{"id":580,"date":"2024-06-12T15:16:56","date_gmt":"2024-06-12T12:16:56","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=580"},"modified":"2025-11-20T20:14:47","modified_gmt":"2025-11-20T17:14:47","slug":"scolastique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/12\/scolastique\/","title":{"rendered":"Scolastique. Sept arts lib\u00e9raux. La philosophie est la servante de la th\u00e9ologie"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Le mot latin scholastique vient du grec \u03c3\u03c7\u03bf\u03bb\u03b1\u03c3\u03c4\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2 (\u00ab\u00e9cole\u00bb, \u00ab\u00e9tudiant\u00bb) et, dans la science historique et philosophique moderne, sert de d\u00e9signation \u00e0 un ensemble de m\u00e9thodes de raisonnement sp\u00e9culatives &#8211; philosophiques (\u00abdialectiques\u00bb) et th\u00e9ologiques &#8211; qui sont devenues dominantes dans la culture d&rsquo;Europe occidentale (latine) aux si\u00e8cles du Moyen \u00c2ge (XI &#8211; XIV si\u00e8cles).<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/12\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-iii-la-philosophie-au-moyen-age-chapitre-2-scolastique\/sholastika230624\/\" rel=\"attachment wp-att-768\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-768\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/sholastika230624-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"200\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/sholastika230624-300x200.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/sholastika230624-768x512.jpg 768w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/sholastika230624.jpg 770w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Il y a deux aspects principaux dans la signification de ce terme : n\u00e9gatif et positif. La premi\u00e8re (la scolastique comme \u00abphilosophie scolaire\u00bb ou \u00abth\u00e9ologie scolaire\u00bb) provient de nombreux textes d\u2019\u00e9crivains de la Renaissance et des Lumi\u00e8res, qui cherchaient autrefois \u00e0 voir et \u00e0 s\u00e9parer tout ce qui est \u00abvivant\u00bb et \u00abmort\u00bb, \u00ab\u00e9ternellement nouveau\u00bb et \u00abd\u00e9pass\u00e9es depuis longtemps\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire finalement \u00abl&rsquo;Antiquit\u00e9\u00bb et la \u00abbarbarie m\u00e9di\u00e9vale\u00bb (barbarie dans la pens\u00e9e et barbarie dans la parole), et par le rejet de d\u00e9finitions inertes et inutiles\u00a0 &#8211; \u00abscolastiques\u00bb &#8211; se tournent vers la culture d&rsquo;un parole vivante et efficace.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un autre aspect de la signification de ce terme (scolastique &#8211; \u00abphilosophie scolaire\u00bb ou \u00abth\u00e9ologie scolaire\u00bb) est directement li\u00e9 aux activit\u00e9s des \u00e9coles m\u00e9di\u00e9vales et, \u00e0 partir du XIIIe si\u00e8cle, des universit\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le principal sujet d&rsquo;\u00e9tude \u00e9tait les \u00absept arts lib\u00e9raux\u00bb (septem artes Liberales), dont le canon \u00e9tait fermement ancr\u00e9 depuis la fin de l&rsquo;Antiquit\u00e9: le \u00abtrivium\u00bb (latin trivium, lit. \u00ab\u00e0 trois voies\u00bb) &#8211; grammaire, rh\u00e9torique et dialectique &#8211; et \u00abquadrivium\u00bb ( lat. quadrivium, lit. \u00abquatre voies\u00bb) &#8211; arithm\u00e9tique, g\u00e9om\u00e9trie, astronomie, musique. Les sciences des \u00abquadrivias\u00bb au d\u00e9but du Moyen \u00c2ge, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, n&rsquo;ont pas r\u00e9ussi et ont \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement peu d\u00e9velopp\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"justify\">La subordination de la pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 du dogme, conform\u00e9ment \u00e0 la formulation de\u00a0<strong>Pierre Damiani<\/strong> (XIe si\u00e8cle) \u00abla philosophie est la servante de la th\u00e9ologie\u00bb (philosophia ancilla theologiae; voir Pierre Damiani. De l&rsquo;Omnipotence divine, 5), est le principe de base de toute la culture orthodoxe philosophique et th\u00e9ologique m\u00e9di\u00e9vale. En m\u00eame temps, pour la scolastique dans son ensemble, la nature de la relation entre raison et foi \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme inhabituellement rationnelle et soumise \u00e0 une syst\u00e9maticit\u00e9 universelle. On supposait que toute connaissance &#8211; sur les choses cr\u00e9\u00e9es et sur Dieu &#8211; pouvait \u00eatre une connaissance \u00e0 deux \u00e9gards: soit une connaissance surnaturelle, acquise par r\u00e9v\u00e9lation divine, soit, au contraire, une connaissance naturelle, acquise par l&rsquo;esprit humain au cours d&rsquo;une recherche inlassable. La norme de la premi\u00e8re connaissance est contenue dans les textes de l&rsquo;\u00c9criture, accompagn\u00e9s de commentaires patristiques faisant autorit\u00e9, la norme de la seconde &#8211; les textes de l&rsquo;ancienne tradition philosophique &#8211; Platon et surtout Aristote, entour\u00e9s de commentaires faisant autorit\u00e9 de penseurs antiques et arabes tardifs. Il est tout \u00e0 fait typique pour la \u00abhaute scolastique\u00bb d\u2019appeler Aristote simplement Philosophiae. Du point de vue de la scolastique m\u00e9di\u00e9vale, potentiellement, dans les deux ensembles de textes, la v\u00e9rit\u00e9 a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e dans son int\u00e9gralit\u00e9; Afin d&rsquo;identifier la v\u00e9rit\u00e9, de la faire passer d&rsquo;un \u00e9tat potentiel \u00e0 un \u00e9tat actuel, il faut d&rsquo;abord interpr\u00e9ter correctement le texte, puis en d\u00e9duire l&rsquo;ensemble des cons\u00e9quences contenues dans le texte \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;inf\u00e9rences ad\u00e9quatement construites. On peut dire que la scolastique est avant tout une philosophie sous forme d&rsquo;interpr\u00e9tation de textes &#8211; \u00c9criture et Tradition (th\u00e9ologique et philosophique). En ce sens, il repr\u00e9sente un contraste, d&rsquo;une part, par rapport \u00e0 la philosophie du Nouvel \u00c2ge avec son d\u00e9sir constant d&rsquo;identifier la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 travers l&rsquo;analyse de donn\u00e9es exp\u00e9rimentales, d&rsquo;autre part, par rapport au mysticisme avec son infatigable d\u00e9sir de discerner la v\u00e9rit\u00e9 dans la contemplation extatique. Dans des textes consid\u00e9r\u00e9s \u00e0 juste titre comme faisant autorit\u00e9, la scolastique a trouv\u00e9 non seulement des r\u00e9ponses \u00e0 certaines questions, mais aussi des questions rest\u00e9es sans r\u00e9ponse, des difficult\u00e9s qui appelaient une activit\u00e9 nouvelle et intense de l&rsquo;esprit. La conscience de l&rsquo;impossibilit\u00e9 de r\u00e9soudre toutes les questions \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une seule r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 justifiait la possibilit\u00e9 et la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une discipline scolaire.<\/p>\n<p align=\"justify\">De la philosophie ancienne, la scolastique a h\u00e9rit\u00e9 de la croyance selon laquelle le monde est fondamentalement rationnel et que, par cons\u00e9quent, la connaissance rationnelle du monde est possible et r\u00e9alisable. La connaissance des choses signifie d&rsquo;abord la connaissance de leur essence, de leurs caract\u00e9ristiques essentielles; ces caract\u00e9ristiques d\u00e9terminent le \u00ablook\u00bb, la \u00abforme\u00bb de chaque chose, et elles permettent \u00e9galement de regrouper la chose sous un concept g\u00e9n\u00e9ral. L&rsquo;essence d&rsquo;une chose est tout \u00e0 fait accessible \u00e0 la connaissance, puisque l&rsquo;essence et le concept ont la m\u00eame structure; ils ne diff\u00e8rent que par leur emplacement: les essences existent dans les choses, les concepts &#8211; dans l&rsquo;esprit humain. Bien qu&rsquo;Aristote, avec les \u00abessences secondaires\u00bb (genres et esp\u00e8ces), parle \u00e9galement de \u00abessences premi\u00e8res\u00bb, d\u00e9signant des choses concr\u00e8tes et sensorielles, cependant, dans la m\u00e9taphysique aristot\u00e9licienne, une essence rationnellement compr\u00e9hensible &#8211; un analogue d&rsquo;un concept g\u00e9n\u00e9ral &#8211; signifie g\u00e9n\u00e9ralement quelque chose intelligible, non pas qui est lui-m\u00eame un objet de perception sensorielle. La doctrine aristot\u00e9licienne de l&rsquo;essence devient le noyau des doctrines scolastiques. Cependant, au cours du processus de leur construction, une refonte de la m\u00e9taphysique aristot\u00e9licienne se produit; un certain nombre d&rsquo;aspects qui y sont pr\u00e9sents sous une forme implicite ressortent au premier plan. Cela \u00e9tait d\u00fb aux nouvelles t\u00e2ches que les th\u00e9ologiens m\u00e9di\u00e9vaux devaient r\u00e9soudre: utiliser des moyens conceptuels et rationnels pour exprimer l&rsquo;enseignement chr\u00e9tien sur Dieu, le monde et l&rsquo;homme. S&rsquo;appuyant sur les paroles bien connues du texte biblique: \u00abDieu dit \u00e0 Mo\u00efse: Je suis qui je suis\u00bb (Ex. 3 : 14), les th\u00e9ologiens m\u00e9di\u00e9vaux ont identifi\u00e9 la Gen\u00e8se avec Dieu. Dans l&rsquo;esprit d&rsquo;un chr\u00e9tien, il n&rsquo;y a rien de plus \u00e9lev\u00e9 que Dieu, et comme il est connu dans les Saintes \u00c9critures que Dieu \u00abest Celui qui est\u00bb, on en tire la conclusion que le principe absolument premier est l&rsquo;\u00eatre. La Gen\u00e8se occupe donc une place centrale dans les doctrines des th\u00e9ologiens chr\u00e9tiens; toute la th\u00e9ologie et la philosophie m\u00e9di\u00e9vales se r\u00e9v\u00e8lent n&rsquo;\u00eatre rien d&rsquo;autre que la doctrine de l&rsquo;\u00eatre au sens litt\u00e9ral du terme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour la premi\u00e8re fois dans la tradition culturelle chr\u00e9tienne, la m\u00e9thode formelle-logique (\u00abscolastique\u00bb) pour consid\u00e9rer les questions ontologiques et th\u00e9ologiques a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e par un homme dont l&rsquo;\u0153uvre et le destin appartenaient en grande partie \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque antique &#8211; le ministre du roi Ostrogoth Th\u00e9odoric, traducteur, th\u00e9ologien, po\u00e8te, \u00able dernier Romain\u00bb &#8211; Bo\u00e8ce. <strong>Anicius Manlius Torquatus Severinus <\/strong><strong>Bo\u00e8ce<\/strong> (vers 480 &#8211; 524) \u00e9tait issu d&rsquo;une famille s\u00e9natoriale riche et influente des Anitsii. A la cour de Th\u00e9odoric, chef militaire ostrogoth qui s&#8217;empare du pouvoir dans l&rsquo;ancienne partie occidentale de l&rsquo;Empire romain (493), Bo\u00e8ce se fait tr\u00e8s vite reconna\u00eetre: en 510 il est nomm\u00e9 consul; en 522, le roi nomma Bo\u00e8ce au plus haut poste gouvernemental &#8211; \u00abma\u00eetre de tous les services\u00bb (Magister officiorum). A cette \u00e9poque, l&rsquo;opposition anti-gothique surgit au S\u00e9nat romain. En Italie, il y avait de nombreux partisans de l&#8217;empereur byzantin qui ne reconnaissaient pas la domination du roi barbare, qui \u00e9tait \u00e9galement arien, c&rsquo;est-\u00e0-dire adepte d&rsquo;une foi h\u00e9r\u00e9tique. D\u00e9fendant le S\u00e9nat contre les accusations des informateurs royaux, Bo\u00e8ce lui-m\u00eame fut bient\u00f4t soup\u00e7onn\u00e9 de trahison: accus\u00e9 de correspondance avec la cour de l&#8217;empereur byzantin, Bo\u00e8ce fut arr\u00eat\u00e9, envoy\u00e9 en prison et, apr\u00e8s de graves tortures, ex\u00e9cut\u00e9 en 524.<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon la l\u00e9gende, en prison, en attendant son ex\u00e9cution, Bo\u00e8ce \u00e9crivit le c\u00e9l\u00e8bre essai \u00abSur la consolation de la philosophie\u00bb (5 livres), dans lequel la po\u00e9sie alterne avec la prose et les th\u00e8mes philosophiques sont remplac\u00e9s par des intuitions th\u00e9ologiques. Le livre commence par une description po\u00e9tique par l&rsquo;auteur des malheurs qui lui sont arriv\u00e9s et un appel au \u00abdestin inexorable\u00bb, autrefois favorable \u00e0 Bo\u00e8ce, mais qui s&rsquo;est d\u00e9sormais d\u00e9tourn\u00e9 de lui. Puis, dans la partie en prose, Bo\u00e8ce parle de l&rsquo;\u00e9mergence de la Philosophie, qui a un pouvoir non caract\u00e9ristique des muses, qui ne peuvent que pleurer et s&rsquo;affliger avec le prisonnier dans son cachot. Apr\u00e8s son apparition, la Philosophie s&rsquo;adresse au prisonnier avec un discours de consolation, o\u00f9 il r\u00e9pond, l&rsquo;une apr\u00e8s l&rsquo;autre, aux questions qui provoquaient \u00e0 ce moment-l\u00e0 anxi\u00e9t\u00e9 et perplexit\u00e9 douloureuse chez l&rsquo;auteur: comment traiter les vicissitudes du destin, les dons d&rsquo;une Fortune changeante? Quel est le vrai bonheur d&rsquo;une personne, quel est le bien le plus \u00e9lev\u00e9 pour elle? Comment une personne peut-elle conserver sa libert\u00e9 spirituelle et son ind\u00e9pendance dans un monde domin\u00e9 par la n\u00e9cessit\u00e9? Quelle est la relation entre la pr\u00e9destination divine, le libre arbitre et le destin? Le bien le plus \u00e9lev\u00e9 (summ bonum) pour l&rsquo;homme est Dieu, dit la Philosophie, et non certains \u00abbiens priv\u00e9s\u00bb &#8211; sant\u00e9, richesse, etc. Dieu est f\u00e9licit\u00e9 &#8211; conform\u00e9ment \u00e0 la d\u00e9finition: \u00abLa f\u00e9licit\u00e9 est un \u00e9tat parfait, qui est l&rsquo;union de tous les biens\u00bb (Bo\u00e8ce. Consolation de la philosophie, III, 2). De l\u00e0 d\u00e9coule la conclusion que les gens ne peuvent \u00eatre b\u00e9nis qu\u2019en s\u2019impliquant en Dieu. Selon Bo\u00e8ce, l&rsquo;erreur des gens r\u00e9side dans le fait qu&rsquo;en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, ils ne pr\u00eatent pas attention \u00e0 la v\u00e9ritable source cach\u00e9e de tout plaisir et, ne poursuivant que le fant\u00f4me du bonheur, savent rien sur le vrai bien. Comme Augustin, Bo\u00e8ce croit que le bien le plus \u00e9lev\u00e9 doit \u00eatre recherch\u00e9 non dans les choses ext\u00e9rieures, mais dans l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;homme; apr\u00e8s tout, l&rsquo;homme est l&rsquo;image de Dieu, et cette image est cach\u00e9e dans son \u00e2me immortelle. \u00c0 la recherche d&rsquo;avantages ext\u00e9rieurs, une personne se n\u00e9glige avant tout elle-m\u00eame, c&rsquo;est-\u00e0-dire son \u00e2me immortelle, et ainsi, s&rsquo;humiliant, n\u00e9glige son Cr\u00e9ateur. Il faut comprendre, dit la Philosophie, que le bien parfait est un et indivisible: pour une personne, il n&rsquo;y a pas de vraie prosp\u00e9rit\u00e9 sans pouvoir r\u00e9el, de pouvoir sans respect m\u00e9rit\u00e9, de respect sans gloire durable, de gloire sans joie \u00e9clatante, etc. Le bien nous appara\u00eet ou en toute int\u00e9gralit\u00e9, ou pas du tout. Le bien le plus \u00e9lev\u00e9 &#8211; le seul et immuable &#8211; est, selon la philosophie, seul Dieu &#8211; tout-puissant, omniscient et, par cons\u00e9quent, ne connaissant ni ne cr\u00e9ant le mal (III, 12). Ici, une nouvelle question se pose: si Dieu est f\u00e9licit\u00e9, omniscience et toute-puissance. Comment, dans ce cas, expliquer tous les malheurs qui arrivent sur terre, et le triste sort de Bo\u00e8ce, en particulier? La philosophie, pour r\u00e9pondre \u00e0 cette question, propose de commencer par une clarification: que faut-il entendre par hasard, hasard? Nous appelons le plus souvent tout al\u00e9atoire \u00abdont la structure rationnelle nous est inconnue\u00bb et, par cons\u00e9quent, nous laisse perplexes. Si vous regardez les choses de plus pr\u00e8s, vous constaterez qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de al\u00e9atoire dans l&rsquo;Univers, puisque tout ce qui arrive et arrive aux gens (et pas seulement aux gens) a des fondements raisonnables. La diversit\u00e9 des \u00absignifications\u00bb des choses existantes (rationes) est une mise en \u0153uvre temporaire de la diversit\u00e9 des plans divins \u00e9ternels, identiques \u00e0 eux-m\u00eames et indivisibles dans l\u2019unit\u00e9 de la bonne intellect divine (Intelligentsia). Dieu, en tant que cr\u00e9ateur de l&rsquo;univers, est en ce sens semblable \u00e0 un ma\u00eetre artiste qui a \u00e0 l&rsquo;avance dans son esprit une image-\u00e9chantillon compl\u00e8te, ou une \u00abid\u00e9e\u00bb, de l&rsquo;\u0153uvre qu&rsquo;il cr\u00e9e. Cette image, c&rsquo;est-\u00e0-dire la compl\u00e9tude primordiale de toutes les raisons de l&rsquo;existence de toutes choses (pass\u00e9es, futures et pr\u00e9sentes), unies pour toujours dans la pens\u00e9e de Dieu, est la providence divine (lat. Providentia). Tout ce que Dieu avait initialement pr\u00e9vu se r\u00e9alise in\u00e9vitablement: le monde, tel qu\u2019il est, co\u00efncide exactement avec l\u2019ordre id\u00e9al divin. La diff\u00e9rence ici est que l&rsquo;ordre divin id\u00e9al se situe d&rsquo;un seul coup, depuis l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, dans l&rsquo;unit\u00e9 indivisible de la pens\u00e9e divine, et que l&rsquo;ordre mondain (mondial) se d\u00e9ploie progressivement dans le temps et l&rsquo;espace. La structure de l&rsquo;univers, du point de vue de l&rsquo;intellect \u00e9ternel et parfait, est la providence; par rapport aux choses cr\u00e9\u00e9es du monde mat\u00e9rialis\u00e9 &#8211; c&rsquo;est \u00abfatum\u00bb, le destin (lat. fatum &#8211; \u00abdestin\u00bb, \u00abpr\u00e9figuration\u00bb, \u00abdestin\u00bb). Les destins des hommes sont diff\u00e9rents, mais dans la simplicit\u00e9 de la Providence, ils sont tous li\u00e9s entre eux par un destin commun. Il est impossible d&rsquo;\u00e9viter son destin, estime Bo\u00e8ce, &#8211; une personne ne peut que se d\u00e9barrasser des\u00a0 mauvais\u00a0 tournants du destin, de toutes sortes de vicissitudes de la \u00abfortune\u00bb. Bo\u00e8ce propose de comparer la d\u00e9pendance d&rsquo;une personne \u00e0 ces vicissitudes avec le rapport de la vitesse de rotation d&rsquo;un point sur la surface ext\u00e9rieure (jante) d&rsquo;une roue et sa distance au centre: plus le rayon de la roue est grand, plus elle est \u00e9loign\u00e9e du centre, plus sa position dans l&rsquo;espace est instable et agit\u00e9e. Il en va de m\u00eame avec le destin. Le centre du destin et de toute existence est Dieu, immobile, un, identique \u00e0 lui-m\u00eame, \u00e9ternel; il faut devenir comme Dieu en tout, \u00ab\u00eatre plus proche du centre\u00bb du destin &#8211; le sien et celui de l&rsquo;univers entier &#8211; et le destin cessera de tromper et de changer, la vie se calmera dans son effort pour le bien \u00e9ternel; il faut devenir comme Dieu en tout.<\/p>\n<p align=\"justify\">Au d\u00e9but du livre. Dans la deuxi\u00e8me de ses \u0153uvres, Bo\u00e8ce dessine la c\u00e9l\u00e8bre all\u00e9gorie de la \u00abRoue de la Fortune\u00bb. Tous les \u00eatres naturels s\u2019efforcent naturellement d\u2019obtenir ce qui leur est pr\u00e9par\u00e9 par la nature ; une personne doit et peut lutter pour la m\u00eame chose: r\u00e9aliser sa propre existence, mais elle le fait avec la participation de la volont\u00e9. La volont\u00e9 est synonyme de libert\u00e9. La question se pose: comment la volont\u00e9 s&rsquo;accorde-t-elle avec la providence divine, qui pr\u00e9vient tout \u00e0 l&rsquo;avance et ne laisse pas de place au hasard dans l&rsquo;Univers? Le fait est, r\u00e9pond Bo\u00e8ce, que la volont\u00e9 est volontaire (libre) uniquement parce qu&rsquo;une personne a la capacit\u00e9, avec l&rsquo;aide de la raison, de conna\u00eetre et de choisir n&rsquo;importe quoi. Plus une personne est intelligente, plus elle est libre. Dieu a une connaissance parfaite et immuable, donc il est absolument libre; l&rsquo;\u00e2me humaine n&rsquo;est libre que relativement, pr\u00e9cis\u00e9ment dans la mesure o\u00f9 elle est conforme \u00e0 Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;intellect divin. Dieu pr\u00e9voit certainement toutes nos actions, commises dans le pass\u00e9, le pr\u00e9sent et le futur, y compris les actions \u00abarbitraires\u00bb et apparemment purement \u00abal\u00e9atoires\u00bb. Dieu pr\u00e9voit que les actions libres et \u00abvolontaires\u00bb sont \u00abarbitraires\u00bb (mais pas \u00abal\u00e9atoires\u00bb); le fait que ces actions soient pr\u00e9visibles et pr\u00e9visibles ne les rend pas n\u00e9cessaires et non libres. Dieu est \u00e9ternel, et l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, selon la d\u00e9finition devenue classique, est \u00abla parfaite possession \u00e0 la fois de toute la pl\u00e9nitude de la vie infinie\u00bb (V, 6). Dieu vit constamment dans un seul pr\u00e9sent. Le monde se trouve enti\u00e8rement dans l&rsquo;Esprit de Dieu et y est pour ainsi dire co-pr\u00e9sent dans l&rsquo;unit\u00e9 des \u00e9v\u00e9nements \u00abtoujours d\u00e9j\u00e0\u00bb \u00abjustes\u00bb qui se sont produits &#8211; ceux qui se sont produits dans le pass\u00e9, ceux qui se produisent maintenant ou ceux qui sont pr\u00eats \u00e0 se produire dans le futur. Tout ce que Dieu voit, il le voit \u00abmaintenant\u00bb (\u00abdu point de vue de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00bb), d\u00e9clare Bo\u00e8ce; Par rapport \u00e0 la perspective temporelle de l\u2019existence cr\u00e9\u00e9e, la connaissance divine des choses semble \u00eatre \u00e9ternellement avanc\u00e9e, se produisant \u00aben avance\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019au sens strict du terme, elle est pr\u00e9-connaissance et pr\u00e9-vision. Conform\u00e9ment \u00e0 la division des types de n\u00e9cessit\u00e9 naturelle remontant \u00e0 l&rsquo;Antiquit\u00e9 (Aristote) en n\u00e9cessit\u00e9 inconditionnelle, ou \u00absimple\u00bb (\u00abl&rsquo;homme meurt, puisqu&rsquo;il est n\u00e9cessairement mortel\u00bb), et conditionnelle, \u00abhypoth\u00e9tique\u00bb (\u00absi le le soleil se l\u00e8ve, alors il n&rsquo;entre pas n\u00e9cessairement\u00a0\u00bb), le choix et la volont\u00e9 humaine, selon Bo\u00e8ce, restent libres avec une n\u00e9cessit\u00e9 inconditionnelle &#8211; \u00e0 chaque instant de l&rsquo;existence de ce monde, et en m\u00eame temps, dans l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, avertis par \u00ab\u00a0des hypoth\u00e9tiques\u00bb n\u00e9cessit\u00e9 par le fait de la prescience divine.