile le Grand (archev\u00eaque de Cappadoce), Gr\u00e9goire le Th\u00e9ologien (Nazianzen) et Gr\u00e9goire de Nysse. L&rsquo;\u00e9tape la plus importante dans la formation du dogme chr\u00e9tien est associ\u00e9e aux Cappadociens. Parmi leurs r\u00e9alisations les plus significatives figure la confirmation finale et la clarification du sens du texte du Credo de Nic\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le chef des Cappadociens \u00e9tait St.\u00a0<strong>Basile le Grand,<\/strong>\u00a0\u00e9v\u00eaque C\u00e9sar\u00e9e (vers 330 &#8211; 379). Basile est n\u00e9 \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e en Cappadoce, dans une famille chr\u00e9tienne. Il fit ses \u00e9tudes \u00e0 Constantinople et \u00e0 Ath\u00e8nes, o\u00f9 vers 350 il fit la connaissance de deux jeunes hommes &#8211; Gr\u00e9goire (Nazianzen) et Julien &#8211; le futur empereur Flavius \u200b\u200b\u200b\u200bClaudius Julian (l&rsquo;Apostat) (331 &#8211; 363). Baptis\u00e9<\/p>\n<p align=\"justify\">Vasily, \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 25 ans et emport\u00e9 par la vie monastique, entreprend un voyage de plusieurs ann\u00e9es \u00e0 travers les centres monastiques d&rsquo;\u00c9gypte et de Palestine. De retour \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e, il fonda ici, avec Gr\u00e9goire de Nazianze, une petite communaut\u00e9 dont les membres \u00e9tudiaient la th\u00e9ologie, et en particulier Orig\u00e8ne. En 370, Basile le Grand fut \u00e9lu archev\u00eaque de Cappadoce et prit de plein fouet la lutte contre les ariens et l&rsquo;arianisme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les vues th\u00e9ologiques de Basile sont expos\u00e9es dans ses principaux ouvrages &#8211; \u00abContre Eunome\u00bb; \u00ab\u00c0 propos du Saint-Esprit\u00bb; \u00abSix jours\u00bb (commentaire du premier chapitre du livre de la Gen\u00e8se, consacr\u00e9 aux \u00absix jours de la cr\u00e9ation\u00bb). Le probl\u00e8me de la connaissance de Dieu, c\u2019est-\u00e0-dire la possibilit\u00e9 de conna\u00eetre Dieu et de communiquer avec Lui, est abord\u00e9 dans le livre pol\u00e9mique \u00abContre Eunome\u00bb. Eunome de Cappadoce \u00e9tait un arien et sa th\u00e9ologie, comme celle d&rsquo;Arius, \u00e9tait domin\u00e9e par l&rsquo;influence de la philosophie grecque, largement incompatible avec le myst\u00e8re et la v\u00e9rit\u00e9 de la r\u00e9v\u00e9lation chr\u00e9tienne. Les principaux points des vues th\u00e9ologiques d&rsquo;Eunomius se r\u00e9sument aux suivants. Premi\u00e8rement, la connaissance de Dieu est possible au niveau de l\u2019existence cr\u00e9\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 travers ses manifestations (compl\u00e8tement al\u00e9atoires) dans le monde. Cette connaissance, affirme Eunome, est une connaissance indirecte, \u00abfigurative\u00bb, \u00absymbolique\u00bb, car nous, nous \u00e9voluant dans le monde des choses, ne comprenons pas Dieu, ni l&rsquo;essence de la Divinit\u00e9 \u00e9ternelle, mais n&rsquo;apprenons que bri\u00e8vement son existence, comme si je lis un livre. Deuxi\u00e8mement, soutient Eunome, l&rsquo;esprit humain est capable, purifi\u00e9 et \u00e9lev\u00e9, de parvenir \u00e0 une compr\u00e9hension de la caract\u00e9ristique la plus \u00e9lev\u00e9e et la plus significative de Dieu le P\u00e8re &#8211; \u00ab\u00e0 na\u00eetre\u00bb (grec: \u03ac\u03b3\u03ad\u03bd\u03bd\u03b7\u03c4\u03bf\u03c2). Le Dieu Supr\u00eame n&rsquo;a pas de source d&rsquo;\u00eatre, il est \u00ab\u00e0 na\u00eetre\u00bb et est le seul \u00e9ternel; C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui le distingue de tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s par lui, y compris du Christ, qui est \u00abn\u00e9\u00bb (cr\u00e9\u00e9) de la m\u00eame mani\u00e8re que tout le reste.<\/p>\n<p align=\"justify\">Basile et Eunome \u00e9taient en d\u00e9saccord sur tous les points ci-dessus. Premi\u00e8rement, lors de la cr\u00e9ation du monde, Dieu a absolument utilis\u00e9 son propre Esprit (le Logos divin), donc dans le monde, dans toutes les choses cr\u00e9\u00e9es, la vie \u00e9ternelle est r\u00e9ellement pr\u00e9sente. En observant l&rsquo;ordre divin du monde, estime Vasily, une personne a acc\u00e8s \u00e0 une connaissance r\u00e9elle de Dieu le P\u00e8re, de Dieu le Fils et du Saint-Esprit, et pas seulement des symboles et des \u00abimages irr\u00e9elles\u00bb (grec \u03c6\u03b1\u03bd\u03c4\u03ac\u03c3\u03bc\u03b1\u03c4\u03b1). Deuxi\u00e8mement, soutient Vasily, l&rsquo;esprit humain ne peut pas comprendre toute l&rsquo;essence divine &#8211; l&rsquo;esprit a tendance \u00e0 \u00aben avoir assez\u00bb sans d\u00e9passer ses limites. Troisi\u00e8mement, \u00abl\u2019engendrement\u00bb du Christ ne signifie pas sa \u00abcr\u00e9ation\u00bb. Dans ce cas, il attire l\u2019attention sur la diff\u00e9rence entre deux adjectifs similaires: grec. \u03ac\u03b3\u03ad\u03bd\u03bd\u03b7\u03c4\u03bf\u03c2 et \u03ac\u03b3\u03ad\u03bd\u03b7\u03c4\u03bf\u03c2. Le premier mot signifie \u00ab\u00e0 na\u00eetre\u00bb et le second signifie \u00ab\u00e0 na\u00eetre\u00bb. Le Fils est n\u00e9 du P\u00e8re, mais en m\u00eame temps il n&rsquo;est pas devenu, n&rsquo;est pas n\u00e9, n&rsquo;est pas arriv\u00e9; le Fils n&rsquo;est pas n\u00e9 de la non-existence, mais est engendr\u00e9 \u00e9ternellement. La question de l\u2019essence divine \u00e9tait directement li\u00e9e au th\u00e8me de la trinit\u00e9. Dans le syst\u00e8me d\u2019Eunomius, Dieu \u00e9tait identifi\u00e9 au concept d\u2019\u00abessence\u00bb, d\u2019\u00ab\u00eatre \u00e9ternel et \u00e0 na\u00eetre\u00bb, d\u2019o\u00f9 d\u00e9coulaient sa simplicit\u00e9 et son indivisibilit\u00e9. Du point de vue de la th\u00e9ologie cappadocienne, bien plus importante chez Dieu est la connexion paradoxale des trois hypostases divines &#8211; Dieu le P\u00e8re, Dieu le Fils et Dieu le Saint-Esprit &#8211; selon Aristote, les trois \u00abessences premi\u00e8res\u00bb, chacune des qui a une existence distincte, personnelle et \u00absubstantielle\u00bb. Leur essence g\u00e9n\u00e9rique, \u00abseconde\u00bb, universelle est la m\u00eame pour tous &#8211; en ce sens, le concept du Dieu trinitaire est applicable \u00e0 la Trinit\u00e9 divine. La source de la diff\u00e9rence entre les Personnes de la Trinit\u00e9, d\u00e9clare Vasily, n&rsquo;est pas l&rsquo;essence (Dieu a une essence); cela r\u00e9side dans leur relation hypostatique. Par cela, la pens\u00e9e cappadocienne a lib\u00e9r\u00e9 la doctrine de la Trinit\u00e9 divine \u00e0 la fois du subordinationisme arien (c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9, de la subordination des Personnes) et du modalisme relativiste (dans lequel les Personnes de la Trinit\u00e9 sont consid\u00e9r\u00e9es comme des expressions diff\u00e9rentes de la m\u00eame essence).