{"id":594,"date":"2024-06-12T21:05:39","date_gmt":"2024-06-12T18:05:39","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=594"},"modified":"2025-11-20T20:14:17","modified_gmt":"2025-11-20T17:14:17","slug":"spinoza","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/12\/spinoza\/","title":{"rendered":"Beno\u00eet (Baruch) Spinoza. Rationalisme et panth\u00e9isme. Dieu est la seule substance au monde"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Beno\u00eet (Baruch) Spinoza est l&rsquo;un des\u00a0<strong>plus grands<\/strong> repr\u00e9sentants du rationalisme. Il est n\u00e9 \u00e0 Amsterdam dans une famille juive en 1632. Il a re\u00e7u son \u00e9ducation religieuse sous la direction de rabbins. Apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, il poursuivit pendant quelque temps l\u2019entreprise commerciale dont il avait h\u00e9rit\u00e9, sans trop s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ces activit\u00e9s. Il n\u2019a pas exprim\u00e9 le d\u00e9sir de devenir rabbin. Gr\u00e2ce \u00e0 Van den Enden, qui lui apprit le latin, Spinoza fit des connaissances parmi les savants chr\u00e9tiens (Meyer, Oldenburg, etc.). Le style de vie de Spinoza a \u00e9veill\u00e9 des soup\u00e7ons parmi les dirigeants communautaires selon lesquels il ne respectait pas suffisamment la religion et les coutumes de ses anc\u00eatres. En 1656 ils soumettent Spinoza \u00e0 la \u00abgrande excommunication\u00bb; il est abandonn\u00e9 par ses proches. Contraint de quitter Amsterdam, Spinoza v\u00e9cut longtemps dans de petites agglom\u00e9rations (Rheinburg, Voorburg), puis s&rsquo;installa \u00e0 La Haye. Il gagnait sa vie en broyant des verres optiques. Se limitant \u00e0 des besoins minimes, il consacre sa vie \u00e0 la recherche philosophique. Dans le m\u00eame temps, Spinoza continue d\u2019entretenir des contacts avec ses \u00e9minents amis (principalement par correspondance).<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/12\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-v-philosophie-des-temps-nouveaux-chapitre-5-spinoza\/spinoza230624\/\" rel=\"attachment wp-att-787\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-large wp-image-787\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/spinoza230624-1024x707.jpg\" alt=\"\" width=\"800\" height=\"552\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/spinoza230624-1024x707.jpg 1024w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/spinoza230624-300x207.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/spinoza230624-768x530.jpg 768w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/spinoza230624.jpg 1087w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Spinoza a rejet\u00e9 le poste qui lui \u00e9tait propos\u00e9 de professeur de philosophie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Heidelberg, estimant que la libert\u00e9 d&rsquo;expression qui lui \u00e9tait promise ne serait probablement pas compl\u00e8te. La vision du monde de Spinoza a \u00e9t\u00e9 dans une certaine mesure influenc\u00e9e par les id\u00e9es de Descartes et de Hobbes (ce qui, bien entendu, ne diminue en rien l&rsquo;originalit\u00e9 de son propre syst\u00e8me philosophique). De son vivant, il n&rsquo;a publi\u00e9 qu&rsquo;un seul ouvrage sous son propre nom: \u00abLes Fondements de la philosophie de Descartes\u00bb (1663). Le Trait\u00e9 th\u00e9ologique et politique (1670), qu&rsquo;il publia anonymement, provoqua de nombreuses controverses, souvent accompagn\u00e9es d&rsquo;accusations d&rsquo;ath\u00e9isme. En 1674, ce livre faisait partie de ceux interdits par les autorit\u00e9s n\u00e9erlandaises (avec le L\u00e9viathan de Hobbes). L&rsquo;\u0153uvre philosophique principale de Spinoza est l&rsquo;\u00c9thique (achev\u00e9e en 1675). Il a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 par les amis de Spinoza dans le cadre d&rsquo;un recueil de ses \u0152uvres posthumes (1677) (Spinoza est mort en 1677). \u00abL&rsquo;\u00e9thique\u00bb expose les principales parties de son syst\u00e8me philosophique: ontologie, \u00e9pist\u00e9mologie, anthropologie, \u00e9thique. Dans cet ouvrage, Spinoza utilise la \u00abm\u00e9thode g\u00e9om\u00e9trique\u00bb rationaliste de pr\u00e9sentation: il commence par des d\u00e9finitions et des axiomes, passe aux th\u00e9or\u00e8mes et \u00e0 leurs preuves, en leur fournissant des explications (scolies) et des th\u00e9or\u00e8mes auxiliaires (lemmes).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Th\u00e9orie de l&rsquo;\u00eatre.