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans ses travaux ant\u00e9rieurs &#8211; sur la th\u00e9ologie, la dialectique et les disciplines des \u00ab\u00a0quadrivia\u00a0\u00bb (arithm\u00e9tique, g\u00e9om\u00e9trie, astronomie, musique) &#8211; le futur fondateur de la scolastique appara\u00eet, d&rsquo;une part, comme un transmetteur d&rsquo;anciennes traditions scientifiques et en m\u00eame temps en tant que philosophe totalement ind\u00e9pendant et original. Parmi les ouvrages sur la dialectique (logique), on distingue tout d&rsquo;abord les suivants: une traduction et deux commentaires du texte de \u00abl&rsquo;Introduction aux cat\u00e9gories d&rsquo;Aristote\u00bb de Porphyre de Tyr &#8211; le soi-disant. \u00abPetit\u00bb (2 livres) et\u00a0 Grand\u00a0 (5 livres); traduction, accompagn\u00e9e de son propre commentaire, des \u00abCat\u00e9gories\u00bb d&rsquo;Aristote (4 livres); traduction et deux commentaires sur l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Aristote \u00abDe l&rsquo;interpr\u00e9tation\u00bb (\u00e9galement \u00abGrand\u00bb, 6 livres et \u00abPetit\u00bb, 2 livres); commentaire des \u00abTh\u00e8mes\u00bb de Cic\u00e9ron (6 livres) et quatre trait\u00e9s: \u00abIntroduction aux syllogismes cat\u00e9goriques\u00bb, \u00abDu syllogisme hypoth\u00e9tique\u00bb, \u00abDes diff\u00e9rences topiques\u00bb (3 livres), \u00abDe la division\u00bb. Les ouvrages sur les disciplines de la \u00abquadrivia\u00bb comprennent: \u00abInstruction en arithm\u00e9tique\u00bb (2 livres) (traduction en latin de l&rsquo;ouvrage du pythagoricien Nicomaque de G\u00e9raz, populaire dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 tardive, \u00abIntroduction \u00e0 l&rsquo;arithm\u00e9tique\u00bb, IIe si\u00e8cle apr\u00e8s J.-C.) et \u00abInstruction en musique\u00a0\u00bb (5 livres) (traduction des opinions de divers auteurs grecs, principalement Nicomaque et son c\u00e9l\u00e8bre contemporain &#8211; l&rsquo;astronome et math\u00e9maticien alexandrin Claudius Ptol\u00e9m\u00e9e).<\/p>\n<p align=\"justify\">La philosophie en tant que concept g\u00e9n\u00e9rique, selon Bo\u00e8ce, est divis\u00e9e en philosophie th\u00e9orique (speculativa) et philosophie pratique (activa). Types de philosophie pratique &#8211; \u00e9thique, politique et \u00e9conomie. Les types de philosophie th\u00e9orique sont r\u00e9partis selon les mati\u00e8res qu&rsquo;elle \u00e9tudie. Bo\u00e8ce divise ces objets en trois cat\u00e9gories: intellectibles (intellectibilia), intelligibles (intelligibilia) et naturels (naturalia). Selon Bo\u00e8ce, les essences intellectuelles comprennent \u00abce qui, \u00e9tant identique \u00e0 lui-m\u00eame, r\u00e9side toujours dans la Divinit\u00e9 (divinitas) et n&rsquo;est pas compris avec l&rsquo;aide des sens, mais seulement par le mental (mens) et l&rsquo;intellect\u00bb (Bo\u00e8ce. Petit commentaire sur Porphyre \/\/ Patrologiae cursus completus. S\u00e9rie Latina, vol. 64, col. 16), c&rsquo;est-\u00e0-dire Dieu, les anges incorporels et les \u00e2mes rationnelles d\u00e9sincarn\u00e9es. Le type de philosophie th\u00e9orique qui explore ces objets est appel\u00e9 \u00abth\u00e9ologie\u00bb. L&rsquo;\u00e9tude des essences intelligibles &#8211; causes sup\u00e9rieures, sph\u00e8res sup\u00e9rieures de l&rsquo;univers et \u00e2mes humaines, qui \u00e9taient initialement un \u00eatre intelligible, mais qui ensuite, apr\u00e8s \u00eatre tomb\u00e9es dans le corps, sont pass\u00e9es \u00e0 un \u00e9tat beaucoup plus bas, est le type de philosophie (seconde dans l&rsquo;ordre ), dont le nom n&rsquo;est pas rapport\u00e9 par Bo\u00e8ce. Le troisi\u00e8me type de philosophie th\u00e9orique est appel\u00e9 par Bo\u00e8ce \u00abphysiologie\u00bb (physiologia), c&rsquo;est-\u00e0-dire lit. \u00ab\u00a0philosophie naturelle\u00a0\u00bb; ce type de philosophie \u00e9tudie la nature et les propri\u00e9t\u00e9s des corps physiques. Les quatre disciplines des \u00abquadrivia\u00bb dans les textes de Bo\u00e8ce se voient attribuer les caract\u00e9ristiques suivantes: l&rsquo;arithm\u00e9tique est la science de l&rsquo;ensemble en soi (multitudo per se); la musique est la science de la pluralit\u00e9 par rapport \u00e0 l&rsquo;autre (multitudo ad aliquid); g\u00e9om\u00e9trie &#8211; la science d&rsquo;une quantit\u00e9 fixe (magnitudo immobilis); L&rsquo;astronomie est la science des quantit\u00e9s en mouvement (magnitudo mobilis). Bo\u00e8ce a des doutes quant au statut de la logique (dialectique): \u00abCertains, \u00e9crit-il, soutiennent que la logique fait partie de la philosophie, et d&rsquo;autres qu&rsquo;elle n&rsquo;en est pas une partie, mais juste un outil (ferramentum) et un moyen particulier ( supellex)\u00a0\u00bb (Bo\u00e8ce. Grand commentaire sur Porphyre \/\/ Patrologiae cursus completus. S\u00e9rie Latina, vol. 64, col. 17). Un examen approfondi des arguments des deux c\u00f4t\u00e9s convainc Bo\u00e8ce que les deux jugements sont corrects, puisque rien n&#8217;emp\u00eache la logique d&rsquo;\u00eatre \u00e0 la fois une partie de la science philosophique et son instrument, tout comme la main dans le corps humain est \u00e0 la fois une partie et son instrument direct. Pour Bo\u00e8ce, la dialectique, ou logique (il ne faisait aucune distinction entre ces noms), est la capacit\u00e9 de raisonner correctement et de tirer des conclusions. En ce sens, le sujet de la discipline logique sont les formes et les \u00e9l\u00e9ments du raisonnement logique &#8211; syllogismes, pr\u00e9misses et termes (sujet, pr\u00e9dicat), c&rsquo;est-\u00e0-dire, d&rsquo;une part, des mots qui signifient r\u00e9ellement quelque chose et, d&rsquo;autre part, des \u00e9nonc\u00e9s combin\u00e9s \u00e0 partir de mots similaires. , qui contiennent soit une sorte d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 (des propri\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;existence d&rsquo;une chose existante), soit une sorte de d\u00e9ni.<\/p>\n<p align=\"justify\">Deux circonstances associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre de S\u00e9verin Bo\u00e8ce lui permettent \u00e0 juste titre d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 le fondateur de la future philosophie scolastique: 1) la combinaison de m\u00e9thodes de raisonnement dialectiques (c&rsquo;est-\u00e0-dire formelles-logiques) et de th\u00e8mes th\u00e9ologiques sp\u00e9cifiquement chr\u00e9tiens (question trinitaire) qu&rsquo;il a produits en ses travaux th\u00e9ologiques; 2) poser le probl\u00e8me de la d\u00e9termination des propri\u00e9t\u00e9s essentielles de l&rsquo;existence de concepts universels (universaux).<\/p>\n<p align=\"justify\">La probl\u00e9matique du statut d&rsquo;\u00eatre des concepts universels, qui devint plus tard le principe de base de toute la tradition philosophique scolastique, a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e pour la premi\u00e8re fois dans les moindres d\u00e9tails par Bo\u00e8ce lors de l&rsquo;analyse des propri\u00e9t\u00e9s formelles-logiques de ce qu&rsquo;on appelle \u00abcinq sons\u00bb, ou \u00abchoses\u00bb (voces, res), les caract\u00e9ristiques les plus g\u00e9n\u00e9rales des concepts (les soi-disant postpraedicamenta): \u00abgenre\u00bb (genre, par exemple, \u00abanimal\u00bb), \u00abgenre\u00bb (esp\u00e8ce, \u00abpersonne\u00bb), la \u00abdiff\u00e9rence d&rsquo;esp\u00e8ce\u00bb (sp\u00e9cifique diff\u00e9rentia, \u00abcaract\u00e8re raisonnable\u00bb), la \u00abcaract\u00e9ristique propre\u00bb (proprium, \u00abbip\u00e9die\u00bb) et la \u00abcaract\u00e9ristique accidentelle\u00bb (accidents, \u00abnez retrouss\u00e9\u00bb, \u00abyeux bleus\u00bb).<\/p>\n<p align=\"justify\">La raison pour laquelle la discussion a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9e \u00e9tait les questions qui ont \u00e9t\u00e9 pos\u00e9es pour la premi\u00e8re fois (mais laiss\u00e9es sans r\u00e9ponse) par Porphyre de Tyr dans sa c\u00e9l\u00e8bre \u00abIntroduction aux cat\u00e9gories d\u2019Aristote\u00bb: 1) Les genres et les esp\u00e8ces de choses existent-ils ind\u00e9pendamment ou uniquement dans la pens\u00e9e? 2) S&rsquo;ils existent ind\u00e9pendamment, sont-ils des corps ou des choses incorporelles? 3) Existent-ils, dans ce dernier cas, une existence s\u00e9par\u00e9e ou n&rsquo;existent-ils que dans les choses corporelles? Selon la formulation ult\u00e9rieure de Thomas d&rsquo;Aquin, les universaux peuvent avoir une triple existence: ante rem (\u00abavant la chose\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans l&rsquo;intellect divin), in re (\u00abdans la chose\u00bb) et post rem (\u00abapr\u00e8s la chose, \u00ab\u00a0c&rsquo;est-\u00e0-dire dans l&rsquo;esprit humain). Par la suite, selon la mani\u00e8re dont divers repr\u00e9sentants de la scolastique m\u00e9di\u00e9vale ont cherch\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 ces questions \u00e0 leur mani\u00e8re, trois directions principales de la pens\u00e9e scolastique se sont form\u00e9es: le r\u00e9alisme (du latin res, \u00abchose\u00bb), le nominalisme (du latin nomen, \u00abnom\u00bb) et conceptualisme (du latin conceptus, \u00abconcept\u00bb).<\/p>\n<p align=\"justify\">Le nominalisme affirme que les genres et les esp\u00e8ces des choses n&rsquo;existent que dans la pens\u00e9e; le r\u00e9alisme reconna\u00eet le contenu des concepts universels comme existant ind\u00e9pendamment (substantiellement); du point de vue du conceptualisme, les concepts m\u00eames de types et de genres de choses n&rsquo;existent que dans l&rsquo;esprit, mais en r\u00e9alit\u00e9 ils correspondent \u00e0 quelque chose qui, cependant, n&rsquo;est en soi ni une substance ni un accident (signe, propri\u00e9t\u00e9). Chacune des directions r\u00e9pertori\u00e9es \u00e9tait divis\u00e9e en deux vari\u00e9t\u00e9s: le r\u00e9alisme \u00abradical\u00bb (remontant \u00e0 Platon) croyait que seules les significations des concepts universels existent r\u00e9ellement, substantiellement, ind\u00e9pendamment (Anselme de Cantorb\u00e9ry, Guillaume de Champeaux, Pierre de Lombardie, Bonaventure et en g\u00e9n\u00e9ral la majorit\u00e9 des scolastiques m\u00e9di\u00e9vaux); le r\u00e9alisme \u00abmod\u00e9r\u00e9\u00bb (orient\u00e9 vers Aristote) affirmait que les significations des concepts universels, bien qu&rsquo;existant dans la r\u00e9alit\u00e9, n&rsquo;existent pas de mani\u00e8re ind\u00e9pendante, mais sont des formes de choses individuelles (Thomas d&rsquo;Aquin); le nominalisme \u00abradical\u00bb croyait que les concepts de genre et d&rsquo;esp\u00e8ce des choses n&rsquo;ont aucun sens (John Roscelin); le nominalisme \u00abmod\u00e9r\u00e9\u00bb soutenait que ces concepts sont les noms de choses individuelles (Guillaume d&rsquo;Ockham); Ainsi, il existait deux vari\u00e9t\u00e9s de conceptualisme m\u00e9di\u00e9val: l&rsquo;une de ses vari\u00e9t\u00e9s \u00e9tait orient\u00e9e vers le r\u00e9alisme (Duns Scot), la seconde \u00e9tait inclin\u00e9e vers le nominalisme (Pierre Ab\u00e9lard). Quant aux vues philosophiques du fondateur de toutes ces controverses, Bo\u00e8ce, dans certaines de ses \u0153uvres, il appara\u00eet comme un r\u00e9aliste \u00abmod\u00e9r\u00e9\u00bb (\u00abGrand Commentaire sur Porphyre\u00bb), et dans d&rsquo;autres \u0153uvres comme un r\u00e9aliste \u00abradical\u00bb (\u00abSur la Consolation de la Philosophie\u00bb).<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s la mort de Bo\u00e8ce, un d\u00e9clin g\u00e9n\u00e9ral des traditions culturelles s&rsquo;est produit sur le territoire de l&rsquo;ancien Empire romain d&rsquo;Occident, qui s&rsquo;est poursuivi jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque de ce qu&rsquo;on appelle. \u00ab\u00a0Renaissance carolingienne\u00a0\u00bb (IXe si\u00e8cle).<\/p>\n<p align=\"justify\">La figure la plus importante de la philosophie de ce \u00abrenouveau\u00bb fut <strong>Jean Scot Eriugena<\/strong> (vers 810 \u2013 apr\u00e8s 877). On ne sait pas grand-chose de la vie du philosophe. Eriugena est n\u00e9e en Irlande et a \u00e9tudi\u00e9 dans un monast\u00e8re. Le surnom Eriugena est latin et signifie litt\u00e9ralement \u00abn\u00e9 en Irlande\u00bb. Fuyant les conqu\u00eates normandes, Eriugena dans les ann\u00e9es 30. part pour la France, o\u00f9 au plus tard en 847 il devient un personnage important \u00e0 la cour du roi de France. Apr\u00e8s la mort de son patron en 877, il s&rsquo;installa en Angleterre, o\u00f9, selon la l\u00e9gende, il mourut en martyr aux mains de ses propres disciples.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans les enseignements philosophiques d&rsquo;Eriugena, l&rsquo;influence la plus notable du platonisme, qu&rsquo;il percevait \u00e0 travers la tradition occidentale (Augustin) et orientale (Orig\u00e8ne, Gr\u00e9goire de Nysse, Ps.-Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite, Maxime le Confesseur). Il a traduit en latin des \u0153uvres individuelles de Gr\u00e9goire de Nysse, Ps.-Denys et Maximus. Ses principaux ouvrages sont \u00abSur la pr\u00e9destination divine\u00bb, \u00abCommentaire sur la \u00abHi\u00e9rarchie c\u00e9leste\u00bb de Saint-Pierre. Denys\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Hom\u00e9lie sur le Prologue de l&rsquo;\u00c9vangile de Jean\u00a0\u00bb et le c\u00e9l\u00e8bre trait\u00e9 \u00ab\u00a0Des natures\u00a0\u00bb, qui date du XIIe si\u00e8cle. a \u00e9galement re\u00e7u le titre \u00abSur la division de la nature\u00bb \u200b\u200b(5 livres). La doctrine d&rsquo;Eriugena sur la pr\u00e9destination divine fut \u00e0 deux reprises condamn\u00e9e officiellement; toutes les vues philosophiques ult\u00e9rieures du th\u00e9ologien irlandais ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es ult\u00e9rieurement &#8211; au XIIIe si\u00e8cle &#8211; condamn\u00e9s &#8211; principalement en raison de leur d\u00e9formation et simplification fr\u00e9quentes dans les textes du th\u00e9ologien parisien Amalric de Vienne (mort en 1207). Selon les vues d&rsquo;Eriugena, il existe une harmonie entre la foi et la raison, entre le libre jugement et le t\u00e9moignage de l&rsquo;autorit\u00e9: \u00abLa vraie philosophie est la vraie religion, tout comme la vraie religion est la vraie philosophie\u00bb (Eriugena. De la divine pr\u00e9destination, I, 3). Puisque la raison et les Saintes \u00c9critures d\u00e9coulent ensemble de la sagesse divine, il n\u2019y a et ne peut pas y avoir, par essence, quelque chose d\u2019incompatible avec la raison. L&rsquo;esprit humain, s&rsquo;\u00e9tant d\u00e9grad\u00e9 jusqu&rsquo;au p\u00e9ch\u00e9, a perdu la possibilit\u00e9 d&rsquo;une contemplation directe et claire de la v\u00e9rit\u00e9. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;assimilation des myst\u00e8res dont parlent myst\u00e9rieusement les \u00c9critures n\u00e9cessite n\u00e9cessairement de nombreux efforts diff\u00e9rents de la part de l&rsquo;esprit. Le but de toutes les \u00e9tudes philosophiques est de rechercher le sens final de la R\u00e9v\u00e9lation divine contenue dans les Saintes \u00c9critures, dont le texte sert toujours d&rsquo;indication pour savoir o\u00f9 se cache la v\u00e9rit\u00e9, mais ne la donne jamais sous sa forme pure et \u00e9tablie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son premier ouvrage &#8211; \u00abDe la divine pr\u00e9destination\u00bb (851) &#8211; Eriugena, bas\u00e9 sur l&rsquo;intuition platonicienne de l&rsquo;in\u00e9quivalence des cat\u00e9gories de tout ce qui est \u00abtemporel\u00bb et \u00ab\u00e9ternel\u00bb (emprunt\u00e9 par lui \u00e0 Augustin et Bo\u00e8ce), tente de prouver que en v\u00e9rit\u00e9, il n\u2019y a ni pr\u00e9destination divine, ni prescience divine. Par rapport \u00e0 Dieu, cela n\u2019a aucun sens de parler du \u00abfutur\u00bb ou du \u00abpass\u00e9\u00bb, puisque Dieu demeure toujours dans le pr\u00e9sent. Par cons\u00e9quent, Dieu n\u2019est pas capable de pr\u00e9c\u00e9der les choses cr\u00e9\u00e9es ni dans le temps ni dans l\u2019espace et, par cons\u00e9quent, il n\u2019est pas capable de pr\u00e9voir ou de pr\u00e9voir le sort des choses individuelles. Dans les textes de l&rsquo;\u00c9criture, les caract\u00e9ristiques de Dieu en termes d&rsquo;\u00abanticipation\u00bb, d&rsquo;\u00abavertissement\u00bb, d&rsquo;\u00abanticipation\u00bb de divers \u00e9v\u00e9nements sont utilis\u00e9es exclusivement de mani\u00e8re m\u00e9taphorique, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans un sens inappropri\u00e9. Toutes les id\u00e9es fausses proviennent d&rsquo;une interpr\u00e9tation fausse, \u00abfausse\u00bb de ces affirmations, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans les cas o\u00f9 ces concepts sont utilis\u00e9s dans leur sens propre &#8211; par analogie avec le monde des choses qui sont temporaires et non \u00e9ternelles. Eriugena trouve deux raisons principales \u00e0 cette fausse interpr\u00e9tation: 1) malgr\u00e9 le fait que tout ce qui est temporaire est n\u00e9cessairement exclu par l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, un semblant d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 &#8211; bien que petit &#8211; existe dans le monde des choses cr\u00e9\u00e9es, puisque tout ce qui est temporaire \u00abd\u00e9coule\u00bb de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire le Dieu \u00e9ternel qui cr\u00e9e l&rsquo;univers; 2) dans les discussions sur le Divin, c&rsquo;est-\u00e0-dire sur l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 en tant que telle, une partie de l&rsquo;existence temporaire et non \u00e9ternelle \u2013 l&rsquo;homme \u2013 participe, attribuant ainsi in\u00e9vitablement au Divin des attributs qui lui sont inhabituels.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son \u0153uvre principale &#8211; \u00ab\u00a0Sur la division de la nature\u00a0\u00bb (862 &#8211; 866) &#8211; Eriugena interpr\u00e8te les questions de connaissance de Dieu dans le contexte de la doctrine de la nature universelle des choses (lat. natura), unissant tout ce qui existe (\u00eatre) et tout ce qui n&rsquo;est pas tel (non-existence). L&rsquo;existence est ce qui peut \u00eatre per\u00e7u par les sens ou r\u00e9alis\u00e9 par l&rsquo;esprit. Il en existe quatre vari\u00e9t\u00e9s: 1) \u00abnature cr\u00e9atrice et incr\u00e9\u00e9e (natura non creata creans)\u00bb: Dieu comme cause de tout ce qui existe; 2) \u00abnature cr\u00e9atrice et cr\u00e9\u00e9e\u00bb (natura creata creans): id\u00e9es divines \u00e9ternellement cr\u00e9\u00e9es par Dieu dans un acte de connaissance divine; 3) \u00abnature cr\u00e9\u00e9e et non cr\u00e9\u00e9e\u00bb (natura creata nec creans): le monde comme manifestation des id\u00e9es divines et de Dieu lui-m\u00eame; et 4) \u00abnature non cr\u00e9\u00e9e et non cr\u00e9atrice\u00bb (natura non creata nec creans): Dieu comme pl\u00e9nitude ultime de l&rsquo;\u00eatre, vers laquelle tout ce qui existe est dirig\u00e9 comme la plus haute perfection. Les deux \u00e9l\u00e9ments extr\u00eames de division d\u00e9signent le Cr\u00e9ateur comme le d\u00e9but ou la fin de tout ce qui existe; les deux \u00e9l\u00e9ments du milieu sont la cr\u00e9ation, la totalit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e de l&rsquo;\u00eatre. Eriugena comprend les types de non-existence suivants: 1) ce qui est cach\u00e9 aux sentiments et aux intentions de l&rsquo;esprit en raison de la sup\u00e9riorit\u00e9 de sa nature unique: Dieu et les id\u00e9es des choses, compr\u00e9hensibles seulement accessoirement (c&rsquo;est-\u00e0-dire non de mani\u00e8re essentielle) chemin); 2) la relativit\u00e9 de l&rsquo;existence de tout ce qui est \u00abdescendant\u00bb et \u00abascendant\u00bb (\u00abgrand-moindre\u00bb) par rapport aux choses existantes appartenant \u00e0 toute hi\u00e9rarchie; 3) ce qui n&rsquo;est qu&rsquo;\u00aben potentiel\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire la non-existence de quelque chose qui doit se r\u00e9aliser; 4) les choses sujettes \u00e0 la naissance et \u00e0 la d\u00e9composition, c&rsquo;est-\u00e0-dire le monde entier en devenir; 5) l\u2019incoh\u00e9rence, c\u2019est-\u00e0-dire la non-existence, de l\u2019essence m\u00eame de l\u2019homme \u2013 l\u2019image de Dieu, qui s\u2019est produite \u00e0 la suite de la Chute. Dieu est au-dessus de toute d\u00e9finition, et tout ce qui est affirm\u00e9 \u00e0 son sujet (et en g\u00e9n\u00e9ral est dit) peut \u00eatre ni\u00e9 pour lui pour des raisons bien plus grandes.