{"id":582,"date":"2024-06-12T16:00:42","date_gmt":"2024-06-12T13:00:42","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=582"},"modified":"2025-11-20T20:14:42","modified_gmt":"2025-11-20T17:14:42","slug":"philosophie-de-la-renaissance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/12\/philosophie-de-la-renaissance\/","title":{"rendered":"Philosophie de la Renaissance. Une p\u00e9riode de d\u00e9veloppement culturel rapide et intense"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Parfois, le terme \u00abRenaissance\u00bb est compris au sens large comme une p\u00e9riode de d\u00e9veloppement culturel rapide et intense, rempla\u00e7ant de longues p\u00e9riodes d&rsquo;inertie spirituelle et cr\u00e9ative. Dans ce sens large, ils parlent de la Renaissance carolingienne des VIIIe-IXe si\u00e8cles, de la Renaissance du XIIe si\u00e8cle, associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;essor de la vie urbaine en Europe, ainsi que des civilisations g\u00e9orgienne, iranienne, arm\u00e9nienne, arabe, indienne, chinoise \u00ab\u00a0Renaissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/12\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-iv-philosophie-de-la-renaissance\/vozrozdenie230624\/\" rel=\"attachment wp-att-772\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-772\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vozrozdenie230624-300x168.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"168\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vozrozdenie230624-300x168.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vozrozdenie230624-768x431.jpg 768w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vozrozdenie230624.jpg 936w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Au sens \u00e9troit du terme, la \u00abRenaissance\u00bb est la renaissance des id\u00e9aux et des valeurs de la culture ancienne, qui a d\u00e9but\u00e9 au XIVe si\u00e8cle en Italie du Nord et au XVIe si\u00e8cle couvrant la majeure partie de l\u2019Europe occidentale.<\/p>\n<p align=\"justify\">La \u00abRenaissance\u00bb (comme le \u00abMoyen \u00c2ge\u00bb) n\u2019est pas tant une cat\u00e9gorie chronologique que spirituelle. C&rsquo;est dans le domaine de la vie spirituelle que r\u00e9side le fondement de l&rsquo;originalit\u00e9 de cette \u00e9poque, ce qui permet de la distinguer clairement \u00e0 la fois du Moyen \u00c2ge et du Nouvel \u00c2ge. Si l\u2019on ne prend pas en compte cette singularit\u00e9, il faudra alors rattacher la Renaissance soit au Moyen \u00c2ge, soit au Nouvel \u00c2ge, ou bien la r\u00e9duire \u00e0 une p\u00e9riode de transition d\u00e9pendante entre ces deux grandes \u00e9poques.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Justification de la mati\u00e8re et v\u00e9n\u00e9ration de la nature.<\/strong>\u00a0La caract\u00e9ristique principale de l&rsquo;originalit\u00e9 spirituelle de la Renaissance est un profond respect pour la nature et pour toute manifestation de la vie en tant que symbole, image de l&rsquo;Absolu. Le Moyen \u00c2ge a connu Dieu, s&rsquo;\u00e9loignant du monde, les Temps Nouveaux ont connu le monde, laissant Dieu, et seule la Renaissance, connaissant le monde, a connu Dieu &#8211; non \u00ab des effets \u00e0 la cause \u00bb, comme chez Thomas d&rsquo;Aquin, mais de l&rsquo;image \u00e0 prototype, du signe au sens. Bruno et Campanella, mourant et soumis \u00e0 des tortures pires que la mort, n&rsquo;ont pas d\u00e9fendu leur vision priv\u00e9e de la v\u00e9rit\u00e9 et non leur droit \u00e0 comprendre scientifiquement le monde, ils ont d\u00e9fendu la dignit\u00e9 divine de l&rsquo;homme et du monde et de tout ce qu&rsquo;il contient. De plus, ils l&rsquo;ont d\u00e9fendu non pas tant face \u00e0 l&rsquo;Inquisition, mais face aux hommes d&rsquo;affaires \u00e9mergents qui avaient besoin de la nature pour leur usage indivisible.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le changement d&rsquo;attitude envers la nature qui s&rsquo;est produit \u00e0 la Renaissance peut \u00eatre illustr\u00e9 par le c\u00e9l\u00e8bre dicton de Nicolas de Cues: \u00abL&rsquo;Univers est une sph\u00e8re dont le centre est partout et la circonf\u00e9rence n&rsquo;est nulle part\u00bb<br \/>\n<a title=\"Bien que ce dicton remonte aux n\u00e9oplatoniciens, son esprit est plus proche de la Renaissance.\"><sup>[14]<\/sup><\/a> . En comparaison, au Moyen \u00c2ge, l&rsquo;univers \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9, selon la m\u00e9taphysique d&rsquo;Aristote et la cosmologie de Ptol\u00e9m\u00e9e, comme limit\u00e9 par une \u00absph\u00e8re d&rsquo;\u00e9toiles fixes\u00bb imp\u00e9n\u00e9trable. L&rsquo;infini effrayait \u00e0 la fois l&rsquo;esprit et l&rsquo;imagination. La terre, bien qu&rsquo;elle soit consid\u00e9r\u00e9e comme le centre de l&rsquo;univers, en est encore la pire partie (comme le \u00abmonde sublunaire\u00bb, la sph\u00e8re la plus basse o\u00f9 atteint la lumi\u00e8re de l&rsquo;Un sous la forme la plus r\u00e9fract\u00e9e), elle est donc indigne d&rsquo;\u00eatre connue. et am\u00e9lior\u00e9 &#8211; toutes les aspirations et aspirations de l&rsquo;homme devraient \u00eatre associ\u00e9es au Ciel et \u00e0 une r\u00e9compense posthume. Il vous suffit de fuir la terre &#8211; per aspera ad astram, jusqu&rsquo;aux \u00e9toiles de l&rsquo;esprit \u00e0 travers les \u00e9pines de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans les temps modernes, au contraire, l&rsquo;Univers, au sens figur\u00e9, n&rsquo;avait ni \u00abcirconf\u00e9rence\u00bb ni \u00abcentre\u00bb: son infinit\u00e9 \u00e9tait reconnue par la raison, mais non seulement il n&rsquo;attirait pas, mais il effrayait l&rsquo;esprit et la volont\u00e9, exigeait pour s&rsquo;armer contre l&rsquo;armure inconnue de la science. \u00abPas de centre\u00bb signifie pas de point de r\u00e9f\u00e9rence, pas de sens, pas de support pour la vie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce n\u2019est qu\u2019\u00e0 la Renaissance que l\u2019infinit\u00e9 de l\u2019inconnu a attir\u00e9 l\u2019homme et l\u2019a inspir\u00e9 \u00e0 l\u2019exploit de la connaissance, puisqu\u2019il savait que Dieu est pr\u00e9sent partout dans la nature (\u00able centre est partout\u00bb), ce qui signifie que l\u2019homme y trouvera soutien, vie et sens dans la nature partout. La science moderne ne conna\u00eet qu&rsquo;une seule forme de vie &#8211; les prot\u00e9ines, et un seul corps c\u00e9leste qui en poss\u00e8de &#8211; la Terre. Par cons\u00e9quent, l\u2019Espace devrait ressembler \u00e0 un ab\u00eeme mort, o\u00f9 des \u00e9tincelles de vie ne jaillissent qu\u2019occasionnellement pendant un instant. Les penseurs de la Renaissance connaissaient les formes infiniment diverses d&rsquo;\u00eatres vivants et consid\u00e9raient donc tout monde propice \u00e0 la vie &#8211; \u00e0 la fois les plan\u00e8tes et les \u00e9toiles. Pour eux, l\u2019Espace \u00e9tait une belle ville peupl\u00e9e o\u00f9 r\u00e9gnaient l\u2019harmonie et l\u2019amour.<\/p>\n<p align=\"justify\">En ce qui concerne la nature, l\u2019\u00e9poque moderne, du moins jusqu\u2019aux romantiques allemands du XIXe si\u00e8cle et \u00e0 Schelling, est plus proche du Moyen \u00c2ge que de la Renaissance: la nature \u00e9tait trait\u00e9e avec arrogance ou, au mieux, avec indiff\u00e9rence ou condescendance. Son objectif est de r\u00e9pondre aux besoins humains, et principalement aux besoins mat\u00e9riels. Et seule la Renaissance admire la nature et l&rsquo;adore, et le principal besoin avec lequel une personne se tourne vers elle est la soif de vraie connaissance. Connaissance de la nature, et \u00e0 travers elle &#8211; connaissance de soi et connaissance de Dieu, son Cr\u00e9ateur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Puisque, \u00e0 tous les si\u00e8cles, la femme a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9e comme plus proche de la nature que l&rsquo;homme et impliqu\u00e9e dans sa force g\u00e9n\u00e9ratrice, alors tout ce qui a \u00e9t\u00e9 dit ci-dessus sur la nature peut \u00e9galement s&rsquo;appliquer \u00e0 une femme. Au Moyen \u00c2ge, une femme \u00e9tait un \u00abvaisseau du mal\u00bb et devait \u00eatre \u00e9vit\u00e9e ou ma\u00eetris\u00e9e si possible. Et dans les temps modernes \u2013 avant les romantiques allemands \u2013 elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00abd\u00e9mystifi\u00e9e\u00bb, priv\u00e9e de toute aura de myst\u00e8re. Et ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 la Renaissance que c&rsquo;\u00e9tait la femme terrestre, amante, \u00e9pouse et m\u00e8re, qui \u00e9tait l&rsquo;objet de v\u00e9n\u00e9ration en tant que manifestation de l&rsquo;aspect g\u00e9n\u00e9rateur et cr\u00e9atif du Divin &#8211; d&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;\u00e9tonnante beaut\u00e9 terrestre et in\u00e9gal\u00e9e des images des Madones. de la Renaissance.<\/p>\n<p align=\"justify\">Parmi les autres caract\u00e9ristiques principales de l\u2019esprit de la Renaissance figurent les suivantes.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>\u00ab\u00a0D\u00e9varvarisation\u00a0\u00bb.<\/strong> Quelle que soit l&rsquo;importance des r\u00e9alisations culturelles des jeunes peuples, majoritairement allemands, qui ont remplac\u00e9 les Grecs et les Romains sur la sc\u00e8ne europ\u00e9enne, dans l&rsquo;esprit des principaux penseurs de la Renaissance, toute l&rsquo;\u00e8re post-Antiquit\u00e9 \u00e9tait pr\u00e9sent\u00e9e comme une \u00e8re de barbarie. L\u2019Europe doit en grande partie son \u00e9veil \u00e0 l\u2019Est. Dans les si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dant la Renaissance, c\u2019est le monde arabo-musulman, qui s\u2019\u00e9tend du Portugal \u00e0 l\u2019ouest jusqu\u2019\u00e0 l\u2019Indon\u00e9sie \u00e0 l\u2019est, qui \u00e9tait porteur de valeurs et de traditions culturelles avanc\u00e9es. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des croisades, se trouvant au c\u0153ur m\u00eame du monde musulman, les chevaliers europ\u00e9ens ont beaucoup appris de leurs adversaires \u00e9clair\u00e9s. Les relations commerciales alors \u00e9tablies avec les pays arabes sont \u00e9galement devenues des canaux de transmission des valeurs culturelles, du go\u00fbt artistique, des id\u00e9es philosophiques et scientifiques. Les valeurs m\u00e9di\u00e9vales, les traditions m\u00e9di\u00e9vales, le niveau d\u2019\u00e9ducation, la langue elle-m\u00eame \u2013 le \u00ablatin commun\u00bb, la Vulgate \u2013 \u00e9taient per\u00e7us par les humanistes italiens comme des reliques honteuses de la barbarie.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La \u00abv\u00e9ritable pi\u00e9t\u00e9\u00bb<\/strong>\u00a0est la recherche d\u2019un contact vivant avec Dieu. M\u00eame \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des Croisades, visitant les lieux de vie et de mort de J\u00e9sus, les p\u00e8lerins europ\u00e9ens sont pass\u00e9s de la pi\u00e9t\u00e9 quelque peu fig\u00e9e caract\u00e9ristique, par exemple, des moines de Cluny du XIe si\u00e8cle, \u00e0 une exp\u00e9rience plus vivante et \u00e9motionnelle de l&rsquo;\u00c9vangile. histoire. Puis sont apparus les grands saints &#8211; St. Bernard et St. Fran\u00e7ois d&rsquo;Assise, qui a donn\u00e9 de nouveaux exemples de pi\u00e9t\u00e9 comme aspiration ardente de l&rsquo;esprit qui balaie toutes les fronti\u00e8res officielles. Aux XIVe-XVe si\u00e8cles. La conscience religieuse et l&rsquo;exp\u00e9rience religieuse des Europ\u00e9ens ont atteint une intensit\u00e9 et une acuit\u00e9 inconnues ni au Moyen \u00c2ge ni aux temps modernes. Les gens ordinaires discutaient avec v\u00e9h\u00e9mence des subtilit\u00e9s de la doctrine religieuse. Des foules de flagellants marchaient de ville en ville<br \/>\n<a title=\"Les flagellants (fl\u00e9aux), confr\u00e9rie des XIIIe-XVe si\u00e8cles, qui cherchaient \u00e0 expier les p\u00e9ch\u00e9s en torturant le corps ; voyagea \u00e0 travers l'Italie et l'Allemagne, surtout en 1348, alors que la peste noire faisait rage.\"><sup>[15]<\/sup><\/a> . Les formes ext\u00e9rieures de religiosit\u00e9 ne satisfaisaient plus les sentiments religieux. Le moment est venu de rechercher une connexion interne avec le Cr\u00e9ateur dans votre propre \u00e2me. Dans la conscience religieuse des principaux penseurs de la Renaissance, toute l\u2019\u00e9poque pr\u00e9c\u00e9dente du christianisme apparaissait d\u00e9sormais comme une sombre superstition, qui \u00e9tait finalement remplac\u00e9e par la \u00abpi\u00e9t\u00e9\u00bb. A la fin du XVe si\u00e8cle. Aonio Paleario a \u00e9crit que les \u00e2mes humaines semblaient s&rsquo;\u00e9veiller du sommeil et que \u00abl&rsquo;ancienne superstition, se faisant passer pour la pi\u00e9t\u00e9\u00bb, qui s&rsquo;est r\u00e9pandue avec les t\u00e9n\u00e8bres de la barbarie, a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9e par la \u00abvraie pi\u00e9t\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Temps de grandes d\u00e9couvertes.<\/strong>\u00a0La Renaissance marque un tournant tant dans la vie culturelle que dans le d\u00e9veloppement de la civilisation. Aux XVe-XVIe si\u00e8cles. des d\u00e9couvertes ont \u00e9t\u00e9 faites qui ont fondamentalement chang\u00e9 le cours de la vie des peuples du continent europ\u00e9en, provoquant une acc\u00e9l\u00e9ration du rythme de vie et une expansion de l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;activit\u00e9 du local \u00e9troit au mondial. Les principales d\u00e9couvertes furent la boussole, la poudre \u00e0 canon et l&rsquo;imprimerie.<\/p>\n<p align=\"justify\">1) Boussole. La d\u00e9couverte de la boussole a permis aux marins de se lancer dans des voyages risqu\u00e9s \u00e0 travers les oc\u00e9ans vers l&rsquo;inconnu. Les fronti\u00e8res \u00e9troites du monde m\u00e9di\u00e9val ont \u00e9t\u00e9 bris\u00e9es par de grandes d\u00e9couvertes g\u00e9ographiques et la sph\u00e8re cristalline des \u00e9toiles fixes qui d\u00e9limitaient l&rsquo;Univers a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9e. La pens\u00e9e humaine a \u00e9merg\u00e9 de \u00abl\u2019\u0153uf du monde\u00bb et s\u2019est pr\u00e9cipit\u00e9e vers l\u2019infini. Une personne a recommenc\u00e9 \u00e0 se sentir comme un \u00abcitoyen du monde\u00bb et une \u00abvision mondiale du monde\u00bb a pris forme.<\/p>\n<p align=\"justify\">2) Poudre \u00e0 canon. La d\u00e9couverte par l&rsquo;Europe de la poudre \u00e0 canon (connue depuis longtemps en Chine, comme la boussole) a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement utilis\u00e9e pour cr\u00e9er de nouveaux types d&rsquo;armes destructrices &#8211; les canons et les armes l\u00e9g\u00e8res. L&rsquo;arsenal v\u00e9nitien, rempli de canons et de boulets de canon, est entr\u00e9 dans les l\u00e9gendes comme symbole de la puissance militaire de Venise et pilier de ses liens commerciaux et culturels avec l&rsquo;Orient.<\/p>\n<p align=\"justify\">3) Typographie. Les premiers livres ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en Europe au XVe si\u00e8cle. en Allemagne (les soi-disant incunables), mais ils \u00e9taient encore relativement rares et chers. Au XVIe si\u00e8cle, comme le pr\u00e9tend fi\u00e8rement Tommaso Campanella, plus de livres ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s qu&rsquo;au cours des 5 000 ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, et cela est tr\u00e8s probablement vrai.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9rales de la philosophie de la Renaissance<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Souvent, les principales r\u00e9alisations de cette \u00e9poque ne sont consid\u00e9r\u00e9es que comme les grandes cr\u00e9ations de la peinture, de la sculpture, de l&rsquo;architecture, de la r\u00e9forme religieuse de Luther et, dans le domaine de la philosophie, le grand esprit de l&rsquo;\u00e9poque se serait manifest\u00e9 insuffisamment ou pas du tout. Nous esp\u00e9rons qu\u2019il ressortira clairement de la discussion qui suit que ce n\u2019est pas le cas.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le renouveau de la philosophie antique est le premier m\u00e9rite de la philosophie de la Renaissance. M\u00eame si les \u0153uvres de nombreux auteurs latins anciens \u00e9taient connues au Moyen \u00c2ge, elles \u00e9taient copi\u00e9es et interpr\u00e9t\u00e9es dans la Vulgate &#8211; un latin commun et corrompu, \u00e0 partir duquel la langue italienne s&rsquo;est ensuite d\u00e9velopp\u00e9e, et \u00e9taient principalement utilis\u00e9es pour les \u00e9tudes scolaires. Les originaux des textes grecs \u00e9taient pratiquement inconnus et non r\u00e9clam\u00e9s. D\u00e8s le d\u00e9but de la Renaissance, les humanistes recherchaient avec passion les textes originaux grecs et latins, les r\u00e9\u00e9crivaient (et avec la diffusion de l&rsquo;imprimerie aux XVe et XVIe si\u00e8cles, les imprimaient), les \u00e9tudiaient, les comparaient et les soumettaient \u00e0 la critique philologique. Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle. Les philosophes europ\u00e9ens ont fait la connaissance des auteurs anciens gr\u00e2ce aux traductions r\u00e9alis\u00e9es \u00e0 la Renaissance.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les trois tendances principales (parfois \u00e9tapes) de la philosophie de la Renaissance sont consid\u00e9r\u00e9es comme 1) l&rsquo;humanisme; 2) n\u00e9oplatonisme; 3) philosophie naturelle. L&rsquo;apog\u00e9e de l&rsquo;humanisme est consid\u00e9r\u00e9e comme du milieu du XIVe au milieu du XVe si\u00e8cle, le n\u00e9oplatonisme &#8211; du milieu du XVe au premier tiers du XVIe, la philosophie naturelle &#8211; le reste du XVIe si\u00e8cle. Mais l&rsquo;humanisme n&rsquo;a pas cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre caract\u00e9ristique des penseurs de la Renaissance avec le d\u00e9veloppement du n\u00e9oplatonisme; il a simplement pris une forme diff\u00e9rente, plus philosophique et th\u00e9oriquement solide, conservant toutes ses dispositions fondamentales. Presque tous les penseurs de la Renaissance, y compris les n\u00e9oplatoniciens et les philosophes naturels, peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s d\u2019\u00abhumanistes\u00bb au sens large. De m\u00eame, le n\u00e9oplatonisme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9 par la philosophie naturelle, mais y est entr\u00e9 sous une forme \u00absupplant\u00e9e\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Le n\u00e9oplatonisme antique<\/strong> a \u00e9t\u00e9 ressuscit\u00e9, sublime et anobli par le christianisme. Dans le n\u00e9oplatonisme de Plotin et de Proclus, la Divinit\u00e9 Unique ne peut pas s&rsquo;incarner dans l&rsquo;\u00eatre final du monde mat\u00e9riel, c&rsquo;est pourquoi les anciens n\u00e9oplatoniciens traitaient avec une grande m\u00e9fiance la doctrine chr\u00e9tienne, dans laquelle le sacrement de l&rsquo;Incarnation ouvrait la possibilit\u00e9 d&rsquo;un compr\u00e9hension diff\u00e9rente de la mati\u00e8re: si la mati\u00e8re est capable de contenir Dieu dans toute la pl\u00e9nitude de la perfection, alors elle n&rsquo;est pas, par d\u00e9finition, un \u00abmanque d&rsquo;\u00eatre\u00bb, le d\u00e9but du p\u00e9ch\u00e9 ou du mal, les t\u00e9n\u00e8bres vaincues par la lumi\u00e8re, mais une force cr\u00e9atrice qui r\u00e9alise tous les plans de l\u2019esprit cr\u00e9atif. Certes, une telle refonte de la mati\u00e8re n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e dans le dogme chr\u00e9tien des premiers si\u00e8cles du christianisme, mais les philosophes de la Renaissance sont partis pr\u00e9cis\u00e9ment de cette compr\u00e9hension du christianisme dans leur justification de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Panth\u00e9isme philosophique naturel.<\/strong> La plupart des repr\u00e9sentants de la philosophie de la Renaissance peuvent \u00eatre qualifi\u00e9s de \u00abpanth\u00e9istes\u00bb dans un sens ou dans un autre, si l\u2019on consid\u00e8re comme panth\u00e9iste la th\u00e8se de Denys: \u00abDieu est tout en tout et rien en tout\u00bb. Mais le panth\u00e9isme de la Renaissance diff\u00e8re du panth\u00e9isme de Spinoza, par exemple, en ce que Dieu n\u2019est pas seulement le \u00abcommencement\u00bb et la \u00abfin\u00bb, mais aussi le \u00abmilieu\u00bb de l\u2019Univers dans son ensemble et de toute chose: le commencement est comme la cause premi\u00e8re et le fondement infiniment profond de l&rsquo;\u00eatre et de l&rsquo;essence; la fin &#8211; comme limite de la perfection, but de toutes les aspirations et int\u00e9grit\u00e9 globale de l&rsquo;univers; et le milieu &#8211; comme l&rsquo;essence individuelle de chaque chose, consid\u00e9r\u00e9e \u00abdu point de vue de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00bb. L&rsquo;individualit\u00e9 de chaque chose r\u00e9side dans la mani\u00e8re dont Dieu (la base infinie) se d\u00e9voile dans cette chose. De l\u00e0 d\u00e9coule une conclusion, qui a une \u00e9norme signification id\u00e9ologique, sur la signification absolue de chaque individualit\u00e9: plus un \u00eatre est individuel, unique, plus clairement le \u00abrayon de Lumi\u00e8re du Divin\u00bb qu&rsquo;il est se manifeste en lui.