<\/strong> Spinoza est le plus grand repr\u00e9sentant du panth\u00e9isme. Selon son enseignement, Dieu est la seule substance au monde. \u00abEn dehors de Dieu, aucune substance ne peut exister ni \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e\u00bb (1:1, 263). Il d\u00e9finit la substance comme \u00abce qui existe en soi et qui se repr\u00e9sente \u00e0 travers lui-m\u00eame\u00bb (1:1, 253). La substance est \u00abla cause d\u2019elle-m\u00eame\u00bb. Pour \u00e9tayer la th\u00e8se sur l\u2019existence de Dieu, il utilise la preuve ontologique. \u00abL\u2019existence de Dieu d\u00e9coule tr\u00e8s clairement et indubitablement de l\u2019id\u00e9e m\u00eame de Dieu\u00bb (1:2, 463). L&rsquo;id\u00e9e de Dieu est l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00eatre absolument parfait. Mais \u00abla perfection ne d\u00e9truit pas l\u2019existence d\u2019une chose, mais la pose\u00bb (1:1, 261-262). Par Dieu, on entend un \u00eatre absolument infini qui, en raison de cette infinit\u00e9, doit contenir la capacit\u00e9 d&rsquo;exister. Dans la Correspondance, Spinoza a soulign\u00e9 que de la d\u00e9finition d&rsquo;une chose, son existence peut \u00eatre d\u00e9duite par rapport \u00e0 un seul objet &#8211; Dieu (apr\u00e8s tout, lui seul est absolument infini et parfait).<\/p>\n<p align=\"justify\">Les caract\u00e9ristiques essentielles d&rsquo;une substance sont ses attributs. Selon la d\u00e9finition de Spinoza, un attribut est \u00abce que l&rsquo;esprit repr\u00e9sente dans une substance comme constituant son essence\u00bb (1:1, 253). La substance divine poss\u00e8de un nombre infini d&rsquo;attributs. Plus un objet est r\u00e9el, plus d\u2019attributs peuvent lui \u00eatre attribu\u00e9s (1:2, 360). Dieu, en tant qu&rsquo;\u00eatre absolument infini, poss\u00e8de le plus haut degr\u00e9 de r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est pourquoi il doit \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 par d&rsquo;innombrables attributs. Les attributs, \u00e9tant r\u00e9ellement diff\u00e9rents, ne peuvent se limiter les uns les autres. Les attributs sont \u00e9galement appris ind\u00e9pendamment les uns des autres. Chacun d\u2019eux exprime sous un aspect sp\u00e9cifique l\u2019essence infinie de Dieu. En justifiant le monisme ontologique, Spinoza se r\u00e9f\u00e8re pr\u00e9cis\u00e9ment au nombre infini d\u2019attributs de Dieu. S&rsquo;il existait une autre substance dans le monde, diff\u00e9rente de Dieu, elle devrait \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;un de ces attributs qui r\u00e9v\u00e8lent l&rsquo;essence divine (apr\u00e8s tout, en Dieu il y a d&rsquo;innombrables attributs, et donc tous capables d&rsquo;exister). Une telle substance co\u00efnciderait donc avec Dieu. De plus, la th\u00e8se selon laquelle Dieu est la substance unique est \u00e9galement confirm\u00e9e par le fait qu&rsquo;\u00abune substance ne peut pas \u00eatre produite par une autre substance\u00bb (1:1, 256). Niant l&rsquo;existence de substances cr\u00e9\u00e9es, Spinoza souligne que la pr\u00e9sence de telles essences contredit la d\u00e9finition m\u00eame de la substance (qui, apr\u00e8s tout, est un \u00eatre autosuffisant qui existe gr\u00e2ce \u00e0 lui-m\u00eame). Mais s\u2019il n\u2019y a pas de substances cr\u00e9\u00e9es, il reste \u00e0 convenir qu\u2019une seule substance incr\u00e9\u00e9e existe r\u00e9ellement, c\u2019est-\u00e0-dire Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon l\u2019enseignement de Spinoza, parmi tous les attributs infinis de Dieu, deux seulement sont connus de l\u2019homme : l\u2019\u00e9tendue et la pens\u00e9e. Il justifie cette position en se r\u00e9f\u00e9rant au fait qu&rsquo;une personne ne s&rsquo;occupe que de tels objets caract\u00e9ris\u00e9s soit par l&rsquo;extension, soit par la pens\u00e9e. Ainsi, deux substances cart\u00e9siennes dans le cadre de la philosophie de Spinoza se transforment en attributs d\u2019une et d\u2019une seule. Selon lui, ce qu&rsquo;on appelait la pens\u00e9e et les substances \u00e9tendues sont en fait une seule et m\u00eame chose, consid\u00e9r\u00e9e uniquement du point de vue de ses diff\u00e9rents attributs. En proposant la formule panth\u00e9iste \u00abDieu ou la nature\u00bb (1:1, 394), Spinoza souligne sp\u00e9cifiquement (tant dans le Trait\u00e9 th\u00e9ologico-politique que dans sa Correspondance) que la nature ne doit pas \u00eatre compl\u00e8tement identifi\u00e9e avec la mati\u00e8re, mais doit \u00eatre comprise comme une \u00abmasse\u00bb corporelle (apr\u00e8s tout, en plus de l\u2019extension, elle a aussi d\u2019autres attributs).<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon l&rsquo;auteur de l&rsquo;\u00c9thique, la substance (ou nature) divine est par essence infinie, indivisible, \u00e9ternelle, immuable, libre et en m\u00eame temps n\u00e9cessaire. L&rsquo;indivisibilit\u00e9 d&rsquo;une substance est prouv\u00e9e par la contradiction: si elle \u00e9tait divisible, alors les parties en lesquelles elle serait divis\u00e9e conserveraient ou non son essence. Les deux hypoth\u00e8ses conduisent \u00e0 une contradiction: dans le premier cas, on obtient plusieurs substances ayant le m\u00eame attribut, ce qui est impossible; dans le second, il s&rsquo;av\u00e8re que la substance, perdant son essence, est d\u00e9truite (c&rsquo;est \u00e9galement impossible). L&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 d&rsquo;une substance est directement li\u00e9e \u00e0 sa nature incr\u00e9\u00e9e et \u00e0 l&rsquo;absence de causes ext\u00e9rieures susceptibles de la d\u00e9truire. L&rsquo;immuabilit\u00e9 d&rsquo;une substance est due au fait que son essence, exprim\u00e9e en d&rsquo;innombrables attributs, ne peut subir aucune transformation (sinon elle cessera d&rsquo;\u00eatre une essence). La libert\u00e9 est inh\u00e9rente \u00e0 la substance divine, puisqu\u2019il n\u2019y a rien en dehors d\u2019elle qui la forcerait \u00e0 entreprendre une quelconque action. Il est vrai que Spinoza d\u00e9fend une interpr\u00e9tation unique de la libert\u00e9, la d\u00e9finissant par la n\u00e9cessit\u00e9. \u00abUne chose est dite libre si elle n&rsquo;existe que par la n\u00e9cessit\u00e9 de sa propre nature et n&rsquo;est d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;action que par elle-m\u00eame\u00bb (1:1, 253-254).