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;un des moments les plus importants de l&rsquo;enseignement d&rsquo;Eriugena est son affirmation de la position selon laquelle non seulement l&rsquo;homme, en raison de ses limitations, ne peut pas atteindre la connaissance de Dieu, mais que le Dieu \u00e9ternel lui-m\u00eame ne se conna\u00eet pas, puisqu&rsquo;il est infini, et donc infini, et donc ind\u00e9finissable Dans le processus de cr\u00e9ation, Dieu appara\u00eet successivement comme \u00abd\u00e9but, milieu et fin\u00bb (Sur la division de la nature, I, 11). Il n&rsquo;y a rien au-del\u00e0 de Dieu. Tout est Dieu et Dieu est tout. La cr\u00e9ation de tout ce qui existe est une \u00abth\u00e9ophanie\u00bb divine (grec \u0398\u03b5\u03bf\u03c6\u03ac\u03bd\u03b9\u03b1 &#8211; \u00ab\u00c9piphanie\u00bb), c&rsquo;est-\u00e0-dire une manifestation instantan\u00e9e de l&rsquo;essence de la Divinit\u00e9 primordiale, incompr\u00e9hensible dans sa simplicit\u00e9. L&rsquo;acte de cr\u00e9ation de l&rsquo;univers est en m\u00eame temps un acte de connaissance divine de soi. Dieu se reconna\u00eet dans le Fils-Logos, c&rsquo;est-\u00e0-dire ainsi dans l&rsquo;acte de cr\u00e9ation d&rsquo;id\u00e9es r\u00e9ellement existantes; dans cet acte, Dieu lui-m\u00eame re\u00e7oit son \u00eatre selon le principe: \u00abLa connaissance de ce qui existe est ce qui [lui-m\u00eame] existe.\u00bb La \u00absuressentialit\u00e9\u00bb de Dieu (du latin superessentialitas), d\u00e9passant l&rsquo;\u00eatre et le non-\u00eatre, est: selon Eriugena, ce \u00abcommencement\u00bb \u00e0 partir duquel tout ce qui existe est cr\u00e9\u00e9. Les id\u00e9es sont le premier moment de la \u00abth\u00e9ophanie\u00bb divine et les causes premi\u00e8res (causae primordiales) de toute existence.<\/p>\n<p align=\"justify\">La doctrine de la cr\u00e9ation des id\u00e9es divines distingue Eriugena de nombreux autres penseurs chr\u00e9tiens du Moyen \u00c2ge. Les id\u00e9es, c&rsquo;est-\u00e0-dire les exemples de tout ce qui existe de toute \u00e9ternit\u00e9 et cr\u00e9\u00e9s dans le Logos, ne sont cependant pas co\u00e9ternelles avec le Cr\u00e9ateur, puisque seul le Cr\u00e9ateur est sans commencement. L&rsquo;\u00e9volution des id\u00e9es en une pluralit\u00e9 d&rsquo;individus s&rsquo;effectue selon un ordre hi\u00e9rarchique &#8211; du g\u00e9n\u00e9ral au particulier. Les id\u00e9es donnent naissance \u00e0 des genres, puis \u00e0 des genres subordonn\u00e9s, \u00e0 des esp\u00e8ces et \u00e0 des entit\u00e9s individuelles (substances). Cette naissance de la pluralit\u00e9 \u00e0 partir de l&rsquo;unit\u00e9 est l&rsquo;action de la troisi\u00e8me hypostase divine \u2013 le Saint-Esprit. En cons\u00e9quence, toute chose cr\u00e9\u00e9e est d\u00e9termin\u00e9e par la triade formatrice suivante : une essence qui correspond au P\u00e8re; la vertu active, qui correspond au Fils; et une action qui correspond au Saint-Esprit. \u00c0 la suite du Ps. Denys, Eriugena compare Dieu \u00e0 la Lumi\u00e8re spirituelle intuitive. La manifestation de Dieu dans les id\u00e9es divines est la lumi\u00e8re la plus \u00e9lev\u00e9e qui brille, s&rsquo;att\u00e9nuant et diminuant progressivement, dans chaque chose cr\u00e9\u00e9e. Les nombreuses \u00abth\u00e9ophanies\u00bb qui forment l\u2019Univers sont divis\u00e9es en trois mondes: 1) les substances absolument immat\u00e9rielles, comme les anges; 2) les substances corporelles et visibles; 3) et l\u2019homme est le lien entre le premier et le second. Dans la s\u00e9rie de tous les \u00eatres, du plus haut au plus bas, Dieu est pr\u00e9sent &#8211; comme y prenant part (participatio): \u00abLa participation n&rsquo;est pas l&rsquo;acceptation d&rsquo;une partie quelconque, mais des r\u00e9alisations divines et la distribution des dons de haut en bas. depuis l\u2019ordre le plus \u00e9lev\u00e9 jusqu\u2019aux \u00e9chelons interm\u00e9diaires jusqu\u2019\u00e0 l\u2019inf\u00e9rieur.\u00bb (Sur la division de la nature, III, 3). \u00ab\u00a0Dans tout ce qui existe, il y a quelque chose\u00a0\u00bb, dit Eriugena, \u00ab\u00a0et c&rsquo;est Lui Lui-m\u00eame\u00a0\u00bb. Cr\u00e9\u00e9es \u00e0 partir du n\u00e9ant, c&rsquo;est-\u00e0-dire du n\u00e9ant de leur propre existence, les choses sont cr\u00e9\u00e9es simultan\u00e9ment \u00e0 partir de ce Rien, qui est le \u00absur-\u00eatre\u00bb \/ \u00absur-essentialit\u00e9\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;homme, selon les enseignements d&rsquo;Eriugena, est au centre de l&rsquo;univers tout entier; c\u2019est \u00abun certain concept intellectuel, cr\u00e9\u00e9 de toute \u00e9ternit\u00e9 dans l\u2019esprit divin\u00bb. La nature humaine est simple et indivisible chez tous les hommes. En elle, comme \u00e0 l&rsquo;image de Dieu, tous les \u00ab concepts \u00bb sur tout sont initialement concentr\u00e9s. Parmi les \u00abconcepts\u00bb les plus importants figurent principalement les cat\u00e9gories de \u00abqualit\u00e9\u00bb et de \u00abquantit\u00e9\u00bb. Le m\u00e9lange des concepts primaires forme la mati\u00e8re: \u00abLa mati\u00e8re visible associ\u00e9e \u00e0 la forme, \u00e9crit Eriugena, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un ensemble de certains accidents\u00bb (De la division de la nature, I, 34). En d\u2019autres termes, le corporel na\u00eet de l\u2019incorporel (ex rebus incorporalibus corpora nascitur), ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00abdu commerce de l\u2019intelligible (ex intelligibilium coitu)\u00bb (De la division de la nature, III, 14). La base stable et substantielle de tout ce qui existe est l\u2019essence intelligible et invisible d\u2019o\u00f9 d\u00e9coule tout le reste et qui est le r\u00e9sultat direct de l\u2019acte de cr\u00e9ation de l\u2019\u00eatre. \u00c0 la suite de la chute de l&rsquo;homme dans le p\u00e9ch\u00e9 originel, ce lien entre le sensuel et l&rsquo;id\u00e9al &#8211; tant dans l&rsquo;homme lui-m\u00eame que dans l&rsquo;univers tout entier &#8211; se d\u00e9sint\u00e8gre et s&rsquo;annule.<\/p>\n<p align=\"justify\">En cons\u00e9quence, le sens de la vie humaine, et en fait l&rsquo;essence de tout le processus mondial, r\u00e9side principalement dans le retour de l&rsquo;homme et du monde \u00e0 leur \u00e9tat pur originel de spiritualit\u00e9 parfaite (conversio in purum spiritum), dans la restauration (grec: \u03c0\u03bf\u03ba\u03b1\u03c4\u03ac\u03c3\u03c4\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2 ) par toutes choses de leur nature co-naturelle et divine. Le Christ est l&rsquo;exemple et la ressemblance de cette restauration: l&rsquo;histoire du monde doit se terminer par l&rsquo;illumination divine universelle de l&rsquo;humanit\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re de la seconde apparition du Christ et par la spiritualisation de toutes les choses mat\u00e9rielles. Plusieurs \u00e9tapes principales sont identifi\u00e9es dans le retour du monde cr\u00e9\u00e9, en la personne de l&rsquo;humanit\u00e9, \u00abde l&rsquo;inexistence inexistante \u00e0 l&rsquo;\u00eatre\u00bb: 1) la mort de l&rsquo;homme; 2) r\u00e9surrection des corps; 3) la connexion des corps des individus avec leurs \u00e2mes pures, qui se produit dans un ordre croissant: le corps rena\u00eet dans la vie (lat. motus vitalis, \u00abmouvement vital\u00bb), la vie se r\u00e9sout en sentiment (sensus), le sentiment se transforme en la raison (ratio), la raison devient un esprit pensant (animus-intellectus); 4) \u00abd\u00e9ification\u00bb (latin deificatio &#8211; c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00abd\u00e9ification\u00bb), dans laquelle toutes les \u00e2mes, ainsi que les corps, s&rsquo;uniront finalement \u00e0 l&rsquo;essence myst\u00e9rieuse de Dieu et du monde; la nature sera impr\u00e9gn\u00e9e de Dieu, tout comme l&rsquo;air est impr\u00e9gn\u00e9 de lumi\u00e8re; et ce sera la fin du grand retour, \u00abcar Dieu deviendra tout en tous, quand il ne restera plus que Dieu (erit enim Deus omnia in omnibus, quando nihil erit nisi solus Deus)\u00bb (Sur la division de la nature, V, 8).<\/p>\n<p align=\"justify\">Au 11\u00e8me si\u00e8cle Un repr\u00e9sentant exceptionnel de la pens\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale a v\u00e9cu et travaill\u00e9,\u00a0<strong>Anselme de Cantorb\u00e9ry<\/strong> (vers 1033 &#8211; 1109), qui a d\u00e9clar\u00e9: \u00abJe ne cherche pas \u00e0 comprendre pour croire, mais je crois pour comprendre (neque enim quaero intelligere ut credam, sed credo, ut intelligam)\u00bb (Anselme de Cantorb\u00e9ry. Proslogie, 1. Traduit par S.S. Averintsev). Anselme est n\u00e9 \u00e0 Aoste, \u00e0 la fronti\u00e8re avec le Pi\u00e9mont (Italie du Nord). \u00c0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans, il tente de devenir moine, mais son p\u00e8re l\u2019en emp\u00eache. Apr\u00e8s la mort de sa m\u00e8re, survenue peu de temps apr\u00e8s, Anselme quitte la maison de son p\u00e8re et entreprend un voyage de plusieurs ann\u00e9es \u00e0 travers les terres de Bourgogne, de France et de Normandie. Ici, il trouve enfin refuge au monast\u00e8re du Bec (1060), alors dirig\u00e9 par Lanfranc. C&rsquo;est \u00e0 Bek qu&rsquo;il \u00e9crivit ses principaux ouvrages: \u00abSur les lettr\u00e9s\u00bb (entre 1080 et 1085); \u00abMonologue\u00bb (\u00abDiscours \u00e0 soi-m\u00eame sur le sens de la foi\u00bb) (1076); \u00abProslogius\u00bb (\u00abDiscours \u00e0 ceux qui \u00e9coutent le sens de la foi\u00bb) (1077 &#8211; 1078); \u00abDe la V\u00e9rit\u00e9\u00bb (entre 1080 et 1085); \u00abDe la libert\u00e9 de choix\u00bb (\u00e0 la m\u00eame \u00e9poque) et \u00abDe la chute du diable\u00bb (entre 1085 et 1090). En 1093, Anselme fut nomm\u00e9 archev\u00eaque de Cantorb\u00e9ry. Anselme meurt en 1109, ce qui lui vaut le surnom de \u00abDocteur magnificus\u00bb de la part de ses descendants, c&rsquo;est-\u00e0-dire de \u00abDocteur merveilleux\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Anselme croit qu&rsquo;une personne dispose de deux sources de connaissances: la foi et la raison. La connaissance pour un chr\u00e9tien commence par l&rsquo;affirmation dans la foi: les faits et les v\u00e9rit\u00e9s qu&rsquo;il veut comprendre lui sont donn\u00e9s dans l&rsquo;Apocalypse. Ne pas comprendre pour croire, mais croire pour, par cons\u00e9quent, comprendre, est n\u00e9cessaire au croyant chr\u00e9tien. Entre la foi aveugle et inconsciente et la vision directe de Dieu, il existe un lien interm\u00e9diaire: la \u00abcompr\u00e9hension de la foi\u00bb, qui s&rsquo;obtient avec l&rsquo;aide de la raison. La raison n\u2019est pas toujours capable de comprendre le contenu de la foi, affirme Anselme; n\u00e9anmoins, il est en mesure de contribuer grandement \u00e0 la justification de la foi dans le Cr\u00e9ateur en tant que fait de l&rsquo;existence ordinaire et quotidienne. Par cons\u00e9quent, sa t\u00e2che la plus importante est de rechercher des preuves valides (efficaces) en faveur de l\u2019existence r\u00e9elle de Dieu. Anselme en fournit quatre dans ses \u00e9crits. Dans trois d\u2019entre eux, il discute de Dieu \u00e0 travers une consid\u00e9ration d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019existence des choses cr\u00e9\u00e9es. Son raisonnement repose sur deux pr\u00e9misses: 1) toutes les cr\u00e9ations diff\u00e8rent les unes des autres par le degr\u00e9 de possession d&rsquo;une certaine sorte de perfection; 2) Les choses dot\u00e9es de perfection \u00e0 un degr\u00e9 quelconque re\u00e7oivent leur perfection relative de la perfection en tant que telle, c&rsquo;est-\u00e0-dire de Dieu. Par exemple, chaque chose est une sorte de bien. Nous nous effor\u00e7ons d&rsquo;obtenir des choses parce qu&rsquo;elles repr\u00e9sentent une sorte d&rsquo;avantage pour nous. Mais aucune des choses n&rsquo;a la pl\u00e9nitude du bien parfait: le degr\u00e9 de leur bont\u00e9 &#8211; tant pour nous que pour ces choses &#8211; varie constamment. Ils sont bons parce qu\u2019ils participent \u2013 \u200b\u200bcertains plus, d\u2019autres moins \u2013 \u00e0 la Bont\u00e9 \u00e9tonnante en tant que telle, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la cause de tous les biens relatifs et partiels. Le Bien en soi est l&rsquo;Essence et l&rsquo;\u00catre primaires, d\u00e9passant en tant que tel tout ce qui existe s\u00e9par\u00e9ment ; Cette identit\u00e9 premi\u00e8re de l&rsquo;essence et de l&rsquo;\u00eatre, dit Anselme, est ce que nous appelons g\u00e9n\u00e9ralement Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans ce qu&rsquo;on appelle Dans la preuve \u00abontologique\u00bb, la plus c\u00e9l\u00e8bre de toutes, Anselme est confront\u00e9 \u00e0 une t\u00e2che diff\u00e9rente, \u00e0 savoir montrer que le concept d&rsquo;\u00eatre est compl\u00e8tement r\u00e9el, bien qu&rsquo;implicite, contenu dans la caract\u00e9ristique propre de la substance existant en soi &#8211; \u00abDieu\u00bb . Le d\u00e9but de cette preuve est la d\u00e9finition d\u2019Anselme: Dieu \u00abest ce que rien de plus grand ne peut \u00eatre con\u00e7u (esse aliquid quo nihil majus cogitari possit)\u00bb (Proslogius, 2). Tout le monde, m\u00eame \u00abun insens\u00e9 qui disait dans son c\u0153ur: il n&rsquo;y a pas de Dieu\u00bb (Ps. 13:1; 52:1), est capable de comprendre le sens de cette expression, et donc, elle existe dans son entendement. La deuxi\u00e8me pr\u00e9misse du raisonnement d&rsquo;Anselme est la distinction entre les concepts d&rsquo;\u00ab\u00eatre dans l&rsquo;esprit\u00bb (esse in intellectu) et d&rsquo;\u00ab\u00eatre hors de l&rsquo;esprit\u00bb (esse in re). \u00abAinsi, lorsqu\u2019un peintre con\u00e7oit ce qu\u2019il va faire, il a quelque chose en t\u00eate; cependant, il ne consid\u00e8re pas ce qu\u2019il n\u2019a pas encore fait comme ce qui est. Lorsqu\u2019il a tout \u00e9crit, il a en t\u00eate ce qu\u2019il a d\u00e9j\u00e0 fait et il le consid\u00e8re comme ce qui est. Ainsi, m\u00eame ledit fou est forc\u00e9 d&rsquo;admettre qu&rsquo;au moins dans l&rsquo;esprit il y a quelque chose que rien de plus grand ne peut \u00eatre con\u00e7u; apr\u00e8s tout, en entendant ces mots, il les comprend, et ce qui est compris est dans l&rsquo;esprit. Mais ce que rien de plus grand ne peut \u00eatre con\u00e7u, continue Anselme, ne peut exister dans le seul esprit. Apr\u00e8s tout, s\u2019il existe uniquement dans l\u2019esprit, on peut penser qu\u2019il existe \u00e9galement dans la r\u00e9alit\u00e9; et cela va bien au-del\u00e0 du simple fait d\u2019avoir une existence uniquement dans l\u2019esprit. Ainsi, si ce que rien de plus grand ne peut \u00eatre pens\u00e9 existe dans l\u2019esprit seul, alors cette chose m\u00eame que rien de plus grand ne peut \u00eatre pens\u00e9 est en m\u00eame temps ce que quelque chose de plus grand peut \u00eatre pens\u00e9; ce qui ne peut clairement pas \u00eatre le cas. Par cons\u00e9quent, il ne fait aucun doute que quelque chose que rien de plus grand ne peut \u00eatre con\u00e7u existe \u00e0 la fois dans la raison et dans la r\u00e9alit\u00e9\u00bb (Proslogius, 2. Traduit par S.S. Averintsev).<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout l&rsquo;argumentation d&rsquo;Anselme repose sur les principes suivants: 1) le concept de Dieu est conf\u00e9r\u00e9 par la foi; 2) l\u2019existence de quelque chose dans l\u2019esprit signifie d\u00e9j\u00e0 sa v\u00e9ritable existence; 3) l&rsquo;existence en pens\u00e9e du concept de Dieu n\u00e9cessite logiquement l&rsquo;affirmation qu&rsquo;Il existe en r\u00e9alit\u00e9. Toute la dialectique abstraite qui se d\u00e9roule ici va de la foi \u00e0 la raison et revient \u00e0 son point de d\u00e9part pour conclure que ce qui est propos\u00e9 par la foi devient imm\u00e9diatement intelligible.<\/p>\n<p align=\"justify\">Certains penseurs ult\u00e9rieurs (Bonaventure, Descartes, Hegel) partageaient ces pr\u00e9misses d&rsquo;Anselme, d&rsquo;autres (Thomas d&rsquo;Aquin, Kant) les niaient. M\u00eame du vivant d&rsquo;Anselme, un adversaire assez fort et comp\u00e9tent a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 &#8211; le moine Gaunilon de Marmoutier, qui a r\u00e9dig\u00e9 le \u00ab\u00a0Livre pour la d\u00e9fense d&rsquo;un fou contre Anselme\u00a0\u00bb. Il objecte qu&rsquo;on ne peut pas s&rsquo;appuyer sur l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;existence dans la pens\u00e9e pour en d\u00e9duire une existence hors de la pens\u00e9e. En effet, exister en tant qu\u2019objet de pens\u00e9e ne signifie pas une v\u00e9ritable existence \u2013 c\u2019est simplement une existence imaginaire. Gaunilon admet que cette preuve aide \u00e0 comprendre qu&rsquo;il existe un Dieu, mais la pr\u00e9misse propos\u00e9e ne permettra jamais d&rsquo;\u00eatre convaincu que Dieu existe r\u00e9ellement.<\/p>\n<p align=\"justify\">Anselme \u00e9tait l&rsquo;un des plus \u00e9minents partisans du r\u00e9alisme radical m\u00e9di\u00e9val, qui croyait que la signification des concepts universels &#8211; genre et esp\u00e8ce ( animal, \u00abhomme\u00bb) &#8211; sont les essences de choses individuelles qui existent de mani\u00e8re substantielle (c&rsquo;est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement \u00abs\u00e9par\u00e9ment\u00bb), \u00ab\u00a0ind\u00e9pendamment\u00a0\u00bb). Celui qui ne peut pas comprendre, s&rsquo;adressait Anselme \u00e0 ses contemporains, comment plusieurs individus constituent le concept d&rsquo;un seul \u00abhomme\u00bb, ne comprendra jamais comment une Divinit\u00e9 peut \u00eatre simultan\u00e9ment unie en trois Personnes. Dans le d\u00e9veloppement du concept de r\u00e9alisme au XIIe si\u00e8cle. Les repr\u00e9sentants de ce qu&rsquo;on appelle ont apport\u00e9 une grande contribution. L&rsquo;\u00e9cole de Chartres (\u00e0 la cath\u00e9drale de Chartres), fond\u00e9e en 990 par Fulbert de Chartres (mort en 1028), \u00e9l\u00e8ve d&rsquo;Herbert de Reims et professeur de B\u00e9reng\u00e8re de Tours, qui re\u00e7ut de son vivant le surnom honorifique de \u00abSocrate\u00bb pour sa passion pour dialectique et auteurs classiques. Parmi les repr\u00e9sentants les plus marquants de l&rsquo;\u00e9cole chartraine figurent: <strong>Bernard de Chartres<\/strong> (chancelier de l&rsquo;\u00e9cole de 1119 \u00e0 1124 ; mort entre 1126 et 1130); son fr\u00e8re cadet\u00a0<strong>Thierry<\/strong> (Th\u00e9odoric de Bretagne, qui re\u00e7ut des surnoms de ses contemporains pour son endurance dans le travail scientifique &#8211; le Prospecteur le plus savant et l&rsquo;\u00c2ne) (chancelier de l&rsquo;\u00e9cole \u00e0 partir de 1141; d\u00e9c\u00e9d\u00e9 entre 1150 et 1155); Guillaume de Conches (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 vers 1154); <strong>Gilbert de Porretan<\/strong> (chancelier de l&rsquo;\u00e9cole de 1126 \u00e0 1141; d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1154); <strong>Bernard Sylvester<\/strong>\u00a0(d\u00e9c\u00e9d\u00e9 apr\u00e8s 1167) et en partie\u00a0<strong>Jean de Salisbury<\/strong>\u00a0(vers 1120-1180), qui \u00e9tudia \u00e9galement avec\u00a0<strong>Peter Ab\u00e9lard.