<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;une des \u0153uvres les plus c\u00e9l\u00e8bres de Basile de C\u00e9sar\u00e9e, \u00abLes Six Jours\u00bb, est consacr\u00e9e \u00e0 une explication de la cr\u00e9ation et de la structure de l&rsquo;univers. Dans cet ouvrage, Vasily fait preuve d&rsquo;une richesse d&rsquo;\u00e9rudition, utilisant \u00e0 plusieurs reprises les \u0153uvres de nombreux auteurs (entre autres Platon et Aristote) \u200b\u200b\u200b\u200bet utilisant la m\u00e9thode all\u00e9gorique et le symbolisme num\u00e9rique \u00e0 chaque \u00e9tape. Le monde est la cr\u00e9ation de Dieu, qui a tout cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir de rien \u00e0 une certaine p\u00e9riode initiale connue, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, simultan\u00e9ment avec le temps, car avant le \u00abpremier jour\u00bb, explique Vasily, il n&rsquo;y avait pas de temps, tout comme il n&rsquo;y avait rien. Discutant de la signification du \u00abpremier jour\u00bb de la cr\u00e9ation de l\u2019univers, l\u2019auteur utilise le symbolisme num\u00e9rique, traditionnel de la philosophie naturelle ancienne et \u00abancienne\u00bb. Ainsi, par exemple, \u00absept\u00bb dans l\u2019\u00c9criture symbolise le monde sensoriel, dit Basile, qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 au d\u00e9but des temps en exactement le m\u00eame nombre de jours que ce nombre signifie. \u00abHuit\u00bb, au contraire, symbolise l\u2019\u00e9ternit\u00e9, ou un monde renouvel\u00e9 dans le futur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ami de Basile le Grand Saint.\u00a0<strong>Gr\u00e9goire de Nazianze<\/strong>\u00a0(vers 330-390) \u00e9tait le fils de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Nazianze. Il fit ses \u00e9tudes \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e Cappadoce, \u00e0 C\u00e9sar\u00e9e Palestine (o\u00f9 se trouvait l&rsquo;\u00e9cole fond\u00e9e par Orig\u00e8ne) et enfin \u00e0 Ath\u00e8nes &#8211; o\u00f9 il rencontra Basile. Devenu \u00e9v\u00eaque de C\u00e9sar\u00e9e, Basile nomme son ami \u00e9v\u00eaque de la petite ville de Sasima (vers 370). En 378, ses amis l&rsquo;appellent \u00e0 Constantinople. Apr\u00e8s le deuxi\u00e8me concile \u0153cum\u00e9nique, qu&rsquo;il pr\u00e9sida, Gr\u00e9goire, en raison de d\u00e9saccords importants avec l&rsquo;\u00e9piscopat local, retourna en Cappadoce, o\u00f9 il mourut. Parmi les Cappadociens, Gr\u00e9goire se distinguait par son don po\u00e9tique et sa ma\u00eetrise de l&rsquo;\u00e9loquence, accompagn\u00e9s de sa capacit\u00e9 \u00e0 construire des constructions dialectiques.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sur la question de la connaissance de Dieu, Gr\u00e9goire, avec d&rsquo;autres Cappadociens, a prouv\u00e9 l&rsquo;inaccessibilit\u00e9 absolue de l&rsquo;essence divine \u00e0 l&rsquo;esprit humain. Pour les philosophes, Dieu est un concept d\u00e9fini et d\u00e9finissable par la raison humaine. Cependant, selon les enseignements des Cappadociens, tout jugement sur le Divin &#8211; positif, \u00abd\u00e9fini\u00bb &#8211; sert finalement ses limites impies et conduit souvent \u00e0 l&rsquo;idol\u00e2trie. L&rsquo;essence de Dieu d\u00e9passe l&rsquo;esprit humain, mais d&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;exp\u00e9rience humaine d&rsquo;une rencontre directe avec le Christ, affirme Gr\u00e9goire, est possible parce qu&rsquo;Il est une Personne (pas l&rsquo;Absolu, pas une abstraction) et que Sa pr\u00e9sence dans le monde et dans la vie humaine en tant que personne, nous ressentons et reconnaissons. Dieu est un (par nature, par essence, par nature), mais se distingue par trois hypostases, chacune ayant sa propre propri\u00e9t\u00e9 (par exemple, non-naissance, origine, envoi vers le bas). Pour Gr\u00e9goire le Th\u00e9ologien, les concepts d&rsquo;\u00abhypostase\u00bb ou de \u00abPersonne\u00bb ne sont pas des cat\u00e9gories philosophiques, mais des noms divins.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le p\u00e8re Cappadocien le plus th\u00e9oriquement \u00e9quip\u00e9 \u00e9tait St.\u00a0<strong>Gr\u00e9goire de Nysse<\/strong> (vers 335 &#8211; 394). L&rsquo;\u00e9ducation et la formation chr\u00e9tiennes de Gr\u00e9goire furent assur\u00e9es par Basile le Grand, qui installa en 371 son jeune fr\u00e8re comme \u00e9v\u00eaque de la ville cappadocienne de Nisa. Dans ses constructions th\u00e9oriques m\u00e9thodiques et syst\u00e9matiques, Gr\u00e9goire ressemble le plus \u00e0 Orig\u00e8ne, qu&rsquo;il v\u00e9n\u00e9rait avec z\u00e8le. Ses principaux ouvrages: \u00abLe Grand Cat\u00e9chisme\u00bb (ou \u00abLa Grande Parole cat\u00e9ch\u00e9tique\u00bb); \u00abContre Eunome\u00bb (12 livres); \u00abDialogue sur l&rsquo;\u00e2me et la r\u00e9surrection\u00bb; \u00abSur les cr\u00e9ations de l&rsquo;homme\u00bb; \u00ab\u00a0Six jours\u00a0\u00bb; Commentaires sur les Saintes \u00c9critures.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans l\u2019esprit de la th\u00e9ologie alexandrine, Gr\u00e9goire cherche \u00e0 soutenir la foi par la raison (bien entendu, la primaut\u00e9 de la foi n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 remise en question): les m\u00e9thodes strictes de la dialectique sont indispensables au raisonnement th\u00e9ologique. Selon Gr\u00e9goire de Nysse, la foi trouve son explication dans la structure sage et parfaite de l&rsquo;univers. Le monde a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par Dieu non par n\u00e9cessit\u00e9, mais par abondance d\u2019amour. La possibilit\u00e9 que Dieu cr\u00e9e la mati\u00e8re (\u00e0 partir de rien) s&rsquo;explique par le fait que la mati\u00e8re n&rsquo;est qu&rsquo;une unit\u00e9 de qualit\u00e9s d\u00e9pourvues de corpor\u00e9it\u00e9, d\u00e9compos\u00e9es en multitude uniquement dans la pens\u00e9e. L\u2019homme, cr\u00e9\u00e9 \u00e0 l\u2019image et \u00e0 la ressemblance de Dieu, est le summum (\u00abcouronne de l\u2019univers\u00bb) et le seigneur de tout ce qui existe. Par nature, il est impliqu\u00e9 dans l&rsquo;essence divine, mais en raison de la Chute, qui s&rsquo;est produite \u00e0 la suite du libre choix de l&rsquo;homme vers la non-existence, la mat\u00e9rialit\u00e9, le mal (qui, selon Gr\u00e9goire, Orig\u00e8ne, ainsi que les philosophes n\u00e9oplatoniciens, n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00abprivation du bien\u00bb), l&rsquo;homme est tomb\u00e9 dans le m\u00e9pris, indigne de sa propre essence d&rsquo;existence. Gr\u00e9goire de Nysse compare souvent l&rsquo;image divine int\u00e9rieure d&rsquo;une personne \u00e0 son reflet dans un miroir. Un miroir peut se briser, devenir brumeux, se courber, etc. De la m\u00eame mani\u00e8re, une personne peut perdre l&rsquo;image de Dieu en elle-m\u00eame, cesser d&rsquo;\u00eatre un reflet divin, mais en m\u00eame temps, la possibilit\u00e9 de revenir \u00e0 sa propre essence, il reste toujours \u00e0 retrouver cette image pour chacun. Le salut de l&rsquo;homme vient de Dieu, qui a rev\u00eatu la nature humaine. La connaissance de Dieu, selon Gr\u00e9goire de Nysse, s&rsquo;effectue en trois \u00e9tapes. La premi\u00e8re \u00e9tape est l\u2019\u00e9tape de purification (grec: \u03ba\u03ac\u03b8\u03b1\u03c1\u03c3\u03b9\u03c2), qui implique la victoire sur toutes les passions, ainsi qu\u2019une d\u00e9livrance suppl\u00e9mentaire de tout ce qui, selon Gr\u00e9goire, \u00abne vient pas de Dieu\u00bb. La deuxi\u00e8me \u00e9tape de l&rsquo;ascension vers Dieu offre l&rsquo;occasion \u00e0 l&rsquo;esprit, lib\u00e9r\u00e9 des passions, d&rsquo;acqu\u00e9rir une vision plus claire des choses cr\u00e9\u00e9es (dites \u00abnaturelles\u00bb ou \u00abnaturelles\u00bb): selon Gr\u00e9goire, dans un monde illumin\u00e9 par \u00abvision naturelle\u00bb, chaque petite chose, chaque d\u00e9tail acquiert sa propre silhouette unique et est