<\/p>\n<p align=\"justify\">Le contraire de la libert\u00e9 est la coercition &#8211; lorsqu&rsquo;une chose s&rsquo;av\u00e8re ne pas \u00eatre autosuffisante et d\u00e9pend dans ses actions de quelque chose d&rsquo;autre. Par cons\u00e9quent, la libert\u00e9 de Dieu ne signifie pas l\u2019arbitraire dans ses actions. La substance n&rsquo;est pas du tout comme une personne soumise aux passions. La libert\u00e9 de Dieu signifie qu&rsquo;il agit (tel qu&rsquo;il existe) selon la simple n\u00e9cessit\u00e9 de sa nature. Puisque Dieu est la seule substance, il s&rsquo;ensuit qu&rsquo;\u00abil n&rsquo;y a rien de al\u00e9atoire dans la nature des choses\u00bb, et \u00abal\u00e9atoire&#8230; toute chose est appel\u00e9e uniquement \u00e0 cause de l&rsquo;imperfection de notre connaissance\u00bb (1:1, 276, 279) . L&rsquo;hypoth\u00e8se selon laquelle l&rsquo;existence et les actions de Dieu ne sont pas de nature n\u00e9cessaire conduit \u00e0 une contradiction: dans ce cas, il faut admettre qu&rsquo;un autre ordre de choses est possible que celui qui existe d\u00e9j\u00e0, c&rsquo;est-\u00e0-dire une autre nature de Dieu. est possible, ou une autre substance, en plus de la seule existante. D\u00e9fendant l&rsquo;id\u00e9e de la n\u00e9cessit\u00e9 de tout ce qui se passe dans la nature, Spinoza rejette la t\u00e9l\u00e9ologie: \u00abla nature ne se fixe aucun but et&#8230; toutes les causes finales ne sont que des inventions humaines\u00bb (1:1, 284). Dieu est un \u00eatre parfait; s&rsquo;il \u00e9tait guid\u00e9 par des objectifs ext\u00e9rieurs, alors il lui manquerait quelque chose, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne serait pas Dieu. La doctrine des fins ultimes est un \u00abpr\u00e9jug\u00e9\u00bb n\u00e9 du fait que les gens essayaient de juger Dieu par leur imagination et de lui attribuer des motifs de comportement ressemblant \u00e0 ceux des humains. Dieu, selon Spinoza, a peu de points communs avec l&rsquo;homme, et m\u00eame si l&rsquo;on lui attribue l&rsquo;intelligence et la volont\u00e9, il faut admettre qu&rsquo;elles ressemblent aussi peu aux qualit\u00e9s humaines que la constellation du Canis l&rsquo;est \u00e0 un chien ordinaire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Spinoza, \u00ables choses s\u00e9par\u00e9es ne constituent rien d\u2019autre que des \u00e9tats ou des modes des attributs de Dieu\u00bb (1:1, 274). Il d\u00e9finit le mode comme \u00abce qui existe dans un autre et qui est repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 travers cet autre\u00bb (1:1, 253). Les modes sont des manifestations de la substance. Puisqu\u2019une substance poss\u00e8de un nombre infini d\u2019attributs, il s\u2019ensuit qu\u2019il existe un nombre infini de choses individuelles (modes). Dans le m\u00eame temps, Spinoza croyait qu&rsquo;il existe deux modes infinis: a) le mouvement, qui agit comme un lien entre l&rsquo;attribut d&rsquo;extension et les objets mat\u00e9riels, b) l&rsquo;intellect infini, qui est un lien de connexion entre l&rsquo;attribut de pens\u00e9e et le spirituel objets. Les autres modes (les choses individuelles) sont finis et limit\u00e9s dans leur existence. Tous les modes naissent de la n\u00e9cessit\u00e9 de la nature divine. On a souvent reproch\u00e9 \u00e0 Spinoza de ne pas consid\u00e9rer possible de consid\u00e9rer le mouvement comme un attribut particulier de la substance. Mais sur ce point, il \u00e9tait tout \u00e0 fait coh\u00e9rent: dans une lettre \u00e0 Oldenbourg, il expliquait que le mouvement ne peut \u00eatre pens\u00e9 sans extension, et pourtant les attributs doivent \u00eatre accessibles \u00e0 la connaissance de mani\u00e8re totalement ind\u00e9pendante les uns des autres. Distinguant \u00abnature g\u00e9n\u00e9rative\u00bb et \u00abnature engendr\u00e9e\u00bb, Spinoza entend par le premier Dieu, consid\u00e9r\u00e9 comme substance, et par le second, \u00abtous les modes des attributs de Dieu, en tant qu&rsquo;ils sont consid\u00e9r\u00e9s comme des choses qui existent en Dieu\u00bb.\u00a0 (1:1, 276) . De plus, la g\u00e9n\u00e9ration n&rsquo;est pas du tout une cr\u00e9ation \u00e0 partir de rien: \u00abil est impossible&#8230; que quelque chose naisse de rien\u00bb (1:1, 409). Dans la Correspondance, Spinoza (\u00e0 propos des corps humains) dit que la g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9suppose l&rsquo;existence d&rsquo;un objet avant (c&rsquo;est-\u00e0-dire avant ce que les gens consid\u00e8rent comme la naissance), mais sous une forme diff\u00e9rente. Il est tr\u00e8s significatif que dans le syst\u00e8me de Spinoza \u00abDieu est la cause immanente de toutes choses et n\u2019agit pas de l\u2019ext\u00e9rieur\u00bb (1:1, 270).