<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Bernard de Chartres, au vrai sens seuls Dieu, les id\u00e9es (universels) et la mati\u00e8re sont r\u00e9els. Les id\u00e9es sont les premi\u00e8res entit\u00e9s apr\u00e8s Dieu. Les substances composites (les choses cr\u00e9\u00e9es) n&rsquo;existent pas vraiment, seuls leurs \u00e9l\u00e9ments, c&rsquo;est-\u00e0-dire la mati\u00e8re et les id\u00e9es, sont r\u00e9els. L&rsquo;amour des auteurs classiques de Fulbert, le fondateur de l&rsquo;\u00e9cole, s&rsquo;est pleinement transmis \u00e0 Bernard, qui, selon la l\u00e9gende, affirmait: \u00abNous sommes des nains assis sur les \u00e9paules de g\u00e9ants. Nous voyons plus de choses et des choses plus lointaines que ce que voyaient les anciens, non \u00e0 cause de l\u2019acuit\u00e9 de notre propre vision ou de notre propre stature, mais parce que les anciens nous \u00e9l\u00e8vent \u00e0 leurs plus hautes hauteurs. Dans les ouvrages du fr\u00e8re Bernard-Thierry (Heptateuchon, lit. \u00ab\u00a0Septateuchon\u00a0\u00bb, 1135-1141), Guillaume de Conches (\u00ab\u00a0Sur la philosophie du monde\u00a0\u00bb, 1120-1130) et Bernard Sylvestre (\u00ab\u00a0Sur la totalit\u00e9 du monde , ou Megacosm and microcosm\u201d, 1143-1148) expose principalement en d\u00e9tail les probl\u00e8mes philosophiques naturels. Afin de comprendre le contenu du texte de l\u2019\u00c9criture sur la cr\u00e9ation de l\u2019univers, a soutenu Thierry, la th\u00e9ologie doit \u00eatre familiaris\u00e9e avec les sciences de l\u2019arithm\u00e9tique, de la musique, de la g\u00e9om\u00e9trie et de l\u2019astronomie (c\u2019est-\u00e0-dire la \u00abquadrivia\u00bb). S&rsquo;\u00e9lever mentalement jusqu&rsquo;au d\u00e9but du nombre &#8211; un &#8211; signifie s&rsquo;\u00e9lever des choses cr\u00e9\u00e9es jusqu&rsquo;\u00e0 leur Cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutes choses, rappelle Thierry, n&rsquo;existent qu&rsquo;\u00e0 travers le Cr\u00e9ateur, Dieu est donc la \u00abforme d&rsquo;existence\u00bb (forma essendi) des choses. Thierry, s&rsquo;appuyant sur la pens\u00e9e d&rsquo;Augustin, interpr\u00e8te Dieu le P\u00e8re comme unit\u00e9 (uni-tas), puisqu&rsquo;une seule unit\u00e9 est le d\u00e9but du nombre et la source d&rsquo;une s\u00e9rie de nombres s\u00e9quentiels; Dieu le Fils &#8211; en tant qu&rsquo;\u00ab\u00e9galit\u00e9\u00bb, \u00abapr\u00e8s tout, une unit\u00e9 ne peut donner naissance \u00e0 rien d&rsquo;autre que l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 avec la m\u00eame unit\u00e9\u00bb; et Dieu le Saint-Esprit &#8211; en tant que tel \u00abaccord\u00bb entre \u00abunit\u00e9\u00bb et \u00ab\u00e9galit\u00e9\u00bb, dans lequel la multiplication de l&rsquo;essence divine devient impossible (une unit\u00e9 multipli\u00e9e par elle-m\u00eame est \u00e9gale \u00e0 une). C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que \u00abl&rsquo;unit\u00e9 est l&rsquo;\u00eatre premier et unique de toutes choses (cum autem unitas omnium rerum primum et unicum esse sit)\u00bb, et que Dieu, selon Thierry, est \u00abl&rsquo;unit\u00e9 premi\u00e8re et unique\u00bb, la seule \u00abforme de l\u2019existence de toutes les choses individuelles\u00bb est Dieu, qui cependant, ni par les nombres ni par les choses, n\u2019est en aucune fa\u00e7on \u00e9puis\u00e9 ou compt\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">La cr\u00e9ation de l\u2019univers est d\u00e9crite par Thierry comme un d\u00e9veloppement coh\u00e9rent \u00e0 partir de l\u2019unit\u00e9 divine primordiale, absolument simple, des ensembles math\u00e9matiques, c\u2019est-\u00e0-dire des unit\u00e9s \u00abcomposites\u00bb. Face \u00e0 l\u2019unit\u00e9 originelle, la mati\u00e8re appara\u00eet d\u2019abord n\u00e9cessairement comme une pure r\u00e9ceptivit\u00e9 \u00abmiroir\u00bb. Il est impr\u00e9gn\u00e9 des reflets de l\u2019\u00e9ternelle simplicit\u00e9 divine, et ainsi l\u2019unit\u00e9 en lui appara\u00eet \u00e0 la fois multipli\u00e9e et divis\u00e9e. Par la suite, la mati\u00e8re est stratifi\u00e9e en quatre \u00e9l\u00e9ments (terre, eau, air, feu) qui, en interaction les uns avec les autres, \u00abr\u00e9ifient\u00bb la diversit\u00e9 naturelle des formes math\u00e9matiques. Thierry fut le premier \u00e0 utiliser dans l&rsquo;enseignement les travaux d&rsquo;Aristote sur la syllogistique (apodictique, dialectique et sophistique): \u00abPremi\u00e8res analyses\u00bb, \u00abTh\u00e8mes\u00bb et \u00abSur les r\u00e9futations sophistiques\u00bb. Parmi ses autres \u00abinnovations\u00bb, il convient \u00e9galement de mentionner deux th\u00e9ories qui apparten\u00e8rent dans le pass\u00e9 \u00e0 Aur\u00e8le Augustin et au philosophe n\u00e9oplatonicien Jean la Grammaire (Philopon) (vers 490 &#8211; 570), et qui re\u00e7urent la plus large application un ou deux si\u00e8cles apr\u00e8s. Thierry: 1) La doctrine d&rsquo;Augustin sur la \u00abgraine, les significations g\u00e9n\u00e9ratrices\u00bb des choses (rationes seminales), c&rsquo;est-\u00e0-dire certains principes pos\u00e9s par Dieu dans les choses cr\u00e9\u00e9es, qui, sous une \u00abforme effondr\u00e9e\u00bb, contiennent toute la richesse des possibilit\u00e9s, ou puissances. , pour leur d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur; 2) La doctrine de Philopon de la pr\u00e9sence dans les choses existantes d&rsquo;une certaine force motrice (impetus projecti), qui permet d&rsquo;expliquer la continuit\u00e9 du mouvement d&rsquo;un corps auquel une impulsion initiale \u00e9tait auparavant communiqu\u00e9e de l&rsquo;ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme d&rsquo;autres repr\u00e9sentants de l&rsquo;\u00e9cole de Chartres,\u00a0<strong>Guillaume de Conches<\/strong> partait dans ses jugements philosophiques du fait que la philosophie ancienne (principalement platonicienne) &#8211; en tant que \u00abv\u00e9ritable doctrine de l&rsquo;\u00eatre manifeste et non manifest\u00e9\u00bb &#8211; n&rsquo;entre pas, lorsqu&rsquo;elle est correctement interpr\u00e9t\u00e9e, en conflit avec la foi chr\u00e9tienne. Identifiant les id\u00e9es platoniciennes avec les prototypes \u00e9ternels de toutes choses contenues dans la Raison divine (Logos), Guillaume affirme en outre qu&rsquo;\u00e0 travers (emprunt\u00e9 au Tim\u00e9e de Platon) l&rsquo;\u00c2me du Monde (anima mundi), tous ces prototypes sont r\u00e9alis\u00e9s dans le monde temporaire cr\u00e9\u00e9 comme \u00e9tant inh\u00e9rents \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. dans les choses, les \u00abformes inn\u00e9es\u00bb (formae nativae), formant la structure intelligible de l&rsquo;univers. L&rsquo;\u00e2me du monde est identifi\u00e9e par Guillaume au Saint-Esprit vivifiant (Gen. 1:2) et, comme principe de vie de tous les \u00eatres cr\u00e9\u00e9s et parfaite harmonie du monde, anime le corps entier du cosmos tout entier; le monde entier est ainsi un \u00eatre anim\u00e9, contenant int\u00e9rieurement l&rsquo;image du Cr\u00e9ateur &#8211; sa toute-puissance (Dieu le P\u00e8re), sa sagesse (Dieu le Fils) et sa bont\u00e9 ineffable (Dieu le Saint-Esprit).<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon\u00a0<strong>Bernard Sylvestre<\/strong> (ou Bernard de Tours), la cr\u00e9ation de l&rsquo;univers s&rsquo;est produite gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intervention de l&rsquo;Esprit de la Divine Providence dans la vie de la Nature pr\u00e9existante et \u00e0 son introduction de l&rsquo;ordre et de l&rsquo;ordre dans la mati\u00e8re premi\u00e8re du monde mat\u00e9riel, qui \u00e9tait auparavant (c&rsquo;est-\u00e0-dire avant l&rsquo;acte de cr\u00e9ation) dans un \u00e9tat chaotique.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sans aucun doute, le plus grand philosophe-th\u00e9ologien et dialecticien de la \u00abpremi\u00e8re scolastique\u00bb fut <strong>Pierre Ab\u00e9lard<\/strong> (1079-1142). Les principaux ouvrages d&rsquo;Ab\u00e9lard: \u00abIntroduction \u00e0 la th\u00e9ologie\u00bb (1113); \u00abLogique pour d\u00e9butants\u00bb (1114); \u00abGlosses to Porphyry\u00bb (3 livres) et aux \u00abCat\u00e9gories\u00bb d&rsquo;Aristote; \u00abDialectique\u00bb (5 livres) (1118-1134); \u00abTh\u00e9ologie chr\u00e9tienne\u00bb (1122-1125); \u00abOui et Non\u00bb (en m\u00eame temps); \u00abL&rsquo;\u00e9thique, ou Connais-toi toi-m\u00eame\u00bb (entre 1135 et 1139); \u00abApologie contre Bernard\u00bb, \u00abDialogue entre le philosophe, le juif et le chr\u00e9tien\u00bb (1141 &#8211; 1142) et la c\u00e9l\u00e8bre autobiographie \u00abL&rsquo;Histoire de mes d\u00e9sastres\u00bb (1132-1136).<\/p>\n<p align=\"justify\">Contrairement \u00e0 l&rsquo;opinion d&rsquo;Augustin (dans son essai \u00abSur la pr\u00e9destination des saints\u00bb, et d&rsquo;Anselme de Cantorb\u00e9ry, selon lesquels il faut d&rsquo;abord croire \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;Apocalypse et ensuite, si possible, essayer d&rsquo;atteindre sa compr\u00e9hension rationnelle.\u00a0 Ab\u00e9lard d\u00e9clare que notre compr\u00e9hension ad\u00e9quate du dogme ne fait que rendre la foi possible, puisque \u00abnous ne pouvons pas croire en ce que nous n&rsquo;avons pas compris auparavant\u00bb. Ainsi, le principe de la th\u00e9ologie d&rsquo;Ab\u00e9lard n&rsquo;\u00e9tait pas \u00abje crois pour comprendre\u00bb (credo ut intelligam), mais \u00abje comprends pour croire\u00bb (intelligo ut credam). S&rsquo;appuyant sur l&rsquo;affirmation faite dans le Prologue de Oui et Non, selon laquelle \u00able doute nous conduit \u00e0 la recherche, et la recherche nous conduit \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9\u00bb, Ab\u00e9lard estime que \u00abla foi, non \u00e9clair\u00e9e par la raison, est indigne de l&rsquo;homme\u00bb, et donc une condition n\u00e9cessaire Toute vraie foi requiert une enqu\u00eate pr\u00e9alable en raison de son contenu. Ab\u00e9lard commence sa construction sp\u00e9culative de la doctrine de la Divine Trinit\u00e9 avec l&rsquo;hypoth\u00e8se que Dieu ne peut \u00eatre \u00able Bien le plus \u00e9lev\u00e9 et le plus parfait\u00bb que s&rsquo;il est \u00e0 la fois tout-puissant, tout sage et tout bon. Ces trois moments d&rsquo;une seule essence divine se manifestent respectivement dans les Personnes de la Trinit\u00e9: en Dieu le P\u00e8re (toute-puissance), en Dieu le Fils (\u00absagesse\u00bb) et en Dieu le Saint-Esprit (\u00abbont\u00e9\u00bb). La relation des Hypostases indiqu\u00e9es dans la Trinit\u00e9 divine est similaire, selon Ab\u00e9lard, \u00e0 la relation qui existe entre le m\u00e9tal \u00e0 partir duquel le sceau est fait, la forme dans laquelle ce m\u00e9tal est coul\u00e9 et, par cons\u00e9quent, le sceau imprim\u00e9 en tant que chose compos\u00e9e des deux premiers \u00e9l\u00e9ments. En m\u00eame temps, l&rsquo;harmonie interne du Bien parfait s&rsquo;exprime dans le fait que Dieu peut faire ce qu&rsquo;il sait et veut, veut ce qu&rsquo;il sait et peut, etc.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dieu ne peut donc ni savoir ni vouloir faire le mal, et pour Lui, parmi les possibilit\u00e9s infinies, seul le meilleur se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 chaque instant. C\u2019est l\u00e0 que le critique d\u2019Ab\u00e9lard,\u00a0<strong>Bernard de Clairvaux,<\/strong> notait:- le principe de subordination divine par rapport au Dieu consubstantiel Cr\u00e9ateur: si Ab\u00e9lard attribue au P\u00e8re la toute-puissance (omnipotentia) absolue, alors le Fils ne poss\u00e8de qu&rsquo;une partie de la puissance du P\u00e8re (aliqua potentia) (dans la mesure o\u00f9 la sagesse est la pouvoir de distinguer syst\u00e9matiquement tout ce qui est vrai et faux), le Saint-Esprit ne contient pas du tout de pouvoirs (nulla potentia) (puisque le concept de bont\u00e9 ne pr\u00e9suppose pas du tout sa pr\u00e9sence). Une autre objection de Bernard de Clairvaux \u00e0 Ab\u00e9lard concernait le fait que, selon la premi\u00e8re, sa philosophie impose des restrictions consid\u00e9rables \u00e0 la toute-puissance de Dieu. Dans sa lettre au pape Innocent II (mort en 1143), envoy\u00e9e apr\u00e8s la condamnation de Sais, Bernard, entre autres d\u00e9clarations \u00abinappropri\u00e9es\u00bb d&rsquo;Ab\u00e9lard, souligne que la toute-puissance de Dieu, selon Ab\u00e9lard, est identique \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9 actes. Ces paroles refl\u00e8tent en effet fid\u00e8lement les vues d&rsquo;Ab\u00e9lard sur la nature de la toute-puissance divine: \u00abAinsi, aussi longtemps que je puisse r\u00e9fl\u00e9chir, consid\u00e9rant que seul Dieu est capable de faire ce qu&rsquo;il lui convient de faire, et qu&rsquo;il ne lui convient pas de faire ce qu&rsquo;il laisse inachev\u00e9, en v\u00e9rit\u00e9, j&rsquo;en viens \u00e0 l&rsquo;opinion que Dieu est capable de faire seulement ce qu&rsquo;Il fait, chaque fois qu&rsquo;Il le fait, bien que personne ne soit d&rsquo;accord avec notre opinion, ou seulement quelques-uns soient d&rsquo;accord\u00a0\u00bb (Pierre Ab\u00e9lard. Introduction \u00e0 la th\u00e9ologie, III, 5 ). Ce qui \u00abconvient\u00bb (convient) aux actions de Dieu, dit Ab\u00e9lard, est exclusivement quelque chose de digne et de meilleur. Par cons\u00e9quent, puisque Dieu fait toujours ce qu\u2019il y a de mieux, sa toute-puissance se limite \u00e0 ce qu\u2019Il \u200b\u200bfait. Pour Bernard, cela ne signifie qu&rsquo;une chose: la n\u00e9gation du principe de toute-puissance divine, puisqu&rsquo;au c\u0153ur de tout le raisonnement se trouve la volont\u00e9 de limiter la nature du Dieu Cr\u00e9ateur \u00e9ternel \u00e0 la sph\u00e8re de ce que l&rsquo;esprit humain peut comprendre: les limites de la compr\u00e9hension humaine se r\u00e9v\u00e8lent \u00eatre les limites de la toute-puissance de Dieu. Dans le cadre de son concept \u00e9thique, Ab\u00e9lard s&rsquo;appuie sur le concept de loi morale naturelle, une id\u00e9e dont tout le monde a (m\u00eame vague) &#8211; quelle que soit son \u00e9ducation ou sa religion. Ab\u00e9lard part ici de la distinction entre le vice (vitium), le p\u00e9ch\u00e9 (peccatum) et la mauvaise action (actio mala). Le vice est une tendance \u00e0 faire ce qui ne devrait pas \u00eatre fait, c&rsquo;est-\u00e0-dire le d\u00e9sir de ne pas faire ce qui devrait \u00eatre fait en toutes circonstances, et l&rsquo;intemp\u00e9rance \u00e0 ne pas faire ce qui ne devrait pas \u00eatre fait. Du point de vue d&rsquo;Ab\u00e9lard, le vice n&rsquo;est pas un p\u00e9ch\u00e9, mais seulement une tendance au p\u00e9ch\u00e9, que nous pouvons constamment combattre et que nous avons la capacit\u00e9 de surmonter. Le p\u00e9ch\u00e9 ne r\u00e9side pas dans l\u2019inclination de la volont\u00e9, puisque mal agir peut \u00eatre, entre autres choses, notre capacit\u00e9 naturelle (inn\u00e9e); le p\u00e9ch\u00e9 consiste exclusivement dans l&rsquo;intemp\u00e9rance de ce qu&rsquo;on ne doit pas faire, c&rsquo;est-\u00e0-dire, en accord avec ce dernier, dans la non-r\u00e9sistance au mal. Le p\u00e9ch\u00e9 est donc l\u2019intention interne (intentio) d\u2019une personne, allant \u00e0 l\u2019encontre de sa propre conscience et r\u00e9sultant de la n\u00e9gligence de la volont\u00e9 du Cr\u00e9ateur.Une mauvaise action, \u00e9tant une manifestation ext\u00e9rieure du p\u00e9ch\u00e9, n&rsquo;est qu&rsquo;une cons\u00e9quence d&rsquo;une mauvaise intention qui s&rsquo;est r\u00e9alis\u00e9e et n&rsquo;y ajoute rien. Ainsi, selon Ab\u00e9lard, l\u2019absolution des p\u00e9ch\u00e9s d\u2019une personne est impossible sans le repentir personnel du p\u00e9cheur et en l\u2019absence de pi\u00e9t\u00e9 personnelle de la part du pr\u00eatre qui absout les p\u00e9ch\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"justify\">En tant que dialecticien, Pierre Ab\u00e9lard est devenu c\u00e9l\u00e8bre principalement pour sa critique du r\u00e9alisme radical, devenu alors traditionnel (Guillaume de Champeaux), et pour la cr\u00e9ation de la premi\u00e8re version du conceptualisme m\u00e9di\u00e9val, corrigeant et clarifiant de mani\u00e8re significative le sens du m\u00eame probl\u00e9matique du statut d\u2019\u00eatre des concepts universels. En particulier, Porphyria Ab\u00e9lard ajoute une quatri\u00e8me \u00e0 trois questions, r\u00e9v\u00e9lant ainsi un nouvel aspect des relations complexes entre grammaire, logique et m\u00e9taphysique: un universel a-t-il un sens s&rsquo;il ne renvoie effectivement \u00e0 rien, surtout s&rsquo;il s&rsquo;agit de choses? qui existait autrefois mais qui n&rsquo;existe plus? Les \u00abGlosses\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire de courts commentaires) d&rsquo;Ab\u00e9lard \u00e0 Porphyre tir\u00e9s de l&rsquo;ouvrage \u00abLogique pour d\u00e9butants\u00bb sont en partie son propre enregistrement manuscrit de nombreux d\u00e9saccords et disputes avec son ancien professeur, <strong>Guillaume de Champeaux. <\/strong>La propre position de Guillaume est que tout universel (par exemple, \u00abhomme\u00bb, \u00abanimal\u00bb, \u00abrose\u00bb) est compris par lui comme une substance (du latin substantia, res &#8211; \u00abessence unique\u00bb, \u00abchose unique\u00bb), c&rsquo;est-\u00e0-dire comme une chose avec une existence ind\u00e9pendante. Un universel est quelque chose qui est num\u00e9riquement uni et en m\u00eame temps commun \u00e0 beaucoup de choses. Toutes les choses individuelles appartenant \u00e0 un certain genre et \u00e0 une certaine esp\u00e8ce ont une essence universelle, tandis que les diff\u00e9rences individuelles, au moyen desquelles tous les individus diff\u00e8rent les uns des autres de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, sont quelque chose de fortuit (accidentel), c&rsquo;est-\u00e0-dire tout ce qui peut \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 un certain genre et \u00e0 une certaine esp\u00e8ce chose maintenant, mais en m\u00eame temps absent dans d&rsquo;autres circonstances. Par exemple, pour Socrate et Platon, l&rsquo;universel est l&rsquo;essence (une) &#8211; \u00abl&rsquo;homme\u00bb, qui fait de chacun d&rsquo;eux individuellement une personne. Ils ne diff\u00e8rent qu&rsquo;accidentellement, par exemple par leur position dans l&rsquo;espace ou par leur physique et leurs traits du visage (Socrate avait un nez retrouss\u00e9, Platon avait de larges \u00e9paules). L&rsquo;id\u00e9e selon laquelle la forme et l&rsquo;essence d&rsquo;une chose sont une substance ind\u00e9pendante est fondamentale pour la position du r\u00e9alisme radical, car elle justifie l&rsquo;ind\u00e9pendance de la forme des choses par rapport aux concepts de l&rsquo;esprit et du langage humain: si l&rsquo;essence n&rsquo;\u00e9tait pas une substance, ce ne serait pas \u00abr\u00e9el\u00bb, rappelle Guillaume Commen\u00e7ant \u00e0 critiquer les dispositions de Guillaume, Ab\u00e9lard avance deux arguments. Premi\u00e8rement, selon la discipline physique, rien ne peut se trouver \u00e0 deux endroits en m\u00eame temps. Cependant, si Socrate et Platon sont la m\u00eame substance, puisqu&rsquo;ils ont une seule essence universelle, alors il s&rsquo;av\u00e8re que la m\u00eame essence objective est capable d&rsquo;\u00eatre simultan\u00e9ment \u00e0 Ath\u00e8nes (Platon) et en dehors des limites de la ville (Socrate), ce qui, de bien s\u00fbr, impossible. Cela est \u00e9galement impossible en raison des subtilit\u00e9s des liens ontologiques entre le concept de genre et les sp\u00e9cificit\u00e9s sp\u00e9cifiques qui lui sont subordonn\u00e9es. Puisque les chiens et les humains sont des animaux, affirme Guillaume, ils ont la m\u00eame essence pour tous, c\u2019est-\u00e0-dire \u00abl\u2019animalit\u00e9\u00bb. Mais les gens sont raisonnables, dit Ab\u00e9lard, et les chiens et autres cr\u00e9atures (\u00e2nes, singes, etc.) sont d\u00e9raisonnables, et il s&rsquo;av\u00e8re alors que la m\u00eame substance (par exemple, un homme et un \u00e2ne) peut \u00eatre simultan\u00e9ment, selon Guillaume, \u00e0 la fois rationnel et irrationnel, &#8211; ce qui contient encore une fois une contradiction \u00e9vidente. En tant qu&rsquo;esp\u00e8ce, tous les humains et autres cr\u00e9atures sont li\u00e9s les uns aux autres comme deux oppos\u00e9s compl\u00e8tement diff\u00e9rents: certains sont rationnels, d&rsquo;autres sont d\u00e9raisonnables; cependant, ces objets sont de nature identique. Si le genre, selon Guillaume, est un universel \u00abnum\u00e9riquement\u00bb universel pour toutes les singularit\u00e9s, et que ces derni\u00e8res sont n\u00e9cessairement des substances, alors il s&rsquo;av\u00e8re, par exemple, que la substance g\u00e9n\u00e9rique de \u00abl&rsquo;animalit\u00e9\u00bb existante par rapport \u00e0 l&rsquo;homme en tant qu&rsquo;esp\u00e8ce serait rationnel, et par rapport \u00e0 un cheval ou \u00e0 un \u00e2ne &#8211; d\u00e9raisonnable, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il aurait ainsi tout un ensemble de propri\u00e9t\u00e9s contradictoires.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les erreurs de ce genre, dit Ab\u00e9lard, naissent en g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019attribution \u00e0 des universaux des caract\u00e9ristiques des choses existantes. Ab\u00e9lard pr\u00e9cise le concept m\u00eame de \u00abchose\u00bb: une chose est quelque chose qui est d\u00e9sign\u00e9 par un seul terme (\u00abSocrate\u00bb, \u00abcette pierre\u00bb, etc.). Un seul terme dans les jugements sur les choses ne peut pas \u00eatre quelque chose au sens d&rsquo;un \u00abpr\u00e9dicat\u00bb universel, c&rsquo;est-\u00e0-dire que, selon Ab\u00e9lard, il est impossible de dire: \u00abL&rsquo;homme est Socrate\u00bb. De m\u00eame, une chose, dit Ab\u00e9lard, ne peut \u00eatre une caract\u00e9ristique essentielle de la diversit\u00e9 des substances mat\u00e9rielles: chaque chose n&rsquo;est que ce qu&rsquo;elle est. Un concept g\u00e9n\u00e9ral qui remplit la fonction de pr\u00e9dicat (selon Ab\u00e9lard &#8211; \u00abconcept\u00bb, latin conceptus, c&rsquo;est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement la vari\u00e9t\u00e9 des propri\u00e9t\u00e9s \u00abcaptur\u00e9es\u00bb par l&rsquo;intellect dans les choses lors de l&rsquo;op\u00e9ration d&rsquo;abstraction), n&rsquo;indique pas une chose, mais quoi y est inh\u00e9rent dans la r\u00e9alit\u00e9 \u00ab\u00e9tat\u00a0\u00bb (statut). Le statut ontologique de \u00abl&rsquo;homme\u00bb universel, correspondant au concept g\u00e9n\u00e9ral, est diff\u00e9rent de celui de Socrate, de Pierre Ab\u00e9lard ou de toute personne sp\u00e9cifique d\u00e9sign\u00e9e par un terme unique; \u00abl&rsquo;homme\u00bb n&rsquo;est pas quelque chose de diff\u00e9rent d&rsquo;une personne individuelle et aussi r\u00e9el qu&rsquo;une personne elle-m\u00eame (le \u00abstatut\u00bb d&rsquo;une chose n&rsquo;est pas une substance), mais c&rsquo;est un mode d&rsquo;existence d&rsquo;une substance individuelle. Puisque pour les universaux, en tant qu&rsquo;ensemble de noms communs (sermo latin), l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment de sens, selon Ab\u00e9lard, n&rsquo;est pas la totalit\u00e9 des choses, mais \u00abl&rsquo;identit\u00e9\u00bb (\u00absimilarit\u00e9\u00bb) de leurs \u00e9tats, alors ils ont un sens m\u00eame dans les cas o\u00f9 les substances auxquelles elles correspondent, soit n&rsquo;ont jamais exist\u00e9, soit n&rsquo;existent plus et n&rsquo;existeront plus: par exemple, le nom \u00abrose\u00bb reste \u00abune d\u00e9signation fond\u00e9e sur la pens\u00e9e\u00bb m\u00eame alors \u00ablorsqu&rsquo;aucune des roses pour lesquelles cette le nom est un nom commun qui n\u2019existe plus\u00bb; car autrement la phrase \u00abil n&rsquo;y a pas de roses\u00bb ne pourrait pas surgir (Peter Ab\u00e9lard. Logic for Beginners, 67). Ab\u00e9lard oppose ainsi le nominalisme et le r\u00e9alisme avec le sien &#8211; une approche conceptualiste pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me des universaux qui, contrairement au nominalisme (John Roscelin), ne nie pas que quelque chose correspond en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 des concepts g\u00e9n\u00e9raux, mais ne reconna\u00eet pas, contrairement au r\u00e9alisme (Guillaume de Champeaux), que les universaux existent au m\u00eame sens que les substances (les choses individuelles), c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils ont avec elles le m\u00eame statut ontologique.