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le monde entier et chacune de ses particules expriment les attributs du Divin. Ainsi, Campanella proclame: \u00abLe monde entier et chaque partie de celui-ci est constitu\u00e9 de puissance, de sagesse et d\u2019amour.\u00bb Ce sont les trois soi-disant \u00abprimalit\u00e9s\u00bb &#8211; les trois perfections principales de Dieu, correspondant \u00e0 ses trois hypostases.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Dante<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Le grand Dante Alighieri (1265 &#8211; 1321) a largement anticip\u00e9 les id\u00e9es et les valeurs de la Renaissance. L\u2019image du monde, telle qu\u2019elle est pr\u00e9sent\u00e9e dans la Divine Com\u00e9die, est encore assez m\u00e9di\u00e9vale et est le r\u00e9sultat d\u2019une combinaison de g\u00e9ocentrisme ptol\u00e9ma\u00efque-aristot\u00e9licien et de th\u00e9ologie catholique. L&rsquo;espace et le temps \u00abobjectifs\u00bb n&rsquo;existent pas dans ce tableau; ils sont remplac\u00e9s par des relations hi\u00e9rarchiques de valeurs: ce qui est le plus important est plus t\u00f4t et plus proche. Derri\u00e8re la sph\u00e8re des \u00e9toiles fixes se trouve l&rsquo;Empyr\u00e9e ardent, et au sommet de la Hi\u00e9rarchie se trouve la Trinit\u00e9. Et pourtant, nombre de signes permettent de parler de Dante comme du pr\u00e9curseur des id\u00e9es de la Renaissance.<\/p>\n<p align=\"justify\">La destin\u00e9e de l\u2019homme n\u2019est pas seulement la f\u00e9licit\u00e9 c\u00e9leste \u00e0 laquelle conduit la religion, mais aussi la f\u00e9licit\u00e9 terrestre que conf\u00e8re la philosophie. La f\u00e9licit\u00e9 terrestre pr\u00e9suppose la possibilit\u00e9 d&rsquo;atteindre la plus haute perfection possible sur terre, c&rsquo;est-\u00e0-dire la \u00abd\u00e9ification\u00bb (th\u00e9ose n\u00e9oplatonicienne) &#8211; non pas par le renoncement aux choses terrestres, mais en les \u00e9levant \u00e0 la perfection par la connaissance et la cr\u00e9ativit\u00e9. Dante lance un appel brillant et proph\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;homme \u00e0 la noblesse, \u00e0 l&rsquo;exploit et au courage, non pas pour l&rsquo;amour d&rsquo;un Dieu abstrait, mais pour l&rsquo;amour divin.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le po\u00e8te est amen\u00e9 \u00e0 la contemplation de la Trinit\u00e9 par B\u00e9atrice (\u00abB\u00e9atitude\u00bb), personnification de l&rsquo;Amour divin sous les traits d&rsquo;une femme terrestre.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;un des principaux motifs de \u00abCom\u00e9die\u00bb est un appel \u00e0 un travail actif dans le domaine terrestre. Chez Dante, m\u00eame l&rsquo;enfer ne permet pas les inactifs, et apr\u00e8s la mort, ils prient pour la mort, mais sont condamn\u00e9s \u00e0 errer \u00e0 jamais dans un g\u00e2chis de leur propre sang, de leurs larmes et de leurs vers qui mangent tout.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Humanistes de la Renaissance<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Le terme m\u00eame \u00abhumanit\u00e9\u00bb (humanitas) a \u00e9t\u00e9 invent\u00e9 par Cic\u00e9ron pour d\u00e9signer la qualit\u00e9 que la culture romaine a h\u00e9rit\u00e9e du grec. Ce concept a ensuite \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par les premiers P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, opposant la moralit\u00e9 chr\u00e9tienne \u00e9mergente, jug\u00e9e plus humaine, \u00e0 la morale d\u00e9gradante de l\u2019empire. Le fondateur du mouvement humaniste en Italie peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme <strong>Francesco Petrarca<\/strong> (1304-1374), le premier po\u00e8te de renomm\u00e9e paneurop\u00e9enne, \u00e9cout\u00e9 par les papes et les rois. Il fut l&rsquo;un des premiers \u00e0 donner l&rsquo;exemple d&rsquo;un \u00abhumaniste\u00bb engag\u00e9 dans les \u00absciences humaines\u00bb (principalement la collecte, la traduction et le commentaire de textes anciens, la critique philologique et la philosophie). En Occident, le sens du terme \u00abhumanisme\u00bb est souvent r\u00e9duit \u00e0 ces activit\u00e9s. Mais les penseurs de la Renaissance eux-m\u00eames l&rsquo;ont compris de mani\u00e8re beaucoup plus large et profonde &#8211; tout d&rsquo;abord comme une affirmation de la dignit\u00e9 de l&rsquo;homme et de sa noblesse.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La vertu est valeur.<\/strong>\u00a0L&rsquo;une des caract\u00e9ristiques fondamentales de la Renaissance est la restauration et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;ancienne compr\u00e9hension de la vertu comme valeur<br \/>\n<a title=\"Lat. virtus et grec est-ce que cela signifiait \u00e0 la fois \u00ab valeur \u00bb, \u00ab courage \u00bb et \u00ab vertu \u00bb ; Virtus est apparent\u00e9 au sanskrit virya, qui signifie aussi \u00ab courage \u00bb, \u00ab h\u00e9ro\u00efsme \u00bb, \u00ab force masculine \u00bb.\"><sup>[16]<\/sup><\/a> . Au Moyen \u00c2ge, l&rsquo;id\u00e9e chr\u00e9tienne de la vertu comme m\u00e9rite d&rsquo;une vie purement spirituelle, l&rsquo;\u00e9vangile \u00abtr\u00e9sor au ciel\u00bb, dominait. Dans la vie la\u00efque, la cruaut\u00e9, la trahison et la m\u00e9chancet\u00e9 des dirigeants r\u00e9gnaient presque toujours en ma\u00eetre, tandis que les sujets pr\u00e9f\u00e9raient endurer toutes leurs atrocit\u00e9s, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;obtenir une r\u00e9tribution c\u00e9leste. Les penseurs de la Renaissance ont commenc\u00e9 par transf\u00e9rer la vertu sur le sol de la vie active r\u00e9elle, exigeant du cr\u00e9ateur humain la plus haute tension spirituelle et volitive (\u00abenthousiasme\u00bb de Bruno). Ainsi, Poggio Bracciolini (1380-1459) appelle ceux \u00abqui ont des muses dans le c\u0153ur\u00bb \u00e0 d\u00e9velopper les sciences et les arts \u00ab avec tout le z\u00e8le et l\u2019effort mental\u00bb. \u00abLa valeur vous donnera des ailes\u00bb, \u00e9crit P\u00e9trarque, \u00abdes ailes pour les actes nobles\u00bb. La valeur s&rsquo;oppose au m\u00e9rite tribal et au statut social h\u00e9r\u00e9ditaire: \u00abLa valeur ne se manifeste pas dans ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fait, mais dans ce qui doit \u00eatre fait\u00bb (2:101 &#8211; 102). Elle \u00abne se calme jamais, est toujours en action et toujours, comme avant le d\u00e9but d&rsquo;une bataille, garde son arme pr\u00eate\u00bb (Ibid.).<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019un des fondements de l\u2019humanisme \u00e9tait l\u2019\u00e9loge de la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine. La cr\u00e9ativit\u00e9 n&rsquo;est pas seulement la pr\u00e9rogative de Dieu, mais aussi une personne cr\u00e9ative peut devenir comme Dieu. Par ailleurs, le monde cr\u00e9\u00e9 par Dieu est parfois consid\u00e9r\u00e9 par les humanistes uniquement comme mat\u00e9riau de la cr\u00e9ativit\u00e9 humaine, et seul l\u2019homme, par son travail, donne l\u2019image de la perfection aux cr\u00e9ations de Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Citoyennet\u00e9.<\/strong>\u00a0Contrairement au Moyen \u00c2ge et imitant Rome, les humanistes italiens, toujours conscients d&rsquo;eux-m\u00eames comme h\u00e9ritiers des hommes d&rsquo;\u00c9tat romains, appelaient au courage non seulement dans la vie spirituelle, dans la lutte contre ses propres vices, mais aussi dans le domaine de la vie civile &#8211; luttant avec z\u00e8le et le z\u00e8le pour le bien de l&rsquo;\u00c9tat. Des exemples d&rsquo;une telle vertu active et d&rsquo;une telle bravoure dans la vie civile \u00e9taient les chanceliers humanistes de la R\u00e9publique florentine &#8211; Coluccio Salutati (1331 &#8211; 1406), qui au cours de ses 30 ann\u00e9es en tant que chancelier, a \u00e9lev\u00e9 toute une galaxie de brillants humanistes, et Leonardo Bruni (1374 &#8211; 1444) .<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La noblesse.<\/strong> De nombreux trait\u00e9s des humanistes de la Renaissance sont consacr\u00e9s au th\u00e8me de la noblesse (nobilitatis). Les \u0153uvres \u00abSur la noblesse\u00bb ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crites par Vergerio, Bracciolini, Manetti et d&rsquo;autres auteurs. Le concept de noblesse \u00e9tait particuli\u00e8rement important pour les humanistes, car il exprimait un nouvel id\u00e9al de l&rsquo;homme et de sa dignit\u00e9. Dans la vie de nombreux humanistes, un obstacle explicite ou implicite sur leur chemin \u00e9tait la vieille id\u00e9e de noblesse et de dignit\u00e9, bas\u00e9e sur la noblesse de la famille, la possession de terres et de domaines, la richesse et les exploits militaires. La division entre \u00abnoble\u00bb et \u00abignoble\u00bb \u00e9tait tr\u00e8s significative \u00e0 cette \u00e9poque: le titre \u00abnoble\u00bb donnait une certaine position dans la soci\u00e9t\u00e9, ouvrait de nombreuses portes, par exemple le droit de solliciter la main d&rsquo;une fille noble, d&rsquo;occuper des postes honorifiques, et ainsi de suite. Les humanistes prouvent que \u00abla noblesse ne vient pas du dehors, mais de sa propre vertu\u00bb (2:161). \u00ab\u00a0&#8230; Votre noblesse n&rsquo;est qu&rsquo;une sorte d&rsquo;\u00e9clat et d&rsquo;arrogance vide, invent\u00e9e par la stupidit\u00e9 et la vanit\u00e9 humaines.\u00a0\u00bb \u00abJ&rsquo;approuve (moi-m\u00eame) le point de vue des sto\u00efciens, qui me semble le plus correct\u00bb: \u00abla noblesse na\u00eet de la seule vertu\u00bb (2:172).<\/p>\n<p align=\"justify\">La dignit\u00e9-noblesse, m\u00eame si elle n\u2019exclut pas les conditions de richesse et d\u2019origine noble, ne les comprend que comme des conditions favorables \u00e0 la vraie dignit\u00e9, qui inclut la spiritualit\u00e9, la culture, la vertu et les \u00abr\u00e8gles de vie\u00bb. \u00ab\u00a0R\u00e8gles de vie\u00a0\u00bb &#8211; c&rsquo;est ce que les humanistes appellent ce qui sera plus tard compris comme \u00ab\u00a0vertu\u00a0\u00bb, dans une soci\u00e9t\u00e9 bourgeoise d\u00e9velopp\u00e9e, et ce qui repr\u00e9sente essentiellement la d\u00e9cence: l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9, l&rsquo;exactitude, voire la ponctualit\u00e9 dans l&rsquo;accomplissement de ses devoirs envers les partenaires commerciaux et l&rsquo;\u00e9tat. La \u00abvertu\u00bb pour les humanistes s&rsquo;apparente encore, comme dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 (tant grecque que romaine), \u00e0 \u200b\u200bla valeur &#8211; qui est le courage, l&rsquo;intr\u00e9pidit\u00e9, l&rsquo;asc\u00e9tisme, le \u00abz\u00e8le dans l&rsquo;accomplissement du devoir\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Compr\u00e9hension de l&rsquo;immortalit\u00e9 \u00e0 la Renaissance.<\/strong> L&rsquo;attitude des penseurs de la Renaissance \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du sort posthume de l&rsquo;\u00e2me est \u00e9galement impr\u00e9gn\u00e9e d&rsquo;esprit de noblesse et de valeur. Ils consid\u00e9raient qu\u2019il \u00e9tait inhumain de soumettre les gens \u00e0 des tourments \u00e9ternels, en particulier pour leurs p\u00e9ch\u00e9s, devant les \u00abgouverneurs de Dieu\u00bb \u2013 le pape et ses serviteurs. L&rsquo;ancienne conception de l&rsquo;immortalit\u00e9 \u00e9tait plus proche d&rsquo;eux: seul ce qui \u00e9tait immortel chez l&rsquo;homme au cours de sa vie \u00e9chappait au contr\u00f4le du temps et du temporaire &#8211; l&rsquo;effort intense et h\u00e9ro\u00efque pour la V\u00e9rit\u00e9, le Bien et la Beaut\u00e9. Il a \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9 que seule une aspiration intense pouvait \u00abcristalliser\u00bb les rayons de Lumi\u00e8re Divine dans le c\u0153ur humain.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Uniformit\u00e9 de la nature humaine.<\/strong>\u00a0Un autre trait commun de l\u2019esprit de la Renaissance \u00e9tait la croyance en l\u2019uniformit\u00e9 de la nature humaine et, par cons\u00e9quent, en l\u2019\u00e9galit\u00e9 potentielle de tous. D\u00e9j\u00e0 Niccolo Niccoli, ami de Poggio Bracciolini, s&rsquo;appuie sur cette th\u00e8se comme un point g\u00e9n\u00e9ral qui ne n\u00e9cessite pas de preuve, alors que<\/p>\n<p align=\"justify\">Platon et Aristote enseignaient, au contraire, sur la diff\u00e9rence naturelle inn\u00e9e des gens dans la qualit\u00e9 de leur \u00e2me. La hi\u00e9rarchie catholique, sans se r\u00e9f\u00e9rer directement \u00e0 ces autorit\u00e9s, a \u00e9galement assum\u00e9 une dignit\u00e9 diff\u00e9rente de pr\u00eatres et de la\u00efcs, \u00e9manant cependant non de la nature, mais de la b\u00e9n\u00e9diction de Dieu transmise par l&rsquo;\u00c9glise. Les humanistes de la Renaissance s\u2019appuyaient principalement sur le sto\u00efcisme, qui affirmait l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous devant Dieu en tant que \u00abcitoyens du cosmos\u00bb, ainsi que sur le christianisme primitif, avec son esprit de fraternit\u00e9. Sans nier les diff\u00e9rences r\u00e9elles dans la nature des personnes, dans leurs capacit\u00e9s physiques, mentales et cr\u00e9atives, les humanistes ont soulign\u00e9 l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 des chances d&rsquo;am\u00e9lioration pour chacun: \u00abDe n&rsquo;importe quel \u00e9tat, il est permis de s&rsquo;\u00e9lever au-dessus du destin\u00bb (Salutati).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Une justification de la nature humaine. Contre le dogme du p\u00e9ch\u00e9 originel.<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Les penseurs de la Renaissance n\u2019\u00e9taient pas, comme on l\u2019imagine parfois, ath\u00e9es ou pa\u00efens. Ils n\u2019\u00e9taient pas non plus des \u00abanticl\u00e9ricaux\u00bb (opposants \u00e0 l\u2019\u00c9glise). Bien qu\u2019ils rejettent l\u2019institution du monachisme comme contraire au d\u00e9veloppement de la vie, de nombreux penseurs de la Renaissance occupent des positions dans la hi\u00e9rarchie de l\u2019\u00c9glise, et les premiers humanistes, men\u00e9s par P\u00e9trarque, recherchent des \u00abcanoniques chers \u00e0 leur c\u0153ur\u00bb (paroisses rentables), ce qui leur a donn\u00e9 la plus grande libert\u00e9 possible \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pour leurs activit\u00e9s humanitaires. Ils n&rsquo;ont pas non plus perdu leur lien spirituel avec le christianisme. Ainsi, dans l&rsquo;\u00e2me de P\u00e9trarque jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, il y avait une lutte entre l&rsquo;amour de la vie de la Renaissance et l&rsquo;id\u00e9al chr\u00e9tien de \u00abrentrer en soi\u00bb, exprim\u00e9 le plus clairement par Augustin: noli foras ire, in te ipsum redi, dans l&rsquo;habitat int\u00e9rieur de l&rsquo;homme. veritas (\u00abNe cherchez rien \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur, lisez en soi, dans l&rsquo;homme int\u00e9rieur habite la V\u00e9rit\u00e9\u00bb).<\/p>\n<p align=\"justify\">Les humanistes confessaient ouvertement le Christ, les sacrements de l\u2019Incarnation, de la R\u00e9surrection, de la Communion, etc. Mais ils comprenaient l\u2019esprit de l\u2019enseignement du Christ de bien des mani\u00e8res diff\u00e9remment des repr\u00e9sentants du Vatican officiel. Le principal point de d\u00e9saccord \u00e9tait le dogme du \u00abp\u00e9ch\u00e9 originel\u00bb. Il est difficile de surestimer l&rsquo;influence de ce dogme sur la vision du monde, la vision du monde et la perception de soi des croyants de cette \u00e9poque. L&rsquo;homme a appris \u00e0 regarder son corps avec d\u00e9go\u00fbt, \u00e0 la limite de l&rsquo;horreur: apr\u00e8s tout, du corps, puisqu&rsquo;il \u00abna\u00eet dans le p\u00e9ch\u00e9\u00bb et h\u00e9rite du p\u00e9ch\u00e9 originel d&rsquo;Adam et \u00c8ve, il y a un danger de perdre une \u00e2me \u00e9ternelle ou le condamnant au tourment \u00e9ternel de l&rsquo;enfer. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;enseignement de l&rsquo;\u00c9glise sur le m\u00e9pris de l&rsquo;insignifiance de l&rsquo;homme, dont seuls les pr\u00eatres peuvent s&rsquo;\u00e9lever avec l&rsquo;aide de la gr\u00e2ce transmise par la hi\u00e9rarchie eccl\u00e9siale. Une femme \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme particuli\u00e8rement dangereuse pour le salut de l&rsquo;\u00e2me &#8211; un \u00abvase du p\u00e9ch\u00e9\u00bb, \u00abune servante du diable\u00bb, un tentateur volontaire ou involontaire, conscient ou inconscient d&rsquo;un homme. Au Moyen \u00c2ge, les dirigeants de l&rsquo;\u00c9glise ont particuli\u00e8rement cultiv\u00e9 cette attitude envers le corps et les femmes \u2013 au XIIIe si\u00e8cle. Le trait\u00e9 du pape Innocent III (1198 &#8211; 1216) \u00abSur le m\u00e9pris du monde, ou sur l&rsquo;insignifiance de la condition humaine\u00bb (3: 117-130) \u00e9tait tr\u00e8s populaire. \u00c0 l&rsquo;aide de nombreuses r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;\u00c9criture, l&rsquo;auteur convainc le lecteur du sort malheureux de l&rsquo;homme sur terre. (Par exemple, l&rsquo;\u00c9criture dit qu&rsquo;un enfant commence \u00e0 pleurer d\u00e8s sa naissance et ne rit qu&rsquo;au quaranti\u00e8me jour, et ainsi de suite). Les sentiments humains eux-m\u00eames sont essentiellement d\u00e9clar\u00e9s comme une source vicieuse de mal. Du point de vue d&rsquo;Innocent III, les plus heureux sont les b\u00e9b\u00e9s \u00e0 na\u00eetre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les humanistes n&rsquo;ont pas directement ni\u00e9 le dogme du p\u00e9ch\u00e9 originel, mais avec leur interpr\u00e9tation, ils en ont presque compl\u00e8tement d\u00e9truit le sens. \u00ab\u2026Bien s\u00fbr, tout le monde est n\u00e9 dans le p\u00e9ch\u00e9. Essayez de ne pas en ajouter de plus graves, m\u00eame s&rsquo;il y a aussi une purification de ceux-ci. Vient ensuite le presque h\u00e9r\u00e9tique: \u00abEt ce premier p\u00e9ch\u00e9 est souvent lav\u00e9 au seuil m\u00eame de la vie et une puret\u00e9 \u00e9blouissante remplit l&rsquo;\u00e2me\u00bb (2:127). Les humanistes se donnent pour t\u00e2che de r\u00e9duire l&rsquo;impact de ce dogme sur la conscience de soi des croyants, et leurs ouvrages regorgent d&rsquo;assurances encourageantes: \u00abLa gloire d&rsquo;autrui ne p\u00e9rit pas \u00e0 cause du p\u00e9ch\u00e9 d&rsquo;un\u2026\u00bb (2:128). ); \u00abAvant de na\u00eetre, vous ne m\u00e9ritiez rien, ni gloire ni d\u00e9shonneur\u00bb (2:129) \u00e9crit P\u00e9trarque. Ces avertissements sont poursuivis par tous les humanistes ult\u00e9rieurs. Buonaccorso Montemagno assure \u00e0 quelqu&rsquo;un: \u00abL&rsquo;\u00e2me des gens en elle-m\u00eame est pure et libre.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Confirmant leurs pens\u00e9es par des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 l&rsquo;\u00c9criture, les humanistes d\u00e9fendent la dignit\u00e9 la plus \u00e9lev\u00e9e, voire divine, de l&rsquo;homme. P\u00e9trarque utilise \u00e0 cet effet le dogme de l&rsquo;Incarnation: Dieu, ayant envoy\u00e9 son Fils sur Terre, a choisi pour son incarnation non pas le corps d&rsquo;un ange, mais pr\u00e9cis\u00e9ment le corps d&rsquo;un homme, montrant ainsi que le corps en tant que tel n&rsquo;est pas la source du p\u00e9ch\u00e9. \u00abLa pi\u00e9t\u00e9 et l&rsquo;humilit\u00e9 inexprimables de Dieu (exprim\u00e9es dans l&rsquo;Incarnation) sont le plus grand bonheur et la gloire de l&rsquo;homme, \u00e0 tous \u00e9gards un myst\u00e8re sublime et cach\u00e9, une connexion \u00e9tonnante et b\u00e9n\u00e9fique, que je ne connais pas comme c\u00e9leste, mais le langage humain ne peut pas exprimer\u00bb (2:133). De plus, l\u2019homme n\u2019est d\u00e9j\u00e0 pas priv\u00e9 de la dignit\u00e9 divine dans cette vie: le Christ s\u2019est incarn\u00e9 dans l\u2019homme, \u00abafin que, devenu homme, il puisse faire de l\u2019homme un dieu\u00bb. \u00ab\u00c0 quoi, je demande, une personne peut-elle penser de mani\u00e8re plus sublime, sinon devenir Dieu? Maintenant, il est d\u00e9j\u00e0 Dieu (ecce jam Deus est). Cela correspond \u00e0 l\u2019enseignement \u00e9vang\u00e9lique: \u00abJ\u00e9sus leur r\u00e9pondit: N\u2019est-il pas \u00e9crit dans votre loi: J\u2019ai dit: vous \u00eates des dieux? (Jean 10 :34).