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Th\u00e9orie de la connaissance.<\/strong> Dans son \u00e9pist\u00e9mologie, Spinoza \u00e9tait partisan du rationalisme. La connaissance de l&rsquo;essence de divers objets s&rsquo;obtient gr\u00e2ce \u00e0 la raison, tandis que \u00abl&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle n&rsquo;enseigne aucune essence des choses\u00bb (1:2, 361). L&rsquo;exp\u00e9rience ne peut pas r\u00e9v\u00e9ler la nature d&rsquo;une substance; elle n&rsquo;est comprise que par la raison. N\u00e9anmoins, le processus cognitif ne peut se passer de l&rsquo;exp\u00e9rience: avec son aide, nous d\u00e9couvrons l&rsquo;existence de modes individuels. Spinoza consid\u00e9rait le monde connaissable: cette croyance s&rsquo;exprimait dans sa formule classique: \u00abL&rsquo;ordre et la connexion des id\u00e9es sont les m\u00eames que l&rsquo;ordre et la connexion des choses\u00bb (1:1, 293). Pour \u00e9tayer cette position, il se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 de la substance du monde: quel que soit l&rsquo;attribut (pens\u00e9e ou extension) qui l&rsquo;exprime, l&rsquo;ordre des causes sera le m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;auteur de \u00abEthique\u00bb identifie trois \u00e9tapes de la connaissance. La premi\u00e8re est la connaissance sensorielle, qu\u2019il appelle aussi \u00abopinion\u00bb et \u00abimagination\u00bb. Spinoza la divise en deux types: a) la connaissance \u00abpar exp\u00e9rience d\u00e9sordonn\u00e9e\u00bb, lorsque les choses individuelles sont \u00abreproduites\u00bb par les sens, et que les sens le font \u00abd\u00e9form\u00e9s\u00bb et \u00abvaguement\u00bb; b) Cognition \u00ab\u00e0 partir de signes\u00bb: lorsque, gr\u00e2ce \u00e0 la lecture ou \u00e0 l&rsquo;audition d&rsquo;un mot familier, une personne se souvient en outre de certains objets sous une forme qui correspond \u00e0 la mani\u00e8re dont elle les a d&rsquo;abord per\u00e7us. La deuxi\u00e8me \u00e9tape de la connaissance est la raison. \u00c0 ce niveau, une personne forme des concepts g\u00e9n\u00e9raux et des \u00abid\u00e9es ad\u00e9quates sur les propri\u00e9t\u00e9s des choses\u00bb. Enfin, la troisi\u00e8me \u00e9tape est la connaissance intuitive (on parle d&rsquo;intuition intellectuelle). C&rsquo;est le plus haut niveau de connaissance. La connaissance intuitive \u00abm\u00e8ne d&rsquo;une id\u00e9e ad\u00e9quate de l&rsquo;essence formelle de tout attribut de Dieu \u00e0 une connaissance ad\u00e9quate de l&rsquo;essence des choses\u00bb (1:1, 321). Une compr\u00e9hension globale de la nature de toute chose n\u2019est possible que lorsqu\u2019elle est consid\u00e9r\u00e9e dans sa v\u00e9ritable perspective \u2013 comme l\u2019une des manifestations de la substance divine. Par cons\u00e9quent, le plus haut niveau de connaissance des choses implique la connaissance de Dieu. La connaissance intuitive est la compr\u00e9hension des choses par l\u2019esprit \u00abdu point de vue de l\u2019\u00e9ternit\u00e9\u00bb. Spinoza dit qu\u2019une personne peut repr\u00e9senter les choses de deux mani\u00e8res compl\u00e8tement diff\u00e9rentes. La mani\u00e8re habituelle est de consid\u00e9rer les choses comme existant s\u00e9par\u00e9ment dans un lieu et \u00e0 un moment donn\u00e9s. Une autre fa\u00e7on, plus profonde, de voir la r\u00e9alit\u00e9 est de consid\u00e9rer les choses comme \u00e9tant en Dieu et d\u00e9coulant de la n\u00e9cessit\u00e9 de sa nature (c&rsquo;est la connaissance \u00absous forme d&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00bb). Comprenant les objets \u00absous la forme de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9\u00bb, l&rsquo;esprit les interpr\u00e8te non pas comme accidentels, mais comme n\u00e9cessaires. Apr\u00e8s tout, la n\u00e9cessit\u00e9 des choses est une cons\u00e9quence de la n\u00e9cessit\u00e9 de la nature divine. Par cons\u00e9quent, le troisi\u00e8me type de connaissance est la connaissance \u00absous forme de n\u00e9cessit\u00e9\u00bb. L&rsquo;id\u00e9e ad\u00e9quate d&rsquo;une chose quelconque contient l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un des attributs divins; en dehors d&rsquo;une telle id\u00e9e, la chose ne peut pas \u00eatre vraiment connue. Au moyen du troisi\u00e8me type de connaissance, l\u2019esprit repr\u00e9sente ainsi les objets \u00ab\u00e0 travers l\u2019essence de Dieu\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">La v\u00e9ritable id\u00e9e, selon l&rsquo;auteur de l&rsquo;\u00c9thique, est celle qui s&rsquo;accorde avec son objet. La v\u00e9ritable id\u00e9e est claire et distincte. Une personne qui a une id\u00e9e vraie conna\u00eet telle ou telle chose \u00abde la meilleure fa\u00e7on\u00bb et ne peut en douter. Une vraie id\u00e9e est toujours fiable. \u00abDe m\u00eame que la lumi\u00e8re se r\u00e9v\u00e8le elle-m\u00eame et r\u00e9v\u00e8le les t\u00e9n\u00e8bres