<\/p>\n<p align=\"justify\">La connaissance distincte, selon Ab\u00e9lard, ne s&rsquo;obtient qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;aide de la contemplation sensorielle &#8211; la seule capacit\u00e9 qui permet de saisir l&rsquo;individu. Les concepts g\u00e9n\u00e9raux, c&rsquo;est-\u00e0-dire les \u00abconcepts\u00bb &#8211; \u00abanimal\u00bb, \u00abarbre\u00bb, \u00abhomme\u00bb &#8211; correspondent \u00e9galement \u00e0 la contemplation, mais vaguement. D&rsquo;un point de vue cognitif, un universel n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00abimage fictive\u00bb construite par l&rsquo;intellect \u00e0 partir d&rsquo;une analyse de l&rsquo;existence d&rsquo;individus qui se trouvent dans le m\u00eame \u00ab\u00e9tat\u00bb. Des concepts abstraits comme \u00abl\u2019humanit\u00e9\u00bb n\u2019ont aucune correspondance dans la r\u00e9alit\u00e9; sur leur base se forme l&rsquo;opinion, et non la connaissance, qui repose finalement toujours sur la contemplation sensorielle. Sur cette question, la position d&rsquo;Ab\u00e9lard \u00e9tait en partie plus proche des vues des nominalistes.<\/p>\n<p align=\"justify\">Du point de vue du principal repr\u00e9sentant de l&rsquo;\u00e9cole saint-victorienne au XIIe si\u00e8cle. \u2014\u00a0<strong>Hugues de Saint-Victor<\/strong>(vers 1096-1141); Les \u0153uvres principales sont \u00abDidaskalion\u00bb, lit. \u00abInstructions pour l&rsquo;apprentissage\u00bb (7 livres); \u00abSur les sacrements de la foi chr\u00e9tienne\u00bb, tous deux ant\u00e9rieurs \u00e0 1125; \u00ab\u00a0Commentaire sur la Hi\u00e9rarchie C\u00e9leste\u00a0\u00bb de St. Denys\u00a0\u00bb, env. 11 h 25; \u00ab\u00a0Un r\u00e9sum\u00e9 de philosophie pour Dindim\u00a0\u00bb; \u00abDe la contemplation et de ses types\u00bb; \u00abSur la mani\u00e8re de parler et de penser\u00bb; \u00abDe la vanit\u00e9 du monde\u00bb; \u00ab\u00c0 propos de l&rsquo;\u00e2me\u00bb; \u00abSur l&rsquo;unit\u00e9 du corps et de l&rsquo;esprit\u00bb; \u00abCent sermons\u00bb, etc.), l\u2019ensemble du savoir humain est englob\u00e9 par la philosophie. La philosophie est un moyen: 1) pour l&rsquo;homme de restaurer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de sa nature, perdue dans la Chute; 2) r\u00e9parer les dommages caus\u00e9s par le p\u00e9ch\u00e9. Par cons\u00e9quent, affirme Hugo, les gens ont besoin de deux types de sagesse (sapientia): la compr\u00e9hension (intelligentsia) et la connaissance en tant que telle (scientia). On distingue deux fonctions principales de la compr\u00e9hension: 1) la compr\u00e9hension de ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la gu\u00e9rison de l&rsquo;esprit, pr\u00e9sent\u00e9 dans l&rsquo;ensemble des \u00ab arts th\u00e9oriques \u00bb qui guident l&rsquo;esprit dans sa recherche inlassable de la v\u00e9rit\u00e9; 2) compr\u00e9hension de ce qui est n\u00e9cessaire \u00e0 la gu\u00e9rison de la volont\u00e9, exprim\u00e9e dans un ensemble d&rsquo;\u00abarts pratiques\u00bb, dont le but est de guider la volont\u00e9 humaine dans la mise en \u0153uvre d&rsquo;actions vertueuses. La seule fonction de la connaissance, exprim\u00e9e dans la vari\u00e9t\u00e9 des \u00abarts m\u00e9caniques\u00bb, est de comprendre les principes de l&rsquo;activit\u00e9 humaine qui pourvoit aux besoins vitaux des personnes. S\u00e9par\u00e9ment se trouvent les \u00abarts logiques\u00bb, qui consid\u00e8rent les m\u00e9thodes de jugement et d&rsquo;inf\u00e9rence, sans lesquelles la connaissance d&rsquo;autres \u00abarts\u00bb est impossible. L&rsquo;\u00e9tude de la philosophie doit commencer par la logique, \u00abcar elle \u00e9tudie la nature des mots et des concepts, sans lesquels aucun trait\u00e9 de philosophie ne peut recevoir une explication rationnelle\u00bb (Hugues de Saint-Victor. Didascalion, I, 11). Dans \u00abUne br\u00e8ve exposition de philosophie pour Dindim\u00bb, Hugo relie la division de la philosophie \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de contrecarrer les trois vices que la nature humaine a \u00e0 la suite de la Chute: \u00abl&rsquo;ignorance du bien, le d\u00e9sir du mal et la faiblesse inh\u00e9rente aux mortels\u00bb. Conform\u00e9ment au texte du Didascalion, la philosophie est divis\u00e9e en quatre grands domaines et vingt et une disciplines: 1) \u00abth\u00e9orie\u00bb: th\u00e9ologie, math\u00e9matiques (arithm\u00e9tique, musique, g\u00e9om\u00e9trie, astronomie), physique; 2) \u00abpratique\u00bb: \u00e9thique (qui fixe les r\u00e8gles de la vie monastique), \u00e9conomique (qui parle des principes de propri\u00e9t\u00e9 et de famille) et politique (qui se concentre sur la vie sociale); 3) \u00abm\u00e9canique\u00bb: confection de v\u00eatements, production d&rsquo;armes et d&rsquo;outils, commerce, agriculture, chasse, m\u00e9decine, th\u00e9\u00e2tre; 4) \u00ablogique\u00bb: grammaire et th\u00e9orie de la preuve (subdivis\u00e9e en th\u00e9orie de la preuve n\u00e9cessaire, preuve probable (\u00e9tudi\u00e9e par la dialectique et la rh\u00e9torique) et preuve sophistique). Cette division repr\u00e9sente un sch\u00e9ma pour l&rsquo;unit\u00e9 de la connaissance philosophique, c&rsquo;est-\u00e0-dire une syst\u00e9matisation coh\u00e9rente de tout, sans laquelle la connaissance humaine serait incompl\u00e8te et ne pourrait servir \u00e0 reconstituer la nature humaine.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;apog\u00e9e de la scolastique m\u00e9di\u00e9vale aux XIIIe-XIVe si\u00e8cles. Trois circonstances y ont contribu\u00e9 de mani\u00e8re significative: 1). L&rsquo;\u00e9mergence de nouveaux centres \u00e9ducatifs en Europe &#8211; les universit\u00e9s m\u00e9di\u00e9vales (latin universitas &#8211; \u00abunion\u00bb, \u00abcorporation\u00bb). 2) L&rsquo;\u00e9mergence et la large diffusion au XIIIe si\u00e8cle. deux nouveaux ordres monastiques (\u00abmendiants\u00bb), qui se sont install\u00e9s dans une relative ind\u00e9pendance par rapport \u00e0 la hi\u00e9rarchie sacerdotale de l&rsquo;\u00e9glise locale et ont fix\u00e9 le but de leurs activit\u00e9s missionnaires pour pr\u00eacher la v\u00e9rit\u00e9 de la doctrine chr\u00e9tienne &#8211; non seulement des d\u00e9partements paroissiaux, mais aussi principalement des universit\u00e9s: franciscain (un autre nom est l&rsquo;ordre des fr\u00e8res mineurs, ou \u00abminoritaires\u00bb, du latin mineur &#8211; \u00abplus petits\u00bb), fond\u00e9 en 1209 par saint. Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise (Giovanni Bernardone, 1181\/1182 &#8211; 1226) et les Dominicains (un autre nom est l&rsquo;Ordre des Fr\u00e8res Pr\u00eacheurs), cr\u00e9\u00e9 en 1216 par saint Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise. Dominique (Dominique de Guzman, vers 1170-1221). Presque tous les grands th\u00e9ologiens scolastiques des XIIIe et XIVe si\u00e8cles, qui enseign\u00e8rent \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9poques dans les universit\u00e9s les plus c\u00e9l\u00e8bres, appartenaient \u00e0 l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des ordres mentionn\u00e9s &#8211; les franciscains (Bonaventure, Duns Scot, Guillaume d&rsquo;Ockham) ou les dominicains. (Albert le Grand, Thomas d&rsquo;Aquin). 3) L&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une attitude sp\u00e9cifiquement nouvelle envers la science philosophique ancienne (pa\u00efenne), r\u00e9sultant de la n\u00e9cessit\u00e9 pour les repr\u00e9sentants des nouveaux ordres monastiques de pr\u00eacher les v\u00e9rit\u00e9s de la R\u00e9v\u00e9lation aux la\u00efcs venus de diff\u00e9rentes r\u00e9gions dans les centres th\u00e9ologiques de Paris, Oxford, Cologne, etc., et gr\u00e2ce aux innovations qui l&rsquo;accompagnent d\u00e9couverte du go\u00fbt pour l&rsquo;\u00e9tude de la physique et de la m\u00e9taphysique dans l&rsquo;esprit des anciennes traditions scientifiques et philosophiques gr\u00e2ce \u00e0 une nouvelle r\u00e9ception (\u00e0 travers la culture intellectuelle arabe) de l&rsquo;\u0153uvre et de l&rsquo;h\u00e9ritage d&rsquo;Aristote .<\/p>\n<p align=\"justify\">Il convient de noter ici que la \u00abRenaissance aristot\u00e9licienne\u00bb dans l&rsquo;Occident chr\u00e9tien a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par la \u00abRenaissance aristot\u00e9licienne\u00bb dans l&rsquo;Orient musulman, repr\u00e9sent\u00e9e principalement par les noms de deux penseurs arabes m\u00e9di\u00e9vaux exceptionnels &#8211; <strong>Abu Ali al-Hussein ibn Abdallah Ibn Sina (lat. Avicenne, Avicenne)<\/strong>\u00a0(980-1037) et\u00a0<strong>Abul-Walid Muhammad ibn-Ahmed Ibn Rushd (lat. Averro\u00e8s, Averro\u00e8s)<\/strong>\u00a0(1126-1198), et un juif &#8211;\u00a0<strong>Moshe ben Maimon (lat. Maimonides, Maimonides)<\/strong> (1135 -1204). Les Arabes se sont familiaris\u00e9s avec les \u0153uvres d&rsquo;Aristote gr\u00e2ce \u00e0 d&rsquo;anciennes transcriptions syriennes du texte original en grec; de m\u00eame, les premi\u00e8res traductions en latin des ouvrages d&rsquo;Aristote sur la m\u00e9taphysique et la \u00abphilosophie naturelle\u00bb furent r\u00e9alis\u00e9es non pas \u00e0 partir du grec, mais \u00e0 partir de l&rsquo;arabe, ou, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;arabe, \u00e0 partir de l&rsquo;h\u00e9breu et du castillan (\u00e0 l&rsquo;exception du XIIe si\u00e8cle, Jacques de Venise et Henri Aristippe (mort en 1162), traduit directement du grec ancien). Le plus grand centre de traduction d&rsquo;auteurs classiques (ainsi que d&rsquo;arabe m\u00e9di\u00e9val) du milieu du XIIe au d\u00e9but du XIIIe si\u00e8cle. situ\u00e9 \u00e0 Tol\u00e8de. Un autre centre de traduction \u00e9tait situ\u00e9 \u00e0 Naples et \u00e0 Palerme (Sicile) \u00e0 la cour de l&#8217;empereur Fr\u00e9d\u00e9ric II de Hohenstaufen. Gr\u00e2ce aux forces combin\u00e9es de plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de traducteurs, dans les plus brefs d\u00e9lais, des traductions en latin furent r\u00e9alis\u00e9es de tous les ouvrages les plus importants sur la m\u00e9taphysique et les disciplines naturelles d&rsquo;Aristote, d&rsquo;Avicenne, etc., y compris le c\u00e9l\u00e8bre ouvrage \u00abDes causes\u00bb, o\u00f9 le la cr\u00e9ation du monde \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme une cha\u00eene d&rsquo;\u00e9manations successives de l&rsquo;Origine parfaite (dans l&rsquo;ordre \u00abEsprit\u00bb &#8211; \u00ab\u00c2me\u00bb &#8211; \u00abNature\u00bb &#8211; existence mat\u00e9rielle), &#8211; faussement attribu\u00e9e \u00e0 Aristote, mais en fait \u00e9tait le texte d&rsquo;une compilation arabe de l&rsquo;ouvrage du n\u00e9oplatonicien Proclus \u00abPrincipes de th\u00e9ologie\u00bb. Le traducteur le plus important d\u2019auteurs grecs \u00e0 partir de la langue originale date du XIIIe si\u00e8cle. Le scientifique flamand Billem de Meerbeke (vers 1215 &#8211; apr\u00e8s 1284), qui traduisit non seulement les \u0153uvres d&rsquo;Aristote, mais aussi les textes d&rsquo;autres philosophes et scientifiques antiques remarquables: Archim\u00e8de, H\u00e9ron d&rsquo;Alexandrie, Hippocrate, Galien, Alexandre d&rsquo;Aphrodisias, Proclus , Th\u00e9mistius, Jean la Grammaire, Ptol\u00e9m\u00e9e, Ammonius d&rsquo;Alexandrie et Simplicius.<\/p>\n<p align=\"justify\">Assimilation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et profonde au XIIIe si\u00e8cle. Les principes m\u00e9taphysiques du dogme philosophique d&rsquo;Aristote (adopt\u00e9s des Arabes) qui avaient retrouv\u00e9 leur pertinence ont conduit \u00e0 diviser la philosophie scolastique en deux directions concurrentes: l&rsquo;augustinisme r\u00e9form\u00e9 (Bonaventure, etc.) et l&rsquo;aristot\u00e9lisme chr\u00e9tien (Albert le Grand, Thomas d&rsquo;Aquin et leurs nombreux suiveurs). Les deux mouvements ont diverg\u00e9 dans la r\u00e9solution de nombreux probl\u00e8mes importants, et principalement sur la question du rapport entre la foi et la raison, la logique de l&rsquo;\u00e9vidence et l&rsquo;intuition suprasensible, la connaissance philosophique et le d\u00e9tachement extra-mondain.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;augustinisme pr\u00e9suppose la possibilit\u00e9 pour chacun de voir directement la totalit\u00e9 des desseins divins (id\u00e9es \u00e9ternelles): m\u00eame dans cette existence pleine de difficult\u00e9s, tomb\u00e9e dans l&rsquo;ab\u00eeme du p\u00e9ch\u00e9 et malheureuse dans la souffrance, l&rsquo;esprit humain est capable de ressentir et d&rsquo;anticiper le puissance de la pr\u00e9sence du Dieu supr\u00eame partout et en toute chose. L&rsquo;\u00e2me, accomplissant tout acte cognitif, par exemple la perception de choses sensorielles et mat\u00e9rielles, voit simultan\u00e9ment deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;existence de substances individuelles : premi\u00e8rement, les contours corporels de la chose sensorielle per\u00e7ue et, deuxi\u00e8mement, le mod\u00e8le intelligible qui invariablement regarde \u00e0 travers eux. Les sens ne donnent \u00e0 une personne qu&rsquo;une image vague et vague d&rsquo;une substance mat\u00e9rielle et ne sont donc ni un support fiable, ni encore moins une source primaire de connaissances claires et fiables. Sans la participation de Dieu, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00abl&rsquo;illumination\u00bb divine (du latin illuminatio &#8211; \u00abillumination\u00bb), nous permettant de contempler avec \u00abl&rsquo;\u0153il int\u00e9rieur\u00bb le mod\u00e8le suprasensible qui existe \u00e9ternellement dans l&rsquo;intellect divin, il est impossible , selon les disciples d&rsquo;Augustin, pour parvenir \u00e0 une compr\u00e9hension ad\u00e9quate de l&rsquo;existence cr\u00e9\u00e9e. L\u2019aristot\u00e9lisme m\u00e9di\u00e9val, au contraire, voit pr\u00e9cis\u00e9ment dans la perception sensorielle le point de d\u00e9part et la source de toute connaissance. Selon Thomas d&rsquo;Aquin, l&rsquo;intellect ne fournit pas \u00e0 une personne une connaissance directe des id\u00e9es intelligibles. L&rsquo;\u00e2me, \u00e9tant une substance spirituelle autonome, n&rsquo;existe pas s\u00e9par\u00e9ment du corps, \u00e9tant dans cette existence terrestre une forme de d\u00e9termination essentielle\/essentielle d&rsquo;une seule substance, c&rsquo;est-\u00e0-dire un \u00eatre mortel rationnel ; C&rsquo;est la diff\u00e9rence entre l&rsquo;\u00e2me humaine et d&rsquo;autres substances spirituelles &#8211; les anges. En tant que forme du corps mat\u00e9riel, l&rsquo;\u00e2me est capable, selon Thomas, de comprendre directement l&rsquo;existence immuable, \u00e9ternelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire divine. Elle est capable d&rsquo;acqu\u00e9rir une connaissance fiable sur n&rsquo;importe quelle chose existante uniquement avec l&rsquo;aide des sens, c&rsquo;est-\u00e0-dire gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;extraction rationnelle d&rsquo;un \u00e9chantillon intelligible \u00e0 partir des diff\u00e9rentes donn\u00e9es des perceptions sensorielles.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;inclusion de l&rsquo;aristot\u00e9lisme dans la structure de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne m\u00e9di\u00e9vale au XIIIe si\u00e8cle. Le fait que l\u2019\u00e9tude de la logique aristot\u00e9licienne soit largement r\u00e9pandue dans de nombreuses facult\u00e9s des \u00abarts\u00bb y a beaucoup contribu\u00e9. En m\u00eame temps, pour une perception compl\u00e8te de la physique et de la m\u00e9taphysique d&rsquo;Aristote, il \u00e9tait extr\u00eamement important d&rsquo;\u00e9liminer, autant que possible, la divergence entre des \u00e9l\u00e9ments aussi importants de la philosophie stagirite que la th\u00e8se de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 de l&rsquo;univers ou de la mortalit\u00e9 de l&rsquo;univers. l&rsquo;\u00e2me individuelle et les principes directeurs de la dogmatique chr\u00e9tienne. Plus important encore \u00e9tait le fait que les \u00e9crits d&rsquo;Aristote introduisaient non seulement une int\u00e9grit\u00e9 alternative de toutes sortes d&rsquo;id\u00e9es, mais contenaient une compr\u00e9hension tout \u00e0 fait particuli\u00e8re de la v\u00e9rit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire une nouvelle d\u00e9finition de valeurs, contraire \u00e0 celle chr\u00e9tienne et bas\u00e9e sur les lois de la v\u00e9rit\u00e9. la raison naturelle et l&rsquo;exp\u00e9rience naturelle des individus. L\u2019\u00c9glise, bien entendu, ne pouvait pas reconna\u00eetre une norme de v\u00e9rit\u00e9 compl\u00e8tement diff\u00e9rente de la r\u00e9v\u00e9lation religieuse; Il \u00e9tait \u00e9galement impossible de rejeter compl\u00e8tement un h\u00e9ritage miraculeusement re\u00e7u et qui n&rsquo;\u00e9tait pas sans b\u00e9n\u00e9fice; la seule fa\u00e7on de sortir de cette situation serait de reconstruire la logique du raisonnement du sage antique conform\u00e9ment au syst\u00e8me traditionnel d\u2019\u00e9valuations th\u00e9ologiques.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le repr\u00e9sentant le plus \u00e9minent de l&rsquo;aristot\u00e9lisme chr\u00e9tien m\u00e9di\u00e9val \u00e9tait\u00a0<strong>Thomas d&rsquo;Aquin<\/strong> (1224\/1225-1274 ; \u00abDocteur angelicus\u00bb, \u00abDocteur ang\u00e9lique\u00bb). Thomas est n\u00e9 au ch\u00e2teau de Roccasecca, pr\u00e8s de la ville d&rsquo;Aquino, pr\u00e8s de Naples. Il venait d&rsquo;une famille de comtes nobles. Apr\u00e8s avoir re\u00e7u sa formation initiale \u00e0 l&rsquo;abbaye b\u00e9n\u00e9dictine de Monte Cassino, il partit en 1239 pour Naples, o\u00f9 il entra \u00e0 la facult\u00e9 des \u00abarts lib\u00e9raux\u00bb de la c\u00e9l\u00e8bre universit\u00e9 \u00abla\u00efque\u00bb et obtint son dipl\u00f4me en 1243. Ici, \u00e0 Naples, en 1244, il entra dans l&rsquo;ordre monastique dominicain et, \u00e0 l&rsquo;automne 1245, il partit pour Paris, o\u00f9 il \u00e9tudia quelque temps \u00e0 la facult\u00e9 de th\u00e9ologie de l&rsquo;Universit\u00e9 de Paris sous la direction d&rsquo;Albert le Grand. En 1248, Thomas quitte Paris et se rend avec Albert \u00e0 Cologne, o\u00f9 il reste jusqu&rsquo;aux vacances d&rsquo;\u00e9t\u00e9 de 1252. Apr\u00e8s cela, il d\u00e9cide de retourner \u00e0 Paris (1253), o\u00f9 par la suite, en 1256, il est confirm\u00e9 comme professeur \u00e0 la facult\u00e9 de th\u00e9ologie. et y resta jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il obtienne sa ma\u00eetrise en 1259. Par la suite, il quitta Paris et se rendit en Italie pendant plusieurs ann\u00e9es, o\u00f9 il enseigna dans diverses universit\u00e9s. De retour \u00e0 Paris au d\u00e9but de 1269, Thomas reprend son enseignement \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9. Il quitte de nouveau Paris en 1272 et enseigne \u00e0 Naples en 1273. En 1274, \u00e0 l&rsquo;invitation du pape Gr\u00e9goire X, Thomas se rend au concile de Lyon, mais en chemin il tombe malade et meurt subitement. Ses principaux ouvrages: \u00abCommentaire des \u00abQuatre Livres de Sentences\u00bb de Pierre de Lombardie\u00bb (1254-1256); \u00abSomme contre les pa\u00efens\u00bb (1261 &#8211; 1264); \u00abTh\u00e9ologie de la Somme\u00bb (premi\u00e8re et deuxi\u00e8me parties, 1265 &#8211; 1268; troisi\u00e8me partie, 1272 &#8211; 1273 (non termin\u00e9e); commentaires sur les livres de Bo\u00e8ce \u00abDe la Trinit\u00e9\u00bb et \u00abDes semaines\u00bb (avant 1261); \u00abCommentaire sur la livre \u00abSur les noms divins\u00bb de saint Denys\u00bb (avant 1268); \u00abCommentaire sur le \u00abLivre des Raisons\u00bb (apr\u00e8s 1270); \u00abquestions\u00bb (questiones disputatae): \u00abSur la v\u00e9rit\u00e9\u00bb (1256-1259); \u00abDu pouvoir\u00bb (1259-1268), \u00abDe l&rsquo;\u00e2me\u00bb (1269-1270), \u00abDu mal\u00bb (1270-1271); \u00abDe l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;intellect contre les averro\u00efstes\u00bb (vers 1270), \u00abDu m\u00e9lange des \u00e9l\u00e9ments\u00bb (1270-1271), \u00abDe l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 du monde contre les r\u00e2leurs\u00bb (1271), etc.