interpr\u00e9t\u00e9 par l\u2019homme comme l\u2019incarnation appropri\u00e9e et la meilleure du dessein parfait de Dieu. La troisi\u00e8me \u00e9tape est la connaissance effective de Dieu: ici, une personne atteint ce que, selon Gr\u00e9goire, on appelle la d\u00e9ification (grec \u03b8\u03ad\u03c9\u03c3\u03b9\u03c2). De la mani\u00e8re dont nous voyons les choses cr\u00e9\u00e9es, affirme Gr\u00e9goire, il est impossible de voir Dieu, car il d\u00e9passe toute capacit\u00e9 de notre contemplation: \u00abPersonne n&rsquo;a jamais vu Dieu\u00bb (Jean 1: 18). N\u00e9anmoins, dans notre d\u00e9sir (incontr\u00f4lable) de voir le Cr\u00e9ateur &#8211; \u00e9ternel et incompr\u00e9hensible &#8211; \u00e0 un moment donn\u00e9, nous nous \u00abper\u00e7ons nous-m\u00eames\u00bb, laissons notre esprit \u00abloin derri\u00e8re\u00bb et allons \u00abdehors\u00bb vers la v\u00e9rit\u00e9 \u00e9blouissante du centre de l&rsquo;univers. C&rsquo;est notre exp\u00e9rience intime de toucher l&rsquo;essence de la Divinit\u00e9 \u00e9ternelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00abl&rsquo;extase\u00bb (grec \u03ad\u03ba\u03c3\u03c4\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2 &#8211; \u00abfr\u00e9n\u00e9sie\u00bb, \u00ab\u00e9mergence\u00bb), dans les textes de Gr\u00e9goire de Nysse est souvent accompagn\u00e9e du mot \u00abamour\u00bb (grec \u03ad\u03c1\u03c9\u03c2 ), puisque \u00abla connaissance s\u2019effectue par l\u2019amour\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le plus grand penseur latin de la p\u00e9riode patristique mature \u00e9tait\u00a0<strong>Aurelius Augustin<\/strong> (354 &#8211; 430). La principale source d&rsquo;informations sur Augustin sont ses propres \u00e9crits (principalement les Confessions) et le texte de la biographie compil\u00e9e par Possidio. Aur\u00e8le Augustin est n\u00e9 le 13 novembre 354 \u00e0 Tagaste numide dans une famille de citoyens romains, pauvres, mais tout \u00e0 fait respect\u00e9s et \u00e9clair\u00e9s. Augustin a fait ses \u00e9tudes primaires \u00e0 Tagaste et dans la ville voisine de Madavra. Dans le but d&rsquo;initier Augustin aux traditions de la culture litt\u00e9raire latine (classique) ancienne, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la science complexe de l&rsquo;oratoire, son p\u00e8re l&rsquo;envoya (\u00e0 l&rsquo;automne 370) \u00e0 Carthage, le centre d&rsquo;enseignement sup\u00e9rieur local. Ici, probablement au cours de l&rsquo;hiver 372\/373, Augustin lit avec enthousiasme le dialogue \u00abHortensius\u00bb de Cic\u00e9ron. Cet ouvrage, qui encourageait chacun \u00e0 trouver la v\u00e9rit\u00e9 par une \u00e9tude constante de la philosophie, produisit une v\u00e9ritable r\u00e9volution dans l\u2019\u00e2me d\u2019Augustin: \u00abJ\u2019\u00e9tais soudain \u00e9c\u0153ur\u00e9 par tous les espoirs vides; Je d\u00e9sirais une sagesse immortelle dans mon incroyable bouleversement du c\u0153ur\u00bb (Augustin. Confessions, III, 4, 7). Sa premi\u00e8re recherche de la v\u00e9rit\u00e9 le conduit vers les Manich\u00e9ens, \u00e9tudiants et disciples de Mani (vers 215 &#8211; 277), un Persan qui enseignait que l&rsquo;univers est un champ de bataille de deux principes substantiels \u00e9ternels &#8211; la Lumi\u00e8re et les T\u00e9n\u00e8bres, et que le salut de l&rsquo;homme r\u00e9side dans en observant les r\u00e8gles de l&rsquo;asc\u00e8se, en lib\u00e9ration maximale de tout ce qui est sp\u00e9cifiquement \u00abobscur\u00bb, mat\u00e9riel. Pendant neuf ans, Augustin fut fortement influenc\u00e9 par la doctrine manich\u00e9enne. Le processus d&rsquo;ali\u00e9nation du manich\u00e9isme, qui m\u00fbrit lentement, s&rsquo;est termin\u00e9 par une conversation lors d&rsquo;une r\u00e9union avec le c\u00e9l\u00e8bre eccl\u00e9siastique manich\u00e9en de l&rsquo;\u00e9poque, Faustus, venu \u00e0 Carthage en 383 pour pr\u00eacher (Confession, V, 6-7). Extr\u00eamement d\u00e9\u00e7u des r\u00e9sultats de cette conversation, Augustin d\u00e9cide de changer la situation et se rend \u00e0 Rome pour enseigner la rh\u00e9torique. Bient\u00f4t, Augustin postula au poste vacant de rh\u00e9teur de la cour de Mediolan (Milan), o\u00f9 se trouvait alors la r\u00e9sidence de l&#8217;empereur romain. Le probl\u00e8me fut r\u00e9solu positivement et c&rsquo;est pourquoi, \u00e0 l&rsquo;automne 384, Augustin s&rsquo;installa \u00e0 Mediolan. Ici eut lieu sa c\u00e9l\u00e8bre rencontre avec Ambroise de Milan (vers 340 &#8211; 397), un \u00e9crivain et pr\u00e9dicateur chr\u00e9tien exceptionnel, qui devint l&rsquo;un des \u00e9v\u00e9nements les plus importants de toute sa vie. Les principaux ouvrages d&rsquo;Ambroise (cycles de sermons) sont \u00abSur la foi\u00bb; \u00ab\u00c0 propos du Saint-Esprit\u00bb; \u00abDu bien de la mort\u00bb; \u00ab\u00c0 propos d&rsquo;Isaac ou de l&rsquo;\u00e2me\u00bb; \u00ab\u00a0Six jours\u00a0\u00bb &#8211; malgr\u00e9 leur orientation g\u00e9n\u00e9rale morale et pratique, contiennent \u00e0 plusieurs reprises des preuves de la connaissance de l&rsquo;auteur d&rsquo;un certain nombre des enseignements les plus importants du n\u00e9oplatonisme classique (Plotin, Porfiry).<\/p>\n<p align=\"justify\">Apparemment, c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 la communication avec l&rsquo;\u00e9v\u00eaque m\u00e9diolan qu&rsquo;Augustin, qui \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tait passionn\u00e9 par la philosophie des sceptiques, en est venu \u00e0 la conviction qu&rsquo;il existait une philosophie sup\u00e9rieure au scepticisme (et surtout au manich\u00e9isme), et en m\u00eame temps beaucoup plus proche du christianisme &#8211; le platonisme. Augustin a fait la connaissance des textes des premiers n\u00e9oplatoniciens (en 386) dans les traductions de la c\u00e9l\u00e8bre rh\u00e9toricienne Maria Victorina (d\u00e9c\u00e9d\u00e9e vers 363). Augustin a lu ces textes avec beaucoup d&rsquo;enthousiasme: \u00abEt \u00e9clair\u00e9 par ces livres, je suis revenu \u00e0 moi-m\u00eame et, guid\u00e9 par Toi, je suis entr\u00e9 dans mes profondeurs\u2026 J&rsquo;ai examin\u00e9 tout ce qui \u00e9tait au-dessous de Toi, et j&rsquo;ai vu qu&rsquo;on ne pouvait rien en dire. qu&rsquo;il existe, ni qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas : il existe parce que tout vient de Toi, et il n&rsquo;existe pas parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas ce que Tu es. Seul ce qui reste inchang\u00e9 existe vraiment&#8230; Et pour Toi, il n&rsquo;y a aucun mal, non seulement pour Toi, mais aussi pour toute Ta cr\u00e9ation, car il n&rsquo;y a rien qui puisse p\u00e9n\u00e9trer de l&rsquo;ext\u00e9rieur et briser l&rsquo;ordre que Tu as \u00e9tabli. .. J&rsquo;ai regard\u00e9 le monde cr\u00e9\u00e9 et j&rsquo;ai vu qu&rsquo;il devait son existence \u00e0 Toi et qu&rsquo;il \u00e9tait contenu en Toi, mais d&rsquo;une mani\u00e8re diff\u00e9rente, pas comme dans l&rsquo;espace ; Toi, le Tout-Puissant, tiens-le dans ta main, dans Ta v\u00e9rit\u00e9, car tout ce qui existe est vrai, dans la mesure o\u00f9 il existe. Rien n&rsquo;est illusoire sauf ce que l&rsquo;on consid\u00e8re comme existant, alors qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas. Et j&rsquo;ai vu que tout correspond non seulement \u00e0 son lieu, mais aussi \u00e0 son temps, et Toi, l&rsquo;Unique Eternel, tu n&rsquo;as pas commenc\u00e9 \u00e0 