<\/p>\n<p align=\"justify\">De plus, l&rsquo;homme est la seule cr\u00e9ature (parmi les mortels) dot\u00e9e d&rsquo;une \u00e2me immortelle, donc seul l&rsquo;homme n&rsquo;est pas d\u00e9truit par la mort sans laisser de trace. L\u2019homme est le fruit du travail divin ; peut-il vraiment dispara\u00eetre ou devenir sans valeur? Alors l\u2019\u0153uvre de Dieu serait vaine. \u00abVous \u00eates la moisson de Dieu, qui doit \u00eatre vant\u00e9e au tribunal et vers\u00e9e dans la grange du P\u00e8re Tr\u00e8s-Haut\u00bb (2:134).<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans le dogme de la R\u00e9surrection des Morts, P\u00e9trarque souligne que les gens sont ressuscit\u00e9s avec leur corps, donc la possession d&rsquo;un corps est une condition n\u00e9cessaire \u00e0 la compl\u00e9tude et \u00e0 la perfection de l&rsquo;homme. \u00abM\u00eame s&rsquo;il (le corps) est fr\u00eale et faible, il a n\u00e9anmoins une apparence agr\u00e9able, redress\u00e9 et capable de contempler le ciel&#8230; On esp\u00e8re qu&rsquo;apr\u00e8s la mort le corps rena\u00eetra, deviendra l\u00e9ger, lumineux, immacul\u00e9, et peut \u00eatre utilis\u00e9 avec encore plus de gloire. Et cela surpassera non seulement la dignit\u00e9 humaine, mais aussi la dignit\u00e9 ang\u00e9lique\u00bb (2:133). Dans son interpr\u00e9tation du dogme de la R\u00e9surrection, P\u00e9trarque se situe \u00e0 la limite de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie: alors \u00abla nature humaine elle-m\u00eame s&rsquo;unira au divin au m\u00eame titre que celle de Celui qui fut Dieu et devint homme\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire tout les hommes deviendront \u00e9gaux \u00e0 Christ, et la possession d&rsquo;un corps ne sera pas un obstacle \u00e0 cela.<\/p>\n<p align=\"justify\">Poggio Bracciolini a formul\u00e9 la croyance commune de tous les humanistes en la puret\u00e9 de la nature: \u00abCe qui nous est inh\u00e9rent par la nature est le moins digne de bl\u00e2me.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s P\u00e9trarque, nombre de ses arguments en faveur de \u00abl&rsquo;honneur et de la dignit\u00e9\u00bb de l&rsquo;homme ont \u00e9t\u00e9 repris sous une forme ou une autre par d&rsquo;autres humanistes &#8211; Gianozzo Manetti, Poggio Bracciolini, Pico della Mirandola.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorenzo Valla (1407 -1457) repr\u00e9sente l&rsquo;humanisme sous une forme nouvelle. Pour Balla, les principales autorit\u00e9s ne sont plus les sto\u00efciens et les P\u00e8res de l\u2019\u00c9glise, mais \u00c9picure et Lucr\u00e8ce, bien que Valla s\u2019efforce tout autant de \u00abchristianiser\u00bb l\u2019\u00e9thique d\u2019\u00c9picure que les premiers humanistes l\u2019ont fait pour les sto\u00efciens. Dans son ouvrage principal, \u00abDes biens vrais et faux\u00bb (1831), il appelle le plaisir le seul vrai bien. Ce plaisir est d&rsquo;abord corporel: pour en nier la valeur, Valla critique le sto\u00efcisme et l&rsquo;asc\u00e9tisme chr\u00e9tien. Selon Balla, le vrai christianisme n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019asc\u00e9tisme: le Cr\u00e9ateur a cr\u00e9\u00e9 tellement d\u2019occasions de plaisir dans le monde que \u00abla Providence de Dieu \u00e9tait plut\u00f4t \u00e9picurienne\u00bb. La pl\u00e9nitude de la vie sensorielle est une condition n\u00e9cessaire \u00e0 la pl\u00e9nitude de la vie de l&rsquo;\u00e2me. \u00ab\u00a0Pourquoi est-ce que je n&rsquo;ai que cinq sens et pas cinquante ou cinq cents!\u00a0\u00bb &#8211; s&rsquo;exclame le philosophe. De plus, apr\u00e8s la mort, la possibilit\u00e9 de jouir du corps demeure au Paradis, o\u00f9 nous recevrons des corps parfaits et incorruptibles. Mais le plaisir corporel doit \u00eatre compl\u00e9t\u00e9 par le plaisir de l\u2019\u00e2me ou de l\u2019esprit, conf\u00e9r\u00e9 par la vertu, la cr\u00e9ativit\u00e9 et la connaissance. Certes, la vertu pour Balla a une signification compl\u00e8tement diff\u00e9rente de celle des sto\u00efciens ou du christianisme. Puisque la valeur principale de tous les \u00eatres vivants est la pr\u00e9servation de leur individualit\u00e9, alors la \u00abvertu\u00bb est ce qui profite \u00e0 l\u2019individualit\u00e9. Par cons\u00e9quent, par exemple, le sacrifice de soi n\u2019a aucun sens. \u00abM\u00eame Dieu ne peut \u00eatre servi sans espoir de r\u00e9compense.\u00bb Le plus grand plaisir de la cr\u00e9ativit\u00e9 et de la connaissance attend l&rsquo;homme au Paradis, o\u00f9 les restrictions de l&rsquo;existence terrestre seront lev\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019\u00e9picurisme humaniste de Lorenzo Balla a jou\u00e9 un r\u00f4le important dans la formation du milieu du si\u00e8cle. XVe si\u00e8cle en Italie, le concept d&rsquo;homo universale &#8211; \u00abl&rsquo;homme universel\u00bb, une personnalit\u00e9 se d\u00e9veloppant naturellement et de mani\u00e8re globale, parfaite selon ses inclinations. Un exemple d&rsquo;une telle personnalit\u00e9 est L\u00e9onard de Vinci (1452-1519) &#8211; un brillant artiste, sculpteur, ing\u00e9nieur qui comprenait profond\u00e9ment son propre art et celui de toute son \u00e9poque.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>N\u00e9oplatonisme de la Renaissance<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Vers le milieu du XVe si\u00e8cle. L\u2019\u00e9mancipation de la pens\u00e9e op\u00e9r\u00e9e par les humanistes commence \u00e0 porter de nouveaux fruits. Les id\u00e9es n\u00e9oplatoniciennes apport\u00e9es de Byzance en Italie par George Gemistus Pletho (vers 1355-1452) tomb\u00e8rent sur un terrain favorable. Le n\u00e9oplatonisme a pr\u00e9serv\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9 les principales r\u00e9alisations des humanistes, les id\u00e9es sur la libert\u00e9 humaine, la dignit\u00e9 et la noblesse. Mais en m\u00eame temps, les limites de l\u2019ancien humanisme \u00abphilologique\u00bb sont devenues \u00e9videntes. Les horizons philosophiques des humanistes, fascin\u00e9s par l\u2019\u00e9clat du latin ancien de Cic\u00e9ron et d\u2019Horace, \u00e9taient assez \u00e9troits; leurs principales autorit\u00e9s philosophiques \u00e9taient Cic\u00e9ron et les sto\u00efciens romains. Les penseurs ult\u00e9rieurs de la Renaissance ont consid\u00e9r\u00e9 avec humour \u00abl\u2019obsession philologique\u00bb des premiers humanistes. Cependant, la collecte, la traduction et la critique des textes anciens se sont poursuivies, mais leur compr\u00e9hension s&rsquo;est effectu\u00e9e \u00e0 un niveau philosophique qualitativement diff\u00e9rent.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Nikola\u00ef Kouzanski<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Nikolai Krebs, plus tard connu sous le nom de Nikolai de Cuza, est n\u00e9 en 1401 dans le sud de l&rsquo;Allemagne, pr\u00e8s de la ville de Tr\u00e8ves. Tr\u00e8s jeune, il s&rsquo;enfuit de chez lui et trouva refuge dans la famille du comte Theodoric von Manderscheid, qui lui accorda longtemps son patronage. Il fit ses \u00e9tudes d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole des Fr\u00e8res de la Vie Commune de Deventer (Hollande), o\u00f9 existait une forte influence des traditions mystiques, puis aux universit\u00e9s de Heidelberg et de Padoue, o\u00f9 il rejoignit le mouvement humaniste. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9 et entr\u00e9 au service de la chancellerie papale, il progressa rapidement, en 1448 il devint cardinal sous le pape Nicolas V, et le pape Pie II (dans le monde &#8211; Piccolomini, un ami de Cusanza), en fit son principal conseiller et , en fait, la deuxi\u00e8me personne de la hi\u00e9rarchie catholique. Cusan a utilis\u00e9 son influence pour humaniser l&rsquo;\u00c9glise romaine, sa reconstruction sur les principes de l&rsquo;amour, de la libert\u00e9 et de la raison, et a pr\u00e9par\u00e9 le terrain th\u00e9orique pour la r\u00e9unification de l&rsquo;\u00c9glise chr\u00e9tienne. Il a donn\u00e9 une interpr\u00e9tation philosophique des dogmes de la doctrine chr\u00e9tienne, combinant les enseignements des P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise, principalement la th\u00e9ologie n\u00e9gative de Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite, et l&rsquo;h\u00e9ritage des philosophes antiques, principalement le symbolisme num\u00e9rique pythagoricien. Les principaux ouvrages de Kuzantz sont \u00abSur l&rsquo;ignorance apprise\u00bb et \u00abSur les hypoth\u00e8ses\u00bb. Dans d&rsquo;autres travaux, il a d\u00e9velopp\u00e9 et clarifi\u00e9 les principes \u00e9nonc\u00e9s ici. Nicolas de Cues mourut en 1464.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>M\u00e9thodologie Cusanz. \u00ab\u00a0Ignorance acquise.\u00a0\u00bb<\/strong> La V\u00e9rit\u00e9 Finale, selon Cusan, est inaccessible, puisque toute connaissance est une proportion de l\u2019inconnu avec le d\u00e9j\u00e0 connu, mais \u00abil n\u2019y a pas de proportion entre l\u2019infini et le fini\u00bb. Il s\u2019agit d\u2019une position cl\u00e9 non seulement de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie, mais aussi de l\u2019ontologie de Cusan. Cela signifie que, m\u00eame si la connaissance du conditionnel augmente, elle ne donnera jamais la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 inconditionnelle; peu importe \u00e0 quel point l\u2019\u00eatre fini s\u2019\u00e9tend, il ne deviendra jamais absolu. Par cons\u00e9quent, \u00abl\u2019Infini, \u00e9chappant \u00e0 toute proportionnalit\u00e9, reste inconnu\u00bb (4:1, 50).<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais l\u2019Inconditionnel se situe non seulement au-del\u00e0 du conditionnel, mais aussi \u00e0 son fondement. Par cons\u00e9quent, l\u2019approfondissement de la connaissance du conditionnel ne peut pas non plus avoir de fin: \u00abLa pr\u00e9cision finale des combinaisons dans les choses corporelles et la r\u00e9duction sans ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019inconnu au connu\u00bb sont \u00e9galement impossibles (4:1, 51).<\/p>\n<p align=\"justify\">Par cons\u00e9quent, \u00ab&#8230; tout ce que nous souhaitons savoir est notre ignorance\u00bb, et toute notre connaissance n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une \u00abhypoth\u00e8se\u00bb. La connaissance est donc infinie: \u00abL\u2019esprit est aussi proche de la v\u00e9rit\u00e9 qu\u2019un polygone l\u2019est d\u2019un cercle\u00bb: une augmentation de la connaissance peut \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 une augmentation du nombre de c\u00f4t\u00e9s d\u2019un polygone, mais peu importe combien nous augmentons ce nombre, le polygone ne co\u00efncidera jamais avec le cercle: l&rsquo;esprit, pensant discr\u00e8tement, ne peut comprendre l&rsquo;Infini, dans lequel tous les contraires non seulement co\u00efncident, mais se dissolvent dans l&rsquo;Unit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans cette formulation de la question, on peut voir une anticipation de la question de Locke, Hume et Kant sur les limites de la connaissance humaine. Mais le \u00abscepticisme\u00bb de Cusan est grandement att\u00e9nu\u00e9 par sa reconnaissance de la foi (presque assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019intuition intellectuelle) comme la plus haute source de connaissance. L&rsquo;homme, \u00e9tant un \u00eatre conditionnel et limit\u00e9, ne pourrait m\u00eame pas vouloir ou penser \u00e0 rechercher la V\u00e9rit\u00e9 Inconditionnelle s&rsquo;il n&rsquo;avait pas lui-m\u00eame la Lumi\u00e8re de cette V\u00e9rit\u00e9, si l&rsquo;homme lui-m\u00eame (comme l&rsquo;esprit) n&rsquo;\u00e9tait pas cette Lumi\u00e8re. C\u2019est ce qui donne \u00e0 une personne la possibilit\u00e9 d\u2019une ignorance scientifique: non seulement \u00abje sais que je ne sais rien\u00bb ou \u00abje sais dans quelle mesure je sais\u00bb, mais \u00abla Lumi\u00e8re de la V\u00e9rit\u00e9 brille de mani\u00e8re incompr\u00e9hensible dans les t\u00e9n\u00e8bres de mon ignorance\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>\u00ab\u00a0Dialectique\u00a0\u00bb de Cusanz.<\/strong> La V\u00e9rit\u00e9 Ultime est au-del\u00e0 de l&rsquo;esprit, et la forme de connaissance la plus \u00e9lev\u00e9e dont il dispose est la compr\u00e9hension de la co\u00efncidence des contraires. Dieu est au-dessus de la co\u00efncidence des contraires, Il est leur condition et l&rsquo;unit\u00e9 qui les contient, mais leur co\u00efncidence est la \u00abporte\u00bb menant \u00e0 la contemplation supra-rationnelle de Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les contraires sont \u00e0 la base m\u00eame de l\u2019existence des choses: \u00abToutes choses sont constitu\u00e9es d\u2019oppos\u00e9s \u00e0 des degr\u00e9s divers, ayant tant\u00f4t plus de ceci, tant\u00f4t moins de l\u2019autre, r\u00e9v\u00e9lant leur nature \u00e0 partir de deux contrastes en pr\u00e9dominant l\u2019un sur l\u2019autre\u00bb (5:171).<\/p>\n<p align=\"justify\">Par cons\u00e9quent, la m\u00e9thode de connaissance la plus \u00e9lev\u00e9e consiste \u00e9galement \u00e0 identifier les contraires et \u00e0 essayer de les rapprocher: \u00ab&#8230; Je suis tr\u00e8s souvent occup\u00e9 par la co\u00efncidence des contraires et j&rsquo;essaie constamment d&rsquo;arriver finalement \u00e0 une vision intellectuelle qui d\u00e9passe le pouvoir de la raison.\u00bb (4:2, 197). \u00abLa capacit\u00e9 de se concentrer constamment sur l&rsquo;appariement des contraires est un art difficile\u00bb, admet le philosophe (4:2, 111).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>\u00ab\u00a0Th\u00e9ologie dialectique\u00a0\u00bb par Cusan. Dieu comme maximum absolu et minimum absolu.<\/strong> Utilisant le symbolisme num\u00e9rique pythagoricien pour comprendre Dieu, Kuzanets d\u00e9finit Dieu comme le \u00abmaximum absolu\u00bb. \u00abJ\u2019appelle le maximum quelque chose de plus grand que rien ne peut \u00eatre. Mais une telle abondance est caract\u00e9ristique de l\u2019Un.\u00bb Notre compr\u00e9hension, selon Cusan, est incapable de \u00abcombiner les contraires \u00e0 leur source sur les sentiers de la raison\u00bb. Mais, au-dessus de tout discours de la raison, on voit que \u00abLe Maximum Absolu est l&rsquo;infini, auquel rien ne s&rsquo;oppose&#8230;\u00bb. Si le Maximum Absolu inclut tout, alors \u00able Minimum co\u00efncide aussi avec lui\u00bb, \u00ab&#8230; lib\u00e9rez le Maximum et le Minimum de la quantit\u00e9, et vous verrez qu&rsquo;ils co\u00efncident\u00bb. L\u2019unit\u00e9 ne peut exister en dehors de la pluralit\u00e9, parce que, premi\u00e8rement, la pluralit\u00e9 dans un tel cas serait impossible, et deuxi\u00e8mement, l\u2019unit\u00e9 ne serait pas l\u2019unit\u00e9 absolue, puisqu\u2019elle n\u2019inclurait pas tout. \u00ab\u2026L&rsquo;unit\u00e9 universelle de l&rsquo;\u00eatre venant de Lui<br \/>\n<a title=\"Maximum absolu.\"><sup>[17]<\/sup><\/a> est aussi un maximum, \u00e9manant de l&rsquo;Absolu et existant donc dans la certitude concr\u00e8te comme l&rsquo;Univers; par cons\u00e9quent, son unit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 d\u00e9termin\u00e9e dans la pluralit\u00e9, en dehors de laquelle elle ne peut exister. \u00ab\u00a0&#8230;Il ne pourrait cependant pas exister en dehors de la multiplicit\u00e9 dans laquelle il r\u00e9side, car il n&rsquo;existe pas sans limitation et ne peut s&rsquo;en lib\u00e9rer.\u00a0\u00bb Le Maximum Absolu se r\u00e9v\u00e8le en un sens d\u00e9pendant de la multitude, et donc de l&rsquo;Autre, commencement de la multiplicit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la Mati\u00e8re Premi\u00e8re. Dieu et la Mati\u00e8re s&rsquo;av\u00e8rent \u00eatre essentiellement deux Principes \u00e9ternels et irr\u00e9ductibles, qui ne peuvent ni exister ni \u00eatre pens\u00e9s l&rsquo;un sans l&rsquo;autre.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Dieu comme Un.<\/strong> Le Maximum Absolu est l&rsquo;Un, \u00abautrement, parmi les choses, il n&rsquo;y aurait ni diff\u00e9rence, ni ordre, ni multiplicit\u00e9&#8230; et en effet, il n&rsquo;y aurait pas de nombre du tout\u00bb. \u00ab\u00a0Une telle unit\u00e9 n&rsquo;est pas un nombre.\u00a0\u00bb Pourquoi l&rsquo;Unit\u00e9 (ainsi que la \u00abMonade\u00bb pythagoricienne) \u00abn&rsquo;est-elle pas un nombre\u00bb si en arithm\u00e9tique 1 est le m\u00eame nombre que 0, 5 ou 2? Mais, en fait, tous les nombres, y compris les fractions, montrent seulement dans quelle proportion quelque chose est par rapport \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 prise comme mesure de comptage. Ainsi, en physique, nous prenons conventionnellement, par accord, 1 m, 1 kg, etc. comme mesure. Le m\u00e8tre \u00e9talon conserv\u00e9 \u00e0 Paris n&rsquo;est pas une \u00abmesure de longueur\u00bb (d&rsquo;une chose particuli\u00e8re), c&rsquo;est une mesure pour mesurer des longueurs. De plus, si le m\u00e8tre est une mesure conditionnelle, alors l&rsquo;unit\u00e9 dans le monde des nombres est une mesure inconditionnelle de tout ce qui est conditionnel. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;Unit\u00e9 n&rsquo;est pas un \u00abnombre de quelque chose\u00bb, mais une condition de possibilit\u00e9 de tout calcul et calcul. Et c\u2019est pourquoi Kuzan, comme Pythagore, ne consid\u00e9rait pas l\u2019Unit\u00e9 comme un \u00abnombre\u00bb, mais comme le commencement dans lequel tous les nombres sont \u00abrepli\u00e9s\u00bb et \u00e0 partir duquel ils \u00abse d\u00e9ploient\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Trinit\u00e9 de Dieu.<\/strong> Tous les noms, selon Cusan, sont \u00able r\u00e9sultat du mouvement de la raison\u00bb, qui est bien inf\u00e9rieur \u00e0 la raison et ne peut s&rsquo;\u00e9lever \u00e0 la combinaison des contraires. Kuzanets affirme avec audace que m\u00eame \u00able nom La Trinit\u00e9 et ses trois Personnes (\u00abDieu le P\u00e8re\u00bb, \u00abDieu le Fils\u00bb et le \u00abSaint-Esprit\u00bb) sont donn\u00e9es selon les propri\u00e9t\u00e9s des cr\u00e9atures\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une anthropomorphisation (humanisation) de Dieu. Kuzanets reconna\u00eet le dogme de la \u00abnon-fusion et de l&rsquo;ins\u00e9parabilit\u00e9\u00bb des trois Faces de la Trinit\u00e9, mais appelle ces Faces \u00abUnit\u00e9, \u00c9galit\u00e9 et Connexion\u00bb et donne une justification philosophique \u00e0 cela. Dieu, comme indiqu\u00e9 ci-dessus, est Un. Beaucoup surviennent lorsque le Un (un) est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 <em>n<\/em> fois. Mais la possibilit\u00e9 m\u00eame de r\u00e9p\u00e9tition doit \u00eatre inh\u00e9rente \u00e0 l\u2019Un. Kuzan l&rsquo;exprime ainsi: avant que Unity puisse \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9 deux, trois fois ou plus, il doit \u00eatre r\u00e9p\u00e9t\u00e9 une fois<br \/>\n<a title=\"C'est presque la m\u00eame chose que le \u00ab clap d'une main \u00bb dans le bouddhisme Chan.\"><sup>[18]<\/sup><\/a> . Cette r\u00e9p\u00e9tition ne signifie rien d\u2019autre que le fait que l\u2019Unit\u00e9 est \u00e9gale \u00e0 elle-m\u00eame. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;est \u00e9tablie la deuxi\u00e8me hypostase de Dieu (en termes th\u00e9ologiques &#8211; \u00abn\u00e9\u00bb) &#8211; l&rsquo;\u00e9galit\u00e9. De plus, l&rsquo;\u00c9galit\u00e9 n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que l&rsquo;Unit\u00e9, elles co\u00efncident, s&rsquo;accordent, se lient. Le lien d&rsquo;Unit\u00e9 et d&rsquo;\u00c9galit\u00e9 \u00abvient\u00bb des deux (comme le Saint-Esprit \u00abvient\u00bb du P\u00e8re et du Fils dans le Credo catholique) et constitue la troisi\u00e8me Face de la Trinit\u00e9. En utilisant uniquement les pronoms, la Trinit\u00e9 enti\u00e8re peut \u00eatre d\u00e9finie, selon Cusanus, comme \u00abCeci, Cela et le M\u00eame\u00bb. (\u00abCela\u00bb indique d&rsquo;une mani\u00e8re diff\u00e9rente le \u00abCeci\u00bb d\u00e9j\u00e0 connu et \u00abLe M\u00eame\u00bb indique leur identit\u00e9).<\/p>\n<p align=\"justify\">Cette justification philosophique de la Trinit\u00e9 remonte \u00e0 Augustin (il portait les noms d&rsquo;Unit\u00e9, d&rsquo;\u00c9galit\u00e9, de Concorde), tandis que Kuzan lui-m\u00eame fait remonter sa preuve \u00e0 Pythagore (dont nous n&rsquo;avons pas de confirmation exacte).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Dieu comme non-autre.<\/strong> Suivant la th\u00e9ologie n\u00e9gative de Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite, Cusan d\u00e9finit Dieu comme \u00abNon-Autre\u00bb: \u00abNi substance, ni \u00eatre, ni un, ni rien d&rsquo;autre\u00bb; \u00ab\u00a0ni inexistant ni rien.