environnantes, de m\u00eame la v\u00e9rit\u00e9 est la mesure d&rsquo;elle-m\u00eame et du mensonge\u00bb (1:1, 322-323). Les id\u00e9es qui d\u00e9coulent d\u2019id\u00e9es vraies seront \u00e9galement toujours vraies. De plus, les id\u00e9es claires et distinctes de l\u2019homme sont \u00abaussi vraies que les id\u00e9es de Dieu\u00bb. Les fausses id\u00e9es sont inad\u00e9quates; la fausset\u00e9 r\u00e9side dans le \u00abmanque de connaissance\u00bb. Le faux ne peut pas \u00eatre quelque chose de positif, car autrement il devrait constituer un mode particulier de la substance divine. La fausset\u00e9 est une connaissance incompl\u00e8te; les fausses id\u00e9es, contrairement aux vraies, sont de nature \u00abd\u00e9form\u00e9es\u00bb et \u00abvagues\u00bb. La \u00abseule cause\u00bb de la fausset\u00e9 est la connaissance sensorielle. La connaissance rationnelle et intuitive est toujours vraie. Pol\u00e9mique avec Descartes, Spinoza a soutenu que la volont\u00e9 ne peut pas \u00eatre la cause des erreurs humaines.<\/p>\n<p align=\"justify\">Spinoza associe l&rsquo;\u00e9mergence de concepts universels (universels) \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 de \u00abl&rsquo;imagination\u00bb (c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 la connaissance sensorielle). Percevant un grand nombre d&rsquo;images de choses quelque peu semblables les unes aux autres, l&rsquo;imagination ne peut saisir ni leur nombre exact ni leurs traits distinctifs, enregistrant seulement certaines de leurs similitudes. Cette similitude sous-tend les concepts universels; De plus, ces concepts ne sont pas les m\u00eames selon les individus; chacun y accorde une signification particuli\u00e8re, en fonction de sa propre exp\u00e9rience et de ses souvenirs. Les concepts universels, en raison des particularit\u00e9s de leur origine, devaient in\u00e9vitablement provoquer des d\u00e9bats vides de sens parmi les philosophes (repr\u00e9sentants de la scolastique); Avec l\u2019aide de tels concepts, il est absurde d\u2019esp\u00e9rer une v\u00e9ritable connaissance de la nature; les \u00abimages universelles\u00bb des choses sont totalement insuffisantes \u00e0 cet effet.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La doctrine de l&rsquo;homme.<\/strong> Selon Spinoza, \u00abl\u2019essence de l\u2019homme consiste en certaines modifications (modes) des attributs de Dieu\u00bb (1:1, 296). Ce sont des modes des attributs de la pens\u00e9e et de l&rsquo;\u00e9tendue. C\u2019est pourquoi Spinoza dit aussi que l\u2019homme \u00abconsiste\u00bb en une \u00e2me et un corps. Modes de pens\u00e9e &#8211; raison, d\u00e9sir, amour, etc. Les modes d&rsquo;extension sont assez nombreux: \u00able corps humain est compos\u00e9 de tr\u00e8s nombreux individus (de natures diff\u00e9rentes), dont chacun est tr\u00e8s complexe\u00bb (1:1, 304). Parall\u00e8lement, l&rsquo;auteur de \u00abL&rsquo;\u00c9thique\u00bb souligne que l&rsquo;\u00e2me et le corps constituent en r\u00e9alit\u00e9 une seule et m\u00eame chose, qui peut \u00eatre repr\u00e9sent\u00e9e soit sous l&rsquo;attribut de la pens\u00e9e, soit sous l&rsquo;attribut de l&rsquo;\u00e9tendue. Puisque les divers attributs de la substance divine ne peuvent se limiter les uns aux autres, il s&rsquo;ensuit que \u00abni le corps ne peut d\u00e9terminer l&rsquo;\u00e2me \u00e0 penser, ni l&rsquo;\u00e2me ne peut d\u00e9terminer le corps ni au mouvement ni au repos\u00bb (1:1, 337). Dans sa Correspondance, Spinoza dit que c\u2019est une erreur de consid\u00e9rer la pens\u00e9e comme un \u00abprocessus corporel\u00bb. L&rsquo;\u00e2me et le corps ne peuvent pas s&rsquo;influencer mutuellement; et pourtant il y a une correspondance mutuelle entre les \u00e9tats du corps et les \u00e9tats de l&rsquo;\u00e2me. Ce parall\u00e9lisme des changements mentaux et physiques s&rsquo;explique par le fait que les deux attributs expriment le m\u00eame ordre de diff\u00e9rentes mani\u00e8res et se rapportent \u00e0 la m\u00eame chose. Spinoza disait qu&rsquo;il ne peut y avoir de libre arbitre absolu dans l&rsquo;\u00e2me humaine. L&rsquo;illusion d&rsquo;une telle libert\u00e9 surgit chez les gens parce qu&rsquo;ils sont conscients de leurs d\u00e9sirs, mais ne savent pas comment \u00e9tablir avec pr\u00e9cision leurs raisons. Il est important de noter qu\u2019en d\u00e9finissant la volont\u00e9 comme la capacit\u00e9 d\u2019affirmation et de n\u00e9gation, Spinoza l\u2019identifie directement \u00e0 la raison (1:1, 328), dissolvant en fait la volont\u00e9 dans la raison.