agir apr\u00e8s d&rsquo;innombrables si\u00e8cles : tous les si\u00e8cles qui ont pass\u00e9 et qui passeront ne seraient pas partis et seraient tu ne serais pas venu, si tu n\u2019avais pas agi et si tu n\u2019\u00e9tais pas rest\u00e9\u00bb (Confession, VII, 10-15. Traduit par M. E. Sergeenko). Parall\u00e8lement, un autre tournant se pr\u00e9pare dans son \u00e2me: sous l&rsquo;influence des sermons d&rsquo;Ambroise, la premi\u00e8re connaissance du texte des \u00c9p\u00eetres de saint Paul (qui avait peut-\u00eatre plus d&rsquo;importance pour Augustin que les \u00e9crits des n\u00e9oplatoniciens) et en communication constante avec sa pieuse m\u00e8re, Augustin d\u00e9cide d&rsquo;accepter la foi chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p align=\"justify\">Afin de s&rsquo;\u00e9prouver et de se pr\u00e9parer \u00e0 l&rsquo;acte du bapt\u00eame, Augustin, accompagn\u00e9 de sa m\u00e8re et de ses amis, se rend au petit domaine de Kassitsiak pr\u00e8s de Mediolan (en ao\u00fbt 386), o\u00f9 pendant six mois, communiquant r\u00e9guli\u00e8rement avec ses amis, il compose ses premiers ouvrages philosophiques, \u00e0 savoir les dialogues \u00abContre les acad\u00e9miciens\u00bb (3 livres), \u00abSur l&rsquo;ordre\u00bb (2 livres) et \u00abSur la vie bienheureuse\u00bb; un peu plus tard, il \u00e9crit le dialogue \u00abSur l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me\u00bb et un essai intitul\u00e9 \u00abMonologues\u00bb (2 livres). Au printemps 387, il retourne \u00e0 Mediolan, o\u00f9 il se fait baptiser par Ambroise. Apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re, survenue la m\u00eame ann\u00e9e, Augustin se rend \u00e0 Rome, o\u00f9 il commence, entre autres, le dialogue \u00abSur le libre arbitre\u00bb et le trait\u00e9 \u00abDe la morale des manich\u00e9ens\u00bb. Apparemment, au m\u00eame moment, Augustin a eu l&rsquo;id\u00e9e de se consacrer \u00e0 l&rsquo;avenir au service de l&rsquo;\u00c9glise. A l&rsquo;automne 388, il revient \u00e0 Tagasta, vend la maison de ses parents et distribue l&rsquo;argent aux pauvres. Pour lui, il ne laisse qu&rsquo;une petite maison, o\u00f9 il m\u00e8ne une vie monastique avec ses amis. Au cours de plusieurs ann\u00e9es de sa vie \u00e0 Tagaste, Augustin a \u00e9crit les ouvrages \u00abSur le professeur\u00bb, \u00abSur la musique\u00bb (6 livres), \u00abSur la morale des manich\u00e9ens\u00bb (2 livres), \u00abSur la quantit\u00e9 de la \u00c2me\u00a0\u00bb; Les travaux se sont poursuivis sur un vaste trait\u00e9 sous forme dialogique, \u00abSur le libre arbitre\u00bb. Peu \u00e0 peu, Augustin acquit une renomm\u00e9e \u00e0 Tagaste et dans les villes voisines. Fin 390, \u00e0 la demande des habitants d&rsquo;Hippone, Mgr Val\u00e9rius ordonna Augustin pr\u00eatre; Au m\u00eame moment, Augustin s&rsquo;installe \u00e0 Hippone. Au cours de l&rsquo;hiver 395\/396, Augustin fut ordonn\u00e9 \u00e9v\u00eaque et rempla\u00e7a Val\u00e9ry, alors gravement malade, \u00e0 Hippone. Augustin resta dans cette position jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. Dans les premi\u00e8res ann\u00e9es de l&rsquo;\u00e9piscopat, Augustin commence \u00e0 travailler sur l&rsquo;important trait\u00e9 \u00abDe la doctrine chr\u00e9tienne\u00bb (4 livres) et ach\u00e8ve son trait\u00e9 anti-manich\u00e9en le plus significatif, \u00abContre Faustus le Manich\u00e9en\u00bb (33 livres). \u00c0 cette \u00e9poque, le travail sur les essais \u00abSur la vraie religion\u00bb \u00e9tait \u00e9galement termin\u00e9. \u00abExplication de quelques dispositions de l&rsquo;\u00c9p\u00eetre aux Romains\u00bb, \u00abSur quatre-vingt-trois questions diff\u00e9rentes\u00bb et le dialogue \u00abDu libre arbitre\u00bb (3 livres). \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux se trouve \u00e9galement le trait\u00e9 \u00abSur diverses questions au Simplicien\u00bb (2 livres), qui a jet\u00e9 les bases de la th\u00e9orie augustinienne du p\u00e9ch\u00e9 originel. De 397 \u00e0 401 Augustin r\u00e9dige sa c\u00e9l\u00e8bre \u00abConfession\u00bb (13 livres). Vers 399, il commen\u00e7a \u00e0 travailler sur l&rsquo;un de ses ouvrages th\u00e9oriques les plus importants &#8211; le trait\u00e9 \u00abSur la Trinit\u00e9\u00bb (15 livres), qui fut \u00e9crit avec des interruptions importantes pendant environ 20 ans. En 401-414. Augustin cr\u00e9e son commentaire le plus complet &#8211; \u00abSur le livre de la Gen\u00e8se litt\u00e9ralement\u00bb (12 livres). Les 20 derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie ont \u00e9t\u00e9 consacr\u00e9es par Augustin \u00e0 r\u00e9soudre deux t\u00e2ches fondamentales: \u00e9crire l&rsquo;ouvrage grandiose \u00abSur la Cit\u00e9 de Dieu\u00bb (22 livres), dont le travail sur le texte a commenc\u00e9 sous l&rsquo;influence d&rsquo;informations sur la chute de Rome en 410 sous les coups des hordes wisigothes d&rsquo;Alaric, et sur des pol\u00e9miques avec les P\u00e9lagiens. Selon le fondateur de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie, le hi\u00e9romoine P\u00e9lage (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 vers 418),le p\u00e9ch\u00e9 commis par Adam n&rsquo;est pas transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, et donc le p\u00e9ch\u00e9 n&rsquo;est pas du tout une mal\u00e9diction g\u00e9n\u00e9rationnelle, mais une cons\u00e9quence du choix personnel de chacun. En ce sens, pour se d\u00e9barrasser du p\u00e9ch\u00e9, une personne n&rsquo;a besoin d&rsquo;aucune aide surnaturelle, et la \u00abgr\u00e2ce\u00bb devrait \u00eatre appel\u00e9e la propri\u00e9t\u00e9 naturelle d&rsquo;une personne ordinaire d&rsquo;acqu\u00e9rir du bien pour elle-m\u00eame par son propre exploit et son asc\u00e9tisme. Contrairement aux affirmations des P\u00e9lagiens, Augustin a d\u00e9velopp\u00e9 sa propre vision de la nature du p\u00e9ch\u00e9 et de la gr\u00e2ce divine, de la volont\u00e9 humaine et de la Providence surnaturelle dans de nombreux \u00e9crits de 413 \u00e0 430. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, Augustin a commenc\u00e9 \u00e0 ressentir un sentiment de fatigue croissant. L&rsquo;\u00e2ge ne lui permettait plus de combiner le fardeau du service \u00e9piscopal avec la r\u00e9daction quotidienne de trait\u00e9s de plusieurs pages. En 426, il se retire des affaires pour se consacrer uniquement aux \u00e9tudes scientifiques. Au cours de ces ann\u00e9es, il ach\u00e8ve enfin les trait\u00e9s \u00abDe la doctrine chr\u00e9tienne\u00bb et \u00abDe la Cit\u00e9 de Dieu\u00bb et, peu avant sa mort, d\u00e9cide de r\u00e9viser ses principaux ouvrages en vue de corriger ce qui n&rsquo;allait pas et d&rsquo;am\u00e9liorer ce qui \u00e9tait d\u00fb. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;appara\u00eet l&rsquo;important trait\u00e9 \u00abR\u00e9visions\u00bb (2 livres), o\u00f9 Augustin r\u00e9sume pour ainsi dire ses nombreuses ann\u00e9es de qu\u00eate. \u00c0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 430, les arm\u00e9es vandales, qui avaient auparavant travers\u00e9 Gibraltar, atteignent Hippone. En ao\u00fbt 430, Augustin meurt dans une ville assi\u00e9g\u00e9e.