\u00a0\u00bb \u00abNon-autre\u00bb est un analogue du concept \u00abIdentique\u00bb de Platon et sert \u00e0 d\u00e9signer l\u2019Unit\u00e9 qui d\u00e9passe \u00e0 la fois l\u2019\u00catre et le Non-\u00eatre. Le non-autre exprime le principe m\u00eame de la co\u00efncidence des contraires. Par rapport au Non-Autre, l&rsquo;Autre est le principe de pluralit\u00e9 et de changement (Platon avait la m\u00eame conception).<\/p>\n<p align=\"justify\">La lumi\u00e8re intelligible du Non-Autre est le principe \u00e0 la fois de la connaissance et de l&rsquo;existence de tout Autre, tout comme le son est la condition \u00e0 la fois de la connaissance et de l&rsquo;existence audible, et la lumi\u00e8re est la condition \u00e0 la fois de la connaissance et de l&rsquo;existence visible.<\/p>\n<p align=\"justify\">En effet, le son n\u2019existe pas en dehors de l\u2019audition en tant que tel (la vibration de l\u2019air n\u2019est pas encore un son tant qu\u2019elle n\u2019est pas entendue par quiconque). Mais la lumi\u00e8re \u00aben elle-m\u00eame\u00bb, la \u00ablumi\u00e8re pure\u00bb, non r\u00e9fract\u00e9e par quoi que ce soit, est invisible, comme le pr\u00e9tend Kuzanets, au regard humain. Nous ne voyons, \u00e0 proprement parler, que la couleur, c&rsquo;est-\u00e0-dire uniquement la lumi\u00e8re qui a \u00e9t\u00e9 r\u00e9fract\u00e9e d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre. Pour s&rsquo;en convaincre, il suffit de regarder le ciel \u00e9toil\u00e9 et la Lune la nuit. Les rayons du soleil qui \u00e9clairent la Lune remplissent presque tout l&rsquo;espace du ciel nocturne (\u00e0 l&rsquo;exception du c\u00f4ne d&rsquo;ombre de la Terre), mais ils sont invisibles car il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00abautre\u00bb dans lequel ils peuvent \u00eatre suffisamment r\u00e9fract\u00e9s pour devenir visibles \u00e0 nos yeux. De m\u00eame, la Lumi\u00e8re du Non-Autre n&rsquo;est compr\u00e9hensible qu&rsquo;en r\u00e9fraction et r\u00e9flexion dans l&rsquo;Autre et \u00e0 la surface de l&rsquo;Autre.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si nous ajoutons \u00e0 cela que, m\u00eame r\u00e9fract\u00e9e, la Lumi\u00e8re reste la m\u00eame Lumi\u00e8re, ne prenant en elle que des propri\u00e9t\u00e9s \u00absuppl\u00e9mentaires\u00bb qui ne changent pas sa nature, alors il deviendra clair comment, du point de vue de Kuzan, Dieu en tant que Le Non-Autre peut sous-tendre tout ce qui existe, \u00eatre dans tout ce qui existe, \u00eatre tout ce qui existe (immanent \u00e0 lui) et en m\u00eame temps rester transcendantal et incompr\u00e9hensible. Et dans cette compr\u00e9hension de Dieu, son unit\u00e9 et sa trinit\u00e9 sont \u00abins\u00e9parables et ne fusionnent pas\u00bb; cela d\u00e9coule de sa d\u00e9finition: \u00abLe Non-Autre n\u2019est pas (quoi) autre que le Non-Autre\u00bb. Dans cette formule artificielle, Dieu le Non-Autre est un trois fois: 1) \u00aben lui-m\u00eame\u00bb; 2) dans \u00abson alt\u00e9rit\u00e9\u00bb &#8211; dans l&rsquo;\u00eatre de la nature (qui est le devenir); 3) en rendant l&rsquo;Autre au Non-Autre.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Dieu et le monde: \u00abPanth\u00e9isme\u00bb de Cusan.<\/strong> D\u00e9veloppant son panth\u00e9isme dialectique, Cusan se r\u00e9f\u00e8re, d&rsquo;une part, \u00e0 l&rsquo;Ar\u00e9opagite, d&rsquo;autre part, \u00e0 la tradition herm\u00e9tique. \u00abLes th\u00e9ologiens affirment \u00e0 juste titre que Dieu est tout en tout et en m\u00eame temps rien de tout.\u00bb \u00ab\u2026 L&rsquo;homme, comme Herm\u00e8s-Mercure en parlait, doit \u00eatre appel\u00e9 par les noms de toutes choses et par aucun de tous\u00bb (4:2, 103).<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;image que Kuzanets consid\u00e8re comme d\u00e9crivant avec beaucoup de succ\u00e8s la relation entre Dieu et le monde est l&rsquo;image d&rsquo;un roi ou d&rsquo;un commandant. Il retrouve cette all\u00e9gorie chez Proclus: \u00abCe qui reste s\u00e9par\u00e9 dans l\u2019\u00c9tat est d\u2019abord et enti\u00e8rement dans le roi lui-m\u00eame et dans sa vie.\u00bb Dans les monarchies absolues, tout ce qui a le sens d&rsquo;\u00ab\u00c9tat\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire qui a une existence en tant qu&rsquo;\u00ab\u00c9tat\u00bb, re\u00e7oit ce sens-\u00eatre \u00e0 travers sa relation avec le roi; \u00ab\u00c9tat\u00bb est \u00e9gal \u00e0 \u00absouverain\u00bb. La volont\u00e9 du roi et sa personnalit\u00e9 m\u00eame contiennent (sous une forme condens\u00e9e, comme aime \u00e0 le dire Kuzanets) des d\u00e9crets, des sceaux, des mesures, une arm\u00e9e, des juges, des imp\u00f4ts, etc. M\u00eame les lois grav\u00e9es sur les tablettes resteraient lettre morte sans le roi \u2013 il est leur \u00eatre vivant. Dans le m\u00eame sens, Aristote a \u00e9galement dit \u00e0 propos du commandant que lui, \u00e9tant la cible de l&rsquo;arm\u00e9e, donne \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e \u00abtout ce qui en fait une arm\u00e9e\u00bb &#8211; l&rsquo;unit\u00e9, l&rsquo;organisation, le but, l&rsquo;esprit combatif. C&rsquo;est l&rsquo;attitude de Dieu envers le monde. Si le souverain est \u00abl\u2019ent\u00e9l\u00e9chie\u00bb (la r\u00e9alisation) de l\u2019\u00c9tat, si en lui l\u2019\u00c9tat tout entier ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 que comme un \u00ab\u00c9tat\u00bb (puisque l\u2019\u00c9tat est quelque chose d\u2019unifi\u00e9, et que le roi est celui qui rend l\u2019\u00c9tat unifi\u00e9), alors on peut dire que \u00abl\u2019\u00c9tat est le souverain\u00bb. De m\u00eame, \u00e0 propos du monde seulement dans ce sens, on peut dire que \u00able monde est Dieu\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire que le monde ne re\u00e7oit le sens d&rsquo;\u00abexistence\u00bb que par rapport \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Certes, sur la base de cette analogie, on pourrait dire qu&rsquo;un roi sans royaume n&rsquo;est pas un roi, tout comme un commandant n&rsquo;est pas un commandant sans arm\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire que Dieu ne serait pas Dieu sans le monde d\u00e9voil\u00e9 \u00e0 partir de lui. Pour Cusan, bien s\u00fbr, il est impossible que le monde conditionne Dieu, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre. La relation de Dieu avec le monde n&rsquo;est soumise ni \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 naturelle ni \u00e0 une n\u00e9cessit\u00e9 interne. M\u00eame Platon et Aristote, selon Cusan, ne voyaient pas que \u00abtoute cr\u00e9ation est l&rsquo;intention de la volont\u00e9 du Tout-Puissant&#8230;\u00bb \u00abTous deux croyaient clairement que l&rsquo;esprit cr\u00e9ateur produit toute chose par n\u00e9cessit\u00e9 naturelle, et c&rsquo;est l\u00e0 que se trouvent tous leurs efforts. l\u2019erreur vient d\u2019o\u00f9\u00bb (4:2, 114 ).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La pr\u00e9sence de l&rsquo;Absolu dans le monde.<\/strong> La pr\u00e9sence de l&rsquo;Absolu dans le monde, ou l&rsquo;immersion du monde en Dieu, est un des \u00ablieux communs\u00bb de la m\u00e9taphysique. Augustin a \u00e9crit: \u00abJe ne serais pas, je ne pourrais absolument pas \u00eatre, si Tu ne demeurais pas en moi.\u00bb Thomas d&rsquo;Aquin affirme la m\u00eame chose: \u00ab\u00a0&#8230; il faut que Dieu habite en toutes choses, et, de surcro\u00eet, de mani\u00e8re int\u00e9rieure.\u00a0\u00bb Le changement introduit par Cusanto dans cet enseignement d\u00e9coule de l&rsquo;\u00e9veil de l&rsquo;individualit\u00e9 caract\u00e9ristique de la Renaissance: Dieu ne doit pas \u00eatre seulement le Premier Principe infiniment lointain, le But ultime et le fondement infiniment profond de toute chose. Si Dieu, par rapport \u00e0 l\u2019individualit\u00e9, n\u2019en est que le fondement infiniment profond, alors l\u2019individualit\u00e9 n\u2019a pas de signification ontologique ind\u00e9pendante, se dissolvant dans \u00abl\u2019oc\u00e9an de l\u2019essence\u00bb divin et seul l\u2019universel existe r\u00e9ellement \u00abdu point de vue de l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00bb. Kuzan, pour la premi\u00e8re fois dans l&rsquo;histoire de la philosophie europ\u00e9enne, se donne pour t\u00e2che de r\u00e9v\u00e9ler l&rsquo;Absolu dans l&rsquo;individualit\u00e9 en tant que telle. Cela ne peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 qu\u2019en utilisant sa m\u00e9thode de \u00abcombiner les contraires\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Suivant strictement sa m\u00e9thode \u00abdialectique\u00bb, Kuzanets arrive \u00e0 une conclusion paradoxale: le fini est infini dans sa finitude.\u00a0\u00bb&#8230;Une ligne finie n&rsquo;est pas divisible en non-lignes, de ce fait elle est indivisible \u00e0 sa base&#8230; Il s&rsquo;av\u00e8re donc que la base d&rsquo;une ligne finie est une ligne infinie!\u00a0\u00bb Une ligne est finie car elle diff\u00e8re de toute non-ligne, par exemple un plan; mais en tant que ligne, elle est infinie, parce que rien ne peut en faire une ligne plus ni moins, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;en tant que ligne, elle incarne l&rsquo;actualit\u00e9 absolue, quoique dans une image limit\u00e9e. Sans cette dialectique du fini et de l&rsquo;infini, il est impossible d&rsquo;imaginer ou de comprendre ne serait-ce que la possibilit\u00e9 de l&rsquo;existence de l&rsquo;Absolu dans le fini, et donc de l&rsquo;incarnation de Dieu dans l&rsquo;homme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans l&rsquo;identit\u00e9 avec soi, dans l&rsquo;\u00eatre soi, se trouve la v\u00e9rit\u00e9 de chaque chose, sa divinit\u00e9, son absoluit\u00e9. Le probl\u00e8me, selon Kusan, est que les choses limit\u00e9es ne peuvent jamais \u00eatre absolument identiques \u00e0 elles-m\u00eames &#8211; du fait qu&rsquo;elles s&rsquo;efforcent \u00e9ternellement d&rsquo;obtenir quelque chose d&rsquo;autre que ce qu&rsquo;elles sont, et sont donc dans un flux \u00e9ternel de devenir (dans le langage de Kusan, cela signifie sonne: \u00ables choses sont impliqu\u00e9es dans l\u2019Autre\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire la mati\u00e8re). Si l\u2019homme ou n\u2019importe quel \u00eatre pouvait pleinement r\u00e9aliser ce qu\u2019il est r\u00e9ellement et s\u2019en satisfaire, il fusionnerait avec l\u2019Absolu. Mais dans l&rsquo;histoire, du point de vue de Kuzan, cela ne s&rsquo;est produit qu&rsquo;une seule fois &#8211; dans le sacrement de l&rsquo;Incarnation.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>\u00abChristologie\u00bb de Cusan (La Doctrine du \u00abMaximum Concret\u00bb).<\/strong> La doctrine du \u00abmaximum concret\u00bb &#8211; la justification philosophique du sacrement de l&rsquo;Incarnation est particuli\u00e8rement importante pour Cusan. Comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, c&rsquo;\u00e9tait ce point de l&rsquo;enseignement de l&rsquo;\u00c9glise qui \u00e9tait particuli\u00e8rement important pour les penseurs de la Renaissance, puisqu&rsquo;il constituait la base pour justifier l&rsquo;aspect mat\u00e9riel de la nature et de l&rsquo;homme.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abTous les objets limit\u00e9s\u00bb, \u00e9crit Kuzanets, \u00abse situent entre le maximum et le minimum. Bien que pour chaque chose donn\u00e9e, un degr\u00e9 plus grand et un degr\u00e9 moindre de limitation soient concevables, sans toutefois entrer dans l&rsquo;infini r\u00e9el : un nombre infini d&rsquo;\u00e9tapes d&rsquo;existence est impossible&#8230;\u00bb L&rsquo;infinit\u00e9 r\u00e9elle (r\u00e9alis\u00e9e) des \u00e9tapes signifierait que l&rsquo;existence est impossible. Le nombre de pas a atteint l\u2019infini, ce qui est impossible, car \u00ab en ajoutant et en d\u00e9passant on ne peut atteindre l\u2019infini\u00bb. Par cons\u00e9quent, toute s\u00e9rie r\u00e9elle d\u2019\u00e9tapes d\u2019existence est finie. Aucune chose limit\u00e9e ne peut ni s&rsquo;\u00e9lever jusqu&rsquo;au Maximum Absolu, ni descendre jusqu&rsquo;au Minimum Absolu, tout comme Il ne peut ni y descendre ni y monter. De l\u00e0 il s\u2019ensuit en outre qu\u2019\u00abaucun \u00eatre ne peut atteindre la perfection maximale de son esp\u00e8ce sans passer dans un autre genre\u00bb. Apr\u00e8s tout, la perfection maximale de toute chose, selon Cusan, est Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abSi n\u00e9anmoins il existait effectivement un maximum r\u00e9el d&rsquo;une esp\u00e8ce sp\u00e9cifique, pour cette sp\u00e9cificit\u00e9 il s&rsquo;av\u00e9rerait en r\u00e9alit\u00e9 tout ce qui ne peut \u00eatre que dans la puissance \u00e0 la fois de cette esp\u00e8ce et de son genre g\u00e9n\u00e9ral\u00bb (4: 1, 147) . Ainsi, la ligne maximale non seulement \u00e9puise toutes les lignes possibles, mais co\u00efncide avec toutes les figures g\u00e9om\u00e9triques et un point.<\/p>\n<p align=\"justify\">Un tel maximum sp\u00e9cifique serait:<\/p>\n<p align=\"justify\">1) \u00abla compl\u00e9tude de cette esp\u00e8ce et du genre entier en tant que prototype, vie, forme, fondement et parfaite compl\u00e9tude de la v\u00e9rit\u00e9 de tout ce qui est possible pour une esp\u00e8ce donn\u00e9e\u00bb;<\/p>\n<p align=\"justify\">2) serait \u00abdans une \u00e9galit\u00e9 incommensurablement \u00e9lev\u00e9e avec tout individu de cette esp\u00e8ce \u00bb et \u00ab envelopperait dans sa compl\u00e9tude toutes leurs perfections particuli\u00e8res\u00bb;<\/p>\n<p align=\"justify\">3) sera \u00ab\u00e0 la fois Dieu et la cr\u00e9ation\u00bb, mais la base de son existence n&rsquo;aura que le Maximum Absolu;<\/p>\n<p align=\"justify\">4) sera incompr\u00e9hensible (pour l&rsquo;esprit), puisqu&rsquo;il est impossible de penser<\/p>\n<p align=\"justify\">a) son lien avec le final,<\/p>\n<p align=\"justify\">b) son apparition dans le temps;<\/p>\n<p align=\"justify\">5) ne sera ni Dieu (seulement), ni cr\u00e9ation (seulement), ni leur union (car leur union est impensable).<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, le maximum concret hypoth\u00e9tique serait, en substance, une \u00abth\u00e9ophanie\u00bb, une apparition directe de Dieu dans le monde. Un tel ph\u00e9nom\u00e8ne, selon Kuzantz, n&rsquo;est possible que dans la nature humaine. C&rsquo;est la \u00abnature moyenne\u00bb, \u00able niveau le plus \u00e9lev\u00e9 des ordres inf\u00e9rieurs et le niveau le plus bas des ordres sup\u00e9rieurs\u00bb, reliant l&rsquo;inf\u00e9rieur et le sup\u00e9rieur. La nature humaine \u00ab contient la nature mentale et sensorielle et contient en elle l\u2019Univers tout entier: c\u2019est un microcosme, un petit monde, comme l\u2019appelaient \u00e0 juste titre les anciens\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le Christ n&rsquo;est pas seulement le Sauveur incarn\u00e9. Il \u00e9tait de toute \u00e9ternit\u00e9, comme l&rsquo;un des Visages de la Trinit\u00e9, co-\u00e9ternel avec le P\u00e8re, c&rsquo;\u00e9tait Lui qui \u00e9tait le \u00abcanal\u00bb par lequel s&rsquo;effectuait \u00abl&rsquo;effusion\u00bb (\u00e9manation) de tout ce qui \u00e9tait cr\u00e9\u00e9 \u00e0 partir de la Cause Premi\u00e8re. \u00ab\u00a0&#8230; Par Lui&#8230; comme \u00e0 travers le d\u00e9but de leur \u00e9manation et le but final de leur retour (r\u00e9ductionis), ils (les choses cr\u00e9\u00e9es) proc\u00e9deraient tous deux du Maximum absolu \u00e0 l&rsquo;\u00eatre concret et monteraient \u00e0 l&rsquo;Absolu\u00a0\u00bb (4:1, 151). Puisque \u00abl\u2019\u00e9manation\u00bb est un concept en dehors du temps et de l\u2019espace, le Christ n\u2019est pas seulement \u00abl\u2019\u00e9chelle\u00bb de la descente des choses au d\u00e9but et de l\u2019ascension \u00e0 la fin, mais il est maintenant et \u00e9ternellement le lien vivant de toutes choses avec le Absolu. Sans le Christ et le lien qu&rsquo;Il a \u00e9tabli, \u00ab il n&rsquo;y aurait ni le Cr\u00e9ateur ni la cr\u00e9ation: apr\u00e8s tout, serait-il possible de dire que le caract\u00e8re concret de la cr\u00e9ation vient de l&rsquo;\u00eatre divin absolu, si ce caract\u00e8re concret \u00e9tait incompatible avec Dieu? C\u2019est gr\u00e2ce au Maximum concret (le Christ) que toutes choses ont pu non seulement exister \u00e0 partir du Divin Absolu, mais aussi provenir de Lui comme concr\u00e8tes gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019union la plus \u00e9lev\u00e9e avec Lui dans ce concret (limit\u00e9)\u00bb (4:1, 152) .<\/p>\n<p align=\"justify\">Bien que l&rsquo;enseignement sur le Christ soit pr\u00e9sent\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 ne pas contredire le dogme de l&rsquo;\u00c9glise, il contient sous une \u00ab forme condens\u00e9e \u00bb des conclusions assez proches de la tradition herm\u00e9tique (et refl\u00e9tant en m\u00eame temps l&rsquo;enseignement du Christ, comme le disent les penseurs de la Renaissance l&rsquo;ont red\u00e9couvert dans leurs c\u0153urs).<\/p>\n<p align=\"justify\">Le \u00ab Maximum Concret \u00bb (Christ) est un, et il ne peut y en avoir deux, trois, etc., non pas parce qu&rsquo;un seul homme n\u00e9 (J\u00e9sus) est devenu Dieu, mais parce que tous les individus qui ont atteint un certain stade d&rsquo;amour et de connaissance , fusionnez en un avec le Christ (en montant dans les degr\u00e9s de cette unit\u00e9, en entrant d&rsquo;abord dans le Corps du Christ &#8211; l&rsquo;\u00c9glise, puis dans l&rsquo;\u00c2me et l&rsquo;Esprit). \u00ab Comme quiconque aime demeure dans l\u2019amour, ainsi tous ceux qui aiment la V\u00e9rit\u00e9 demeurent en Christ \u00bb (4\u00a0:\u00a01,171).<\/p>\n<p align=\"justify\">Le Christ n&rsquo;est pas tant une personne qu&rsquo;un principe, donc la \u00abseconde venue\u00bb du Christ peut se r\u00e9aliser non pas dans un seul corps, mais dans la totalit\u00e9 des \u00e2mes qui ont accept\u00e9 Ero dans leur c\u0153ur (qui, comme on dit dans l&rsquo;Apocalypse, auront Son Nom sur leur front).<\/p>\n<p align=\"justify\">La nature du Christ est d\u00e9j\u00e0 la base de la nature de chaque personne; la seconde est le d\u00e9ploiement de la premi\u00e8re, et l\u2019ascension vers Lui ne sera pas \u00ab\u00e9volution\u00bb (d\u00e9ploiement), mais \u00abinvolution\u00bb (effondrement) ou \u00abr\u00e9duction\u00bb (r\u00e9duction \u00e0 la base). Plus une personne essaie de se s\u00e9parer et de se distinguer des autres, plus elle s&rsquo;\u00e9loigne du Christ (en fait, il s&rsquo;agit d&rsquo;une attaque contre la papaut\u00e9), puisque le Christ est l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 vivante incarn\u00e9e de tous les hommes (\u00abidentit\u00e9\u00bb).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Effondrement et expansion.<\/strong> Kuzanets d\u00e9crit la relation entre Dieu et le monde avec les termes \u00abd\u00e9ploiement\u00bb (explicatio) et \u00abeffondrement\u00bb (complicatio), parfois \u00abd\u00e9veloppement\u00bb (evolution). Ces concepts sont plus proches de \u00abl\u2019\u00e9manation\u00bb n\u00e9oplatonicienne que de la \u00abcr\u00e9ation\u00bb chr\u00e9tienne.<\/p>\n<p align=\"justify\">Kuzanets illustre le concept de \u00abd\u00e9ploiement\u00bb avec des exemples: \u00e0 partir d&rsquo;un point une ligne se d\u00e9roule, \u00e0 partir d&rsquo;un instant &#8211; le temps, \u00e0 partir d&rsquo;un repos &#8211; un mouvement. L\u2019Univers tout entier est le d\u00e9ploiement de Dieu. \u00ab En un seul Dieu toutes choses sont r\u00e9unies, puisque toutes choses sont en Lui; et Il d\u00e9voile toutes choses, puisqu\u2019Il \u200b\u200best en toutes choses. \u00abTout ce qui a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 et sera cr\u00e9\u00e9 se d\u00e9roule \u00e0 partir de ce dans lequel il existe sous une forme effondr\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Le d\u00e9pliement et le pliage (comme \u00ab\u00e9manation\u00bb chez les n\u00e9oplatoniciens) sont des concepts intemporels; ils ne correspondent \u00e0 aucun processus dans le temps; Ceci peut \u00eatre illustr\u00e9 par la figure: centre et cercle &#8211; Absolu<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/artemiada.ru\/2024\/06\/02\/vozpozdenie\/doc2fb_image_02000002\/\" rel=\"attachment wp-att-2088\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2088\" src=\"https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000002.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 399px) 100vw, 399px\" srcset=\"https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000002.jpg 399w, https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000002-296x300.jpg 296w\" alt=\"\" width=\"399\" height=\"404\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Minimum et Maximum Absolu, la spirale en est l\u2019essence d\u00e9ploy\u00e9e. Selon le sens de rotation du dessin, la spirale semblera \u00ab\u00e9maner\u00bb du centre ou \u00aby entrer\u00bb, mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une illusion. \u00abLa mont\u00e9e et la descente sont les m\u00eames\u00bb (H\u00e9raclite).