<\/p>\n<p align=\"justify\">La th\u00e9ologie et la philosophie, selon Thomas, sont l&rsquo;essence de la science au sens aristot\u00e9licien, c&rsquo;est-\u00e0-dire certains syst\u00e8mes de connaissances bas\u00e9s sur des principes premiers, \u00e0 partir desquels toutes les conclusions n\u00e9cessaires sont d\u00e9riv\u00e9es par le biais d&rsquo;un raisonnement syllogistique. La th\u00e9ologie et la philosophie sont des sciences ind\u00e9pendantes, puisque les principes de la th\u00e9ologie et les principes de la raison ne d\u00e9pendent pas les uns des autres. Certaines v\u00e9rit\u00e9s de la R\u00e9v\u00e9lation divine sont de nature supra-rationnelle (les dogmes de la Trinit\u00e9, le p\u00e9ch\u00e9 originel, etc.), d&rsquo;autres sont rationnellement compr\u00e9hensibles (l&rsquo;existence de Dieu, l&rsquo;immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me, etc.).<\/p>\n<p align=\"justify\">Les premi\u00e8res v\u00e9rit\u00e9s repr\u00e9sentent le contenu de la \u00abth\u00e9ologie de la R\u00e9v\u00e9lation\u00bb (ou \u00abdoctrine sacr\u00e9e\u00bb, latin sacra doctrina), la seconde &#8211; la \u00abth\u00e9ologie naturelle\u00bb, la plus haute de la s\u00e9rie des sciences philosophiques sp\u00e9culatives. La connaissance franche et super-rationnelle des choses et la connaissance \u00abnaturelle\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire naturelle, selon Thomas, ne peuvent se contredire, puisque toutes deux sont vraies. Le but et la t\u00e2che imm\u00e9diats de la science th\u00e9ologique sont la pr\u00e9sentation syst\u00e9matique et l&rsquo;interpr\u00e9tation d\u00e9taill\u00e9e des v\u00e9rit\u00e9s de la R\u00e9v\u00e9lation divine; Afin de rendre les preuves et les dispositions de la foi \u00abintelligibles\u00bb et convaincantes pour chacun, la th\u00e9ologie peut, selon Thomas, recourir aux services de la philosophie. Du point de vue de la r\u00e9alisation de l\u2019objectif principal de la doctrine chr\u00e9tienne, \u00e0 savoir le salut de l\u2019homme, la philosophie, affirme Thomas, est la \u00abservante de la th\u00e9ologie\u00bb. Arguant que la raison et la connaissance des choses d&rsquo;une personne peuvent contribuer directement au salut de l&rsquo;\u00e2me individuelle, Thomas, contrairement \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation n\u00e9gative des capacit\u00e9s de l&rsquo;homme en tant que mortel naturel et p\u00e9cheur, \u00e9tablie dans la culture th\u00e9ologique du Moyen \u00c2ge, ne minimise pas les possibilit\u00e9s de la connaissance rationnelle, mais trouve au contraire sa meilleure utilisation et sa justification ultime.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans la doctrine thomiste, comme dans la scolastique pr\u00e9c\u00e9dente, Dieu est identifi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00eatre, mais en m\u00eame temps le concept d&rsquo;\u00ab\u00eatre\u00bb chez Thomas est radicalement repens\u00e9. Avant lui, le concept fondamental \u00e0 travers lequel les th\u00e9ologiens tentaient d\u2019appr\u00e9hender l\u2019id\u00e9e d\u2019Etre divin \u00e9tait le concept d\u2019\u00abessence\u00bb (du latin essentia). Depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9, en tant qu&rsquo;essence d&rsquo;une chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire la certitude essentielle\/essentielle d&rsquo;\u00eatre, on identifie en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale ce qui correspond \u00e0 un nom; Il n\u2019y avait qu\u2019un seul point de d\u00e9saccord: si cet \u00eatre est une substance g\u00e9n\u00e9rique ou individuelle. Au contraire, Thomas, comme caract\u00e9ristique la plus \u00e9lev\u00e9e de l&rsquo;\u00eatre de la totalit\u00e9 de toutes les substances cr\u00e9\u00e9es, choisit la capacit\u00e9 des choses \u00e0 exister, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui en r\u00e9alit\u00e9 correspond non pas \u00e0 un nom, mais \u00e0 un verbe, \u00e0 savoir un mot avec un sens caract\u00e9ristique &#8211; \u00ab\u00eatre\u00bb (latin esse). Thomas a emprunt\u00e9 \u00e0 Avicenne cette doctrine de la distinction entre \u00abessence\u00bb et \u00abexistence\u00bb. Dans le m\u00eame temps, il souscrivait \u00e0 l&rsquo;objection propos\u00e9e plus tard par un autre penseur arabe m\u00e9di\u00e9val remarquable, Averro\u00e8s, qui soutenait que l&rsquo;existence d&rsquo;une chose existante n&rsquo;est pas un accident: \u00abL&rsquo;existence (esse) d&rsquo;une chose\u00bb, \u00e9crit Thomas, \u00abbien que ce soit autre chose que son essence, il ne faut pas le comprendre comme quelque chose qui s&rsquo;y ajoute, comme un accident\u00bb (Summa Theology, I, question 50, paragraphe 2, r\u00e9ponse \u00e0 la troisi\u00e8me objection). Du point de vue d&rsquo;Averro\u00e8s, il s&rsquo;agissait l\u00e0 d&rsquo;un argument d\u00e9cisif contre la validit\u00e9 de la distinction m\u00eame entre essence et existence. Cependant, Thomas tire de cette pr\u00e9misse une conclusion qui s\u2019\u00e9carte sensiblement de la conclusion d\u2019Averro\u00e8s. En effet, si l\u2019opposition initiale dans le concept de \u00abchose\u00bb est prise, comme le fait Aristote, par la diff\u00e9rence entre la forme et la mati\u00e8re, et que la chose est comprise comme le r\u00e9sultat de leur combinaison, c\u2019est-\u00e0-dire comme une essence avec des traits accidentels, alors seulement cela peut avoir lieu dans une chose qui co\u00efncide soit avec la mati\u00e8re, soit avec la forme, soit avec l&rsquo;accident.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si l&rsquo;\u00eatre ne co\u00efncide pas avec l&rsquo;essence d&rsquo;une chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire s&rsquo;il ne d\u00e9coule ni de la mati\u00e8re, ni de la forme, ni de leur combinaison, alors il reste une possibilit\u00e9: l&rsquo;attribuer \u00e0 la chose comme \u00e0 son accident (c&rsquo;est-\u00e0-dire un biens accidentels). Mais pour les scolastiques de l\u2019Occident latin, l\u2019\u00eatre n\u2019est pas le hasard d\u2019une chose. D&rsquo;apr\u00e8s le c\u00e9l\u00e8bre Augustinien du XIIIe si\u00e8cle. Henri de Gand, \u00abavant la cr\u00e9ation d\u2019une chose, aucune essence ne pouvait na\u00eetre\u00bb. Comment Thomas d\u2019Aquin r\u00e9sout-il ce probl\u00e8me? Les caract\u00e9ristiques ontologiques primaires des choses sont mises en \u00e9vidence par Thomas de telle mani\u00e8re que les choses qui les poss\u00e8dent seraient corr\u00e9l\u00e9es les unes aux autres &#8211; soit comme coexistant, soit comme \u00e9mergeant les unes des autres \u00e0 la suite d&rsquo;un changement. Les caract\u00e9ristiques principales sont introduites par paires: puissance &#8211; acte, mati\u00e8re &#8211; forme, substance &#8211; accident, etc., par contraste, r\u00e9v\u00e9lant le contenu de chacune des deux caract\u00e9ristiques. La distinction initiale est d\u00e9termin\u00e9e par l&rsquo;opposition \u00abpuissance \u2013 acte\u00bb. Cette distinction, comme la plupart des autres sch\u00e9mas conceptuels de l\u2019ontologie thomiste, remonte \u00e0 Aristote, mais dans le concept de Thomas, elle prend un sens nouveau. Les concepts d&rsquo;\u00abent\u00e9l\u00e9chie\u00bb et d&rsquo;\u00ab\u00e9nergie\u00bb (en transcription latine &#8211; actus, \u00abacte\u00bb) ont \u00e9t\u00e9 introduits par Aristote afin d&rsquo;expliquer le fait de \u00abmouvement\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire de \u00abvariabilit\u00e9\u00bb, en relation avec l&rsquo;existence de substances naturelles individuelles. \u00abL&rsquo;ent\u00e9l\u00e9chie\u00bb est un \u00e9tat atteint par une chose au cours de son acquisition coh\u00e9rente en \u00ab\u00e9nergie\u00bb de toutes les caract\u00e9ristiques essentielles qui lui sont destin\u00e9es par nature &#8211; et, en premier lieu, celles qu&rsquo;elle doit poss\u00e9der pour \u00eatre class\u00e9e comme une certaine genre et esp\u00e8ce (universel).<\/p>\n<p align=\"justify\">La distinction aristot\u00e9licienne entre puissance et acte (\u00abent\u00e9l\u00e9chie\u00bb) \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 une autre opposition importante dans la m\u00e9taphysique aristot\u00e9licienne, \u00e0 savoir l&rsquo;opposition entre mati\u00e8re et forme. En fait, mati\u00e8re et puissance sont deux termes diff\u00e9rents utilis\u00e9s par Aristote pour d\u00e9signer la m\u00eame chose. La forme n\u2019est pas seulement une quantit\u00e9 spatiale ou physique, mais avant tout une caract\u00e9ristique ontologique d\u2019une chose. Selon la logique d\u2019Aristote, seul ce qui a une forme peut exister. La donation actuelle d&rsquo;une substance (l&rsquo;existence) et la certitude caract\u00e9ristique de son \u00eatre (en tant que quelque chose de d\u00e9fini) sont ins\u00e9parables l&rsquo;une de l&rsquo;autre. Ainsi, pour Aristote, le passage de la puissance \u00e0 l\u2019acte est un passage de ce qui n\u2019a ni forme ni \u00eatre, aux choses qui existent gr\u00e2ce \u00e0 la pr\u00e9sence de la forme. Si l&rsquo;\u00eatre est indissociable de la forme, alors la raison de l&rsquo;existence d&rsquo;une chose co\u00efncidera avec la raison qui d\u00e9termine la pr\u00e9sence d&rsquo;une certaine forme. \u00ab\u00catre\u00bb et \u00ab\u00eatre quelque chose\u00bb s&rsquo;av\u00e8rent dans ce cas identiques l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre. Thomas d&rsquo;Aquin, en revanche, consid\u00e8re comme le moment cl\u00e9 de la structure des choses l&rsquo;acte d&rsquo;accomplissement de l&rsquo;\u00eatre, qui est indiqu\u00e9 par le verbe de liaison \u00abest\u00bb. \u00abEst\u00bb (\u00eatre) est une caract\u00e9ristique qui appartient \u00e0 toutes les choses cr\u00e9\u00e9es, malgr\u00e9 la diff\u00e9rence dans leurs formes. L&rsquo;acte d&rsquo;\u00eatre est primordial tant par rapport \u00e0 la forme que par rapport \u00e0 la substance individuelle. En m\u00eame temps, consid\u00e9r\u00e9e en elle-m\u00eame, elle n&rsquo;a rien de commun avec les essences des choses finies, pour lesquelles leur propre existence est toujours limit\u00e9e par une certaine caract\u00e9ristique essentielle, ce qu&rsquo;on appelle \u00abquoi\u00bb (latin: quidditas): pour les choses cr\u00e9\u00e9es, \u00abexister\u00bb signifie toujours \u00ab\u00eatre quelque chose de sp\u00e9cifique\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, l&rsquo;utilisation de la notion d&rsquo;\u00abacte d&rsquo;\u00eatre\u00bb a permis \u00e0 Thomas d&rsquo;Aquin, dans un premier temps, d&rsquo;exprimer ce qui vient \u00e0 l&rsquo;essence de chaque chose au moment de sa cr\u00e9ation, \u00e0 savoir l&rsquo;\u00eatre que lui conf\u00e8re le Cr\u00e9ateur, qui en est la cause. de toute existence, et, deuxi\u00e8mement, pour justifier la diff\u00e9rence radicale entre l&rsquo;\u00catre pur et infini et l&rsquo;existence de choses finies, limit\u00e9es par une forme ou une autre. Selon Thomas, Dieu est l\u2019acte d\u2019\u00eatre par lequel toutes choses naissent, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles deviennent des choses dont on peut dire qu\u2019elles existent. Il n\u2019y a rien en Dieu auquel l\u2019existence puisse \u00eatre attribu\u00e9e, affirme Thomas; son propre \u00eatre est ce qu\u2019est Dieu. Un tel \u00eatre d\u00e9passe toute conception possible. Nous pouvons \u00e9tablir que Dieu existe, mais nous ne pouvons pas savoir qu\u2019il existe, car il n\u2019y a pas de \u00abquoi\u00bb en lui; et puisque toute notre exp\u00e9rience concerne des choses qui ont de l&rsquo;existence, nous ne pouvons pas imaginer \u00eatre comme tels, ne se rapportant \u00e0 rien: \u00abNous pouvons donc prouver la v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;affirmation \u00abDieu est\u00bb, mais dans ce seul cas nous ne pouvons pas conna\u00eetre le sens de l&rsquo;affirmation \u00abDieu est\u00bb. verbe \u00abest\u00bb (Summa Theologica, I, question 3, paragraphe 4, r\u00e9ponse \u00e0 la deuxi\u00e8me objection). L&rsquo;homme n&rsquo;a acc\u00e8s qu&rsquo;\u00e0 la connaissance des choses cr\u00e9\u00e9es, qui ne sont pas simples, mais composites, c&rsquo;est-\u00e0-dire compos\u00e9es \u00e0 la fois d&rsquo;essence et d&rsquo;existence. Le verbe \u00abest\u00bb en relation avec une seule substance indique un \u00eatre fini (existence) limit\u00e9 par la forme (essence). Contrairement aux choses, l\u2019existence de Dieu est infinie; n\u2019\u00e9tant limit\u00e9 par aucune d\u00e9finition, il \u00e9chappe \u00e0 toute repr\u00e9sentation possible et est totalement inexprimable.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;id\u00e9e platonicienne-augustinienne de l&rsquo;\u00e2me humaine en tant que substance spirituelle ind\u00e9pendante du corps, avec la capacit\u00e9 de contempler directement les v\u00e9rit\u00e9s \u00e9ternelles incr\u00e9\u00e9es (c&rsquo;est-\u00e0-dire les id\u00e9es divines) \u00e0 la lumi\u00e8re de \u00abl&rsquo;illumination\u00bb divine (latin illuminatio), Thomas remplace le concept de l&rsquo;\u00e2me comme forme, qui remonte aux corps d&rsquo;Aristote. L&rsquo;\u00e2me, unie au corps, n&rsquo;a pas la capacit\u00e9 de percevoir directement Dieu et les plans divins qu&rsquo;elle contient virtuellement, et pas r\u00e9ellement, &#8211; les id\u00e9es \u00e9ternelles (identifi\u00e9es chez Thomas aux universalia ante res, c&rsquo;est-\u00e0-dire litt\u00e9ralement \u00abuniversaux pr\u00e9-substantiels\u00bb); en m\u00eame temps, il existe toujours pour elle un chemin de compr\u00e9hension rationnelle, qui, quant \u00e0 elle, est le r\u00e9sultat de l&rsquo;activit\u00e9 conjointe des sens et de l&rsquo;intellect: \u00abSelon la loi de sa nature, l&rsquo;homme parvient \u00e0 l&rsquo;intelligible. par le sensoriel, car toute notre connaissance prend sa source dans les perceptions sensorielles\u00bb (Summa Theology, I, question 1, paragraphe 9. Traduction de S. S. Averintsev). L&rsquo;influence des formes substantielles des choses individuelles (universalia in re &#8211; \u00abuniversaux substantiels\u00bb) conduit \u00e0 la formation dans l&rsquo;\u00e2me de leurs images-similarit\u00e9s sensorielles, dont l&rsquo;intellect naturel fait abstraction de la totalit\u00e9 des caract\u00e9ristiques essentielles des choses mat\u00e9rielles sous la forme de concepts g\u00e9n\u00e9raux &#8211; universaux (universalia post res &#8211; \u00abuniversaux post-substantiels\u00bb). Dans son activit\u00e9 cognitive, l&rsquo;intellect est guid\u00e9 par les premiers principes qui constituent les d\u00e9buts de toute connaissance, par exemple les lois logiques. Ces principes pr\u00e9existent pratiquement dans l&rsquo;\u00e2me, mais ne sont finalement form\u00e9s par l&rsquo;intellect que dans le processus de connaissance des choses sensorielles. Puisque l&rsquo;esprit humain n&rsquo;a pas une id\u00e9e ad\u00e9quate de l&rsquo;essence divine, identique \u00e0 l&rsquo;existence, il est impossible de prouver directement l&rsquo;existence de Dieu, ce qui se fonderait sur une analyse du concept de l&rsquo;\u00catre le plus parfait contenu dans le intellect (\u00abargument ontologique\u00bb d\u2019Anselme de Cantorb\u00e9ry). Cependant, des preuves indirectes sont possibles, provenant de l&rsquo;examen des cr\u00e9ations. Thomas d&rsquo;Aquin formule cinq de ces preuves (du latin quinque viae, \u00abcinq voies\u00bb ou \u00abcinq preuves\u00bb): 1) ex motu, \u00ab\u00e0 partir du mouvement\u00bb; 2) ex ratione efficientis, \u00abde la cause productrice\u00bb; 3) ex contingente et necessario, \u00abde n\u00e9cessit\u00e9 et de non-n\u00e9cessit\u00e9\u00bb; 4) ex gradibus perfectionis, \u00ab\u00e0 partir de degr\u00e9s de perfection\u00bb; et 5) ex gubernatione rerum, \u00abde la direction divine des choses\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans la premi\u00e8re preuve, Thomas part de choses qui \u00abbougent\u00bb (bougent, changent qualitativement et quantitativement, surgissent, sont d\u00e9truits), c&rsquo;est-\u00e0-dire s&rsquo;effor\u00e7ant ainsi de r\u00e9aliser de nombreux potentiels diff\u00e9rents, d&rsquo;exister \u00abun Premier Moteur \u00e9ternel et inamovible\u00bb, d\u00e9pourvu de toute mat\u00e9rialit\u00e9 et potentialit\u00e9; dans le second &#8211; de l&rsquo;existence d&rsquo;un ordre ou d&rsquo;une hi\u00e9rarchie de causes efficientes \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une cause premi\u00e8re premi\u00e8re, jamais conditionn\u00e9e par quoi que ce soit; dans le troisi\u00e8me &#8211; de l&rsquo;existence de choses capables de gagner l&rsquo;existence et de la perdre (pas n\u00e9cessairement existantes), \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00catre absolument n\u00e9cessaire; dans le quatri\u00e8me &#8211; depuis l&rsquo;existence de degr\u00e9s de perfection dans les choses finies jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;existence des \u00eatres, qui sont la cause de toutes les perfections limit\u00e9es; et cinqui\u00e8mement, de la causalit\u00e9 cibl\u00e9e dans les choses mat\u00e9rielles \u00e0 l&rsquo;existence de la Raison, responsable de l&rsquo;ordre et de l&rsquo;am\u00e9lioration du monde. Le raisonnement g\u00e9n\u00e9ral ici est le suivant: la pr\u00e9sence des choses existantes et de leurs caract\u00e9ristiques essentielles telles que le mouvement, la perfection relative, etc., pr\u00e9suppose qu&rsquo;il existe des raisons qui d\u00e9terminent l&rsquo;existence des deux choses et leurs propri\u00e9t\u00e9s inh\u00e9rentes; l&rsquo;\u00e9ventail des causes qui donnent naissance aux choses et aux propri\u00e9t\u00e9s des choses doit n\u00e9cessairement \u00eatre limit\u00e9, car autrement rien ne pourrait r\u00e9ellement arriver; par cons\u00e9quent, conclut Thomas, l&rsquo;existence des choses cr\u00e9\u00e9es pr\u00e9suppose la pr\u00e9sence d&rsquo;une certaine cause premi\u00e8re \u00e9ternelle et infinie, qui est, selon la parole de l&rsquo;\u00c9criture, le Dieu tout-puissant et inconnaissable.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;existence de choses incorporelles cr\u00e9\u00e9es (principalement les anges et l&rsquo;intellect humain, c&rsquo;est-\u00e0-dire la partie rationnelle de l&rsquo;\u00e2me) est quelque chose de beaucoup plus complexe et instable par rapport \u00e0 l&rsquo;inexplicable simplicit\u00e9 divine de l&rsquo;\u00eatre r\u00e9ellement existant en raison de la diff\u00e9rence entre leur essence et leur existence. Quant aux substances mat\u00e9rielles, elles se caract\u00e9risent par une double composition: de la mati\u00e8re combin\u00e9e \u00e0 la forme et combin\u00e9e avec \u00abquoi\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire encore une fois, l&rsquo;essence et l&rsquo;existence. Chez l&rsquo;homme, l&rsquo;essence immortelle et incorporelle &#8211; l&rsquo;\u00e2me pensante &#8211; remplit simultan\u00e9ment la fonction de forme par rapport au corps mortel: elle conf\u00e8re l&rsquo;existence \u00e0 un corps concret (\u00abl&rsquo;anime\u00bb), l&rsquo;ayant d&rsquo;abord re\u00e7u de Dieu &#8211; le pur \u00ab\u00a0activit\u00e9 de l\u2019\u00eatre\u00bb (latin actus essendi). Chaque chose, selon Thomas, a une forme unique de son existence, qui d\u00e9termine l&rsquo;ensemble de ses caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9riques et sp\u00e9cifiques, c&rsquo;est-\u00e0-dire le \u00abquoi\u00bb d&rsquo;une substance: \u00abUne chose a une existence substantielle. Mais l&rsquo;\u00eatre substantiel se communique par la forme substantielle. Par cons\u00e9quent, une chose n\u2019a qu\u2019une seule forme substantielle\u00bb (Summa Theology, I, question 76, paragraphe 4. Traduit par S.S. Averintsev). La diff\u00e9rence individuelle des choses identiques en apparence est due \u00e0 la mati\u00e8re premi\u00e8re, qui appara\u00eet chez Thomas comme le principe de l&rsquo;individuation.