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le chemin de la connaissance pour Augustin est la mont\u00e9e de la raison, conduite par la foi, vers Dieu. La connaissance commence par la perception sensorielle &#8211; puisque Dieu est connu \u00e0 travers ses cr\u00e9ations (Sur la Trinit\u00e9, XV, 6, 10) &#8211; et, comme sur une \u00e9chelle, elle s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve jusqu&rsquo;\u00e0 la V\u00e9rit\u00e9. Dans le m\u00eame temps, la connaissance en tant que telle na\u00eet uniquement du r\u00e9sultat de la r\u00e9flexion de l&rsquo;esprit sur le contenu des sentiments. La raison, \u00e0 son tour, se juge elle-m\u00eame (Sur le libre arbitre, II, 6, 13 &#8211; 8, 24); de ce fait, il lui appara\u00eet imm\u00e9diatement \u00e9vident qu&rsquo;il existe. Augustin anticipe ici en quelque sorte la c\u00e9l\u00e8bre th\u00e8se de Descartes: \u00abJe pense, donc je suis\u00bb. Chez Augustin, un tel raisonnement se pr\u00e9sente sous la forme: \u00abJe doute (ou, par exemple, \u00abje me trompe\u00bb), donc j&rsquo;existe\u00bb (Sur le libre arbitre, II, 3, 7; Monologues, II, 1, 1; Sur la vraie religion, 39, 73; sur la Trinit\u00e9, X, 10, 14; sur la Cit\u00e9 de Dieu, XI, 26). Le point culminant de la connaissance est le contact mystique de l&rsquo;esprit avec la V\u00e9rit\u00e9 divine. Dieu est le soleil, dont la lumi\u00e8re rend l&rsquo;univers visible et transparent pour la contemplation tant ext\u00e9rieure qu&rsquo;int\u00e9rieure (Monologues, I, 6, 12; Confession, VII, 9, 13; Du Livre de la Gen\u00e8se litt\u00e9ralement, XII, 31, 59). Il est un recueil d&rsquo;id\u00e9es (Sur quatre-vingt-trois questions diff\u00e9rentes, 46). L&rsquo;esprit humain est un organe capable de percevoir la lumi\u00e8re divine (Sur la Cit\u00e9 de Dieu, XII, 3). En s&rsquo;\u00e9levant vers Dieu, l&rsquo;esprit est comme satur\u00e9 de cette lumi\u00e8re et lui-m\u00eame \u00e9clair\u00e9 (Sur l&rsquo;enseignant, 4, 20). En revenant \u00e0 sa Source, l&rsquo;\u00e2me apprend simultan\u00e9ment \u00e0 se conna\u00eetre. Dieu et sa propre \u00e2me sont les objectifs principaux de toute sp\u00e9culation: \u00abJe veux conna\u00eetre Dieu et l\u2019\u00e2me. &#8211; Et rien de plus que \u00e7a? \u00abRien du tout\u00bb (Monologues, I, 2, 7). L&rsquo;\u00e2me tout enti\u00e8re vient \u00e0 Dieu dans son ensemble, ou \u00e0 \u00abl&rsquo;homme int\u00e9rieur\u00bb, pour reprendre l&rsquo;expression de saint Paul. Paul: \u00abNe luttez pas dehors, retournez \u00e0 vous-m\u00eame: la v\u00e9rit\u00e9 est cach\u00e9e dans l&rsquo;homme int\u00e9rieur\u00bb (On True Religion, 39, 72). Dans l&rsquo;enseignement philosophique d&rsquo;Augustin, comme dans l&rsquo;\u0153uvre des n\u00e9oplatoniciens, l&rsquo;ontologie s&rsquo;identifie en effet \u00e0 la th\u00e9ologie, puisque la doctrine du Principe Supr\u00eame est la doctrine de l&rsquo;\u00catre Supr\u00eame. Dieu poss\u00e8de l&rsquo;\u00eatre le plus \u00e9lev\u00e9 et le plus vrai (vere summeque est: Sur le libre arbitre, H, 15, 39; Sur la Trinit\u00e9, VIII, 2, 3). La caract\u00e9ristique fondamentale de l\u2019\u00eatre v\u00e9ritable est son immuabilit\u00e9. Dieu, selon Augustin, est une Personne absolue (Persona Dei: De la Trinit\u00e9, III, 10, 19-20), c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;unit\u00e9 substantielle de trois personnes-hypostases (una essentia vel substantia, tres autem personae, \u00abune essence, ou substance, et, en m\u00eame temps, trois Personnes\u00bb: Sur la Trinit\u00e9, V, 9, 10). La structure de la personnalit\u00e9 humaine (\u00abJe\u00bb) est similaire \u00e0 la Personnalit\u00e9 absolue. L\u2019esprit est le centre de l\u2019essence humaine \u2013 c\u2019est ce qui diff\u00e9rencie une personne d\u2019un simple \u00eatre animal. L&rsquo;homme est d\u00e9fini comme \u00abune \u00e2me rationnelle utilisant un corps mortel et terrestre\u00bb (Sur les M\u0153urs des Manich\u00e9ens, I, 27, 52), ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, comme \u00ab un \u00eatre rationnel constitu\u00e9 d&rsquo;une \u00e2me et d&rsquo;un corps \u00bb (Sur la Trinit\u00e9, XV, 7, 11) .L&rsquo;esprit se conna\u00eet et est enti\u00e8rement en lui-m\u00eame ; donc, pour un \u00eatre rationnel, son existence personnelle est la premi\u00e8re \u00e9vidence. Puisque l&rsquo;esprit se conna\u00eet, il s&rsquo;aime, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il lutte pour lui-m\u00eame, aime la connaissance de lui-m\u00eame, et par cette connaissance primaire aime toute la connaissance en g\u00e9n\u00e9ral (Sur la Trinit\u00e9, IX, 4, 4); C&rsquo;est pourquoi une personne aime son propre \u00eatre, c&rsquo;est-\u00e0-dire elle-m\u00eame ou son propre esprit (Sur le libre arbitre, III, 6, 18 &#8211; 7, 20). Si, en outre, l&rsquo;esprit se conna\u00eet et, par cons\u00e9quent, s&rsquo;aime et lutte pour lui-m\u00eame en tant qu&rsquo;objet de connaissance et d&rsquo;attraction, alors, en cons\u00e9quence, l&rsquo;esprit se d\u00e9sire lui-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire sa propre connaissance (Sur la Trinit\u00e9, X, 3, 5 ; \u00c0 propos de la Cit\u00e9 de Dieu, XI, 27). La volont\u00e9 est donc la m\u00eame \u00e9vidence imm\u00e9diate que l&rsquo;\u00eatre et la connaissance (Sur le libre arbitre, I, 12, 25 ; Confession, VII, 3, 5). Puisque l\u2019esprit est constamment tourn\u00e9 vers lui-m\u00eame, il se souvient de son existence, se souvient de toutes ses connaissances, de tous ses \u00e9tats. La m\u00e9moire est, dans une certaine mesure, la personne elle-m\u00eame (Confession, X, 8, 14-17, 27), puisque c&rsquo;est elle qui garantit le caract\u00e8re unique de l&rsquo;exp\u00e9rience personnelle. La structure du \u00abJe\u00bb humain, qui fournit \u00e0 chaque personne l&rsquo;identit\u00e9 de soi de la conscience de soi personnelle, se manifeste, selon Augustin, comme l&rsquo;unit\u00e9 esprit\/\u00eatre, m\u00e9moire\/connaissance et volont\u00e9 (Sur la Trinit\u00e9, X , 11, 18-19, cf. Confession, XIII, 11 , 12). La raison, dit Augustin, \u00abcomprend\u00bb les trois hypostases de la personnalit\u00e9 humaine, la volont\u00e9 les \u00abdirige\u00bb et la m\u00e9moire les \u00abembrasse\u00bb. C\u2019est ainsi que l\u2019identit\u00e9 d\u2019une personne est pr\u00e9serv\u00e9e \u2013 \u00abune trace d\u2019Unit\u00e9 myst\u00e9rieuse\u00bb (Confession, I, 20, 31).<\/p>\n<p align=\"justify\">Parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;\u00eatre comme immuabilit\u00e9 identique des choses r\u00e9ellement existantes (le monde des id\u00e9es), Augustin a \u00e9galement emprunt\u00e9 aux philosophes n\u00e9oplatoniciens l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;ordre mondial et la compr\u00e9hension du mal comme absence et diminution du bien. Augustin consacre de nombreuses pages de ses nombreux ouvrages \u00e0 la justification de ces id\u00e9es fondamentales. L&rsquo;essence de ses d\u00e9clarations, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, est la suivante: \u00abToute nature qui peut devenir pire est bonne\u00bb (Sur le libre arbitre III, 13, 36; cf. Confession, VII, 12, 18); ce que l&rsquo;on peut m\u00e9taphoriquement appeler \u00abmal\u00bb dans le monde des choses, ne l&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 pas, puisque non seulement ne viole pas l&rsquo;harmonie de l&rsquo;univers, mais qu&rsquo;il en est directement pr\u00e9suppos\u00e9 (Sur le libre arbitre, III, 9, 25; O . Cit\u00e9 de Dieu, XI , 18 &#8211; 19). Mais la plus grande attention d&rsquo;Augustin \u00e9tait attir\u00e9e sur le