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Justification de l&rsquo;affaire.<\/strong> Comme Platon, Cusanus pr\u00e9f\u00e8re le terme \u00abAutre\u00bb au terme \u00abmati\u00e8re\u00bb (hyle). Le terme \u00abAutre\u00bb v\u00e9hicule mieux un sens purement m\u00e9taphysique, loin de tout sens sensuel, que \u00abmati\u00e8re\u00bb ou \u00absubstance\u00bb. D&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;Autre manque toujours de quelque chose, l&rsquo;Autre est faiblesse et rend faible tout ce avec quoi il se m\u00eale, l&rsquo;Autre est Pouvoir absolu. Mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 est la m\u00eame condition n\u00e9cessaire \u00e0 la connaissance, \u00e0 la pens\u00e9e et \u00e0 l\u2019\u00eatre que la non-alt\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce n\u2019est pas un hasard si Kuzan a remplac\u00e9 le nom platonicien \u00abIdentique\u00bb par \u00abNon-Autre\u00bb: bien qu\u2019ontologiquement le Non-Autre soit sup\u00e9rieur \u00e0 l\u2019Autre et le contienne en lui-m\u00eame, le nom m\u00eame de \u00abNon-Autre\u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du Le mot \u00abautre\u00bb en ajoutant le pr\u00e9fixe \u00abnon\u00bb, montre que le Non-Autre est impensable sans l&rsquo;Autre, de sorte qu&rsquo;ils repr\u00e9sentent comme deux p\u00f4les de tout ce qui existe (\u00e9galement chez Platon &#8211; Identique et Autre). \u00abPour devenir une substance sensorielle, elle (la Substance Absolue) a besoin de mati\u00e8re capable de la percevoir, sans laquelle elle ne peut se r\u00e9aliser en tant que substance\u00bb (4: 2, 209).<\/p>\n<p align=\"justify\">Le monde mat\u00e9riel (\u00abparticiper \u00e0 l\u2019Autre\u00bb) est certes imparfait, mais cette imperfection est interpr\u00e9t\u00e9e par Cusan d\u2019une mani\u00e8re fondamentalement diff\u00e9rente de celle, par exemple, de Thomas d\u2019Aquin: ce n\u2019est qu\u2019une imperfection relative qui donne \u00e0 l\u2019\u00eatre son individualit\u00e9. L&rsquo;ascension vers la Perfection Absolue est une approche de la dissolution dans le Dieu Unique, mais l&rsquo;individualit\u00e9 en elle-m\u00eame a une valeur absolue, qui consiste dans le fait que:<\/p>\n<p align=\"justify\">1) il r\u00e9v\u00e8le (\u00abd\u00e9ploie\u00bb) l\u2019une des innombrables potentialit\u00e9s de Dieu;<\/p>\n<p align=\"justify\">2) dans l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;une chose limit\u00e9e avec elle-m\u00eame, l&rsquo;inconditionnel entre dans le conditionnel,<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;absolu dans le relatif, Dieu dans le monde.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Symbolisme num\u00e9rique.<\/strong> Kuzan utilise tr\u00e8s largement des arguments, des analogies et des symboles bas\u00e9s sur des nombres et des relations num\u00e9riques, ainsi que sur des exemples g\u00e9om\u00e9triques. Ayant une tr\u00e8s grande r\u00e9v\u00e9rence pour Pythagore, Kuzanets lui remonte les principales dispositions de son enseignement, m\u00eame si le lien avec les vues r\u00e9elles de Pythagore ne peut \u00eatre \u00e9tabli avec certitude. La pr\u00e9f\u00e9rence accord\u00e9e au nombre d\u00e9coule de la doctrine de l&rsquo;ignorance scientifique et de la relation entre les capacit\u00e9s cognitives: premi\u00e8rement, \u00ab\u2026 si nous n&rsquo;avons acc\u00e8s au Divin qu&rsquo;\u00e0 travers des symboles, alors il est plus pratique d&rsquo;utiliser des signes math\u00e9matiques en raison de leur durabilit\u00e9. fiabilit\u00e9.\u00a0\u00bb Deuxi\u00e8mement, seules les math\u00e9matiques, comme l&rsquo;enseignait Pythagore, peuvent apprendre \u00e0 une personne \u00e0 utiliser sa raison pure, qui doit \u00eatre libre de toute imagination et de tout sentiment.<\/p>\n<p align=\"justify\">Kuzan pr\u00e9sente toujours volontiers divers aspects de sa philosophie sous forme de symboles math\u00e9matiques. Ainsi, l\u2019un des mod\u00e8les num\u00e9riques cl\u00e9s de sa m\u00e9taphysique est le syst\u00e8me des \u00abquatre unit\u00e9s\u00bb (voir figure). \u00ab\u00a0L&rsquo;esprit contemple sa propre existence universelle dans ces quatre unit\u00e9s distinctes.\u00a0\u00bb La Premi\u00e8re Unit\u00e9 (1) est la \u00ab Raison la plus \u00e9lev\u00e9e et la plus simple \u00bb, que l\u2019esprit conscient de l\u2019homme appelle \u00abDieu\u00bb. (De l\u00e0 on peut conclure que \u00abDieu\u00bb n\u2019est qu\u2019un nom pour d\u00e9signer un certain aspect de la connaissance de soi<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/artemiada.ru\/2024\/06\/02\/vozpozdenie\/doc2fb_image_02000003\/\" rel=\"attachment wp-att-2089\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2089\" src=\"https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000003.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 405px) 100vw, 405px\" srcset=\"https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000003.jpg 405w, https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000003-300x288.jpg 300w\" alt=\"\" width=\"405\" height=\"389\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">de l&rsquo;Esprit r\u00e9el!) (2) &#8211; \u00abUnit\u00e9 de la racine\u00bb, en termes num\u00e9riques &#8211; 3 ou 10, en termes m\u00e9taphysiques &#8211; Raison, Intellect. (3) &#8211; \u00abUnit\u00e9 du carr\u00e9\u00bb, 9 ou 100 &#8211; \u00e2me, d\u00e9ploiement et concr\u00e9tisation de la Raison. Et (4) &#8211; \u00abunit\u00e9 du cube\u00bb, 27 ou 1000 &#8211; corps et monde corporel. Le nom quatre unit\u00e9s souligne le fait que chacune des unit\u00e9s embrasse l&rsquo;univers entier, c&rsquo;est-\u00e0-dire, comme le dit Kuzanets, \u00abtout en Dieu est Dieu, dans l&rsquo;esprit il y a l&rsquo;esprit, dans l&rsquo;\u00e2me il y a l&rsquo;\u00e2me, dans le corps il y a un corps.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les quatre unit\u00e9s correspondent \u00e0 quatre capacit\u00e9s cognitives: (1) &#8211; la foi, ou \u00abl&rsquo;ignorance apprise\u00bb; (2) &#8211; l&rsquo;esprit; (3) &#8211; raison; (4) &#8211; sentiments et imagination. La foi, comme le montre le diagramme, couvre toute la sph\u00e8re de la connaissance, y compris d&rsquo;autres capacit\u00e9s cognitives: cela signifie que sans foi, une personne n&rsquo;aura pas acc\u00e8s \u00e0 la pl\u00e9nitude de la v\u00e9rit\u00e9, non seulement \u00e0 la raison et \u00e0 la compr\u00e9hension, mais m\u00eame \u00e0 la connaissance sensorielle.<\/p>\n<p align=\"justify\">Chaque capacit\u00e9 cognitive inf\u00e9rieure n&rsquo;entre en contact avec la capacit\u00e9 sup\u00e9rieure qu&rsquo;en un seul point: cela symbolise que chaque capacit\u00e9 cognitive est une unit\u00e9 qui renferme en elle toute la diversit\u00e9 et les diff\u00e9rences donn\u00e9es dans la capacit\u00e9 cognitive inf\u00e9rieure. Cela signifie qu&rsquo;un concept (id\u00e9e) de l&rsquo;esprit peut \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 un nombre infini de concepts de l&rsquo;intellect, et qu&rsquo;un concept de l&rsquo;intellect peut \u00eatre associ\u00e9 \u00e0 un nombre infini de donn\u00e9es sensorielles. Puisque les sentiments sont l&rsquo;unit\u00e9 inf\u00e9rieure (quatri\u00e8me), qui n&rsquo;enferme en elle aucune diff\u00e9rence d&rsquo;un niveau inf\u00e9rieur, les sentiments ne nous donnent donc pas de connaissance sur les diff\u00e9rences des choses. Les diff\u00e9rences entre les choses sensorielles, c&rsquo;est-\u00e0-dire les complexes de qualit\u00e9s sensorielles, ne sont \u00e9tablies que par la raison. Dans le m\u00eame sens, le n\u00e9o-kantien Cohen a critiqu\u00e9 la connaissance sensorielle, arguant qu\u2019elle est incapable de nous donner ne serait-ce que la connaissance de l\u2019unit\u00e9 d\u2019un objet \u2013 puisque toutes les donn\u00e9es sensorielles sont relatives, fluides et trompeuses. L&rsquo;enseignement de Cusan selon lequel la Raison (Logos) cr\u00e9e le monde par l&rsquo;autod\u00e9termination peut \u00e9galement \u00eatre attribu\u00e9 au point de vue transcendantal.<\/p>\n<p align=\"justify\">La foi est sup\u00e9rieure \u00e0 la raison et la pr\u00e9c\u00e8de, mais ce n&rsquo;est pas une \u00abconfiance\u00bb dans l&rsquo;autorit\u00e9, m\u00eame dans les Saintes \u00c9critures, mais la lumi\u00e8re de la Raison et de l&rsquo;Amour divins, qui, illuminant l&rsquo;\u00e2me, la rend capable de voir la V\u00e9rit\u00e9. \u00abSi vous n\u2019y croyez pas, vous ne comprendrez pas\u00bb<br \/>\n<a title=\"C\u2019est ainsi que Kuzanets paraphrase un passage de la Bible (\u00c9sa\u00efe 7\u00a0:\u00a09).\"><sup>[19]<\/sup><\/a> . L\u2019esprit humain est \u00abla lumi\u00e8re de la Lumi\u00e8re\u00bb de l\u2019Esprit Divin et, par cons\u00e9quent, dans \u00abl\u2019ignorance apprise\u00bb, il est possible de toucher l\u2019Absolu. Il ne faut pas \u00abprendre quoi que ce soit pour acquis\u00bb. Il doit tester chaque suggestion par le feu de sa foi et n&rsquo;accepter que celles qui r\u00e9sisteront \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve du feu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une autre image g\u00e9om\u00e9trique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e et souvent utilis\u00e9e par Cusan est ce qu&rsquo;on appelle le \u00abparadigme\u00bb, qui repr\u00e9sente deux pyramides, la lumi\u00e8re et l&rsquo;ombre, se p\u00e9n\u00e9trant et symbolisant deux principes, l&rsquo;un et l&rsquo;autre. L&rsquo;unit\u00e9 est une sorte de \u00ablumi\u00e8re formatrice\u00bb, l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9 est une \u00abombre\u00bb qui produit de la densit\u00e9 mat\u00e9rielle. La base de la pyramide de Lumi\u00e8re est l&rsquo;Un, Abs. Maximum. La base de la pyramide de l&rsquo;Ombre est l&rsquo;Autre, le p\u00f4le de la Mati\u00e8re. Ces deux Origines sont pr\u00e9sentes dans chaque nombre et impr\u00e8gnent le monde entier et toutes les formes. Kuzan a particuli\u00e8rement soulign\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 la base de la pyramide de Lumi\u00e8re il y a un point d&rsquo;Ombre, et qu&rsquo;\u00e0 la base de la pyramide d&rsquo;Ombre il y a un point de Lumi\u00e8re. Ainsi, les p\u00f4les des Origines sont assimil\u00e9s aux p\u00f4les d\u2019un aimant, qui ne peuvent exister, ni m\u00eame \u00eatre pens\u00e9s les uns sans les autres. (1), (2) et (3) &#8211; respectivement, les mondes sup\u00e9rieur, interm\u00e9diaire et inf\u00e9rieur, les mondes de l&rsquo;esprit, de l&rsquo;\u00e2me et du corps. L&rsquo;Un embrasse l&rsquo;univers tout entier, p\u00e9n\u00e9trant jusqu&rsquo;au p\u00f4le des t\u00e9n\u00e8bres.<\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/artemiada.ru\/2024\/06\/02\/vozpozdenie\/doc2fb_image_02000004\/\" rel=\"attachment wp-att-2090\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-2090\" src=\"https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000004.jpg\" sizes=\"auto, (max-width: 635px) 100vw, 635px\" srcset=\"https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000004.jpg 635w, https:\/\/artemiada.ru\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/doc2fb_image_02000004-300x124.jpg 300w\" alt=\"\" width=\"635\" height=\"263\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Cosmologie.<\/strong> La finitude et l&rsquo;infinit\u00e9 du monde d\u00e9pendent, selon Kuzantz, du point de vue. Le monde existe comme infini s&rsquo;il est consid\u00e9r\u00e9 comme pli\u00e9 au point du Maximum et du Minimum, c&rsquo;est-\u00e0-dire en Dieu. En soi, en tant que d\u00e9ploiement de Dieu, le monde ne peut pas \u00eatre r\u00e9ellement infini, car alors il co\u00efnciderait avec Dieu. Mais \u00abil ne peut toujours pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme fini, car il n&rsquo;a pas de fronti\u00e8res entre lesquelles il est enferm\u00e9\u00bb &#8211; c&rsquo;est pourquoi Kuzanets l&rsquo;appelle infini. L&rsquo;infini est l&rsquo;incompl\u00e9tude fondamentale du monde en tant que processus, ainsi que de tout processus de mesure et de connaissance du monde. Peu importe combien nous cherchons les fronti\u00e8res du monde, nous ne les trouverons pas, puisque le monde n&rsquo;a pas de fronti\u00e8res ext\u00e9rieures, il n&rsquo;est limit\u00e9 que par lui-m\u00eame, par le fait qu&rsquo;il est exactement ce qu&rsquo;il est, et non ce qu&rsquo;il pourrait \u00eatre. (Seul Dieu est \u00abtout ce qu&rsquo;Il pourrait \u00eatre\u00bb &#8211; d&rsquo;o\u00f9 un autre nom pour Dieu de Kuzantz &#8211; Poss\u00e9der, \u00eatre possible). \u00abL\u2019univers est une sph\u00e8re dont le centre est partout et dont la circonf\u00e9rence n\u2019est nulle part.\u00bb Par cons\u00e9quent, la Terre n\u2019est pas plus le centre du monde que n\u2019importe quel autre point de l\u2019Univers, et \u00absa circonf\u00e9rence n\u2019est pas la sph\u00e8re des \u00e9toiles fixes\u00bb. \u00ab\u00a0Il est impossible de trouver un point m\u00e9dian pour des \u00e9toiles qui soit \u00e0 \u00e9gale distance des p\u00f4les.\u00a0\u00bb Seul Dieu \u00abest le centre de la Terre, de toutes les sph\u00e8res et de tout ce qui est dans le monde\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Kuzanets a soutenu que non seulement la Terre, mais aussi le Soleil ne sont pas le centre du cosmos. Il n\u2019y a pas un seul point stationnaire dans l\u2019Univers puisque le mouvement est relatif. Il a \u00e9galement suppos\u00e9 l\u2019existence de nombreux mondes habit\u00e9s semblables au n\u00f4tre, et encore plus diff\u00e9rents du n\u00f4tre, de sorte qu\u2019aucune des \u00abr\u00e9gions stellaires\u00bb n\u2019\u00e9tait inhabit\u00e9e. Comme Bruno et notre K.E. Tsiolkovsky apr\u00e8s lui, Kuzanets croyait que les \u00eatres vivants pouvaient \u00eatre constitu\u00e9s d&rsquo;une mati\u00e8re \u00e0 la fois plus dense que la n\u00f4tre et plus subtile et ardente, donc la vie est possible \u00e0 la fois dans les profondeurs des plan\u00e8tes et sur les \u00e9toiles flamboyantes. Mais cette diversit\u00e9 n&rsquo;enl\u00e8ve rien \u00e0 la dignit\u00e9 de la Terre et de l&rsquo;homme qui y vit: \u00abL&rsquo;homme ne d\u00e9sire pas une autre nature, mais essaie d&rsquo;\u00eatre parfait dans la sienne, qui lui est inh\u00e9rente\u00bb (5 : 230).<\/p>\n<p align=\"justify\">Comme on le voit, en effet, Kuzanets a anticip\u00e9 la d\u00e9couverte de Copernic et est m\u00eame all\u00e9 plus loin. Ce philosophe \u00e9tait tr\u00e8s en avance sur son temps dans de nombreux domaines, mais ses id\u00e9es, comme cela se produit, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 appr\u00e9ci\u00e9es dans toute leur signification. Le d\u00e9veloppement de la pens\u00e9e n\u00e9oplatonicienne de la Renaissance s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9 ind\u00e9pendamment de lui. Ses \u0153uvres ne furent pas publi\u00e9es pendant 300 ans, de 1565 \u00e0 1862, et seul le n\u00e9o-kantien Ernst Cassirer les honora d&rsquo;une analyse impartiale et pla\u00e7a Cusan \u00e0 la t\u00eate de toute la philosophie de la Renaissance (6).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Acad\u00e9mie platonicienne de Florence<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">En 1459, Cosme de M\u00e9dicis, chef de la R\u00e9publique florentine, y autorisa la cr\u00e9ation de l&rsquo;Acad\u00e9mie platonicienne. A partir de ce moment, le d\u00e9veloppement du n\u00e9oplatonisme en Italie entre dans une nouvelle phase. Il nous est difficile d&rsquo;appr\u00e9cier pleinement toute la signification du travail th\u00e9orique lui-m\u00eame, qui a \u00e9t\u00e9 men\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Acad\u00e9mie dans le but de cr\u00e9er un enseignement philosophique et religieux unifi\u00e9 bas\u00e9 sur la synth\u00e8se des enseignements de Platon, Aristote, Herm\u00e8s Trism\u00e9giste et les n\u00e9oplatoniciens. Ce travail n&rsquo;a pas conduit \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un nouveau syst\u00e8me philosophique original, et les principes mystiques et symboliques adopt\u00e9s des traditions herm\u00e9tiques, alchimiques et kabbalistiques sont tomb\u00e9s en d\u00e9su\u00e9tude dans les temps modernes, c&rsquo;est pourquoi de nombreux chercheurs ont consid\u00e9r\u00e9 la philosophie des n\u00e9oplatoniciens florentins comme \u00e9tant seulement une combinaison \u00e9clectique d\u2019enseignements disparates. Cependant, lors de l&rsquo;\u00e9valuation du travail de l&rsquo;Acad\u00e9mie, on ne peut manquer de prendre en compte les objectifs que l&rsquo;Acad\u00e9mie s&rsquo;est fix\u00e9s et les sp\u00e9cificit\u00e9s de sa compr\u00e9hension du \u00abcaract\u00e8re scientifique\u00bb. Le but de l&rsquo;Acad\u00e9mie n&rsquo;\u00e9tait pas de cr\u00e9er une autre doctrine philosophique dans une longue s\u00e9rie de pr\u00e9c\u00e9dentes, mais, au contraire, de tenter de synth\u00e9tiser et de construire, sur la base des syst\u00e8mes philosophiques du pass\u00e9, une certaine \u00abdoctrine unifi\u00e9e\u00bb qui pourrait ont la force de la \u00abv\u00e9rit\u00e9 scientifique\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le \u00abcaract\u00e8re scientifique\u00bb \u00e9tait \u00e9galement compris diff\u00e9remment qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne. Ainsi, le directeur de l&rsquo;Acad\u00e9mie, <strong>Marsile Ficin<\/strong> (1433-1499), dans sa vaste \u00e9tude \u00abLa th\u00e9ologie de Platon sur l&rsquo;immortalit\u00e9 des \u00e2mes\u00bb, n&rsquo;a pas entrepris de reconstruire la pens\u00e9e de Platon dans son caract\u00e8re concret historique, dans sa \u00abchair et son sang\u00bb Il ne s&rsquo;int\u00e9ressait qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;esprit de l&rsquo;enseignement de Platon, mais il recherchait ici la plus grande certitude scientifique, qui ne peut \u00eatre atteinte que d&rsquo;une seule mani\u00e8re: la contemplation (exp\u00e9rience intuitive). Comme Ficin ne s\u00e9parait pas contemplation intellectuelle et contemplation mystique, certitude scientifique et exp\u00e9rience mystique se confondaient pour lui.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cependant, ni un seul enseignement ni la \u00abscience spirituelle\u00bb des Florentins n&rsquo;\u00e9taient demand\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne. L&rsquo;influence de l&rsquo;Acad\u00e9mie sur le d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur de la philosophie s&rsquo;exprimait principalement dans la cr\u00e9ation ici d&rsquo;une atmosph\u00e8re particuli\u00e8re de vie philosophique et litt\u00e9raire. Contrairement aux universit\u00e9s de l\u2019\u00e9poque, il ne s\u2019agissait pas d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 dot\u00e9e de responsabilit\u00e9s officielles strictement appliqu\u00e9es. \u00abPlaton, dans son Acad\u00e9mie, a donn\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en Europe l&rsquo;exemple d&rsquo;une organisation totalement libre de la pens\u00e9e philosophique et scientifique. Ficin et Pic de la Mirandole les premiers l&rsquo;ont ressuscit\u00e9\u00bb (6: 211).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Giovanni Pico della Mirandola<\/strong> (1463 &#8211; 1494), ami de Ficin et deuxi\u00e8me personnage de l&rsquo;Acad\u00e9mie, malgr\u00e9 une vie tr\u00e8s courte, a r\u00e9ussi \u00e0 faire beaucoup pour la philosophie. Ses amis l&rsquo;appelaient Princeps Concordiae &#8211; Chef de la Concorde, ce qui le caract\u00e9rise parfaitement en tant que philosophe. Son objectif \u00e9tait le \u00abmonde philosophique\u00bb (pax philosophica) \u2013 l\u2019accord universel des opinions en une seule synth\u00e8se. Mais, conform\u00e9ment au dicton \u00absi vous voulez la paix, pr\u00e9parez-vous \u00e0 la guerre\u00bb, Pico a d\u00fb s&rsquo;engager dans des pol\u00e9miques constantes avec les opposants \u00e0 une telle \u00abunion\u00bb, principalement avec les dirigeants de l&rsquo;\u00c9glise. Les principales \u0153uvres de Pico sont \u00ab900 th\u00e8ses\u00bb, qu&rsquo;il allait d\u00e9fendre \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 23 ans dans une dispute \u00abavec le monde entier\u00bb, \u00abDe l&rsquo;\u00eatre et de l&rsquo;un\u00bb et \u00abHeptaplus\u00bb (de heptapylos, \u00absept portes\u00bb &#8211; un livre d\u00e9di\u00e9 aux cl\u00e9s sept\u00e9naires et autres cl\u00e9s num\u00e9rologiques).