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le principe de distinction r\u00e9elle entre essence et existence, d\u00e9fendu par Thomas, lui a permis d&rsquo;abandonner l&rsquo;hypoth\u00e8se de la pluralit\u00e9 des formes substantielles par rapport \u00e0 l&rsquo;existence de substances mat\u00e9rielles individuelles. Les pr\u00e9d\u00e9cesseurs de Thomas, ainsi que plusieurs de ses contemporains (dont Bonaventure), \u00e9taient en d\u00e9saccord avec l&rsquo;enseignement<\/p>\n<p align=\"justify\">Aristote sur la pr\u00e9sence d&rsquo;une seule forme substantielle dans une seule chose physique (d&rsquo;o\u00f9 d\u00e9coulait la d\u00e9claration sur l&rsquo;\u00e2me comme forme substantielle du corps), car \u00e0 partir de l\u00e0, il \u00e9tait facile de supposer qu&rsquo;avec la mort du corps, l&rsquo;\u00e2me \u00eatre \u00e9galement d\u00e9truit, car la forme ne peut exister sans la mati\u00e8re du tout, dont elle est la forme (ce qu&rsquo;on appelle le principe de l&rsquo;hyl\u00e9morphisme). Afin de ne pas tomber dans la contradiction, ces philosophes ont \u00e9t\u00e9 contraints de supposer que l&rsquo;\u00e2me, comme le corps, est une substance ind\u00e9pendante, constitu\u00e9e de sa propre forme et de sa mati\u00e8re incorporelle (spirituelle), qui continue donc d&rsquo;exister apr\u00e8s la d\u00e9sint\u00e9gration et la mort de la nature mortelle de courte dur\u00e9e. En cons\u00e9quence, il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;une personne, comme toute chose, puisque de nombreuses formes y sont simultan\u00e9ment pr\u00e9sentes, perd son unit\u00e9 sp\u00e9cifique, car elle s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre constitu\u00e9e de plusieurs substances (mat\u00e9rielles) ind\u00e9pendantes. La vision de \u00abl&rsquo;acte d&rsquo;\u00eatre\u00bb comme une \u00abaction\u00bb et non une \u00abessence\u00bb qui cr\u00e9e \u00e0 la fois une chose individuelle et la forme d&rsquo;une substance individuelle permet, selon Thomas, de r\u00e9soudre correctement ce probl\u00e8me. Apr\u00e8s la mort du corps, l&rsquo;\u00e2me reste une substance, mais non pas physique, constitu\u00e9e de forme et de mati\u00e8re spirituelle, mais une substance immat\u00e9rielle, constitu\u00e9e d&rsquo;essence et d&rsquo;existence (comme les anges), et, par cons\u00e9quent, ne cesse pas exister. Le caract\u00e8re unique de la forme substantielle chez l&rsquo;homme, comme dans toute substance cr\u00e9\u00e9e, explique l&rsquo;unit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 chacune d&rsquo;elles.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9ruption dans les ann\u00e9es 1270. sur la vague g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;enthousiasme pour la physique et la m\u00e9taphysique d&rsquo;Aristote, la crise, qui re\u00e7ut plus tard le nom d&rsquo;\u00abaverro\u00efste\u00bb, fut en m\u00eame temps une crise de toute la culture scolastique m\u00e9di\u00e9vale, puisqu&rsquo;elle affecta toutes ses principales pr\u00e9misses th\u00e9oriques, et tout d&rsquo;abord le principal postulat scolastique, qui affirmait l&rsquo;harmonie entre la foi et la raison, la r\u00e9v\u00e9lation de la v\u00e9rit\u00e9 et la rationalit\u00e9 humaine. Les principaux repr\u00e9sentants de ce qu&rsquo;on appelle. \u00abL&rsquo;averro\u00efsme parisien\u00bb au XIIIe si\u00e8cle (au nom d&rsquo;Averro\u00e8s, le plus grand interpr\u00e8te d&rsquo;Aristote en Orient musulman, dont les textes parurent \u00e0 Paris au plus t\u00f4t dans les ann\u00e9es 1230), il y avait deux professeurs de la facult\u00e9 des \u00abarts\u00bb &#8211;\u00a0 <strong>Siger de Brabant<\/strong> (vers 1235 \/ 1240 &#8211; entre 1281 et 1284; principaux ouvrages: commentaires sur le troisi\u00e8me livre de l&rsquo;ouvrage d&rsquo;Aristote \u00abSur l&rsquo;\u00e2me\u00bb, 1268\/1269, sur la \u00abPhysique\u00bb (livres I-IV et VIII) et la \u00abM\u00e9taphysique\u00bb (livres II-VII) d&rsquo;Aristote, 1272\/1273, ainsi que les trait\u00e9s \u00abSur l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 du monde\u00bb, \u00abSur l&rsquo;\u00e2me raisonnable\u00bb, \u00abSur la n\u00e9cessit\u00e9 et l&rsquo;accident des causes\u00bb, \u00abSur l&rsquo;impossible\u00bb, etc., \u00e9crits principalement en 1271 &#8211; 1274 ) et <strong>Bo\u00e8ce de Dacie<\/strong> (esprit jusqu&rsquo;en 1284; ouvrages principaux: commentaires sur les ouvrages d&rsquo;Aristote \u00abTopika\u00bb, \u00abPhysique\u00bb, \u00abSur l&rsquo;origine et la destruction\u00bb, ainsi que des trait\u00e9s: \u00abSur les m\u00e9thodes de d\u00e9signation\u00bb, 1268-1272 , \u00abDu Bien supr\u00eame ou de la vie d&rsquo;un philosophe\u00bb, \u00abDes r\u00eaves ou de la pr\u00e9voyance acquise dans les r\u00eaves\u00bb et \u00abDe l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 du monde\u00bb, vers 1270). Parmi les nombreux repr\u00e9sentants de \u00abl&rsquo;averro\u00efsme\u00bb qui v\u00e9curent au XIVe si\u00e8cle, se distinguent en premier les noms de <strong>Jean de Gendin<\/strong>\u00a0(mort en 1328) et\u00a0<strong>de Marsile de Padoue<\/strong>\u00a0(mort vers 1342) .<\/p>\n<p align=\"justify\">La \u00abcrise averro\u00efste\u00bb est n\u00e9e de la triple imbrication de plusieurs contradictions aggrav\u00e9es dans la structure de l&rsquo;Universit\u00e9 de Paris au milieu du XIIIe si\u00e8cle: entre le monachisme et le sacerdoce (hi\u00e9rarques de l&rsquo;\u00c9glise et repr\u00e9sentants des ordres monastiques); entre Aristot\u00e9liciens et Augustins; entre philosophes et th\u00e9ologiens (professeurs de la Facult\u00e9 de Th\u00e9ologie et de la Facult\u00e9 des Arts). Deux th\u00e8ses \u00e9taient sp\u00e9cifiquement \u00abaverro\u00efstes\u00bb dans les enseignements des deux ma\u00eetres: 1) sur l&rsquo;autosuffisance des \u00e9tudes philosophiques pour qu&rsquo;une personne trouve le bonheur dans son existence terrestre quotidienne 2) sur l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;intelligence \u00abpotentielle\u00bb dans toutes les substances individuelles rationnelles, c&rsquo;est-\u00e0-dire les gens: la f\u00e9licit\u00e9, accessible \u00e0 l&rsquo;homme sur terre, r\u00e9side dans l&rsquo;unit\u00e9 avec l&rsquo;intellect \u00abactif\u00bb; l&rsquo;\u00e2me rationnelle n&rsquo;est pas li\u00e9e au corps humain par son \u00eatre m\u00eame, mais seulement par l&rsquo;action (\u00abl&rsquo;acte\u00bb) qu&rsquo;elle accomplit. Les enseignements des \u00abaverro\u00efstes\u00bb furent ensuite condamn\u00e9s \u00e0 deux reprises: 1) en 1270 (13 th\u00e8ses). , en particulier, que \u00abl\u2019intellect de tous les hommes est un en nombre et un et le m\u00eame\u00bb; \u00abla volont\u00e9 humaine d\u00e9sire et fait des choix bas\u00e9s sur la n\u00e9cessit\u00e9\u00bb; \u00abtout ce qui se passe dans ce monde est soumis \u00e0 la loi des corps c\u00e9lestes\u00bb; \u00able monde est \u00e9ternel\u00bb; \u00abDieu ne conna\u00eet pas les choses individuelles\u00bb; \u00abDieu ne conna\u00eet rien d&rsquo;autre que Lui-m\u00eame\u00bb; \u00ables actions de l\u2019homme ne sont pas dirig\u00e9es par la Providence divine\u00bb; 2) en 1277 (219 th\u00e8ses, dont peu peuvent \u00eatre qualifi\u00e9es sp\u00e9cifiquement d&rsquo;\u00abaverro\u00efstes\u00bb), en particulier, que \u00abla r\u00e9surrection prochaine ne doit pas \u00eatre reconnue par un philosophe, puisqu&rsquo;elle ne peut \u00eatre \u00e9tudi\u00e9e par la raison\u00bb; \u00abSeuls les philosophes sont les sages du monde\u00bb;\u00a0 il n&rsquo;y a pas de meilleur \u00e9tat que de faire de la philosophie\u00bb; \u00abLa chastet\u00e9 en soi n&rsquo;est pas une vertu\u00bb; \u00abl&rsquo;abstinence totale des relations charnelles nuit \u00e0 la vertu et \u00e0 la race humaine\u00bb; \u00abLa loi chr\u00e9tienne contient des fables et des erreurs, comme toutes les autres religions\u00bb; \u00abLa loi chr\u00e9tienne entrave la science\u00bb; \u00able bonheur est dans cette vie, et non dans une autre\u00bb, et aussi que \u00abla seule Cause Premi\u00e8re ne produit n\u00e9cessairement qu&rsquo;une seule chose et ce qui lui est directement li\u00e9\u00bb et, par cons\u00e9quent, \u00abDieu n&rsquo;est pas capable de instantan\u00e9ment et produire en toute libert\u00e9 beaucoup de choses diff\u00e9rentes. Dans le Prologue de la \u00ab Condamnation\u00bb de 1277, dont le texte fut r\u00e9dig\u00e9 par l&rsquo;\u00e9v\u00eaque parisien Etienne Tampier (mort en 1279) au nom du pape Jean XXI (ancien logicien c\u00e9l\u00e8bre Pierre d&rsquo;Espagne, mort en 1277), la formulation de la th\u00e9orie de la \u00abdouble v\u00e9rit\u00e9\u00bb (duplex veritas), directement adress\u00e9e aux \u00abaverro\u00efstes\u00bb (on ne la trouve pas dans les textes survivants de Bo\u00e8ce et de Siger): \u00abEn effet, ils disent que d&rsquo;autres choses sont vraies selon la philosophie, mais elles le sont il n\u2019en est pas ainsi selon la foi catholique, comme s\u2019il y avait deux v\u00e9rit\u00e9s oppos\u00e9es, comme si la v\u00e9rit\u00e9 des Saintes \u00c9critures pouvait \u00eatre r\u00e9fut\u00e9e par la v\u00e9rit\u00e9 des textes des pa\u00efens, maudits par Dieu lui-m\u00eame. Par la suite, cette th\u00e9orie fut r\u00e9duite au \u00abcredo\u00bb lapidaire des philosophes \u00abaverro\u00efstes\u00bb, formul\u00e9 par leur plus redoutable adversaire \u00e0 la fin du XIIIe &#8211; d\u00e9but du XIVe si\u00e8cle, c\u00e9l\u00e8bre logicien, mystique, missionnaire, \u00e9crivain religieux Raymond Lull (c. 1232 \/ 1235 &#8211; d. c. 1316): \u00abJe crois que la foi est vraie, et je comprends qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas vraie (credo fidem esse veram, et intelligo quod non est vera).\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">La condamnation parisienne de 1277 provoqu\u00e9e au tournant des XIIIe-XIVe si\u00e8cles. toute une s\u00e9rie d&rsquo;influences et de distinctions mutuelles extr\u00eamement significatives, initialement implicites, critiques (philosophiques) et dogmatiques (th\u00e9ologiques), qui sont devenues la preuve de la crise de la pens\u00e9e scolastique m\u00e9di\u00e9vale, d&rsquo;une part, et de la naissance de nouvelles fa\u00e7ons d&rsquo;envisager les probl\u00e8mes du monde et de Dieu, de l&rsquo;autre. L&rsquo;affirmation du principe de la toute-puissance absolue de Dieu Cr\u00e9ateur, proclam\u00e9e dans les th\u00e8ses (ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les \u00abcontre-th\u00e8ses\u00bb) de la \u00abListe\u00bb (Syllabus latin) d&rsquo;Etienne Tampier, pr\u00e9supposait ainsi l&rsquo;absurdit\u00e9 de toute poursuite de \u00abth\u00e9ologie naturelle\u00bb en substance, c&rsquo;est-\u00e0-dire des jugements sur Dieu, par analogie avec le statut d&rsquo;existence r\u00e9alis\u00e9 des choses cr\u00e9\u00e9es, et met en avant en premier lieu la doctrine de la s\u00e9paration de la divinit\u00e9 supra-rationnelle (impr\u00e9visible et incompr\u00e9hensible) et de la \u00abth\u00e9ologie naturelle\u00bb de l&rsquo;\u00eatre (calculable par la raison et exprim\u00e9 dans un concept g\u00e9n\u00e9ral), c&rsquo;est-\u00e0-dire, d&rsquo;une part, la \u00abth\u00e9ologie R\u00e9v\u00e9lation\u00bb, et un ensemble de disciplines individuelles \u00abnaturelles\u00bb (logique, physique, biologie, psychologie, etc. ).<\/p>\n<p align=\"justify\">Un nouveau regard sur la relation entre la foi et la raison, Dieu et le monde, le miracle du salut et la sophistication humaine a \u00e9t\u00e9 formul\u00e9 \u00e0 la fin de la scolastique dans les enseignements philosophiques de deux th\u00e9ologiens franciscains &#8211;\u00a0<strong>Jean Duns Scot<\/strong> (1265\/1266-1308; \u00abDoctor subtilis\u00bb, \u00abLe Docteur subtil\u00bb; ouvrages principaux: \u00abCommentaire sur les quatre livres de phrases\u00bb de Pierre de Lombardie, ou \u00abEssai d&rsquo;Oxford\u00bb; \u00abQuestions sur le livre d&rsquo;Aristote \u00abDe l&rsquo;\u00e2me\u00bb\u00bb; trait\u00e9 \u00abDu premier commencement\u00bb; \u00abLes questions subtiles sur la \u00abm\u00e9taphysique\u00bb d&rsquo;Aristote et autres) et <strong>Guillaume d&rsquo;Ockham<\/strong> (c. 1285-1347; \u00abVenerabilis inceptor\u00bb, \u00abL&rsquo;honorable d\u00e9butant\u00bb; ouvrages principaux: \u00abCommentaire sur les \u00ab\u00a0Quatre\u00a0\u00bb) livres de maximes\u00a0\u00bb de Pierre de Lombardie\u00a0\u00bb, 1317-1322; \u00ab\u00a0Code de toute logique\u00a0\u00bb, 1319\/1320 &#8211; pas avant le d\u00e9but de 1340; \u00ab\u00a0Commentaire sur la physique d&rsquo;Aristote\u00a0\u00bb, 1321 &#8211; 1323; La prescience de Dieu des \u00e9v\u00e9nements futurs inutiles\u00bb, jusqu&rsquo;en 1323 Quodlibeta (vol. e. \u00abQuestions sur des sujets arbitraires\u00bb), jusqu&rsquo;en 1323; \u00ab\u00a0Quatre-vingt-dix jours de travail\u00a0\u00bb, ca. 1331; \u00abDialogue entre professeur et \u00e9l\u00e8ve\u00bb, 1334-1338 ; \u00ab\u00a0Br\u00e9viloquius\u00a0\u00bb, 1342; \u00ab\u00a0Sur le pouvoir imp\u00e9rial et papal\u00a0\u00bb, c. 1347, etc.).<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Duns Scot, le premier objet naturel de l&rsquo;esprit, et donc le sujet de la science philosophique, n&rsquo;est pas la forme d&rsquo;une substance mat\u00e9rielle, comme le croyait Thomas d&rsquo;Aquin, ni Dieu en tant qu&rsquo;\u00catre supr\u00eame, comme le croyait Henri de Gand, car par exemple, mais \u00abl&rsquo;\u00eatre comme tel\u00bb (du latin ens qua ens), puisque c&rsquo;est cet objet que l&rsquo;esprit humain est capable, d&rsquo;une part, de comprendre de mani\u00e8re ad\u00e9quate et primordiale (l&rsquo;essence de Dieu est incompr\u00e9hensible) et, d&rsquo;autre part. d&rsquo;autre part, \u00e0 travers sa compr\u00e9hension, discerner progressivement l&rsquo;essence de toutes les choses cr\u00e9\u00e9es &#8211; mat\u00e9rielles et celles qui ne le sont pas (\u00e2me, anges d\u00e9sincarn\u00e9s, etc.).<\/p>\n<p align=\"justify\">Duns Scot consid\u00e8re l&rsquo;esprit humain comme l&rsquo;une des capacit\u00e9s de l&rsquo;\u00e2me connaissante, qui peut \u00eatre mise en correspondance avec toute autre capacit\u00e9, par exemple la perception visuelle : tout ce qu&rsquo;une personne voit devant elle, elle le voit dans la mesure o\u00f9 elle a un ou, en d&rsquo;autres termes, parce que la couleur est un objet ad\u00e9quat de la capacit\u00e9 de voir avec les yeux, elle permet \u00e0 l&rsquo;\u00e2me de distinguer tous les corps poss\u00e9dant cette caract\u00e9ristique, tandis que les entit\u00e9s incolores restent indiscernables \u00e0 la vue. Ce qu&rsquo;est la couleur par rapport \u00e0 la perception visuelle, \u00ab\u00eatre en tant que tel\u00bb repr\u00e9sente pour notre capacit\u00e9 \u00e0 voir avec l&rsquo;esprit: tout ce qui existe est intelligible, et tout ce qui n&rsquo;est pas tel est incompr\u00e9hensible \u00e0 notre esprit. En m\u00eame temps, l&rsquo;esprit humain, estime Duns Scot, ne peut conna\u00eetre l&rsquo;\u00eatre que ce qu&rsquo;il extrait de l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es sensorielles: la connaissance directe de \u00abl&rsquo;\u00eatre en g\u00e9n\u00e9ral\u00bb lui est inaccessible, sans aucune d\u00e9finition suppl\u00e9mentaire (tout comme l&rsquo;\u0153il n&rsquo;est pas capable de capturer \u00ab\u00a0la couleur en tant que telle\u00a0\u00bb); il est seulement capable de conna\u00eetre un certain \u00eatre qui appartient \u00e0 la multitude des choses individuelles finies, ainsi que les caract\u00e8res essentiels et accidentels qui leur sont inh\u00e9rents par nature.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, le point fondamental de la philosophie de Scot devient la doctrine de \u00abl&rsquo;univocit\u00e9\u00bb de l&rsquo;existence (\u00eatre) (latin univocatio &#8211; \u00abunivocit\u00e9\u00bb). Cette doctrine suppose que, selon la d\u00e9finition du premier objet de l\u2019esprit humain, toute chose peut \u00eatre connue du fait qu\u2019elle existe \u2013 \u00e0 la fois Dieu et les choses cr\u00e9\u00e9es. La philosophie commence par le concept abstrait de \u00abl&rsquo;\u00eatre\u00bb, applicable \u00e9galement au Cr\u00e9ateur et aux cr\u00e9atures, et sur cette base elle prouve l&rsquo;existence de Dieu comme \u00eatre infini, puisque c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment la caract\u00e9ristique de l&rsquo;infini qui, selon Scot, est la propri\u00e9t\u00e9 la plus proche du Dieu unique et omnipotent. Contrairement aux choses finies, dont l&rsquo;existence est accidentelle, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire (puisqu&rsquo;elles peuvent exister ou exister), et de mani\u00e8re d\u00e9riv\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire caus\u00e9e par une cause sup\u00e9rieure, l&rsquo;\u00eatre infini a une existence n\u00e9cessaire (il ne peut pas mais existe), il est sans cause et sert de premier principe de l&rsquo;existence de toutes les choses finies. Selon Scot, seules les choses individuelles existent r\u00e9ellement (essentiellement); les formes et les essences (\u00abquoi\u00bb) existent \u00e9galement, mais pas r\u00e9ellement, mais exclusivement sous la forme d&rsquo;objets de l&rsquo;Esprit divin. Il appelle ces essences \u00abnatures\u00bb (lat. natura) des choses cr\u00e9\u00e9es, qui en tant que telles ne sont ni individuelles ni, au contraire, universelles, mais pr\u00e9c\u00e8dent l&rsquo;existence \u00e0 la fois du g\u00e9n\u00e9ral et de l&rsquo;individuel. Ainsi, par exemple, Duns Scot soutient que si l\u2019essence (\u00abnature\u00bb) d\u2019un cheval \u00e9tait singuli\u00e8re, alors il n\u2019y aurait qu\u2019un seul cheval; et si l&rsquo;essence \u00e9tait universelle, alors il n&rsquo;y aurait pas de chevaux du tout, puisque l&rsquo;individu ne peut pas \u00eatre d\u00e9riv\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral et, inversement, le g\u00e9n\u00e9ral ne peut pas \u00eatre d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;existence de choses individuelles est possible gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;ajout d&rsquo;un attribut sp\u00e9cial au \u00abquoi\u00bb \u00abnature\u00bb des choses &#8211; \u00abceci\u00bb (lat. haecceitas), qui transforme une chose donn\u00e9e en pr\u00e9cis\u00e9ment \u00abcette\u00bb substance et ne ressemble \u00e0 aucune autre. \u00abThisness\u00bb, \u00e9tant un ajout \u00e0 \u00abwhatness\u00bb, semble le \u00abcomprimer\u00bb; l&rsquo;essence (la forme, la \u00abnature\u00bb) d&rsquo;une substance perd pour cette raison sa divisibilit\u00e9. En combinaison avec \u00abceci\u00bb, \u00abquoi\u00bb, selon Scot, cesse d&rsquo;\u00eatre inh\u00e9rent \u00e0 un ensemble sp\u00e9cifique d&rsquo;individus d&rsquo;un genre et d&rsquo;une esp\u00e8ce particuliers et se transforme en sa propre caract\u00e9ristique de cette substance individuelle sp\u00e9cifique. La \u00abceci\u00bb s&rsquo;ajoute \u00e0 la \u00abnature g\u00e9n\u00e9rale\u00bb des choses, non pas comme une caract\u00e9ristique suppl\u00e9mentaire \u00e0 celles d\u00e9j\u00e0 existantes; une chose ne consiste pas en \u00abceci \u00bb et en \u00abnature\u00bb dans son ensemble en deux parties. L&rsquo;ajout de \u00abceci\u00bb signifie un changement dans le mode d&rsquo;existence de la \u00abnature g\u00e9n\u00e9rale\u00bb (essence, forme, id\u00e9e) d&rsquo;une seule substance: elle re\u00e7oit l&rsquo;existence r\u00e9elle. La \u00abthisness\u00bb est un \u00abacte d\u2019\u00eatre\u00bb qui transforme la forme d\u2019une substance en une caract\u00e9ristique unique d\u2019un individu. Le d\u00e9but qui fait de quelque chose un individu \u00abne doit pas \u00eatre compris comme une nouvelle forme, mais plut\u00f4t comme la r\u00e9alisation finale de la forme\u00bb (Oxford Essay, I, section 3, partie 1, question 6, paragraphe 12).<\/p>\n<p align=\"justify\">Duns Scot reconsid\u00e8re radicalement la relation entre le g\u00e9n\u00e9ral et l&rsquo;individu. Dans son enseignement, les individus sont dot\u00e9s d&rsquo;une existence plus parfaite que les genres et les esp\u00e8ces. L&rsquo;individualit\u00e9, selon Scot, \u00e9quivaut \u00e0 la perfection la plus \u00e9lev\u00e9e et finale, qui est dot\u00e9e d&rsquo;une chose qui re\u00e7oit l&rsquo;existence dans l&rsquo;acte de cr\u00e9ation divine. Ce n\u2019est qu\u2019en \u00e9tant un individu qu\u2019une chose devient r\u00e9ellement existante. L&rsquo;abstraction dans le processus de cognition d&rsquo;essences identiques, ou \u00abnatures\u00bb qui caract\u00e9risent les individus d&rsquo;un certain type et genre, \u00e0 partir des caract\u00e9ristiques individuelles de ces choses s&rsquo;accompagne de la transformation de ces \u00abnatures\u00bb en universaux (concepts g\u00e9n\u00e9raux).<\/p>\n<p align=\"justify\">D\u00e9finir le statut d\u2019\u00eatre des concepts universels comme d\u00e9signant quelque chose qui s\u2019est effectivement r\u00e9alis\u00e9 (c\u2019est-\u00e0-dire la \u00abnature\u00bb d\u2019une substance unique), mais qui n\u2019est pas une substance, nous permet de consid\u00e9rer cet enseignement comme une variante du conceptualisme m\u00e9di\u00e9val. La th\u00e9orie de la connaissance de Duns Scot se caract\u00e9rise par un contraste marqu\u00e9 entre les m\u00e9thodes de compr\u00e9hension intuitives et abstraites. L\u2019objet de la connaissance intuitive est l\u2019individu, per\u00e7u comme existant, l\u2019objet de l\u2019abstrait est le g\u00e9n\u00e9ral, c\u2019est-\u00e0-dire la \u00abnature\u00bb d\u2019une chose individuelle. Seul le premier type de cognition offre la possibilit\u00e9 d&rsquo;une interaction directe avec quelque chose qui existe r\u00e9ellement &#8211; avec \u00abl&rsquo;\u00eatre en tant que tel\u00bb. De par sa nature, l\u2019intellect humain a la capacit\u00e9 de compr\u00e9hension intuitive, mais dans son \u00e9tat quotidien et \u00abpr\u00e9sent\u00bb, il est limit\u00e9 \u00e0 la sph\u00e8re de la connaissance abstraite. C\u2019est pourquoi, affirme Duns Scot, le seul type d\u2019existence sans ambigu\u00eft\u00e9 que nous, les humains, pouvons comprendre directement est l\u2019existence sensorielle des choses individuelles. Dieu cr\u00e9e le monde en cr\u00e9ant les individus. L&rsquo;acte de cr\u00e9ation d&rsquo;un individu ne peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 par l&rsquo;Esprit divin selon l&rsquo;ordre rigide des concepts universels: l&rsquo;unique \u00abcela\u00bb n&rsquo;ob\u00e9it \u00e0 aucun st\u00e9r\u00e9otype \u00e9tabli dans sa propre existence. Seul le libre arbitre du Dieu infini est capable de cr\u00e9er l\u2019unique \u00abceci\u00bb d\u2019une seule substance. \u00abLa volont\u00e9 commande l&rsquo;entendement\u00bb, \u00e9crit Duns Scotus (Oxford Works, IV, section 6, question 11, paragraphe 4); \u00abLe sens de leur diff\u00e9rence est que l&rsquo;esprit est m\u00fb par un certain objet en raison d&rsquo;une n\u00e9cessit\u00e9 naturelle, tandis que la volont\u00e9 se meut librement\u00bb (Quaestiones quodlibetales, question 16, paragraphe 6).