mal moral, c&rsquo;est-\u00e0-dire le mal au sens le plus pr\u00e9cis (original) du mot. Dans ses premiers \u00e9crits (principalement dans le grand dialogue \u00abDu libre arbitre\u00bb, 388-395), Augustin adh\u00e9rait au point de vue selon lequel la source du mal et du malheur dans l&rsquo;univers entier est la mauvaise volont\u00e9; que le principe de libert\u00e9 d\u2019une personne morale est de subordonner consciemment toutes ses actions au besoin de rechercher le bien; que la plus haute justice r\u00e9compense toujours chacun selon ses m\u00e9rites. Dans les textes d&rsquo;Augustin tardif, ce concept est remplac\u00e9 par une nouvelle th\u00e9orie centr\u00e9e sur le principe de la relation mutuelle entre la gr\u00e2ce divine et la pr\u00e9destination divine. Dans ce cas, Augustin s\u2019appuie sur un fragment bien connu de l\u2019\u00c9p\u00eetre aux Romains. Paul (Rom. 7 : 14-24). Adam, s&rsquo;\u00e9tant livr\u00e9 au p\u00e9ch\u00e9 de son plein gr\u00e9, a perdu son immortalit\u00e9 et a cess\u00e9 de pouvoir lutter pour le bien, guid\u00e9 par ses propres motivations. Ce p\u00e9ch\u00e9 (original), se propageant par ordre de naissance aux g\u00e9n\u00e9rations suivantes, est devenu la mal\u00e9diction g\u00e9n\u00e9rationnelle de toute l\u2019humanit\u00e9. \u00c0 ce premier p\u00e9ch\u00e9, de nouveaux se sont ajout\u00e9s au fil du temps, la \u00abmasse du p\u00e9ch\u00e9\u00bb a constamment augment\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 ce que finalement toute l&rsquo;humanit\u00e9 se soit transform\u00e9e en une \u00abmasse\u00bb d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et p\u00e9cheresse (lat. massa peccati, \u00abmasse du p\u00e9ch\u00e9\u00bb: le quatre-vingt-troisi\u00e8me p\u00e9ch\u00e9) diff\u00e9rentes questions, 68, 3 ) L\u2019humanit\u00e9 p\u00e9cheresse soit ne conna\u00eet pas les commandements divins, soit les conna\u00eet mais ne peut pas les respecter. L\u2019homme lui-m\u00eame n\u2019est pas capable, selon Augustin, de suivre le vrai chemin. Une sorte de \u00abvolont\u00e9 partag\u00e9e\u00bb se produit: une personne gaspille ses forces sans but dans la lutte avec elle-m\u00eame. Seule la gr\u00e2ce divine peut gu\u00e9rir une \u00e2me malade et donner unit\u00e9 et int\u00e9grit\u00e9 \u00e0 une volont\u00e9 pervertie. La gr\u00e2ce ne peut \u00eatre compar\u00e9e aux m\u00e9rites d&rsquo;une personne et lui est accord\u00e9e pour des raisons totalement inconnaissables. L&rsquo;homme, dit Augustin, est choisi et pr\u00e9destin\u00e9 au salut par la sagesse divine insondable. Cette d\u00e9cision de Dieu ne se comprend pas: on ne peut que croire en sa justice. La foi est la seule source pure et non contamin\u00e9e de v\u00e9rit\u00e9 et de salut: \u00abCroyons si nous ne pouvons pas comprendre\u00bb (Sur diverses questions au Simplicien, I, 2, 22).La foi a la plus haute autorit\u00e9; elle est logiquement \u00abprioritaire\u00bb \u00e0 la connaissance: \u00abLa foi demande, la raison d\u00e9couvre\u00bb (Sur la Trinit\u00e9, XV, 2, 2, cf. Sur quatre-vingt-trois questions diff\u00e9rentes, 48). La r\u00e8gle pour guider la connaissance des choses r\u00e9elles est l&rsquo;exigence: \u00abCroire pour comprendre\u00bb (Sermons, 43, 3, 4; 118, 1). Il s\u2019ensuit que pour un chr\u00e9tien le principal danger r\u00e9side dans son propre \u00e9go\u00efsme, dans le d\u00e9sir de vivre \u00abselon soi-m\u00eame\u00bb et non \u00abselon Dieu\u00bb (De la Cit\u00e9 de Dieu, XIV, 3, 2, etc.). Le devoir et l\u2019objectif de chaque croyant est de vaincre de toutes ses forces la principale tentation diabolique qui a s\u00e9duit le premier homme, Adam: l\u2019\u00e9go\u00efsme. \u00abTout homme, en tant qu&rsquo;homme, doit \u00eatre aim\u00e9 pour l&rsquo;amour de Dieu et Dieu pour lui-m\u00eame\u00bb (De la doctrine chr\u00e9tienne, I, 27, 28, cf. \u00c0 propos de)<\/p>\n<p align=\"justify\">Cit\u00e9 de Dieu, XIV, 7, 1). Augustin imagine l\u2019histoire sacr\u00e9e non pas de mani\u00e8re cyclique, mais dans un mouvement progressif vers la plus grande perfection morale possible, jusqu\u2019au moment o\u00f9 la gr\u00e2ce l\u2019emporte et o\u00f9 les hommes atteignent un \u00e9tat \u00abd\u2019impossibilit\u00e9 de p\u00e9cher\u00bb. Augustin, probablement non sans l&rsquo;influence d&rsquo;Aristote (par l&rsquo;interm\u00e9diaire de Cic\u00e9ron), d\u00e9finit l&rsquo;\u00e9tat humain comme un ensemble de personnes unies par un accord commun sur le sujet de leurs aspirations. La communaut\u00e9 des justes est la Cit\u00e9 invisible de Dieu, ou la V\u00e9ritable \u00c9glise invisible. La ville terrestre, ou la Cit\u00e9 du Diable, ce sont tous les gens vivant au gr\u00e9 de l&rsquo;orgueil: \u00abAinsi, deux villes ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9es par deux types d&rsquo;amour, \u00e0 savoir: terrestre &#8211; l&rsquo;amour de soi jusqu&rsquo;au m\u00e9pris de Dieu, C\u00e9leste &#8211; l&rsquo;amour de Dieu, jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;oubli de soi\u00bb (Sur la Cit\u00e9 de Dieu, XIV, 28). Tant que l\u2019\u00ab\u00e2ge\u00bb humain (lat. saeculum) perdure, les deux Cit\u00e9s restent indiscernables aux yeux de toute l\u2019humanit\u00e9; dans l\u2019histoire du monde, ils existent dans un \u00abm\u00e9lange\u00bb et ne se r\u00e9v\u00e9leront clairement qu\u2019apr\u00e8s la \u00abfin de cet \u00e2ge\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire lors de la seconde venue du Sauveur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Probablement, dans le cercle du patriarche monophysite Sevier d&rsquo;Antioche (ou, selon une version alternative, sous la main de l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Mayum Peter Iver, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 491), l&rsquo;un des plus importants et en m\u00eame temps des plus myst\u00e9rieux les documents de patristique sont n\u00e9s &#8211; l&rsquo;ensemble des \u0153uvres du pseudo-Denys\u00a0<strong>l&rsquo;Ar\u00e9opagite<\/strong>(fin Ve &#8211; d\u00e9but VIe si\u00e8cle) (appel\u00e9 Corpus Areopagiticum). Les textes du recueil sont r\u00e9partis en quatre trait\u00e9s: \u00abSur les Noms Divins\u00bb; \u00abSur la th\u00e9ologie mystique\u00bb; \u00abSur la Hi\u00e9rarchie C\u00e9leste\u00bb; \u00abSur la hi\u00e9rarchie de l&rsquo;\u00c9glise\u00bb; et dix messages. Dans ses \u00e9crits, l&rsquo;auteur porte d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le nom du l\u00e9gendaire Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite (1er si\u00e8cle apr\u00e8s JC), disciple de l&rsquo;ap\u00f4tre Paul (Actes 17 :34), qui \u00e9tait \u00e9galement consid\u00e9r\u00e9 par beaucoup comme le premier \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Ath\u00e8nes (Eus\u00e8be de C\u00e9sar\u00e9e. Histoire de l&rsquo;\u00c9glise, IV, 23, 4 ), et sans crainte inutile, il se proclame t\u00e9moin oculaire de l&rsquo;\u00e9clipse du jour de la mort du Sauveur sur la croix, ainsi que t\u00e9moin de la Dormition de la Vierge Marie. Parmi les destinataires de ses \u0153uvres, on mentionne notamment les auteurs des Ier et IIe si\u00e8cles. &#8211; Guy, Timoth\u00e9e, St. Polycarpe de Smyrne et St. Jean le Th\u00e9ologien. Pendant longtemps, il n&rsquo;\u00e9tait pas d&rsquo;usage de douter de l&rsquo;authenticit\u00e9 des textes du Ps.