<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour Pico, la philosophie est la Philosophia Perennis, la philosophie \u00e9ternelle, \u00abla r\u00e9v\u00e9lation de la V\u00e9rit\u00e9 \u00e9ternelle, immuable dans ses traits essentiels\u00bb. L&rsquo;esprit de la Renaissance se manifeste dans ses \u00ab900 th\u00e8ses\u00bb comme un d\u00e9sir sans pr\u00e9jug\u00e9s de donner vie dans sa pens\u00e9e \u00e0 toutes les r\u00e9alisations de la sagesse du pass\u00e9, tant antique que m\u00e9di\u00e9vale. Pico diff\u00e9rait de Ficin en ce qu&rsquo;il \u00abne pr\u00eatait pas all\u00e9geance au platonisme\u00bb, il pensait encore plus largement et voulait embrasser l&rsquo;univers entier de la pens\u00e9e avec sa synth\u00e8se.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pico consid\u00e9rait que le support le plus solide du \u00abconsentement universel\u00bb \u00e9tait la Kabbale, l&rsquo;enseignement mystique juif, qui, selon lui, fournit les cl\u00e9s pour comprendre le symbolisme des deux livres \u2013 le livre de la Nature et le livre de l&rsquo;Apocalypse. \u00abC\u2019est la premi\u00e8re et v\u00e9ritable Kabbale, dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 le premier des Latins \u00e0 faire clairement mention. C\u2019est ce que j\u2019utilise dans mes conclusions. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en suivant la Kabbale que l&rsquo;on peut, selon Pico, comprendre la v\u00e9ritable divinit\u00e9 du Christ. Par cons\u00e9quent, la Kabbale non seulement ne contredit pas le christianisme, mais en constitue une partie n\u00e9cessaire. \u00ab\u00a0Aucune connaissance ne nous assure plus de la divinit\u00e9 du Christ que la Magie et la Kabbale.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Tout comme Cusan a fait de chaque point de l&rsquo;espace le centre du monde, Pico a fait de chaque instant de l&rsquo;histoire son centre potentiel. Mais pour que ce potentiel se r\u00e9alise, \u00e0 ce moment-l\u00e0, toutes les pens\u00e9es et aspirations du pass\u00e9 doivent \u00eatre reproduites (\u00abraviv\u00e9es\u00bb) par l&rsquo;effort cr\u00e9atif du penseur et de l&rsquo;artiste &#8211; ces pens\u00e9es peuvent alors \u00e9galement \u00eatre transf\u00e9r\u00e9es vers le futur.<\/p>\n<p align=\"justify\">D\u2019o\u00f9 la th\u00e8se sur la libert\u00e9 fondamentale du cr\u00e9ateur humain: rien ne lui est donn\u00e9, il doit tout obtenir lui-m\u00eame (\u00e0 cela est li\u00e9e la lutte fondamentale de Pic contre l\u2019astrologie et sa croyance au destin &#8211; rappelez-vous le livre de P\u00e9trarque sur le m\u00eame sujet). La dimension principale de la libert\u00e9 est la \u00abrevendication sacr\u00e9e\u00bb de Pico et le sujet de son admiration: la libert\u00e9 de l\u2019homme de se transformer. \u00ab\u00a0Une certaine aspiration sacr\u00e9e remplit l&rsquo;\u00e2me, de telle sorte que nous ne nous contentons pas de la moyenne et que nous aspirons au plus haut, essayant de toutes nos forces de la suivre quand nous le pouvons et le voulons.\u00a0\u00bb Cette libert\u00e9 est absolument illimit\u00e9e, au point qu\u2019une personne peut \u00abdevenir un seul esprit avec Dieu\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cassirer voit ici dans Pico une anticipation de la division kantienne entre le \u00abmonde de la nature\u00bb et le \u00abmonde de la libert\u00e9\u00bb. Mais Pico, en effet, n&rsquo;offre rien de nouveau, mais rassemble seulement les enseignements de la tradition platonicienne: \u00abIl n&rsquo;y a rien de grand sur terre sauf l&rsquo;homme, il n&rsquo;y a rien de grand dans l&rsquo;homme sauf l&rsquo;esprit et l&rsquo;\u00e2me. Si vous vous \u00e9levez \u00e0 ce niveau, vous d\u00e9passerez le ciel; si vous vous inclinez devant le corps et regardez le ciel, vous vous verrez comme une mouche et moins qu&rsquo;une mouche. \u00ab\u00a0Les miracles de l&rsquo;\u00e2me sont plus grands que le ciel\u00a0\u00bb &#8211; tel est le r\u00e9sultat auquel Pico \u00e9l\u00e8ve tout ce qui est vrai dans les enseignements philosophiques.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>L&rsquo;humanisme allemand et la R\u00e9forme<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">A la fin des XVe-XVIe si\u00e8cles. Le mouvement humaniste s&rsquo;est \u00e9tendu aux grands pays europ\u00e9ens. Ce courant de pens\u00e9e conna\u00eet un d\u00e9veloppement significatif en Allemagne, o\u00f9 il se confond avec un vaste mouvement religieux. Les humanistes allemands les plus influents de l\u2019ancienne g\u00e9n\u00e9ration \u00e9taient\u00a0<strong>\u00c9rasme de Rotterdam<\/strong> (1469-1536) et Johann Reuchlin (1455-1522), surnomm\u00e9s \u00ables deux yeux de l\u2019Allemagne\u00bb dans les cercles humanistes allemands.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9rasme de Rotterdam fut le premier des grands \u00e9crivains allemands \u00e0 s&rsquo;efforcer de concilier les croyances religieuses et le bon sens. La th\u00e9ologie dogmatique en tant que telle l&rsquo;int\u00e9ressait peu, mais il attachait d&rsquo;autant plus d&rsquo;importance aux convictions religieuses int\u00e9rieures. Il croyait que pour la conscience religieuse, les fondements que nous donne l&rsquo;exp\u00e9rience int\u00e9rieure sont suffisants et que le soutien \u00e0 la sp\u00e9culation dogmatique et m\u00e9taphysique est totalement inutile. Il \u00e9tait clairement conscient des limites de la raison et les rappelait constamment au lecteur. Son c\u00e9l\u00e8bre ouvrage \u00abIn Praise of Folly\u00bb est dirig\u00e9 non seulement contre les institutions religieuses et sociales fig\u00e9es, mais aussi contre les pr\u00e9tentions de la raison \u00e0 conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 ultime, m\u00eame en ce qui concerne les choses de tous les jours, sans parler des choses d&rsquo;un autre monde. \u00ab\u00a0&#8230;Le bonheur ne d\u00e9pend pas des choses elles-m\u00eames, mais de l&rsquo;opinion que nous en avons.\u00a0\u00bb \u00ab&#8230; Car dans la vie humaine, tout est si flou et si compliqu\u00e9 que rien ne peut \u00eatre connu avec certitude, comme l&rsquo;affirment \u00e0 juste titre mes acad\u00e9miciens (sceptiques), les moins pr\u00e9tentieux parmi les philosophes. Et m\u00eame si la connaissance est parfois possible, elle enl\u00e8ve souvent la joie de vivre\u00bb (7: 58-59).<\/p>\n<p align=\"justify\">Malgr\u00e9 son scepticisme, ou gr\u00e2ce \u00e0 lui, Erasmus vise \u00abune r\u00e9flexion souveraine de l&rsquo;esprit sur le contenu de la foi, \u00e0 travers lequel (la r\u00e9flexion) elle se divise comme la relation de Dieu, du Christ, de l&rsquo;homme, du libre arbitre et des influences de Dieu comme facteurs ind\u00e9pendants et \u00e9trangers les uns aux autres\u00bb (8: 69). Soumettant le Nouveau Testament \u00e0 une critique philologique, parfois biais\u00e9e, Erasme partait de la diff\u00e9rence entre le Christ infaillible et les ap\u00f4tres, qui \u00e9taient des gens simples et pouvaient commettre de nombreuses erreurs. Il consid\u00e9rait l&rsquo;\u00c9vangile de Marc comme un long extrait de l&rsquo;\u00c9vangile de Matthieu et niait \u00e9galement g\u00e9n\u00e9ralement que l&rsquo;Apocalypse appartenait \u00e0 Jean, estimant qu&rsquo;elle avait \u00e9t\u00e9 frauduleusement introduite dans le Nouveau Testament par un certain Cerinthus.<\/p>\n<p align=\"justify\">La rationalisation du christianisme par Erasme \u00e9tait, par essence, une forme d&rsquo;expression de son humanisme. Comme les humanistes italiens, il niait le ch\u00e2timent \u00e9ternel des p\u00e9ch\u00e9s. En m\u00eame temps, Erasme ne nie pas le dogme de la r\u00e9compense apr\u00e8s la mort, mais le met en conformit\u00e9 avec le bon sens et le sentiment moral: il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre enfer que le tourment d&rsquo;une mauvaise conscience.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans le vieux d\u00e9bat sur la relation entre le libre arbitre et la pr\u00e9destination, qui s&rsquo;est \u00e9teint ou a repris avec une vigueur renouvel\u00e9e depuis l&rsquo;\u00e9poque des premiers P\u00e8res de l&rsquo;\u00c9glise, Erasme a d\u00e9fendu le libre arbitre (dans son ouvrage \u00abDu libre arbitre\u00bb). Nous ne pouvons pas nier la pr\u00e9destination lorsque nous raisonnons de mani\u00e8re th\u00e9ologique ou m\u00e9taphysique, mais lorsqu\u2019il s\u2019agit de conscience morale (et d\u2019exp\u00e9rience int\u00e9rieure) et de responsabilit\u00e9 morale, il est alors impossible de nier le libre arbitre. Luther s&rsquo;est prononc\u00e9 contre cet enseignement d&rsquo;Erasme dans son ouvrage \u00abDe l&rsquo;esclavage de la volont\u00e9\u00bb, et la controverse s&rsquo;est poursuivie, sans espoir d&rsquo;un accord universel.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les humanistes allemands, contrairement aux italiens, d\u00e9velopp\u00e8rent leurs activit\u00e9s non pas dans les cours princi\u00e8res, mais principalement dans les universit\u00e9s. Parmi les universit\u00e9s allemandes, l\u2019Universit\u00e9 d\u2019Erfurt a jou\u00e9 le plus grand r\u00f4le dans le mouvement humaniste. C&rsquo;\u00e9tait ici au d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle. Un cercle de jeunes professeurs assistants se forme, parmi lesquels se d\u00e9marque Mutian Rufus (en m\u00eame temps, en 1501-1505, Martin Luther y \u00e9tudie). Ensuite, Johann Pfefferkorn, avec le soutien de l&rsquo;\u00c9glise catholique, a lanc\u00e9 ce qu&rsquo;on appelle le \u00abcas des livres juifs\u00bb &#8211; en termes simples, une demande d&rsquo;interdiction et de br\u00fblage des livres des mystiques juifs et, en g\u00e9n\u00e9ral, de tous les livres anciens \u00e0 l&rsquo;exception de la Bible. Johann Reuchlin, dans ses \u00abLettres aux hommes noirs\u00bb, s&rsquo;est prononc\u00e9 contre l&rsquo;incendie de livres. L&rsquo;\u00c9glise exerce une pression \u00e9norme sur lui, mais les habitants d&rsquo;Erfurt, dirig\u00e9s par Mutian Rufus, prennent sa d\u00e9fense. Le cas des livres juifs s\u2019est transform\u00e9 en \u00abcas Reuchlin\u00bb: tout d\u2019un coup, il s\u2019est av\u00e9r\u00e9 qu\u2019il existait une opinion publique en Allemagne et que l\u2019\u00c9glise allait d\u00e9sormais devoir en tenir compte.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>R\u00e9formation. 31 octobre 1517<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Martin Luther<\/strong> (1483 &#8211; 1546) publia (selon la l\u00e9gende, il l&rsquo;aurait clou\u00e9 sur les portes de l&rsquo;\u00e9glise de Wittenberg) ses 95 th\u00e8ses, \u00abpar amour de la v\u00e9rit\u00e9 et par d\u00e9sir de la mettre en lumi\u00e8re\u00bb. Au d\u00e9but, les \u00abTh\u00e8ses\u00bb de Luther et ses \u0153uvres ult\u00e9rieures ont uni autour d&rsquo;elles une grande partie de la soci\u00e9t\u00e9 allemande, tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne en termes de niveau de conscience et d&rsquo;int\u00e9r\u00eats, \u00e9conomiques et politiques &#8211; Luther y est parvenu parce qu&rsquo;il n&rsquo;a pas pr\u00e9cis\u00e9 quelles conclusions sp\u00e9cifiques devaient d\u00e9couler de ses r\u00e9forme religieuse pour la vie publique. Apr\u00e8s la dispute de Leipzig de Luther le 26 juin 1519 contre Johann Eck, une vague de tracts et de brochures d\u00e9ferla sur l&rsquo;Allemagne. \u00abDans ceux-ci, le texte \u00e9tait combin\u00e9 avec des gravures, ce qui rendait clair le sens de l&rsquo;appel m\u00eame aux analphab\u00e8tes&#8230; Faire appel aux masses, discuter des probl\u00e8mes religieux et sociopolitiques actuels sous une forme accessible au peuple &#8211; c&rsquo;\u00e9tait un ph\u00e9nom\u00e8ne fondamentalement nouveau&#8230; Le monopole s\u00e9culaire de l&rsquo;\u00c9glise catholique dans le domaine de l&rsquo;id\u00e9ologie a \u00e9t\u00e9 min\u00e9\u00bb (9: 253).<\/p>\n<p align=\"justify\">En 1520-1521 Thomas M\u00fcnzer a dirig\u00e9 le mouvement paysan populaire, qui s&rsquo;est s\u00e9par\u00e9 du mouvement luth\u00e9rien, pour renverser non seulement l&rsquo;\u00c9glise mais aussi les exploiteurs la\u00efcs. Les disciples de M\u00fcntzer consid\u00e9raient le service rendu \u00e0 Dieu comme l&rsquo;expulsion active du mal du monde et ils voulaient cr\u00e9er un nouveau royaume de paix et de bont\u00e9 avec du sang et du fer. (L\u2019ouvrage de M\u00fcnzer \u00abSur la vie de la chair tendre \u00e0 Wittenberg\u00bb est consacr\u00e9 \u00e0 une critique acerbe du conciliationnisme de Luther).<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsque l&#8217;empereur Charles V ordonna \u00e0 Luther d&rsquo;abdiquer en 1521, il r\u00e9pondit: \u00abJe maintiens ceci et je ne peux pas faire autrement\u00bb, et il dut se cacher pendant un an dans le ch\u00e2teau de Wartburg. \u00c0 cette \u00e9poque, de nouveaux dirigeants de la R\u00e9forme apparaissent et le mouvement commence \u00e0 se stratifier selon des lignes sociales et de propri\u00e9t\u00e9: les couches inf\u00e9rieures de la bourgeoisie s&rsquo;unissent autour de Zwingli et celles du milieu autour de Karlstadt.<\/p>\n<p align=\"justify\">Karlstadt, un adversaire z\u00e9l\u00e9 de la th\u00e9ologie de Luther, exprima d\u00e9j\u00e0 en 1520 des doutes (dans l&rsquo;esprit d&rsquo;Erasme) si Mo\u00efse \u00e9tait l&rsquo;auteur du Pentateuque et si les \u00c9vangiles nous \u00e9taient parvenus sous une forme non d\u00e9form\u00e9e. En 1521, comme Rousseau plus tard et Tolsto\u00ef plus tard encore, il encourage les \u00e9tudiants de Wittenberg \u00e0 abandonner leurs \u00e9tudes et \u00e0 aller labourer la terre. Bient\u00f4t, il cessa lui-m\u00eame de porter l&rsquo;habit de pr\u00eatre et commen\u00e7a \u00e0 porter des v\u00eatements de paysan.<\/p>\n<p align=\"justify\">La r\u00e9forme de Luther a eu un impact profond sur toute l&rsquo;histoire ult\u00e9rieure de la culture et de la philosophie europ\u00e9ennes, de sorte que sans elle, il est impossible de comprendre leur d\u00e9veloppement ult\u00e9rieur. Dans une large mesure, cette influence ne s\u2019est pas exprim\u00e9e dans les d\u00e9clarations positives de Luther, mais dans l\u2019\u00e9mancipation de la conscience chr\u00e9tienne de certains \u00abliens\u00bb. Ces \u00abliens\u00bb sont les suivants<br \/>\n<a title=\"Points 1 \u00e0 3 - dans l'ouvrage \u00ab Vers une noblesse chr\u00e9tienne \u00bb ; 4 \u2014 \u00ab De la captivit\u00e9 babylonienne de l'\u00c9glise \u00bb ; 5 - \u00ab \u00c0 propos des bonnes actions \u00bb ; 6 \u2014 \u00ab\u00a0De la libert\u00e9 du chr\u00e9tien.\u00a0\u00bb\"><sup>[20]<\/sup><\/a>\u00a0:<\/p>\n<p align=\"justify\">1. La division du peuple en pr\u00eatres et la\u00efcs.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abIls ont cach\u00e9 et gard\u00e9 le silence sur le fait que \u00absi n\u00e9cessaire, chacun est autoris\u00e9 \u00e0 baptiser et \u00e0 pardonner les p\u00e9ch\u00e9s\u00bb. Par cons\u00e9quent, \u00ab\u2026 il est n\u00e9cessaire que les chr\u00e9tiens aient un pr\u00eatre uniquement comme fonctionnaire\u00bb (et non comme organisateur d&rsquo;un lien mystique avec Dieu dans le sacrement de la liturgie).<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab&#8230; Un cordonnier, un forgeron, un paysan, chacun a sa propre profession et son propre m\u00e9tier, et en m\u00eame temps ils sont tous \u00e9galement ordonn\u00e9s pr\u00eatres et \u00e9v\u00eaques.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">2. Inadmissibilit\u00e9 de l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;\u00c9criture par les la\u00efcs.<\/p>\n<p align=\"justify\">3. La sup\u00e9riorit\u00e9 du pouvoir spirituel sur le pouvoir s\u00e9culier.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab(Dieu) a institu\u00e9 deux sortes de gouvernement parmi les hommes. L\u2019un est spirituel. Ce qui y r\u00e8gne n&rsquo;est pas l&rsquo;\u00e9p\u00e9e, mais la Parole de Dieu, gr\u00e2ce \u00e0 laquelle les hommes doivent devenir pieux et justifi\u00e9s et, gr\u00e2ce \u00e0 cette justification, acqu\u00e9rir la vie \u00e9ternelle. Et cette justification est dirig\u00e9e par Dieu \u00e0 travers la Parole qu\u2019il a l\u00e9gu\u00e9e aux pr\u00e9dicateurs. La seconde est le gouvernement la\u00efc au moyen de l\u2019\u00e9p\u00e9e. Gr\u00e2ce au gouvernement la\u00efc, ceux qui ne veulent pas devenir pieux et justifi\u00e9s pour la vie \u00e9ternelle sont quand m\u00eame forc\u00e9s d\u2019\u00eatre pieux et justifi\u00e9s devant le monde\u00bb (9: 189).<\/p>\n<p align=\"justify\">Fid\u00e9lit\u00e9 au v\u0153u &#8211; c&rsquo;est \u00e0 cela que, selon Luther, devrait \u00eatre r\u00e9duit le \u00abfardeau du Christ\u00bb, et le v\u0153u ne devrait pas \u00eatre donn\u00e9 \u00e0 une personne (le Pape ou une autre), mais \u00e0 Dieu et \u00e0 soi-m\u00eame, et au le v\u0153u ne peut consister qu&rsquo;en ce qui contribue \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;\u00e2me dans l&rsquo;amour du Seigneur, et tout le reste est superstition, destructeur pour l&rsquo;\u00e2me. Ainsi, tout le syst\u00e8me de la hi\u00e9rarchie catholique est \u00e9branl\u00e9 \u00e0 ses racines.<\/p>\n<p align=\"justify\">4. Luther rejette les services religieux (messe) et les sacrements \u2013 \u00e0 l&rsquo;exception de deux, le bapt\u00eame et la communion. M\u00eame ces derniers n\u2019\u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s que comme un moyen de renforcer la foi et \u00e9taient priv\u00e9s de signification mystique.<\/p>\n<p align=\"justify\">5. Le besoin de \u00abbonnes actions\u00bb externes (en particulier les dons \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise); \u00abLes \u0153uvres sans la foi sont mortes.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abLa foi est une \u0153uvre divine en nous, qui nous change et nous ravive, tuant le vieil Adam en nous; cela fait de nous des personnes compl\u00e8tement diff\u00e9rentes dans le c\u0153ur, l&rsquo;esprit, les sentiments&#8230; Elle ne demande pas si nous devons faire de bonnes actions, mais avant de demander, elle les a d\u00e9j\u00e0 faites. Et quiconque n\u2019entreprend pas de tels actes est un incroyant\u2026 Il est impossible de s\u00e9parer les actes de la foi, tout comme il est impossible de s\u00e9parer la combustion des flammes.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les origines de \u00abl\u2019\u00e9thique du devoir\u00bb. Dans la distinction faite par Luther entre la personne et l\u2019action, on peut voir les origines de la future \u00ab\u00e9thique du devoir\u00bb kantienne. Les catholiques, en comparaison, affirmaient que l\u2019individu lui-m\u00eame pouvait poss\u00e9der des caract\u00e8res indelebiles, des propri\u00e9t\u00e9s indestructibles qui l\u2019\u00e9l\u00e8vent (ou le d\u00e9gradent) par rapport aux autres. Selon Luther, seul le travail donne \u00e0 une personne son statut, et tout d\u00e9pend de la mani\u00e8re dont elle accomplit ce travail &#8211; au service du Seigneur ou pour ses propres objectifs. Pour les catholiques, le \u00absujet\u00bb est \u00abl\u2019organisme invisible\u00bb de l\u2019\u00e2me, dont d\u00e9pendent sa dignit\u00e9 et ses droits dans la soci\u00e9t\u00e9. Luther r\u00e9duit le \u00absujet\u00bb au sujet de la responsabilit\u00e9 morale, \u00e0 celui qui \u00e9coute la voix de la conscience chez une personne. Et \u00e0 cet \u00e9gard, nous sommes tous \u00e9gaux devant Dieu. L&rsquo;\u00e9thique de Luther est l&rsquo;\u00e9thique du devoir, dans l&rsquo;esprit de laquelle Kant fut \u00e9lev\u00e9 deux si\u00e8cles plus tard.<\/p>\n<p align=\"justify\">6. Luther rejette \u00e9galement la confession et affirme la libert\u00e9 de la conscience de l\u2019homme: son c\u0153ur est libre devant Dieu de toutes les lois et commandements de l\u2019\u00c9glise catholique.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Philosophie naturelle<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">XVIe si\u00e8cle en Italie a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par une exacerbation de la contradiction tragique entre les id\u00e9aux de l&rsquo;humanisme de la Renaissance et la conscience inerte des masses, durcies par toute d\u00e9t\u00e9rioration du bien-\u00eatre mat\u00e9riel. L\u2019\u00ab\u00e2ge d\u2019or\u00bb de la Renaissance correspond \u00e0 la seconde moiti\u00e9 du XVe si\u00e8cle et les premi\u00e8res d\u00e9cennies du XVIe. Vient ensuite le d\u00e9clin, la r\u00e9action catholique \u00e0 la r\u00e9forme de Luther \u2013 la Contre-R\u00e9forme \u2013 et le d\u00e9but de l\u2019Inquisition. D\u00e9j\u00e0 de la fin du XVe et du d\u00e9but du XVIe si\u00e8cle. Les \u00c9tats italiens m\u00e8nent des guerres infructueuses contre l\u2019Espagne et l\u2019Allemagne. La d\u00e9couverte des Am\u00e9riques et la navigation longue distance ont modifi\u00e9 les routes commerciales &#8211; l&rsquo;ancienne route passant par l&rsquo;Italie vers l&rsquo;Est n&rsquo;\u00e9tait plus aussi demand\u00e9e, ce qui a entra\u00een\u00e9 une d\u00e9t\u00e9rioration de la situation financi\u00e8re des villes italiennes. Dans de telles conditions, les derniers grands penseurs de la Renaissance ont souvent \u00e9t\u00e9 mal compris et pers\u00e9cut\u00e9s, mais malgr\u00e9 cela, avec un v\u00e9ritable h\u00e9ro\u00efsme, ils ont continu\u00e9 \u00e0 v\u00e9hiculer les id\u00e9es de l&rsquo;humanisme, d\u00e9sormais sous la forme d&rsquo;enseignements philosophiques naturels.