<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans l&rsquo;acte de cr\u00e9ation, la volont\u00e9 du Cr\u00e9ateur fait un choix parmi un nombre infini de possibilit\u00e9s compatibles pour les r\u00e9alisations futures des \u00abnatures communes\u00bb des substances individuelles. Ces \u00abnatures\u00bb dans l\u2019Intellect divin, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019identit\u00e9 \u00e9ternelle des plans ou id\u00e9es divins parfaits, ne diff\u00e8rent pas vraiment les unes des autres (comme les choses r\u00e9elles du monde cr\u00e9\u00e9, existant sous la forme de diverses substances), mais purement formellement. (lat. distinctio formalis &#8211; \u00abdiff\u00e9rence formelle\u00bb), c&rsquo;est-\u00e0-dire du point de vue d&rsquo;une d\u00e9finition formelle du statut d&rsquo;\u00eatre de \u00abnature g\u00e9n\u00e9rale\u00bb r\u00e9alis\u00e9 dans la r\u00e9alit\u00e9 des choses. De m\u00eame, \u00abformellement diff\u00e9rents\u00bb en Dieu sont la volont\u00e9 et la raison, les attributs parfaits (toute-puissance, bont\u00e9, pr\u00e9voyance, etc.) et les Personnes de la Trinit\u00e9 divine; par rapport aux choses cr\u00e9\u00e9es, il s&rsquo;agit avant tout de la volont\u00e9 et de la raison comme deux capacit\u00e9s principales de l&rsquo;\u00e2me individuelle, ainsi que du \u00abquoi\u00bb et du \u00abceci\u00bb des substances mat\u00e9rielles depuis la volont\u00e9 du Cr\u00e9ateur, Duns Scot croit, est absolument libre, alors son choix de possibilit\u00e9s compatibles en tant que propri\u00e9t\u00e9s des choses individuelles est compl\u00e8tement accidentel, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, \u00abinutile\u00bb. La toute-puissance de Dieu n&rsquo;a pas de limites: \u00ab\u00c0 la toute-puissance de Dieu est possible tout ce qui ne contient pas de contradiction \u00e9vidente\u00bb; \u00abC&rsquo;est pourquoi j&rsquo;affirme que Dieu peut faire le m\u00eame corps plac\u00e9 en plusieurs lieux, de m\u00eame qu&rsquo;il peut cr\u00e9er deux corps dans le m\u00eame lieu; et s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas d&rsquo;autre raison \u00e0 cela que le fait que les arguments contraires puissent \u00eatre r\u00e9fut\u00e9s, cela ne devrait pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme impossible \u00e0 Dieu, car Dieu peut faire beaucoup de choses que nous ne pouvons pas comprendre\u00bb (Communications de Paris, section 10, question 3, paragraphe 13-14. Traduit par G.G. Mayorov). Dieu, cr\u00e9ant arbitrairement le monde visible, tout comme tous ses attributs primaires &#8211; toute-puissance absolue, infinit\u00e9, etc. (\u00abformellement\u00bb diff\u00e9rents, mais en m\u00eame temps identiques dans leur essence), sont incompr\u00e9hensibles pour un \u00eatre humain mortel &#8211; c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0, selon Scot, que r\u00e9sident les limites et la pauvret\u00e9 de la sagesse th\u00e9orique (c&rsquo;est-\u00e0-dire de la \u00abth\u00e9ologie naturelle\u00bb). La connaissance la plus compl\u00e8te de l&rsquo;essence de Dieu le Cr\u00e9ateur (\u00abDieu est Amour\u00bb) peut \u00eatre obtenue non pas par la raison, mais par la pratique de la foi, qui anticipe la raison dans la connaissance et la pens\u00e9e, et constitue le contenu de la plus haute sagesse pratique (c&rsquo;est-\u00e0-dire , donc \u00abth\u00e9ologie de la R\u00e9v\u00e9lation\u00bb).<\/p>\n<p align=\"justify\">Concernant le statut d&rsquo;\u00eatre des concepts universels, Duns Scot croyait que si les esp\u00e8ces et les genres de choses n&rsquo;\u00e9taient que des produits de notre esprit pensant, sans rapport avec l&rsquo;\u00eatre de substances individuelles, alors il n&rsquo;y aurait aucune diff\u00e9rence entre la \u00abth\u00e9ologie naturelle\u00bb, qui \u00e9tudie \u00abl&rsquo;\u00eatre\u00bb et la discipline formelle-logique dont l&rsquo;objet sont les concepts. De plus, \u00abtoute connaissance serait simplement logique (omnis scientia esset logica)\u00bb. Pour \u00e9viter cette conclusion, Scot a insist\u00e9 sur l\u2019indiff\u00e9rence du \u00abquoi\u00bb aux caract\u00e9ristiques ontologiques de l\u2019universalit\u00e9 et de l\u2019individualit\u00e9, mais a en fait suppos\u00e9 la pr\u00e9sence des deux en lui. Il s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9, selon Scot, que les concepts de genre et d&rsquo;esp\u00e8ce sont un produit de l&rsquo;intellect, mais en m\u00eame temps li\u00e9s de mani\u00e8re significative \u00e0 l&rsquo;existence de choses individuelles.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un point de vue compl\u00e8tement diff\u00e9rent sur la nature des concepts et leur rapport \u00e0 l&rsquo;existence \u00e9tait soutenu par le nominaliste Guillaume d&rsquo;Ockham, pour qui toute connaissance positive \u00e9tait avant tout logique. La nature subordonn\u00e9e de la recherche m\u00e9taphysique par rapport \u00e0 la logique et aux probl\u00e8mes logiques en g\u00e9n\u00e9ral a \u00e9t\u00e9 exprim\u00e9e dans la d\u00e9finition d&rsquo;Ockham du c\u00e9l\u00e8bre principe &#8211; le soi-disant. \u00abRasoirs d\u2019Occam\u00bb: \u00abLes entit\u00e9s ne doivent pas \u00eatre multipli\u00e9es inutilement (Entia non sunt multiplicanda sine necessitate)\u00bb, ou, en d\u2019autres termes: \u00abLa pluralit\u00e9 ne doit pas \u00eatre autoris\u00e9e inutilement (Pluralitas non est ponenda sine necessitate).\u00bb Pour Ockham, la philosophie chr\u00e9tienne est telle que le Dieu de la R\u00e9v\u00e9lation ne peut, au sens propre du terme, faire l&rsquo;objet de son \u00e9tude, puisque Dieu est absolument libre et totalement incompr\u00e9hensible, tandis que le lien entre Dieu et le monde n&rsquo;est ni \u00e9vident ni prouvable. La raison naturelle, selon Ockham, ne peut pas prouver que Dieu est tout-puissant, ni qu&rsquo;il est un, ni qu&rsquo;il est le cr\u00e9ateur \u00e9ternel de l&rsquo;univers; tous ces faits sont une question de foi seule, et la raison est seulement capable de prouver l&rsquo;incoh\u00e9rence des jugements alternatifs: sans foi, l&rsquo;esprit humain, selon Ockham, reste ignorant de son Cr\u00e9ateur. La connaissance des choses cr\u00e9\u00e9es par la raison ne contribue en aucune mani\u00e8re \u00e0 comprendre les propri\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;existence de l&rsquo;Essence \u00e9ternelle du Dieu vivifiant, puisque Dieu n&rsquo;est absolument li\u00e9 \u00e0 rien d&rsquo;autre que Lui, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, Il est connect\u00e9 avec les choses par la libre volont\u00e9 divine, qui rejette \u00e9videmment l&rsquo;ordre inconditionnel des causes n\u00e9cessaires. Tout peut suivre n&rsquo;importe quoi si Dieu veut qu&rsquo;une chose arrive, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle se produise librement. En ce sens, la seule sph\u00e8re de la connaissance humaine est l\u2019exp\u00e9rience de choses individuelles qui se produisent constamment, puisque l\u2019esprit naturel n\u2019est capable de discerner la logique de l\u2019origine de toutes choses et de tous les \u00e9v\u00e9nements qu\u2019au moment de leur apparition arbitraire. Si Duns Scot croyait que la volont\u00e9 de Dieu le Cr\u00e9ateur n&rsquo;est libre que dans le choix de possibilit\u00e9s compatibles (c&rsquo;est-\u00e0-dire d&rsquo;id\u00e9es) de substances individuelles, alors, selon Occam, Dieu est si libre que dans l&rsquo;acte de cr\u00e9ation, il n&rsquo;est limit\u00e9 par rien, pas m\u00eame par les objets de Son Esprit. Occam nie l&rsquo;existence d&rsquo;universels dans l&rsquo;Intelligence divine et, par cons\u00e9quent, nie leur signification en tant que caract\u00e9ristiques propres des choses individuelles.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutes les \u00abid\u00e9es\u00bb, selon Ockham, sont l\u2019essence des choses individuelles elles-m\u00eames, produites par Dieu dans un acte de libre cr\u00e9ativit\u00e9, non conditionn\u00e9es par quoi que ce soit. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;id\u00e9es d&rsquo;esp\u00e8ce (\u00abanimal\u00bb, \u00abhomme\u00bb), il n&rsquo;y a que des id\u00e9es de choses-individus (\u00abcet animal\u00bb ou \u00abcet homme\u00bb), puisque ces derni\u00e8res, au sens propre, constituent la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;\u00eatre humain. monde mat\u00e9riel de l&rsquo;existence cr\u00e9\u00e9e. Une seule chose ne peut \u00eatre connue \u00e0 travers des concepts g\u00e9n\u00e9raux; c&rsquo;est un objet de contemplation dans l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle, toujours limit\u00e9e, mais qui revendique l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 et la fiabilit\u00e9. La connaissance intuitive pr\u00e9c\u00e8de la connaissance abstraite. Les concepts se forment dans l&rsquo;esprit du sujet connaissant sur la base de la perception sensorielle des choses. Les universaux (caract\u00e9ristiques du genre et du type de choses) sont, selon Occam, certains \u00absignes\u00bb dans notre esprit, qui en tant que tels ne sont pas universels, mais des entit\u00e9s individuelles. Les principaux concepts de la logique d&rsquo;Occam sont les cat\u00e9gories de \u00abd\u00e9signation\u00bb (latin significatio) et de \u00absubstitution\u00bb (latin suppositio). La \u00abd\u00e9signation\u00bb est le cas lorsqu&rsquo;un certain signe indique directement ou fait r\u00e9f\u00e9rence indirectement \u00e0 l&rsquo;existence de quelque chose de diff\u00e9rent de lui-m\u00eame. Les termes d\u00e9signants peuvent \u00eatre soit naturels ou mentaux (id\u00e9es, images de choses individuelles), soit conventionnels ou linguistiques (mots et expressions verbales). Les signes naturels pr\u00e9c\u00e8dent toujours les signes (linguistiques) conventionnels.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;utilisation de l&rsquo;expression \u00absigne mental\u00bb a permis \u00e0 Ockham de s&rsquo;\u00e9loigner du concept de nominalisme radical de Roscelin de Compi\u00e8gne, qui croyait que les concepts de genre et d&rsquo;esp\u00e8ce ne sont que le son, ou l&rsquo;\u00e9cho d\u00e9nu\u00e9 de sens (flatus vocis), des mots. du langage parl\u00e9 ou naturel. Occam, au contraire, insistait sur le fait que les preuves du langage sont insuffisantes pour expliquer l&rsquo;origine des concepts g\u00e9n\u00e9raux, puisque les significations de ces concepts ne sont pas r\u00e9ductibles aux mots, qu&rsquo;ils soient \u00e9crits ou parl\u00e9s. Ces termes sont des id\u00e9es sur des choses au-del\u00e0 du mental, \u00e0 la fois divines et humaines. Le \u00abnaturel\u00bb des concepts universels s&rsquo;exprime dans le fait qu&rsquo;ils ont la capacit\u00e9 de signifier la m\u00eame chose en toutes circonstances: par exemple, le rire, qui est un signe de joie, ou un g\u00e9missement, qui est un signe de douleur, sont naturel. La signification g\u00e9n\u00e9rale de ces id\u00e9es ne r\u00e9side pas dans leur existence, mais dans leur fonction signifiante. Un signe naturel est une sorte de \u00abfiction\u00bb ou de \u00abfiction\u00bb de l&rsquo;esprit (lat. fictum), c&rsquo;est-\u00e0-dire une qualit\u00e9 particuli\u00e8re situ\u00e9e dans l&rsquo;esprit et dot\u00e9e par la nature de la capacit\u00e9 de d\u00e9signer n&rsquo;importe quoi.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ockham distingue parmi les signes naturels ce qu&rsquo;on appelle intentions de l&rsquo;esprit humain (lat. intentio &#8211; \u00abattention\u00bb, \u00abdirection\u00bb) &#8211; primaires et secondaires. \u00abL\u2019intention\u00bb primaire est un concept (une image mentale d\u2019une substance) naturellement adapt\u00e9 pour servir de substitut \u00e0 une chose (dans l\u2019esprit) qui, selon Ockham, n\u2019est pas un signe. Les \u00abintentions\u00bb secondaires sont des concepts d\u00e9signant les intentions primaires. La th\u00e9orie des \u00absuppositions\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire des \u00absubstitutions\u00bb logiques de concepts) \u00e9tait cens\u00e9e expliquer, selon l&rsquo;enseignement d&rsquo;Occam, la validit\u00e9 de l&rsquo;utilisation de concepts g\u00e9n\u00e9raux dans le domaine du langage naturel, tout en niant le fait de l&rsquo;utilisation de concepts g\u00e9n\u00e9raux dans le domaine du langage naturel. existence r\u00e9elle d&rsquo;universaux. Occam identifie trois types de \u00absuppositions\u00bb: mat\u00e9rielles (suppositio materials), personnelles (suppositio personalis) et simples (suppositio simplex). Seule une \u00absupposition\u00bb personnelle d\u00e9signe, \u00abremplace\u00bb une chose r\u00e9elle dans l\u2019intellect, c\u2019est-\u00e0-dire quelque chose d\u2019individuel. Dans le cas d&rsquo;une \u00absupposition\u00bb personnelle, le terme linguistique d\u00e9signe des choses r\u00e9elles parce qu&rsquo;il remplace le terme mental qui d\u00e9signe naturellement toutes choses. Ainsi, par exemple, dans la phrase \u00abl\u2019homme est un animal\u00bb, le terme linguistique \u00abhomme\u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 un terme mental qui fait naturellement r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 ou d\u00e9signe des personnes ext\u00e9rieures \u00e0 l\u2019esprit. Avec les deux autres \u00absubstitutions\u00bb, le terme naturel (universel) ne veut rien dire. Par exemple, dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00abl\u2019homme est un nom\u00bb, le terme linguistique \u00abhomme\u00bb ne d\u00e9signe pas une personne sp\u00e9cifique, mais d\u00e9signe uniquement le nom \u00abhomme\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 lui-m\u00eame comme un terme conditionn\u00e9 \u2013 c\u2019est un cas d\u2019une \u00absupposition\u00bb mat\u00e9rielle. Dans une simple \u00absubstitution\u00bb, le terme stipul\u00e9 est g\u00e9n\u00e9ralement substitu\u00e9 \u00e0 un concept de l\u2019intellect humain, et non \u00e0 une substance sp\u00e9cifique. Le terme \u00abhomme\u00bb en langage naturel dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00abl\u2019homme est une esp\u00e8ce\u00bb, selon Occam, ne d\u00e9signe aucune essence g\u00e9n\u00e9rale (universelle) de l\u2019homme; il \u00abremplace\u00bb le concept d&rsquo;esp\u00e8ce \u00abhomme\u00bb, qui n&rsquo;est pr\u00e9sent que dans l&rsquo;esprit du sujet connaissant. L\u2019absence de points communs dans les choses individuelles exclut l\u2019existence r\u00e9elle de relations entre les choses, ainsi que tout mod\u00e8le universel. \u00c9tant donn\u00e9 que la connaissance de l&rsquo;univers est form\u00e9e sur la base de concepts universels vagues (d\u00e9nu\u00e9s de sens), la r\u00e9alisation de la v\u00e9rit\u00e9 dans la connaissance de Dieu et du monde, le but de l&rsquo;existence des choses individuelles et le destin de l&rsquo;homme, selon Ockham, est impossible, et le progr\u00e8s vers cet objectif par la raison est insupportable.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans le nominalisme d&rsquo;Ockham (ainsi que ses plus proches disciples &#8211;\u00a0<strong>Nicolas d&rsquo;Autrecourt,<\/strong> vers 1300 &#8211; apr\u00e8s 1350;\u00a0<strong>Jean de Mirecourt,<\/strong> 1310\/1315 &#8211; apr\u00e8s 1347;\u00a0<strong>Jean Buridan,<\/strong> vers 1295 &#8211; vers 1358;\u00a0<strong>Nicolas d&rsquo;Oresme<\/strong> ( vers 1323\/1325-1382, etc.) la pr\u00e9misse fondamentale de la philosophie scolastique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9e &#8211; la croyance en la structure rationnelle de l&rsquo;univers cr\u00e9\u00e9, en l&rsquo;existence de l&rsquo;harmonie \u00e9ternelle originelle des mots et des choses, de la pens\u00e9e et de l&rsquo;\u00eatre, de l&rsquo;ontologie. Le concept du monde et la logique de l&rsquo;\u00eatre commencent d\u00e9sormais \u00e0 diff\u00e9rer syst\u00e9matiquement: seul le \u00abceci\u00bb unique et en m\u00eame temps inexprimable dans le concept est dot\u00e9 d&rsquo;une existence ind\u00e9pendante, tandis que les certitudes s\u00e9mantiques des substances individuelles, c&rsquo;est-\u00e0-dire les concepts de genre et les esp\u00e8ces, sont d\u00e9clar\u00e9es dans le nominalisme comme une \u00abfiction de la raison\u00bb, puisque les caract\u00e9ristiques mat\u00e9rielles de l&rsquo;\u00eatre ne sont plus associ\u00e9es au contenu s\u00e9mantique des mots, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude scolastique de l&rsquo;existence, bas\u00e9e sur l&rsquo;analyse des mots et des significations. , devient inutile et d\u00e9nu\u00e9e de sens. La victoire du nominalisme mod\u00e9r\u00e9 (occamisme) au XIVe si\u00e8cle. marque la fin de la philosophie scolastique m\u00e9di\u00e9vale.<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1.Augustin Aur\u00e8le.<\/em>\u00a0Confession de saint Augustin, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Hippone. M., 1991.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2. Anselme de Cantorb\u00e9ry.<\/em>\u00a0Essais. M., 1995.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3.<\/em>\u00a0Anthologie de la pens\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale. Th\u00e9ologie et philosophie du Moyen \u00c2ge europ\u00e9en. T.1-2. Saint-P\u00e9tersbourg, 2001-2002.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4. Bo\u00e8ce<\/em>\u00a0. \u00ab\u00a0Consolation de Philosophie\u00a0\u00bb et autres trait\u00e9s. M., 1990.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>5. Gilson E.<\/em>\u00a0La philosophie au Moyen \u00c2ge. Des origines de la patristique \u00e0 la fin du XIVe si\u00e8cle. M., 2004.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6.Bl. Jean Duns Scot.<\/em>\u00a0Favoris. M., 2001.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>7.St. Justin.<\/em>\u00a0Philosophe et martyr. Les cr\u00e9ations. M., 1995.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8.Libera A. de.<\/em>\u00a0Pens\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale. M., 2004.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>9. Copleston F. Ch.<\/em>\u00a0Histoire de la philosophie m\u00e9di\u00e9vale. M., 1997.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>10. Copleston F.C.<\/em>\u00a0d&rsquo;Aquin. Introduction \u00e0 la philosophie du grand penseur m\u00e9di\u00e9val. Dolgoproudny, 1999.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>12. Mayorov G. G.<\/em>\u00a0Formation de la philosophie m\u00e9di\u00e9vale. Patristique latine. M., 1979.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>13. Meyendorff I. F.<\/em>\u00a0Introduction \u00e0 la th\u00e9ologie patristique. Notes de lecture. 2e \u00e9d. Vilnius\u00a0; M., 1992.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>14. Occam W.<\/em>\u00a0Favoris. M., 2002.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>15. Sokolov V. V.<\/em>\u00a0Philosophie m\u00e9di\u00e9vale. 2e \u00e9d. M., 2001.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le mot latin scholastique vient du grec \u03c3\u03c7\u03bf\u03bb\u03b1\u03c3\u03c4\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2 (\u00ab\u00e9cole\u00bb, \u00ab\u00e9tudiant\u00bb) et, dans la science historique et philosophique moderne, sert de d\u00e9signation \u00e0 un ensemble de m\u00e9thodes de raisonnement sp\u00e9culatives &#8211; philosophiques (\u00abdialectiques\u00bb) et th\u00e9ologiques &#8211; qui sont devenues dominantes dans la culture d&rsquo;Europe occidentale (latine) aux si\u00e8cles du Moyen \u00c2ge (XI &#8211; XIV si\u00e8cles).<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":768,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[181,49],"tags":[113,112],"class_list":{"0":"post-580","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-filosofiasrednieveka","8":"category-philosophie","9":"tag-connaissance-rationnelle","10":"tag-scolastique"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/580","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=580"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/580\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":929,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/580\/revisions\/929"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/768"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=580"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=580"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=580"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}