-Denys. Leur autorit\u00e9 a toujours \u00e9t\u00e9 si \u00e9lev\u00e9e que la figure de leur auteur, d\u00e9j\u00e0 l\u00e9gendaire, a fait \u00e0 plusieurs reprises l&rsquo;objet de nombreuses sp\u00e9culations. Tous les grands th\u00e9ologiens de l&rsquo;\u00e8re de la \u00abhaute scolastique\u00bb (XIIIe si\u00e8cle) &#8211; Albert le Grand, Bonaventure, Thomas d&rsquo;Aquin &#8211; se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 plusieurs reprises aux \u0153uvres de Ps. Denys et composent des commentaires de plusieurs pages \u00e0 leur sujet. Les tout premiers soup\u00e7ons concernant la paternit\u00e9 de Denys apparaissent au XVe si\u00e8cle (Lorenzo Valla, Erasmus de Rotterdam). La raison de divers doutes \u00e9tait les incongruit\u00e9s \u00e9videntes du style (inhabituelles des \u00e9crivains chr\u00e9tiens des Ier et IIe si\u00e8cles) et des anachronismes \u00e9vidents, notamment dans le livre \u00abSur la hi\u00e9rarchie de l&rsquo;\u00c9glise\u00bb, o\u00f9, par exemple, la conversation se tourne souvent vers des \u00e9l\u00e9ments de services religieux qui ne sont apparus qu&rsquo;aux Ve-VIe si\u00e8cles., &#8211; comme le rite de tonsure en tant que moine ou la lecture du Credo lors de la liturgie. Apparemment, l&rsquo;auteur a utilis\u00e9 le nom de Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite pour donner plus de poids \u00e0 son apolog\u00e9tique th\u00e9ologique, dont le but \u00e9tait d&rsquo;unir le syst\u00e8me chr\u00e9tien au monde hi\u00e9rarchique des n\u00e9oplatoniciens. Ces derniers, notamment Proclus, sont constamment cit\u00e9s par le Ps. Denys. Ainsi, par exemple, \u00e0 la suite de Proclus, l&rsquo;auteur des trait\u00e9s distingue syst\u00e9matiquement deux types de th\u00e9ologie: cataphatique et apophatique. En ce qui concerne la th\u00e9ologie cataphatique, toutes sortes de noms \u00abcr\u00e9\u00e9s\u00bb du Principe Supr\u00eame (\u00abBont\u00e9\u00bb, \u00abUnit\u00e9\u00bb, etc.) sont r\u00e9pertori\u00e9s, dont il est question dans l&rsquo;\u00c9criture comme symboles des \u00abprocessions\u00bb divines (grec \u03c0\u03c1\u03cc\u03bf\u03b4\u03bf\u03b9), \u03c4. c&rsquo;est-\u00e0-dire comment le Cr\u00e9ateur se manifeste au-del\u00e0 de sa propre essence. Dans le contexte de la th\u00e9ologie apophatique, on proclame la super-intelligence du Principe Supr\u00eame, dont la touche mentale est assimil\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ignorance mystique (grec \u03ac\u03b3\u03bd\u03c9\u03c3\u03af\u03b1): \u00abLes t\u00e9n\u00e8bres divines sont cette lumi\u00e8re inaccessible dans laquelle, selon l&rsquo;\u00c9criture, Dieu habite; cette lumi\u00e8re est invisible en raison d&rsquo;une clart\u00e9 excessive et inaccessible en raison de l&rsquo;exc\u00e8s de luminosit\u00e9 suressentielle, et dans cette obscurit\u00e9 entre tous ceux qui ont \u00e9t\u00e9 honor\u00e9s de conna\u00eetre et de voir Dieu pr\u00e9cis\u00e9ment par la non-vision et la non-cognition, et s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent v\u00e9ritablement au-dessus de la vision et la cognition, sachant seulement que Dieu est dans tout ce qui est sensible et dans tout ce qui est imaginable, et proclamant avec le Psalmiste:\u00abVotre connaissance est pour moi merveilleuse, \u00e9lev\u00e9e, et je ne peux pas la comprendre (Ps. 139 : 6)\u00bb (Ps. Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite. Cinqui\u00e8me \u00e9p\u00eetre, \u00e0 Doroth\u00e9e. Traduit par S. S. Averintsev). Ces deux approches sont coh\u00e9rentes dans le troisi\u00e8me et plus haut stade de la connaissance de Dieu &#8211; la th\u00e9ologie mystique, selon laquelle tous les noms \u00abcr\u00e9\u00e9s\u00bb sont appliqu\u00e9s \u00e0 Dieu dans un sens sur-concevable et sur-humain, puisqu&rsquo;Il est, par essence, \u00abSuper-Unit\u00e9\u00bb, \u00abSuper-Bondit\u00e9\u00bb, \u00abSuper-\u00catre\u00bb, etc. Dieu, restant \u00abSuper-essentiel\u00bb, est ext\u00e9rieur \u00e0 tout \u00eatre et, par cons\u00e9quent, dans sa propre essence est inconnaissable: \u00abTout comme le le mental est insaisissable et invisible pour le sensible, et le simple et sans image pour celui dot\u00e9 de forme et d&rsquo;image, et pour ceux form\u00e9s sous forme de corps &#8211; l&rsquo;informe imperceptible et sans forme de l&rsquo;incorporel, donc, selon le m\u00eame mot de En v\u00e9rit\u00e9, au-dessus des essences, il y a une incertitude suressentielle\u00bb (Ps. Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite. Des Noms Divins, 1, 1). Selon la tradition platonicienne-orig\u00e9niste, l&rsquo;esprit, pour parvenir \u00e0 la connaissance de Dieu, doit se d\u00e9barrasser de son \u00e9tat d\u00e9chu et des choses existantes qui l&rsquo;entourent; en d\u2019autres termes, il doit revenir \u00e0 sa propre essence, c\u2019est-\u00e0-dire s\u2019identifier \u00e0 nouveau \u00e0 lui-m\u00eame. Selon le Ps. Denys, cette pratique consistant \u00e0 \u00abse d\u00e9barrasser des cha\u00eenes\u00bb n\u2019est pas suffisante; l\u2019esprit doit d\u2019abord se d\u00e9barrasser de lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire d\u00e9passer ses propres limites, car la connaissance de Dieu \u00abd\u00e9passe la raison et toute intelligence\u00bb. L\u2019esprit re\u00e7oit une mani\u00e8re particuli\u00e8re de comprendre \u2013 \u00abpar l\u2019ignorance\u00bb. Ps. Denys rejette ainsi inconditionnellement deux postulats platoniciens extr\u00eamement essentiels: la divinit\u00e9 naturelle de l&rsquo;esprit et la connaissabilit\u00e9 de l&rsquo;essence divine.d\u00e9passer ses propres limites, car la connaissance de Dieu \u00abd\u00e9passe la raison et toute intelligence\u00bb. L\u2019esprit re\u00e7oit une mani\u00e8re particuli\u00e8re de comprendre \u2013 \u00abpar l\u2019ignorance\u00bb. Ps. Denys rejette ainsi inconditionnellement deux postulats platoniciens extr\u00eamement essentiels: la divinit\u00e9 naturelle de l&rsquo;esprit et la connaissabilit\u00e9 de l&rsquo;essence divine.d\u00e9passer ses propres limites, car la connaissance de Dieu \u00abd\u00e9passe la raison et toute intelligence\u00bb. L\u2019esprit re\u00e7oit une mani\u00e8re particuli\u00e8re de comprendre \u2013 \u00abpar l\u2019ignorance\u00bb. Ps. Denys rejette ainsi inconditionnellement deux postulats platoniciens extr\u00eamement essentiels: la divinit\u00e9 naturelle de l&rsquo;esprit et la connaissabilit\u00e9 de l&rsquo;essence divine.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le Dieu du Ps. Denys est le Cr\u00e9ateur biblique pr\u00e9-\u00e9ternel et omnipotent de l&rsquo;univers, et non celui des n\u00e9oplatoniciens, ce qui, bien entendu, n&rsquo;exclut pas la communication entre Dieu et les \u00eatres cr\u00e9\u00e9s; au contraire, cette communication est en fait le sens et le but de l\u2019existence de toutes les choses cr\u00e9\u00e9es. Dieu \u00abdescend\u00bb, \u00absort de lui-m\u00eame\u00bb pour devenir connaissable et accessible; les \u00eatres cr\u00e9\u00e9s \u00abmontent\u00bb: ils acqui\u00e8rent d&rsquo;abord la \u00abressemblance \u00e0 Dieu\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la capacit\u00e9 de participer aux vertus divines, puis, \u00absortant d&rsquo;eux-m\u00eames\u00bb, ils rejoignent l&rsquo;\u00eatre de Dieu (mais pas l&rsquo;essence divine) et ainsi \u00abreviennent\u00bb (Grec. \u03b5\u03c0\u03b9\u03c3\u03c4\u03c1\u03bf\u03c6\u03ae &#8211; \u00abretour\u00bb) \u00e0 Dieu. La logique de la \u00abdescente\u00bb et de la \u00abmont\u00e9e\u00bb de tout \u00eatre existant nous permet, selon le Ps. Denys, de juger les diff\u00e9rences par rapport \u00e0 la Divinit\u00e9 super-intelligente et toute parfaite, qui servent de base suffisante \u00e0 Son omnipr\u00e9sence et toute causalit\u00e9. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment le th\u00e8me principal du trait\u00e9 \u00abDes noms divins\u00bb: \u00abLa Divinit\u00e9 est Super-Bonne (\u03c4\u03bf \u03b0\u03c0\u03b5\u03c1\u03ac\u03b3\u03b1\u03b8\u03bf\u03bd), Superdivine (\u03c4\u03bf \u03b0\u03c0\u03ad\u03c1\u03b8\u03b5\u03bf\u03bd), Superessentielle (\u03c4\u03bf \u03cb\u03c0\u03b5\u03c1\u03bf\u03cd\u03c3\u03b9\u03bf\u03bd), Supervivante (\u03c4 \u03bf \u03cd\u03c0\u03ad \u03c1\u03b6\u03c9\u03bf\u03bd), Super-sage (\u03c4\u03bf \u03cd\u03c0\u03ad\u03c1\u03c3\u03bf\u03c6\u03bf\u03bd), parce qu&rsquo;il ne rentre pas dans nos conceptions du bien, du divin, de l&rsquo;essentiel, du vivant et du sage, et nous sommes oblig\u00e9s de lui appliquer toutes ces expressions de n\u00e9gation, impliquant une sup\u00e9riorit\u00e9; puisqu&rsquo;Il est aussi la v\u00e9ritable cause de tout ce qui existe ; on peut lui appliquer les noms de Bon, Beau, Existant, Source de Vie, Sage, puisque tout cela se rapporte aux dons remplis de gr\u00e2ce du Divin, qui est donc appel\u00e9 la Cause de tout Bien\u00bb (Ps. Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite). .Sur les Noms Divins, 2, 3). On peut dire, selon le t\u00e9moignage de Ps.-Denys, que le Cr\u00e9ateur \u00abimpr\u00e8gne\u00bb litt\u00e9ralement l&rsquo;univers entier, que les id\u00e9es de bont\u00e9, de beaut\u00e9, de perfection, etc., que nous jugeons par les choses cr\u00e9\u00e9es, nous mettent directement en communication. avec Dieu. Cependant, il ne faut pas oublier que Dieu dans son essence ne co\u00efncide ni avec le monde des id\u00e9es, ni bien s\u00fbr avec le monde des choses : Dieu reste toujours au-del\u00e0 des fronti\u00e8res de toute existence concr\u00e8te, \u00e9tant en lui-m\u00eame la cause surintelligente de toute existence concr\u00e8te.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ps.-Denys est \u00e9galement le fondateur de la classification classique ult\u00e9rieure des forces ang\u00e9liques, comprenant neuf \u00abrangs\u00bb (grec \u03c4\u03ac\u03be\u03b9\u03c2), divis\u00e9s en trois triades. La premi\u00e8re triade, \u00abassise directement autour de Dieu, plus proche que toutes les autres\u00bb et \u00aben contact avec le rayonnement \u00e9ternel de la th\u00e9archie\u00bb, sont les S\u00e9raphins, les Ch\u00e9rubins et les Tr\u00f4nes; la deuxi\u00e8me triade c\u00e9leste est celle des Dominions, des Pouvoirs et des Pouvoirs; ce dernier est constitu\u00e9 des Principaut\u00e9s, des Archanges et des Anges. Si pour Orig\u00e8ne la hi\u00e9rarchie des \u00eatres cr\u00e9\u00e9s &#8211; anges, personnes, d\u00e9mons &#8211; est une cons\u00e9quence de la Chute, alors pour l&rsquo;auteur de l&rsquo;Ar\u00e9opagite, il s&rsquo;agit d&rsquo;un ordre indestructible et divin, \u00e0 travers lequel \u00abla ressemblance \u00e0 Dieu et l&rsquo;union avec Lui\u00bb sont r\u00e9alis\u00e9es. (Ps.-Denys Areopagite. Sur la hi\u00e9rarchie c\u00e9leste, 3, 2). Chaque \u00abrang\u00bb participe \u00e0 la vie divine \u00abselon ses capacit\u00e9s\u00bb, mais cette opportunit\u00e9 de participation est accord\u00e9e \u00e0 travers le \u00abrang\u00bb imm\u00e9diatement sup\u00e9rieur, de haut en bas. Selon Ps. Denys, la hi\u00e9rarchie c\u00e9leste correspond \u00e0 la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siale, qui est une continuation et un reflet de la hi\u00e9rarchie c\u00e9leste. Elle se d\u00e9compose quant \u00e0 elle en deux triades: la premi\u00e8re &#8211; les ordonn\u00e9s, correspondant au clerg\u00e9 (\u00e9v\u00eaques (\u00ab\u00a0hi\u00e9rarques\u00a0\u00bb), pr\u00eatres et diacres), et la derni\u00e8re &#8211; les initi\u00e9s, ou la\u00efcs (moines, la\u00efcs (\u00ab\u00a0personnes sacr\u00e9es\u00bb) et les cat\u00e9chum\u00e8nes (p\u00e9cheurs). La hi\u00e9rarchie de l\u2019\u00c9glise a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par la \u00abhi\u00e9rarchie de la Loi\u00bb de l\u2019Ancien Testament (grec : \u03ba\u03b1\u03c4\u03ac \u03bd\u03cc\u03bc\u03bf\u03bd \u03b9\u03b5\u03c1\u03b1\u03c1\u03c7\u03af\u03b1), dont le but \u00e9tait de r\u00e9v\u00e9ler dans des images sensorielles et des symboles les r\u00e9alit\u00e9s intelligibles des hi\u00e9rarchie c\u00e9leste. La structure de l&rsquo;\u00c9glise repr\u00e9sente une \u00abd\u00e9dicace plus parfaite\u00bb, \u00e9galement appel\u00e9e \u00abla n\u00f4tre hi\u00e9rarchie\u00bb (grec \u03ae \u03ba\u03b1\u03b8&rsquo; \u03b7\u03bc\u03ac\u03c2 \u03b9\u03b5\u03c1\u03b1\u03c1\u03c7\u03af\u03b1), qui est \u00ab\u00e0 la fois c\u00e9leste et l\u00e9gale et, \u00e9tant entre elles, participe aux deux, partageant la contemplation mentale avec la hi\u00e9rarchie c\u00e9leste, et l&rsquo;utilisation de divers types de symboles sensuels avec la hi\u00e9rarchie l\u00e9gale, \u00e0 travers lesquels il s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve de mani\u00e8re sacr\u00e9e en direction du divin\u00bb (Ps. Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite. Sur l&rsquo;\u00c9glise Hi\u00e9rarchie, 5, 2).<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s Pseudo-Denys, la tradition de la th\u00e9ologie byzantine ne s&rsquo;est pas interrompue; des personnages assez significatifs sont apparus, par exemple <strong>Maxime le Confesseur<\/strong> (VIIe si\u00e8cle). Byzance, jusqu&rsquo;\u00e0 la chute de l&#8217;empire en 1453, resta le seul gardien de l&rsquo;\u00e9ducation hell\u00e9nique; les \u0153uvres de Platon, Aristote, Plotin et Proclus continu\u00e8rent \u00e0 \u00eatre copi\u00e9es et lues en grec. Bien que l\u2019\u00c9glise orthodoxe occupe une position dominante dans le domaine de l\u2019id\u00e9ologie, on tente de temps \u00e0 autre de faire appel \u00e0 la tradition encore vivante de la philosophie grecque. Et les eccl\u00e9siastiques eux-m\u00eames, dans leurs d\u00e9nonciations des dissidents, tentent d&rsquo;utiliser des \u00e9l\u00e9ments de l&rsquo;argumentation philosophique des anciens. Apr\u00e8s la chute de l\u2019Empire byzantin, ce sont les Grecs qui ont apport\u00e9 \u00e0 l\u2019Occident latin les manuscrits d\u2019\u00e9crivains anciens et la connaissance de la langue dans laquelle ils \u00e9taient \u00e9crits. Ainsi, le d\u00e9funt Byzance transf\u00e8re toutes ses choses les plus pr\u00e9cieuses \u00e0 la \u00abRenaissance des sciences et des arts\u00bb qui se dessine en Occident.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La patristique (grec rcaxfjp, latin pater, p\u00e8re) dans la tradition th\u00e9ologique occidentale (ainsi qu&rsquo;historique et philosophique) fait g\u00e9n\u00e9ralement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;ensemble conventionnel des enseignements des p\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise chr\u00e9tienne des IIe au VIIIe si\u00e8cles. Initialement, \u00abp\u00e8re\u00bb \u00e9tait le nom donn\u00e9 \u00e0 un mentor spirituel dot\u00e9 d\u2019une autorit\u00e9 p\u00e9dagogique reconnue dans l\u2019\u00c9glise. 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