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Sciences occultes: magie, astrologie, alchimie.<\/strong> La \u00abphilosophie naturelle\u00bb est, selon les mots de <strong>Bernardino Telesio<\/strong> (1509-1588), la philosophie de la nature expliqu\u00e9e \u00e0 partir de ses \u00abpropres principes\u00bb. Son ouvrage principal s&rsquo;intitulait: \u00abDe la nature selon ses propres principes\u00bb. Mais Telesio lui-m\u00eame, Cardano, Kepler et presque tous les philosophes naturels de la Renaissance comprenaient la \u00abcausalit\u00e9 de la nature\u00bb et \u00abses propres principes\u00bb bien plus largement que les scientifiques du Nouvel \u00c2ge. Ils ont plac\u00e9 l&rsquo;influence des luminaires et les propri\u00e9t\u00e9s cach\u00e9es des choses au premier rang dans la relation entre les ph\u00e9nom\u00e8nes naturels. Le concept de \u00abpropri\u00e9t\u00e9s cach\u00e9es\u00bb n&rsquo;inclut rien qui contredirait le mod\u00e8le de scientificit\u00e9: les propri\u00e9t\u00e9s des ph\u00e9nom\u00e8nes cach\u00e9es \u00e0 l&rsquo;observation superficielle \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu et \u00e0 un esprit non form\u00e9 et non m\u00e9thodique sont le principal sujet d&rsquo;\u00e9tude de toute science. La seule diff\u00e9rence entre la science de la Renaissance, qui perdure dans cette tradition de l&rsquo;alchimie m\u00e9di\u00e9vale et de l&rsquo;astrologie ancienne, et la science du Nouvel \u00c2ge est la pr\u00e9sence, parmi les conditions n\u00e9cessaires d&rsquo;observation, de qualit\u00e9s de l&rsquo;observateur telles que la foi, l&rsquo;imagination (ce qui est aujourd\u2019hui vaguement compris comme \u00abintuition\u00bb) et la puret\u00e9 morale. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en poss\u00e9dant ces qualit\u00e9s qu&rsquo;un scientifique avait une chance de r\u00e9ussir dans la science, ce qui co\u00efncidait en g\u00e9n\u00e9ral avec la magie (plus pr\u00e9cis\u00e9ment la magie naturelle). La magie, en tant que connaissance d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e de la nature visant exclusivement le bien, s&rsquo;opposait \u00e0 la \u00abnigromancie\u00bb, \u00e0 la sorcellerie, \u00e0 la divination et \u00e0 d&rsquo;autres m\u00e9tiers qui \u00e9taient loin d&rsquo;\u00eatre de la vraie magie. Campanella donne une compr\u00e9hension g\u00e9n\u00e9rale de la magie naturelle pour la Renaissance: \u00abLa magie naturelle est un art pratique qui utilise les pouvoirs actifs et passifs des choses pour obtenir des r\u00e9sultats \u00e9tonnants et inhabituels, dont les causes et les m\u00e9thodes sont inconnues du grand public\u00bb (15: 164).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Alchimie.<\/strong> L&rsquo;alchimie fait partie de la magie appliqu\u00e9e qui traite de la \u00abtransmutation\u00bb (transformation) de substances \u00abde base\u00bb en substances nobles. Au Moyen \u00c2ge, les principaux objectifs des alchimistes \u00e9taient la \u00abpierre philosophale\u00bb, qui leur permettait de transformer les m\u00e9taux vils en or, et \u00abl\u2019\u00e9lixir de vie\u00bb, qui prolonge la vie et redonne la jeunesse. De nombreux grands alchimistes (tels qu&rsquo;Albertus Magnus, le professeur de Thomas d&rsquo;Aquin) auraient ces secrets.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c0 la Renaissance, l\u2019alchimie elle-m\u00eame subit une \u00abtransmutation\u00bb conforme \u00e0 l\u2019air du temps. D\u00e9sormais, les pratiques alchimiques traditionnelles sont r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9es comme une justification de la nature et de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;homme essaie en vain de trouver dans la nature la source de ses vices et de ses troubles. \u00ab\u00a0Dieu le Cr\u00e9ateur est la saintet\u00e9 elle-m\u00eame, donc tout ce qui est fait par Lui et dans Son monde est sanctifi\u00e9 par Lui et \u00e0 travers Lui\u00a0\u00bb (Paracelse) &#8211; donc la nature elle-m\u00eame, avant la profanation par l&rsquo;homme, est pure.<\/p>\n<p align=\"justify\">La justification de la mati\u00e8re a un sens diff\u00e9rent, plus profond. Prima Materia (Premi\u00e8re Mati\u00e8re) des alchimistes et de Paracelse &#8211; \u00abobjet pur et unit\u00e9 de formes \u00bb, elle peut donc prendre n&rsquo;importe quelle forme; il n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 par Dieu, il est co-\u00e9ternel avec Lui. Initialement chaotique, elle est justifi\u00e9e (rachet\u00e9e, sanctifi\u00e9e) par Dieu dans le processus de cr\u00e9ation. La t\u00e2che de l&rsquo;art alchimique est d&rsquo;assister le Cr\u00e9ateur dans cette justification de la mati\u00e8re. Comment y parvient-on?<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutes choses, selon les enseignements des alchimistes, sont impr\u00e9gn\u00e9es de l&rsquo;\u00e9manation du Verbe divin, qu&rsquo;ils appelaient Archeus (Archeus) et Spiritus Mundi (\u00c2me du Monde). Cette \u00e9manation \u00e9tait symbolis\u00e9e par l&rsquo;or. Les alchimistes croyaient que l&rsquo;or \u00e9tait constitu\u00e9 des rayons \u00abcristallis\u00e9s\u00bb du Soleil, accumul\u00e9s sur Terre dans certains endroits o\u00f9 les conditions \u00e9taient appropri\u00e9es pour cela (respectivement, l&rsquo;argent \u00e9tait constitu\u00e9 des rayons de la Lune). De m\u00eame, les \u00e9manations \u00e9manant du \u00abSoleil spirituel\u00bb (\u00abLumi\u00e8re\u00bb chez les n\u00e9oplatoniciens et Cusanus) s\u2019accumulent dans l\u2019\u00e2me juste et sage. En travaillant les m\u00e9taux, le but de l\u2019art alchimique est d\u2019isoler la \u00abquintessence de l\u2019or\u00bb, qui a le pouvoir de transformer les m\u00e9taux inf\u00e9rieurs en or, c\u2019est-\u00e0-dire de donner \u00e0 la mati\u00e8re une image de perfection, la justifiant ainsi. Dans l&rsquo;aspect spirituel, la m\u00eame action signifie la lib\u00e9ration dans l&rsquo;\u00e2me humaine de substance pure \u00abd&rsquo;or spirituel\u00bb &#8211; des grains \u00e9ternels et ind\u00e9composables d&rsquo;accumulations spirituelles. L&rsquo;action de cette quintessence a \u00e9t\u00e9 compar\u00e9e \u00e0 l&rsquo;influence du Christ sur l&rsquo;humanit\u00e9: c&rsquo;est la transformation de l&rsquo;homme naturel (\u00abVieil Adam\u00bb) en un homme divin, un Dieu-homme (\u00abd\u00e9ification\u00bb des n\u00e9oplatoniciens). Ainsi, le parfait alchimiste a particip\u00e9 \u00e0 l\u2019acte de cr\u00e9ation divine, et au stade de son ach\u00e8vement.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Giordano Bruno<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Giordano Bruno (1548 &#8211; 1600) (Nolan) est n\u00e9 dans la ville de Nola, au pied du V\u00e9suve et c&rsquo;est pour cela qu&rsquo;il disait que Vulcain (dieu du feu) lui \u00e9tait apparent\u00e9, ce que confirme toute sa vie, pleine d&rsquo;exploits enflamm\u00e9s de servir la V\u00e9rit\u00e9. Quittant le monast\u00e8re dominicain et le clerg\u00e9 en 1576, il erra \u00e0 travers l&rsquo;Europe, rencontrant partout des pers\u00e9cutions ou de stupides malentendus &#8211; en Italie, en Suisse, en France, en Angleterre, en Allemagne. \u00abEt comme il y a une guerre constante dans le monde entre la lumi\u00e8re et les t\u00e9n\u00e8bres, entre la science et l\u2019ignorance, partout j\u2019ai \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 la haine, aux abus et aux insultes, m\u00eame sans danger pour ma vie\u00bb (10: 194). Ayant perdu l&rsquo;espoir de trouver une base \u00e0 ses id\u00e9es dans un pays \u00e9tranger, Bruno retourne dans son pays natal, o\u00f9 l&rsquo;attendaient la trahison, un long processus de l&rsquo;Inquisition et le b\u00fbcher.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00ab\u00a0Personne n&rsquo;a observ\u00e9 une loi d&rsquo;amour aussi longue et aussi r\u00e9pandue\u00a0\u00bb, \u00e9crit Bruno, \u00ab\u00a0qui a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e par&#8230; Dieu, le P\u00e8re de toutes choses, pour que, en harmonie avec la nature, il enseigne l&rsquo;amour universel \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9, selon lequel nous aimerons m\u00eame nos ennemis, afin que&#8230; nous montions \u00e0 l&rsquo;image de Celui qui a \u00e9lev\u00e9 son soleil au-dessus des bons et des m\u00e9chants et a asperg\u00e9 l&rsquo;humidit\u00e9 des mis\u00e9ricordes des justes et des p\u00e9cheurs. C&rsquo;est la religion que, malgr\u00e9 les disputes et les disputes, j&rsquo;observe \u00e0 la fois par ordre de mon \u00e2me et selon la coutume de mon peuple\u00bb (extrait de \u00ab160 th\u00e8ses\u00bb). Dans sa jeunesse, cependant, selon son propre t\u00e9moignage, il \u00e9tait un adepte du mat\u00e9rialisme dans l&rsquo;esprit d&rsquo;\u00c9picure et de Lucr\u00e8ce. Apparemment, il s\u2019agissait d\u2019une r\u00e9action au scolastique Aristote, avec lequel commen\u00e7a l\u2019\u00e9ducation philosophique de Bruno. Mais au cours de ses ann\u00e9es de maturit\u00e9, ses opinions se sont rapproch\u00e9es de Platon, des n\u00e9oplatoniciens, et en particulier de Nicolas de Cues, d\u2019une \u00abphilosophie plus contemplative\u00bb. Cependant, Bruno accordait toujours une plus grande valeur au mat\u00e9rialisme qu\u2019Aristote: le mat\u00e9rialisme ne doit pas \u00eatre rejet\u00e9 et peut m\u00eame \u00eatre \u00e9tudi\u00e9 \u00absi vous en avez le loisir\u00bb. M\u00eame si l\u2019influence d\u2019Aristote restera dominante dans la terminologie et l\u2019appareil conceptuel de Bruno, les vues d\u2019Aristote ne sont pas tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9es par lui, car elles \u00abs\u2019appuient davantage sur l\u2019imagination et sont loin de la nature\u00bb. Les principales \u0153uvres de Bruno sont les dialogues \u00abSur la cause, le commencement et l&rsquo;Un\u00bb, \u00abSur l&rsquo;infini, l&rsquo;univers et les mondes\u00bb, \u00abSur l&rsquo;enthousiasme h\u00e9ro\u00efque\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Le devoir d&rsquo;un philosophe.<\/strong> Comme Socrate, Bruno consid\u00e9rait philosopher comme un service rendu \u00e0 Dieu. Comment puis-je \u00eatre indiff\u00e9rent, \u00e9crit-il, \u00ab&#8230; au devoir divin selon lequel nous ne devons pas \u00eatre comme les aveugles, mais sommes destin\u00e9s \u00e0 devenir des guides pour les aveugles et, dans ce corps de la soci\u00e9t\u00e9 humaine, sommes compt\u00e9s parmi ceux qui doivent le faire. \u00e0 qui est prescrit l&rsquo;office et le sort des yeux&#8230; et \u00e0 qui est assign\u00e9e la mesure de la force pour servir la v\u00e9rit\u00e9 et la lumi\u00e8re. Comme le croyait Bruno, le devoir divin du philosophe est d\u2019\u00eatre \u00ables yeux de l\u2019humanit\u00e9\u00bb. Les yeux sont la partie la plus importante du corps: \u00abLa lampe du corps est l\u2019\u0153il. Ainsi, si votre \u0153il est pur, alors tout votre corps sera brillant ; si ton \u0153il est mauvais, alors tout ton corps sera dans les t\u00e9n\u00e8bres\u00bb (Matthieu 6:22, 23). Un vrai philosophe \u00e9l\u00e8ve beaucoup de choses dans la pens\u00e9e de l\u2019humanit\u00e9 au niveau de l\u2019Un et porte ainsi la lumi\u00e8re de l\u2019Un dans la conscience de l\u2019humanit\u00e9. De la m\u00eame mani\u00e8re, la vraie po\u00e9sie illumine les sentiments des gens et la vraie religion illumine l\u2019esprit. De plus, pour Bruno, la vraie religion et la vraie philosophie co\u00efncident en fin de compte, puisque la V\u00e9rit\u00e9 est une, et conna\u00eetre la V\u00e9rit\u00e9 est la meilleure fa\u00e7on de l&rsquo;honorer et de s&rsquo;en approcher. Par cons\u00e9quent, le philosophe est comme un pr\u00eatre du culte de la Lumi\u00e8re et, avec sa pens\u00e9e, \u00e9tablit un lien entre l&rsquo;Un et le monde des hommes.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>\u00ab\u00a0Religion\u00a0\u00bb de Bruno.<\/strong> Comme Socrate et Protagoras dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, Bruno \u00e9tait accus\u00e9 d&#8217;empi\u00e9ter sur les valeurs religieuses, alors qu&rsquo;il cherchait au contraire \u00e0 r\u00e9tablir leur lien avec la vie et l&rsquo;exp\u00e9rience. Il faut chercher Dieu, mais non pas dans la Bible ni dans les extases des mystiques, mais \u00ab&#8230; dans la loi irr\u00e9sistible et indestructible de la nature, dans la pi\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me qui a bien ma\u00eetris\u00e9 cette loi, dans le rayonnement de la nature. soleil, dans la beaut\u00e9 des choses sorties du ventre de notre m\u00e8re nature, \u00e0 sa v\u00e9ritable image, exprim\u00e9e physiquement dans d&rsquo;innombrables vies des \u00eatres qui brillent dans la vo\u00fbte illimit\u00e9e du ciel unique (c&rsquo;est-\u00e0-dire dans les \u00e9toiles et les plan\u00e8tes), vivent, ressentent et pensent, et louent la plus haute Unit\u00e9. \u00abTournons donc notre visage vers le d\u00e9licieux rayonnement de la lumi\u00e8re, \u00e9coutons la voix de la nature et suivons la sagesse dans la simplicit\u00e9 de l&rsquo;esprit et avec un c\u0153ur pur, en la pla\u00e7ant au-dessus de toutes choses\u00bb (10: 194).<\/p>\n<p align=\"justify\">Lors de son acte d&rsquo;accusation, l&rsquo;une des principales accusations de l&rsquo;Inquisition \u00e9tait qu&rsquo;il affirmait: \u00absi je le voulais, je pourrais parvenir \u00e0 ce qu&rsquo;il n&rsquo;y ait qu&rsquo;une seule religion dans le monde\u00bb &#8211; et ce sont tr\u00e8s probablement ses propres paroles.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La doctrine de la connaissance.<\/strong> La dialectique de Bruno proc\u00e8de de la dialectique de Cusan, \u00e0 la diff\u00e9rence que Bruno la remplit d&rsquo;un contenu plus r\u00e9el et plus vivant. Pour Bruno, les polarit\u00e9s qui sous-tendent tout ce qui existe ne sont pas de simples principes sp\u00e9culatifs, mais des forces actives vivantes (attraction et r\u00e9pulsion, cr\u00e9ation et destruction, etc.). \u00abSi nous r\u00e9fl\u00e9chissons bien, nous verrons que la destruction n\u2019est rien d\u2019autre que la cr\u00e9ation, et vice versa.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Bruno poursuit l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;ontologie et de l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie: puisque l&rsquo;esprit n&rsquo;\u00abappartient\u00bb pas \u00e0 l&rsquo;homme, mais agit plut\u00f4t \u00e0 travers lui, alors le processus de connaissance du monde par l&rsquo;homme est une action r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 travers l&rsquo;homme \u2013 l&rsquo;action d&rsquo;harmonisation et d&rsquo;int\u00e9gration du monde univers. La nature, \u00e0 travers la connaissance humaine, monte du multiple vers l&rsquo;Un en suivant les m\u00eames marches par lesquelles l&rsquo;Un descend vers le multiple. \u00abNous, en nous \u00e9levant vers la connaissance parfaite,&#8230; effondrons la multiplicit\u00e9, tout comme en descendant vers la production des choses, l&rsquo;Unit\u00e9 se d\u00e9ploie\u00bb (11: 144). En d&rsquo;autres termes, la connaissance est un processus cosmique, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 du processus de cr\u00e9ation du monde, le compl\u00e9tant et le compl\u00e9tant &#8211; \u00e9levant le monde \u00e0 la perfection, \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9, \u00e0 Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La doctrine des \u00abdeux livres\u00bb.<\/strong> Sur la question du rapport entre l&rsquo;exp\u00e9rience et la r\u00e9v\u00e9lation comme deux sources de connaissance, Bruno adh\u00e8re au concept de \u00abdeux livres\u00bb, profess\u00e9 avant lui par Averro\u00e8s, Cusan, Cardano, Telesio. Cet enseignement est que la m\u00eame V\u00e9rit\u00e9 Unique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par Dieu \u00e0 l&rsquo;homme de deux mani\u00e8res: \u00e0 travers le \u00abLivre de la Nature\u00bb et le \u00abLivre de l&rsquo;Apocalypse\u00bb, afin qu&rsquo;\u00e0 partir de n&rsquo;importe lequel de ces livres, on puisse conna\u00eetre la Cause et le Commencement de l&rsquo;univers, Dieu. Au Moyen \u00c2ge, cette doctrine servait \u00e0 justifier la connaissance scientifique face \u00e0 la th\u00e9ologie, reconnaissant que le Livre de l&rsquo;Apocalypse est plus pr\u00e9cis et plus parfait que le Livre de la Nature, puisqu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 directement par Dieu, tandis que le Livre de la Nature est compris \u00e0 travers un \u00abverre obscur\u00bb des sens. Au 16\u00e8me si\u00e8cle Le Livre de la Nature est devenu plus pr\u00e9cieux. Le point de vue de Bruno peut \u00eatre exprim\u00e9 dans les mots de son contemporain Orphelius: \u00abOn dit qu&rsquo;il y a deux tr\u00e9sors, l&rsquo;un est la parole \u00e9crite (verbum scriptum) et l&rsquo;autre est la parole devenue un fait (verbum factum). Dans le verbum scriptum, le Christ est encore emmaillot\u00e9 dans son berceau ; mais dans le verbum factum, la Parole est incarn\u00e9e dans des cr\u00e9ations divines et l\u00e0, au sens figur\u00e9, nous pouvons la toucher de nos propres mains.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La Doctrine des Principes<\/strong>\u00a0est le point central de la philosophie mature de Bruno. Il d\u00e9veloppe une doctrine des Origines de l&rsquo;Univers, plus libre des restrictions de l&rsquo;\u00c9glise et du dogme aristot\u00e9licien que celle du cardinal Nicolas de Cuse, m\u00eame si, dans son essence, elle ne contredit pas les fondements du christianisme. Bruno parle de Dieu comme du Commencement Unique des Commencements, dans lequel tous les commencements et causes convergent et co\u00efncident. Mais un tel D\u00e9but \u00e9chapperait absolument \u00e0 notre connaissance. Puisque nous parvenons \u00e0 la connaissance de Dieu par l&rsquo;effort de notre raison et de notre foi, nous comprenons en Lui, selon Bruno, deux Principes, la Raison de leur s\u00e9paration et de leur m\u00e9lange et le r\u00e9sultat de leur M\u00e9lange.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Un.<\/strong>\u00a0Mettant l&rsquo;Un comme but supr\u00eame de la connaissance et de la poursuite de la raison, Bruno souligne de toutes les mani\u00e8res possibles la diff\u00e9rence entre son Un et l&rsquo;Un d&rsquo;Aristote et des P\u00e9ripat\u00e9ticiens (m\u00eame des n\u00e9oplatoniciens). Selon lui, pour eux (en particulier les p\u00e9ripat\u00e9ticiens), un \u00eatre unique, la substance qui sous-tend le monde, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;un concept abstrait, une forme logique vide.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour Bruno, l&rsquo;Un, bien qu&rsquo;il ne soit accessible qu&rsquo;aux yeux de l&rsquo;esprit (et alors \u00e0 peine), repr\u00e9sente n\u00e9anmoins une r\u00e9alit\u00e9 dialectique vivante: en tant que source de l&rsquo;\u00eatre et de la vie, il palpite dans chaque atome, comme la Raison &#8211; dans le battement des pens\u00e9es de tout \u00eatre pensant.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;Un &#8211; en lui-m\u00eame et sous la forme de deux Principes, forme et mati\u00e8re &#8211; est digne non seulement de connaissance, mais aussi d&rsquo;admiration, de respect, de gratitude, en tant que Cause et Commencement de tout ce plus bel univers. C&rsquo;est l\u00e0 la \u00abvraie religion\u00bb, la religion de l&rsquo;amour, que Bruno professait trop franchement, aux yeux de l&rsquo;Inquisition.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans l&rsquo;Un, tous les contraires co\u00efncident: minimum et maximum, nature et Dieu, mati\u00e8re et forme, variabilit\u00e9 du flux et constance des lois, possibilit\u00e9 et r\u00e9alit\u00e9. Des jugements contradictoires sur la m\u00eame chose se r\u00e9v\u00e8lent vrais en Lui.