<\/p>\n<p align=\"justify\">La mort du corps, selon l&rsquo;auteur de l&rsquo;\u00c9thique, n&rsquo;entra\u00eene pas la destruction compl\u00e8te de l&rsquo;\u00e2me. La partie \u00e9ternelle de l&rsquo;\u00e2me est l&rsquo;esprit. C\u2019est \u00e0 cette partie de l\u2019\u00e2me qu\u2019appartient la connaissance claire et distincte acquise par une personne. La partie transitoire de l&rsquo;\u00e2me est l&rsquo;imagination et la m\u00e9moire. Par cons\u00e9quent, \u00abl\u2019\u00e2me ne peut imaginer et se souvenir des choses pass\u00e9es que tant que son corps continue d\u2019exister\u00bb (1:1, 466). La mort \u00abfait moins de mal\u00bb plus la connaissance claire et distincte acquise par l\u2019\u00e2me est \u00e9tendue. Compar\u00e9e \u00e0 la partie \u00e9ternelle de l\u2019\u00e2me, la partie transitoire \u00abn\u2019aura aucun sens\u00bb. Il est facile de remarquer qu\u2019en fait, dans le syst\u00e8me de Spinoza, une partie importante des caract\u00e9ristiques que les gens sont habitu\u00e9s \u00e0 associer aux id\u00e9es sur l\u2019individualit\u00e9 ne s\u2019appliquent pas \u00e0 l\u2019existence \u00e9ternelle de l\u2019\u00e2me.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>\u00c9thique.<\/strong> Dans le cadre de l&rsquo;\u00e9thique de Spinoza, l&rsquo;attention principale est port\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude des affects. \u00abL\u2019affect appel\u00e9 passion de l\u2019\u00e2me est une id\u00e9e vague dans laquelle l\u2019\u00e2me affirme plus ou moins qu\u2019auparavant le pouvoir d\u2019existence de son corps ou de n\u2019importe quelle partie de son corps et par laquelle l\u2019\u00e2me elle-m\u00eame est d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 penser l\u2019une pr\u00e9f\u00e9rentiellement \u00e0 l\u2019autre\u00bb (1:1 391 ). Les affects sont des \u00abexcitations de l\u2019\u00e2me\u00bb, ils peuvent \u00eatre m\u00e9lang\u00e9s les uns aux autres de toutes sortes de mani\u00e8res, de sorte que leur quantit\u00e9 \u00abne peut \u00eatre d\u00e9termin\u00e9e par aucun nombre\u00bb. Spinoza identifie trois affects principaux dont d\u00e9rivent tous les autres: le d\u00e9sir, le plaisir, le d\u00e9plaisir. Il d\u00e9finit le d\u00e9sir comme une attraction accompagn\u00e9e de sa conscience. Le plaisir (ou la joie) est un \u00e9tat d\u2019\u00e2me gr\u00e2ce auquel elle \u00e9volue \u00abvers une plus grande perfection\u00bb. Le d\u00e9plaisir (tristesse) est un \u00e9tat d\u2019esprit gr\u00e2ce auquel il \u00e9volue \u00abvers une moindre perfection\u00bb. Le m\u00eame objet peut \u00e9voquer des affects diff\u00e9rents chez diff\u00e9rentes personnes; m\u00eame une m\u00eame personne, selon le temps, peut \u00e9prouver des affects oppos\u00e9s par rapport \u00e0 un sujet particulier. C\u2019est aux affects que l\u2019auteur de \u00abL\u2019\u00c9thique\u00bb relie puissance humaine et impuissance. Il appelle \u00abesclavage\u00bb l\u2019impuissance des personnes face aux affects: une personne soumise aux affects \u00abne se contr\u00f4le plus\u00bb. Le pouvoir de l\u2019\u00e2me r\u00e9side dans sa capacit\u00e9 \u00e0 limiter le pouvoir des affects. Ce chemin m\u00e8ne une personne \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">La vertu, selon l\u2019enseignement de Spinoza, consiste \u00e0 agir selon les lois de sa nature (il ne faut pas oublier que l\u2019homme est inclus dans l\u2019ordre g\u00e9n\u00e9ral n\u00e9cessaire de l\u2019existence et n\u2019est pas un \u00eatre privil\u00e9gi\u00e9 isol\u00e9 du monde). Le bien et le mal, croit-il, ne se trouvent pas dans les choses en elles-m\u00eames. Le bien et le mal sont des modes de pens\u00e9e ; ils r\u00e9sultent de la comparaison des choses. Les gens consid\u00e8rent que ce qui est bon pour eux est bien, et le mal est tout ce qui interf\u00e8re avec le bien. Le b\u00e9n\u00e9fice le plus important pour une personne est de maintenir son existence. Agissant selon les lois de sa nature, chacun s&rsquo;efforce de son propre b\u00e9n\u00e9fice, c&rsquo;est-\u00e0-dire de pr\u00e9server l&rsquo;existence. Il s&rsquo;ensuit que \u00able d\u00e9sir de conservation est le premier et le seul fondement de la vertu\u00bb (1:1, 410). Mais l\u2019auto-pr\u00e9servation, comme toute action, est impossible sans la connaissance. Il n\u2019y a donc pas de vertu sans connaissance. La connaissance la plus \u00e9lev\u00e9e dont dispose l\u2019homme est la connaissance d\u2019un \u00eatre absolument infini, c\u2019est-\u00e0-dire Dieu. La vraie connaissance des choses signifie les consid\u00e9rer comme des modes des attributs infinis de Dieu. Par cons\u00e9quent, \u00able bien le plus \u00e9lev\u00e9 pour l\u2019\u00e2me est la connaissance de Dieu\u00bb (1:1, 412).<\/p>\n<p align=\"justify\">Spinoza associe la connaissance de Dieu \u00e0 la capacit\u00e9 de limiter l&rsquo;influence des affects. Selon lui, toute la puissance de l\u2019\u00e2me est d\u00e9termin\u00e9e par sa capacit\u00e9 cognitive. La vraie connaissance permet \u00e0 une personne de freiner le pouvoir des affects. L&rsquo;auteur de \u00abL&rsquo;\u00c9thique\u00bb reconna\u00eet que le pouvoir de l&rsquo;homme en mati\u00e8re d&rsquo;affects est grand, mais pas inconditionnel. Une personne n&rsquo;est pas capable de se lib\u00e9rer compl\u00e8tement des affects, mais elle peut parvenir \u00e0 une r\u00e9duction de leur influence sur son \u00e2me. Mieux une personne comprend la nature de l\u2019affect, moins elle en souffre. La compr\u00e9hension de la nature de l&rsquo;affect est d&rsquo;autant plus compl\u00e8te qu&rsquo;une personne comprend mieux la n\u00e9cessit\u00e9 de tous les \u00e9v\u00e9nements qui lui arrivent. Une telle