<\/p>\n<p align=\"justify\">Bruno accepte la position de Cusanz selon laquelle \u00abDieu seul est tout ce qu&rsquo;Il peut \u00eatre\u00bb (et est donc appel\u00e9 par Cusantz possest, \u00ab\u00eatre-possibilit\u00e9\u00bb) &#8211; en Dieu \u00abla r\u00e9alit\u00e9 et la possibilit\u00e9 ne font qu&rsquo;une\u00bb. Ce qui est fondamentalement nouveau par rapport \u00e0 Kuzantz, c\u2019est que dans cette possession de Bruno, la \u00abpossibilit\u00e9\u00bb est mati\u00e8re et \u00abl\u2019\u00eatre\u00bb est forme. En Dieu, ils convergent, co\u00efncident et sont Un et M\u00eame, c&rsquo;est pourquoi il faut dire \u00abque tout, selon la substance, est un, comme Parm\u00e9nide l&rsquo;a peut-\u00eatre compris, indignement consid\u00e9r\u00e9 par Aristote\u00bb (11: 106). Dieu, en tant que \u00absubstance premi\u00e8re\u00bb, le Premier Commencement, le Commencement Uni des Commencements, est, d&rsquo;une part, une \u00abpossibilit\u00e9 active\u00bb, des \u00abformes prototypes\u00bb id\u00e9ales selon lesquelles toutes choses sont produites par la mati\u00e8re. Mais, d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, \u00abElle (la Substance Premi\u00e8re) est mati\u00e8re, une possibilit\u00e9 passive, sujette, constante et pr\u00e9sente, venant presque toujours \u00e0 l\u2019Un. Car il n\u2019existe pas de donneur de formes descendant d\u2019en haut qui fa\u00e7onnerait les choses du dehors et leur donnerait de l\u2019ordre.\u00bb Autrement dit, \u00abDieu\u00bb au sens habituel en tant que principe actif et cr\u00e9ateur dans l&rsquo;Univers, et la \u00abmati\u00e8re\u00bb, selon Bruno, ne sont que deux aspects \u00e9quivalents de l&rsquo;Un, qui ne s&rsquo;y distinguent que par la raison. \u00ab\u00a0La mati\u00e8re est en r\u00e9alit\u00e9 ins\u00e9parable de la Lumi\u00e8re, mais ne peut \u00eatre distingu\u00e9e qu&rsquo;avec l&rsquo;aide de l&rsquo;esprit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Raison et r\u00e9alit\u00e9.<\/strong> Bruno, \u00e0 la suite de Platon (Philebus, 27b), appelle la Raison non pas le \u00abPrincipe\u00bb, comme la forme et la mati\u00e8re, mais la Cause. La diff\u00e9rence entre le Commencement et la Cause est la suivante: Le Commencement est \u00abce qui contribue int\u00e9rieurement \u00e0 la structure d&rsquo;une chose et demeure en cons\u00e9quence, comme la mati\u00e8re et la forme restant dans la composition, ou les \u00e9l\u00e9ments \u00e0 partir desquels une chose est compos\u00e9e\u00bb et en lequel il est d\u00e9compos\u00e9\u00bb (11: 61). La cause est \u00abce qui contribue \u00e0 la production d\u2019une chose ext\u00e9rieurement et a une existence en dehors de la composition, quelle est la cause efficiente et le but\u2026\u00bb (Ibid.).<\/p>\n<p align=\"justify\">La raison, comme l\u2019a soutenu Bruno (et avant lui Platon, Cusan et d\u2019autres), est le d\u00e9but de toute mesure et la base de toutes les fronti\u00e8res. Dans la terminologie du XIXe si\u00e8cle. la raison peut \u00eatre appel\u00e9e la \u00abbase transcendantale de la r\u00e9alit\u00e9\u00bb. La raison, qui distingue les p\u00f4les des principes actifs et passifs dans l&rsquo;Un, est la condition premi\u00e8re de la multiplicit\u00e9. Par cons\u00e9quent, toute r\u00e9alit\u00e9 dont l\u2019homme fait partie est conditionnelle et relative.<\/p>\n<p align=\"justify\">Par rapport \u00e0 l&rsquo;Un, toutes choses sont \u00abfaces\u00bb ou \u00abvagues \u00e0 la surface\u00bb: \u00abEt ce qui forme la multiplicit\u00e9 dans les choses, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;Etre, ce n&rsquo;est pas la Chose, mais ce qui appara\u00eet, qui appara\u00eet aux sens et est sur la surface de la chose.\u00bb (11: 141).\u00a0 \u00ab\u00a0&#8230;Tout cela, qui produit dans les corps une vari\u00e9t\u00e9 de formations, de reconstitutions, de figures, de couleurs et d&rsquo;autres propri\u00e9t\u00e9s et d\u00e9finitions g\u00e9n\u00e9rales, n&rsquo;est rien de plus qu&rsquo;une face diff\u00e9rente d&rsquo;une seule et m\u00eame substance, une face passag\u00e8re, mobile et changeante de un \u00catre immobile, stable et \u00e9ternel\u00bb (11: 139). Une projection, une ombre, ne peut pas influencer une autre projection ou ombre, par cons\u00e9quent, l&rsquo;interaction de cause \u00e0 effet entre les \u00e9l\u00e9ments de la r\u00e9alit\u00e9 sensorielle est impossible. La cause de toute chose ou \u00e9v\u00e9nement est la condition de son existence relative \u2013 celle qui relie les p\u00f4les des Principes \u2013 et celle-ci, selon la d\u00e9finition de Platon et Bruno, n\u2019est que la Raison.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019esprit \u00abn\u2019appartient \u00e0 personne\u00bb. La division entre \u00abpens\u00e9e\u00bb et \u00abpenseur\u00bb est purement logique, et il n\u2019y a pas de sujet de pens\u00e9e diff\u00e9rent de la pens\u00e9e elle-m\u00eame. On pourrait dire que la pens\u00e9e \u00abse pense\u00bb. Par cons\u00e9quent, l\u2019esprit humain est ins\u00e9parable de l\u2019esprit divin, tout comme un rayon de lumi\u00e8re l\u2019est de la lumi\u00e8re elle-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Justification de l&rsquo;affaire.<\/strong> La mati\u00e8re, dans l\u2019une de ses significations, est la \u00abNuit\u00bb, \u00able sujet, l\u2019obscurit\u00e9 qui remplit tout chaos\u00bb. C&rsquo;est l&rsquo;anc\u00eatre qui contient dans son ventre toutes les formes pli\u00e9es. S&rsquo;unissant sous l&rsquo;influence de la Raison \u00e0 la Lumi\u00e8re du Principe Formateur, elle engendre des formes, les d\u00e9pliant \u00e0 partir d&rsquo;elle-m\u00eame. \u00ab\u00a0Les formes, tant qu&rsquo;elles d\u00e9rivent de la puissance de la mati\u00e8re et ne sont pas introduites du dehors par une cause efficiente, sont plus v\u00e9ritablement situ\u00e9es dans la mati\u00e8re et y ont le fondement de leur \u00eatre.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Le concept de \u00abmati\u00e8re\u00bb signifie, pour Bruno, comme pour Aristote, possibilit\u00e9. Mais les p\u00e9ripat\u00e9ticiens consid\u00e9raient la mati\u00e8re presque exclusivement comme un \u00absubstrat\u00bb, une substance qui prend forme. Bruno insiste sur une compr\u00e9hension plus sublime et \u00absp\u00e9culative\u00bb de la mati\u00e8re; elle n&rsquo;est pas comprise par les sens, mais seulement par l&rsquo;esprit. N\u00e9anmoins, la mati\u00e8re de Bruno n\u2019est pas une abstraction logique, comme celle d\u2019Aristote, mais un principe r\u00e9el, vivant et actif.<\/p>\n<p align=\"justify\">Bruno \u00e9l\u00e8ve la mati\u00e8re bien plus que Cusan, dans le paradigme duquel seul un point infinit\u00e9simal de l&rsquo;Autre \u00e9tait pr\u00e9sent dans le M\u00eame, tandis que Bruno identifie l&rsquo;Autre et le M\u00eame dans l&rsquo;Absolu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Bruno va encore plus loin et affirme que non seulement dans l&rsquo;Absolu, mais aussi dans la mati\u00e8re naturelle, possibilit\u00e9 et r\u00e9alit\u00e9 co\u00efncident d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, puisque:<\/p>\n<p align=\"justify\">1) la mati\u00e8re (la nature) ne re\u00e7oit pas de formes de l&rsquo;ext\u00e9rieur, mais les produit d&rsquo;elle-m\u00eame;<\/p>\n<p align=\"justify\">2) la mati\u00e8re elle-m\u00eame ne devient jamais r\u00e9alit\u00e9, elle n\u2019est donc pas une \u00abpossibilit\u00e9\u00bb dans ce sens;<\/p>\n<p align=\"justify\">3) la forme \u00abr\u00e9side dans la capacit\u00e9 continue de la mati\u00e8re\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Avec la mati\u00e8re, la femme est aussi justifi\u00e9e. Les m\u00e9taphysiciens disent (dans le dialogue de Bruno &#8211; par la bouche de Polyinnius, en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;opinion d&rsquo;Aristote du premier livre de la Physique): il aspire \u00e0 la forme et n&rsquo;est jamais satisfait.<\/p>\n<p align=\"justify\">Bruno rejette cette accusation: 1) la mati\u00e8re ne re\u00e7oit rien de la forme ; au contraire, il donne lui-m\u00eame aux formes la possibilit\u00e9 de se r\u00e9aliser; 2) la mati\u00e8re ne recherche pas de formes, mais les g\u00e9n\u00e8re d&rsquo;elle-m\u00eame; 3) l&rsquo;importance ne compte pas plus de formes de d\u00e9sirs (en les g\u00e9n\u00e9rant) qu&rsquo;elle n&rsquo;en d\u00e9tourne (en les d\u00e9truisant).<\/p>\n<p align=\"justify\">La mati\u00e8re, conclut Bruno, est une chose \u00e9ternelle et parfaite, \u00abun \u00eatre divin dans les choses\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>\u00c2me et vie.<\/strong> Bruno appelle la capacit\u00e9 interne de la mati\u00e8re \u00e0 former des formes \u00abl\u2019\u00e2me du monde\u00bb. Il n&rsquo;est pas seulement localis\u00e9 dans la mati\u00e8re, mais constitue \u00e9galement sa qualit\u00e9 d\u00e9terminante et son d\u00e9sir dominant. D\u00e8s lors, tout est anim\u00e9, et la vie s&rsquo;efforce de se manifester partout o\u00f9 elle trouve un v\u00e9hicule adapt\u00e9. La vie est aussi indestructible que la mati\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;esprit est la principale capacit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me du monde. Puisque l\u2019\u00e2me est la \u00abpuissance\u00bb de la mati\u00e8re, alors l\u2019Esprit n\u2019est pas un \u00abdonneur de formes\u00bb externe, comme le croyaient les p\u00e9ripat\u00e9ticiens, mais \u00abla cause efficiente \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de chaque chose\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abL\u2019\u00e2me est la cause formatrice la plus proche, une force interne inh\u00e9rente \u00e0 toute chose, comme la mati\u00e8re elle-m\u00eame, qui se gouverne elle-m\u00eame.\u00bb \u00abL&rsquo;\u00e2me est le ma\u00eetre, travaillant \u00e0 partir du centre de la graine, cr\u00e9ant conform\u00e9ment \u00e0 la nature; il forme et saisit, sculpte et d\u00e9vore la mati\u00e8re la plus proche: c&rsquo;est un moteur op\u00e9rant de l&rsquo;int\u00e9rieur.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;\u00ab\u00e9chelle de l&rsquo;\u00eatre\u00bb de Bruno prend la m\u00eame apparence que celle de Plotin, mais la compr\u00e9hension de chaque \u00e9tape est sensiblement diff\u00e9rente (et il est plus commode de d\u00e9finir les \u00e9tapes dans l&rsquo;ordre inverse, de la mati\u00e8re \u00e0 l&rsquo;Un, m\u00eame si cela n&rsquo;est pas indispensable) .<\/p>\n<p align=\"justify\">1. La mati\u00e8re est un aspect de l\u2019Absolu; \u00e0 la fois une substance pour la cr\u00e9ativit\u00e9 et la cr\u00e9ativit\u00e9 elle-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">2. L&rsquo;\u00e2me: la capacit\u00e9 et la force, le potentiel de cr\u00e9ativit\u00e9, ins\u00e9parables de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">3. L&rsquo;esprit est ce qui r\u00e9alise et dirige cette puissance; \u00abd\u00e9clencheur\u00bb et \u00abvue\u00bb pour l&rsquo;aspiration vivante de l&rsquo;\u00e2me, \u00abtimonier\u00bb, r\u00e9gnant non pas de l&rsquo;ext\u00e9rieur, mais de l&rsquo;int\u00e9rieur de la mati\u00e8re, \u00abartiste int\u00e9rieur\u00bb, sculptant des formes de l&rsquo;int\u00e9rieur de la mati\u00e8re. \u00ab\u00a0Il remplit tout, illumine l&rsquo;Univers et encourage la nature \u00e0 produire correctement ses esp\u00e8ces.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;Un est le m\u00eame que l&rsquo;Univers, infini, \u00e9ternel, immobile dans son ensemble, mais auto-mobile dans chacune de ses parties.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Immortalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me.<\/strong>\u00a0Avec sa vie et sa mort, Bruno a fourni l\u2019exemple le plus frappant de la compr\u00e9hension de l\u2019immortalit\u00e9 de la Renaissance. La compr\u00e9hension de Bruno reposait sur trois convictions.<\/p>\n<p align=\"justify\">Premi\u00e8rement, la vie est indestructible dans l&rsquo;Univers, et avec la destruction d&rsquo;une forme de manifestation de la vie, son pouvoir ne diminue pas du tout, mais forme une nouvelle forme; c&rsquo;est pourquoi Bruno reconnaissait comme \u00abplausible\u00bb la doctrine pythagoricienne de la transmigration des \u00e2mes (m\u00e9tempsychose);<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais la forme individuelle de l\u2019\u00e2me n\u2019est pas \u00e9ternelle, elle est transitoire, ce qui se confirme d\u00e9j\u00e0 au cours de la vie de l\u2019homme; tout dans la nature est un flux, rien ne reste pareil l&rsquo;instant d&rsquo;apr\u00e8s, l&rsquo;ancien meurt, mais avec cette mort le nouveau na\u00eet (comme la mort d&rsquo;un grain &#8211; une pousse).<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce qui passe de l&rsquo;ancienne forme \u00e0 la nouvelle n&rsquo;est pas l&rsquo;ancienne individualit\u00e9, qui, comme le corps, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un vaisseau pour l&rsquo;esprit, et non des sp\u00e9culations abstraites de l&rsquo;esprit, comme le croyaient les p\u00e9ripat\u00e9ticiens. Une nouvelle forme ne peut \u00eatre raviv\u00e9e que par un d\u00e9sir ou un r\u00eave fort, et surtout par la br\u00fblure de l&rsquo;esprit, l&rsquo;aspiration h\u00e9ro\u00efque \u00e0 conna\u00eetre la V\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 apporter sa lumi\u00e8re aux gens.<\/p>\n<p align=\"justify\">Par cons\u00e9quent, comme Socrate et le Christ, Bruno \u00e9tait s\u00fbr qu&rsquo;avec sa mort, exploit de la V\u00e9rit\u00e9, il avait vaincu la mort &#8211; non seulement pour lui-m\u00eame, mais aussi pour tous ceux qui pouvaient \u00eatre inspir\u00e9s par son \u00abenthousiasme h\u00e9ro\u00efque\u00bb. Une telle mort est pour un mortel l\u2019approche la plus proche possible de l\u2019immortalit\u00e9. Le sacrifice d\u2019une vie finie au nom d\u2019une vie infinie et universelle est la meilleure justification de l\u2019existence humaine sur terre et le chemin le plus court vers l\u2019immortalit\u00e9. \u00abLa mort dans un si\u00e8cle donne la vie aux si\u00e8cles suivants.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Univers.<\/strong> J. Bruno identifie en effet l&rsquo;Un et l&rsquo;Univers. Cela est compr\u00e9hensible: si les deux premi\u00e8res \u00abhypostases\u00bb de l&rsquo;Un sont la forme et la mati\u00e8re, alors leur combinaison ne peut pas \u00eatre l&rsquo;Un transcendantal Plotin, mais doit incarner l&rsquo;Univers dans son int\u00e9grit\u00e9. \u00abAinsi, l&rsquo;Univers est un, infini, immobile&#8230; Ce n&rsquo;est pas de la mati\u00e8re, car il n&rsquo;a pas de figure et ne peut en avoir, il est infini et illimit\u00e9. Ce n&rsquo;est pas une forme, car elle n&rsquo;en fa\u00e7onne pas une autre, car elle est tout&#8230;\u00bb \u00c0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;Univers, le mouvement est \u00e9ternel, mais lui-m\u00eame ne bouge pas, car il se remplit tout entier de lui-m\u00eame. Pour la m\u00eame raison, il ne surgit ni ne se d\u00e9truit. \u00ab\u00a0La nature elle-m\u00eame&#8230; n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que Dieu dans les choses.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Le flux r\u00e8gne en tout: \u00abRien de changeant et de complexe en deux instants distincts n\u2019est compos\u00e9 des m\u00eames parties dispos\u00e9es dans le m\u00eame ordre\u2026 Rien ne peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme \u00e9tant deux fois identique \u00e0 lui-m\u00eame.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutes choses s&rsquo;efforcent naturellement de se conserver sous l&rsquo;influence de \u00abl&rsquo;impulsion naturelle de rechercher l&rsquo;endroit o\u00f9 il (le corps) peut mieux et plus facilement se pr\u00e9server et maintenir son existence actuelle; car c\u2019est \u00e0 cela seul que tendent toutes les choses naturelles, si ignoble que soit ce d\u00e9sir.<\/p>\n<p align=\"justify\">La vie dans l&rsquo;Univers, selon Bruno, est la r\u00e8gle et non l&rsquo;exception: \u00abNous pensons que pour les \u00eatres vivants de notre esp\u00e8ce, les lieux habit\u00e9s sont rares&#8230; cependant, il ne convient pas de consid\u00e9rer qu&rsquo;il existe une partie de l&rsquo;Univers. monde sans \u00e2me, sans vie et sans sensation, et donc sans cr\u00e9atures vivantes. Apr\u00e8s tout, il est stupide et absurde de croire qu\u2019il ne peut exister d\u2019autres \u00eatres, d\u2019autres types d\u2019intelligence que ceux accessibles \u00e0 nos sens.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Des atomes.<\/strong> Bruno a r\u00e9interpr\u00e9t\u00e9 le concept de \u00abminimum absolu\u00bb de Cusan comme la \u00abmati\u00e8re premi\u00e8re\u00bb et la \u00absubstance\u00bb des choses. \u00ab\u00a0L&rsquo;Un est compos\u00e9 d&rsquo;indivisibles.\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0La nature op\u00e8re une division qui peut atteindre des particules extr\u00eamement petites, qu&rsquo;aucun art ne peut approcher avec ses outils.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">A partir du Minimum &#8211; l&rsquo;atome, la monade &#8211; tout se d\u00e9roule par le mouvement. Ainsi, en g\u00e9om\u00e9trie, un point fixe contient toutes les figures sous une forme effondr\u00e9e et, par le mouvement, les d\u00e9plie toutes. Bruno nie la conception aristot\u00e9licienne du mouvement, selon laquelle tout mouvement pr\u00e9suppose une pouss\u00e9e ext\u00e9rieure. \u00ab\u00a0Le mouvement des atomes vient d&rsquo;un commencement interne.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Le minimum, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;atome, contient en lui la puissance de toute chose, tout comme une \u00e9tincelle contient la possibilit\u00e9 d&rsquo;un feu mondial. Campanella a not\u00e9 \u00e0 juste titre que Bruno \u00ab\u00a0L&rsquo;atome est Dieu\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>L&rsquo;\u00e9thique de l&rsquo;enthousiasme h\u00e9ro\u00efque.<\/strong> Bruno rejette l&rsquo;immortalit\u00e9 personnelle comme fondement de la moralit\u00e9. \u00abCar m\u00eame si nous nous attendons \u00e0 une autre vie et \u00e0 une autre existence, alors notre vie ne sera pas la m\u00eame que celle que nous vivons actuellement. Car cette vie passe \u00e9ternellement sans aucun espoir de retour. Mais comme la vie est courte, elle doit \u00eatre remplie jusqu&rsquo;\u00e0 la limite d&rsquo;activit\u00e9, de travail et de cr\u00e9ation.<\/p>\n<p align=\"justify\">Bruno lui-m\u00eame a incarn\u00e9 dans sa vie un mod\u00e8le d&rsquo;enthousiasme h\u00e9ro\u00efque. Servir la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 notre \u00ab\u00e2ge de fer\u00bb, dit-il, \u00abimplique n\u00e9cessairement de l\u2019h\u00e9ro\u00efsme. \u00abL\u2019enthousiasme h\u00e9ro\u00efque\u00bb signifie \u00abcette admirable intensit\u00e9 mentale caract\u00e9ristique des philosophes\u00bb, qui \u00e9l\u00e8ve une personne \u00e0 la fois au-dessus du tourment physique et au-dessus de la mort elle-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abDans mes pens\u00e9es, mes paroles et mes actions, je ne connais pas, je n&rsquo;ai pas et je ne recherche rien d&rsquo;autre que la sinc\u00e9rit\u00e9, la simplicit\u00e9 et la v\u00e9rit\u00e9. C\u2019est exactement ainsi qu\u2019ils me jugeront, l\u00e0 o\u00f9 ils ne croiront pas que les actes et les m\u00e9rites h\u00e9ro\u00efques \u00e9taient inutiles et sans but\u2026\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Augustin Aur\u00e8le. Confession de saint Augustin, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Hippone. M., 1991.<\/p>\n<p align=\"justify\">Anselme de Cantorb\u00e9ry. Essais. M., 1995.<\/p>\n<p align=\"justify\">Anthologie de la pens\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale. Th\u00e9ologie et philosophie du Moyen \u00c2ge europ\u00e9en. T.1-2. Saint-P\u00e9tersbourg, 2001-2002.<\/p>\n<p align=\"justify\">Bo\u00e8ce. \u00ab\u00a0Consolation de Philosophie\u00a0\u00bb et autres trait\u00e9s. M., 1990.<\/p>\n<p align=\"justify\">Gilson E. Philosophie au Moyen \u00c2ge. Des origines de la patristique \u00e0 la fin du XIVe si\u00e8cle. M., 2004.<\/p>\n<p align=\"justify\">b. Bl. Jean Duns Scot. Favoris. M., 2001.<\/p>\n<p align=\"justify\">Saint Justin. Philosophe et martyr. Les cr\u00e9ations. M., 1995.<\/p>\n<p align=\"justify\">Libera A. de. Pens\u00e9e m\u00e9di\u00e9vale. M., 2004.<\/p>\n<p align=\"justify\">Copleston F. Ch. Histoire de la philosophie m\u00e9di\u00e9vale. M., 1997.<\/p>\n<p align=\"justify\">Copleston FC Aquin. Introduction \u00e0 la philosophie du grand penseur m\u00e9di\u00e9val. Dolgoproudny, 1999.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mayorov G. G. Formation de la philosophie m\u00e9di\u00e9vale. Patristique latine. M., 1979.<\/p>\n<p align=\"justify\">Meyendorff I.F. Introduction \u00e0 la th\u00e9ologie patristique. Notes de lecture. 2e \u00e9d. Vilnius\u00a0; M., 1992.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ockham W. Favoris. M., 2002.<\/p>\n<p align=\"justify\">Sokolov V.V. Philosophie m\u00e9di\u00e9vale. 2e \u00e9d. M., 2001.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Parfois, le terme \u00abRenaissance\u00bb est compris au sens large comme une p\u00e9riode de d\u00e9veloppement culturel rapide et intense, rempla\u00e7ant de longues p\u00e9riodes d&rsquo;inertie spirituelle et cr\u00e9ative. 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