prise de conscience ne vient que par le biais du troisi\u00e8me type de connaissance \u2013 intuitive. Comprenant l&rsquo;encha\u00eenement des causes qui produisent des affects, l&rsquo;\u00e2me en \u00e9prouve moins d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. La compr\u00e9hension des choses sous la forme de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, les consid\u00e9rant comme des modes de substance \u00e9ternelle rend l&rsquo;homme libre. Dans l&rsquo;esprit de la philosophie sto\u00efcienne, Spinoza dit qu&rsquo;un sage endure calmement tout ce qui lui arrive, guid\u00e9 par la pens\u00e9e de l&rsquo;encha\u00eenement n\u00e9cessaire des \u00e9v\u00e9nements. L&rsquo;homme fait partie de la nature, soumis \u00e0 son ordre, et il n&rsquo;est pas en son pouvoir de changer cet ordre. Les gens se calment facilement s&rsquo;ils comprennent qu&rsquo;il n&rsquo;est pas en leur pouvoir de sauver telle ou telle chose perdue. La vraie libert\u00e9 r\u00e9side pr\u00e9cis\u00e9ment dans la tranquillit\u00e9 d\u2019esprit. Ainsi, la libert\u00e9 pr\u00e9suppose la connaissance de la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;\u00e9thique de Spinoza est \u00e9troitement li\u00e9e \u00e0 son ontologie et \u00e0 son \u00e9pist\u00e9mologie. Dans son syst\u00e8me, la vertu la plus \u00e9lev\u00e9e est impensable sans une connaissance intuitive de la substance. De plus, selon lui, la vertu trouve pr\u00e9cis\u00e9ment son expression compl\u00e8te dans cette connaissance intuitive: \u00abla plus haute aspiration de l&rsquo;\u00e2me et sa plus haute vertu consistent dans la connaissance des choses selon le troisi\u00e8me genre de connaissance\u00bb (1:1, 468). Conna\u00eetre Dieu signifie suivre les lois de votre nature. L\u2019am\u00e9lioration de la connaissance intuitive d\u00e9veloppe l\u2019amour intellectuel pour Dieu. C&rsquo;est l&rsquo;amour \u00e9ternel, et il (dans le cadre de la vision panth\u00e9iste du monde) s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre l&rsquo;amour de Dieu pour lui-m\u00eame. La connaissance intuitive peut na\u00eetre de la raison (connaissance du deuxi\u00e8me type), mais ne peut pas d\u00e9couler des sens (connaissance du premier type). La connaissance intuitive apporte \u00e0 une personne le plus grand plaisir, car avec son aide, une personne atteint la plus haute perfection spirituelle. Dans son \u0153uvre majeure, Spinoza identifie directement la vertu et le bonheur (ou b\u00e9atitude). Son id\u00e9al \u00e9thique est celui d&rsquo;un sage qui a atteint le bonheur gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance. \u00abLa f\u00e9licit\u00e9 n&rsquo;est rien d&rsquo;autre qu&rsquo;une satisfaction mentale d\u00e9coulant de la connaissance contemplative (intuitive) de Dieu\u00bb (1:1, 445). L\u2019id\u00e9al \u00e9thique de Spinoza relie inextricablement la vertu, le bonheur, la connaissance et la libert\u00e9. Le vrai bonheur (que Spinoza appelle aussi \u00absalut\u00bb) est tr\u00e8s rare et v\u00e9ritablement accessible uniquement au sage. Une personne sage, qui a un pouvoir sur ses \u00e9motions, se caract\u00e9rise par une v\u00e9ritable tranquillit\u00e9 d&rsquo;esprit: \u00abune personne sage en tant que telle n&rsquo;est pratiquement sujette \u00e0 aucune perturbation \u00e9motionnelle\u00bb (1:1, 478). Il existe un autre signe de sagesse: \u00abL&rsquo;homme libre ne pense qu&rsquo;\u00e0 la mort, et sa sagesse consiste \u00e0 penser non \u00e0 la mort, mais \u00e0 la vie\u00bb (1:1, 440).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Opinions sociopolitiques. <\/strong>Spinoza souscrit \u00e0 la th\u00e9orie du contrat social. L&rsquo;\u00c9tat est cr\u00e9\u00e9 par l&rsquo;accord du peuple. Le droit naturel d\u2019un homme est aussi vaste que son pouvoir. Dans l&rsquo;\u00e9tat de nature, chacun ne se soucie que de son propre b\u00e9n\u00e9fice, il n&rsquo;y a pas de normes g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9es du bien et du mal, donc il n&rsquo;y a pas de concept de crime, et il n&rsquo;y a pas non plus de loi ou de propri\u00e9t\u00e9. L&rsquo;\u00c9tat civil na\u00eet avec l&rsquo;\u00e9mergence du pouvoir supr\u00eame. L&rsquo;\u00e9tat civil a pour but la paix et la s\u00e9curit\u00e9 des personnes. Dans l\u2019\u00e9tat de nature, les hommes ne sont pas du tout guid\u00e9s par la raison, mais par les affects. Ayant besoin d\u2019entraide, ils entrent constamment en conflit. L\u2019\u00c9tat est appel\u00e9 \u00e0 lib\u00e9rer les gens de la peur constante. \u00abPour que les gens vivent en harmonie et s&rsquo;entraident, il est n\u00e9cessaire qu&rsquo;ils sacrifient leurs droits naturels et s&rsquo;engagent les uns envers les autres \u00e0 ne rien faire qui puisse nuire \u00e0 autrui\u00bb (1:1, 421). Les gens concluent un contrat (qu\u2019il soit \u00abtacite\u00bb ou \u00abexpress\u00bb), faisant confiance au pouvoir supr\u00eame pour l\u00e9gif\u00e9rer et \u00abprescrire le mode de vie g\u00e9n\u00e9ral\u00bb. L\u2019\u00c9tat civil, souligne Spinoza, est \u00e9tabli \u00abnaturellement\u00bb par des gens qui cherchent \u00e0 \u00e9viter les \u00abtroubles communs\u00bb. Il distingue trois formes de gouvernement: la monarchie, l&rsquo;aristocratie, la d\u00e9mocratie. Il critique les formes existantes de gouvernement monarchique: \u00able plus grand secret du r\u00e9gime monarchique et son plus grand int\u00e9r\u00eat est de maintenir les gens dans la tromperie\u00bb, \u00abtransf\u00e9rer tout le pouvoir \u00e0 un seul est dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019esclavage, mais pas de la paix\u00bb (1:2, 9, 273). En m\u00eame temps, il \u00e9voque les principes de base de la \u00abmeilleure\u00bb monarchie (un tel gouvernement est possible, mais il n&rsquo;a pas encore exist\u00e9): le chef de l&rsquo;Etat ne doit pas avoir un pouvoir absolu, il doit \u00eatre limit\u00e9 par des pouvoirs \u00abimmuables\u00bb des lois qu&rsquo;il n&rsquo;a pas le droit d&rsquo;annuler; le monarque doit disposer d&rsquo;un large conseil \u00e9lu qui l&rsquo;aidera et, si n\u00e9cessaire, le remplacera m\u00eame. Spinoza associe le r\u00e8gne aristocratique \u00e0 la pr\u00e9sence du pouvoir supr\u00eame entre les mains d&rsquo;un certain groupe de personnes qui composent un conseil sp\u00e9cial. Il propose deux options bien d\u00e9velopp\u00e9es pour la structure d&rsquo;une aristocratie \u00abstable\u00bb (dans un cas, le pouvoir supr\u00eame r\u00e9side uniquement dans la capitale de l&rsquo;\u00c9tat, dans l&rsquo;autre, \u00abconcentr\u00e9 dans de nombreuses villes\u00bb). Spinoza parle en d\u00e9tail de la proc\u00e9dure d&rsquo;\u00e9lection et du fonctionnement du conseil patricien, des activit\u00e9s du S\u00e9nat (un organe subordonn\u00e9 au Conseil supr\u00eame de l&rsquo;\u00c9tat) et du tribunal. Enfin, dans une d\u00e9mocratie, le pouvoir supr\u00eame \u00abr\u00e9side dans l\u2019assembl\u00e9e de tout le peuple\u00bb (1:2, 257). Un \u00c9tat d\u00e9mocratique \u00abse rapproche le plus naturellement et le plus \u00e9troitement de la libert\u00e9 que la nature accorde \u00e0 chacun, car chacun y transf\u00e8re son droit naturel non pas \u00e0 un autre, se privant du droit de voter pour l&rsquo;avenir, mais \u00e0 la majorit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 enti\u00e8re, dont il est une unit\u00e9. Et sur cette base, tous restent \u00e9gaux, comme auparavant \u2013 dans l\u2019\u00e9tat de nature\u00bb (1:2, 182). Spinoza a insist\u00e9que dans un \u00c9tat libre, chacun devrait avoir le droit de penser et de dire ce qu\u2019il veut (les actions des gens, mais pas leurs opinions, devraient \u00eatre soumises \u00e0 certaines interdictions). Selon lui, la philosophie ne doit pas \u00eatre subordonn\u00e9e \u00e0 la foi religieuse ; leurs domaines sont compl\u00e8tement diff\u00e9rents: \u00abL&rsquo;\u00c9criture&#8230; n&rsquo;a rien de commun avec la philosophie\u00bb (1, 2, 12). La foi prescrit des r\u00e8gles de comportement moral aux gens, mais ne r\u00e9v\u00e8le ni la nature de Dieu ni la structure de l&rsquo;univers. Le but de la philosophie est l\u2019exploration de la v\u00e9rit\u00e9 au moyen de la raison, le but de la foi religieuse n\u2019est \u00abque l\u2019ob\u00e9issance et la pi\u00e9t\u00e9\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les id\u00e9es de Spinoza ont influenc\u00e9 les vues de Lessing, Goethe, Edelman, Herder, Schelling et Hegel. Certains aspects de son travail ont influenc\u00e9 les opinions des repr\u00e9sentants de la philosophie p\u00e9dagogique.<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1. Spinoza B.<\/em>\u00a0Travaux. T.1-2. Saint-P\u00e9tersbourg, 1999.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2.Spinoza V.<\/em>\u00a0Op\u00e9ra. Bd. I-IV. Heidelberg, 1925.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3. Sokolov V.V.<\/em>\u00a0Spinoza. M., 1977.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4. Fisher K.<\/em>\u00a0Spinoza, sa vie, ses \u00e9crits et ses enseignements. Saint-P\u00e9tersbourg, 1906.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>5. Brunschvieg L.<\/em>\u00a0Spinoza et ses contemporains. P., 1951.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6.Camerer T.<\/em>\u00a0Die Lehre Spinoza. Stuttgart, 1914.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>7. Gebhardt S.<\/em>\u00a0Spinoza. Lpz., 1932.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8. Meinsma K.<\/em>\u00a0Spinoza et sein Kreis. V., 1909.<\/p>\n<p align=\"justify\">9.Dictionnaire Spinoza. New Jersey, 1951.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>10.Wolfson HA<\/em>\u00a0La philosophie de Spinoza. V. 1-2. Cambridge (Mass.), 1948.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Beno\u00eet (Baruch) Spinoza est l&rsquo;un des\u00a0plus grands repr\u00e9sentants du rationalisme. Il est n\u00e9 \u00e0 Amsterdam dans une famille juive en 1632. Il a re\u00e7u son \u00e9ducation religieuse sous la direction de rabbins. Apr\u00e8s la mort de son p\u00e8re, il poursuivit pendant quelque temps l\u2019entreprise commerciale dont il avait h\u00e9rit\u00e9, sans trop s\u2019int\u00e9resser \u00e0 ces activit\u00e9s. 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