{"id":603,"date":"2024-06-21T19:40:51","date_gmt":"2024-06-21T16:40:51","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=603"},"modified":"2025-11-20T20:13:57","modified_gmt":"2025-11-20T17:13:57","slug":"berkeley","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/21\/berkeley\/","title":{"rendered":"Georges Berkeley. \u00catre, c&rsquo;est \u00eatre per\u00e7u"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">George Berkeley est n\u00e9 en Irlande en 1685. Il est issu d&rsquo;une famille de colons anglais. En 1700, il entre au Trinity College de Dublin, o\u00f9 il est influenc\u00e9 par les id\u00e9es de J. Locke et d\u00e9teste la scolastique. En 1707, il commen\u00e7a \u00e0 enseigner dans le m\u00eame coll\u00e8ge. 1707 peut aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le d\u00e9but de son activit\u00e9 philosophique. Berkeley r\u00e9alise de nombreuses esquisses (environ 900 fragments), publi\u00e9es ensuite sous le titre Notes philosophiques. Dans ces esquisses, Berkeley, en particulier, d\u00e9veloppe la th\u00e9orie de l&rsquo;existence expos\u00e9e dans A Treatise of the Principles of Human Knowledge, l&rsquo;ouvrage le plus c\u00e9l\u00e8bre de Berkeley (1710). Un an avant le Trait\u00e9, il a publi\u00e9 un autre ouvrage influent, \u00abUne exp\u00e9rience dans une nouvelle th\u00e9orie de la vision\u00bb. Dans cet essai, Berkeley avance une th\u00e8se \u00e0 premi\u00e8re vue paradoxale: une cr\u00e9ature d\u00e9pourvue de toucher ne pourrait pas juger des propri\u00e9t\u00e9s r\u00e9elles de l&rsquo;espace. Le toucher agit, selon Berkeley, comme un professeur de vision.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/21\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-v-philosophie-des-temps-nouveaux-chapitre-9-berkeley\/berkli230624\/\" rel=\"attachment wp-att-798\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-798\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berkli230624.jpg\" alt=\"\" width=\"400\" height=\"400\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berkli230624.jpg 400w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berkli230624-300x300.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/berkli230624-150x150.jpg 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">De \u00abl&rsquo;Exp\u00e9rience\u00bb a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e l&rsquo;impression que c&rsquo;est le sens du toucher qui emm\u00e8ne une personne au-del\u00e0 de la sph\u00e8re de ses sensations subjectives. Cependant, dans le Trait\u00e9, Berkeley subjectivait \u00e9galement le toucher. Sur la base de ces travaux, beaucoup consid\u00e9raient Berkeley comme un philosophe solipsiste. En r\u00e9alit\u00e9, cependant, il permettait non seulement sa propre existence, mais aussi celle d\u2019autres esprits, dont Dieu. Il a clairement exprim\u00e9 sa position dans Trois conversations entre Hylas et Philonus (1713). Le petit trait\u00e9 de concours latin \u00abSur le mouvement\u00bb (1721) avait \u00e9galement un caract\u00e8re \u00e9claircissant. Berkeley envisageait de continuer \u00e0 publier un Trait\u00e9 sur les principes de la connaissance humaine, et avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit la deuxi\u00e8me partie (sur des sujets \u00e9thiques), mais la perdit lors d&rsquo;un de ses voyages en Europe.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;activit\u00e9 philosophique ne constituait qu&rsquo;une partie des activit\u00e9s de Berkeley. En 1709, il devint pr\u00eatre anglican et fit par la suite une carri\u00e8re r\u00e9ussie dans ce domaine. De plus, Berkeley voyageait fr\u00e9quemment. En 1713, il visita Londres, o\u00f9 il rencontra J. Swift. En 1713-1714 et 1716-1720. il v\u00e9cut en France et en Italie et, en 1728, apr\u00e8s \u00eatre revenu enseigner \u00e0 Dublin, il entreprit un voyage missionnaire en Am\u00e9rique, o\u00f9 il envisageait d&rsquo;ouvrir un coll\u00e8ge aux Bermudes. Berkeley s&rsquo;installe \u00e0 Newport (Rhode Island), mais en raison de difficult\u00e9s de financement, il retourne dans son pays natal en 1732, o\u00f9 il re\u00e7oit bient\u00f4t la dignit\u00e9 \u00e9piscopale \u00e0 Cloyne. En Am\u00e9rique, il \u00e9crivit l&rsquo;ouvrage \u00abAlciphron, ou le petit philosophe\u00bb, dirig\u00e9 contre les \u00ablibres penseurs\u00bb et publi\u00e9 en 1732. Berkeley entra dans des pol\u00e9miques sur d&rsquo;autres questions, en particulier en d\u00e9fendant ses vues philosophiques et math\u00e9matiques naturelles. En 1744, \u00e0 Cloyne, Berkeley \u00e9crivit et publia le trait\u00e9 \u00abSeiris\u00bb, dont le but principal \u00e9tait de faire conna\u00eetre les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9dicales miraculeuses de la \u00abteinture de goudron\u00bb, dont Berkeley avait entendu parler en Am\u00e9rique. Outre les discussions sur la teinture (continu\u00e9es par Berkeley en 1752 dans \u00abAutres r\u00e9flexions sur la teinture de goudron\u00bb), cet ouvrage contient de nombreuses id\u00e9es philosophiques qui r\u00e9v\u00e8lent des changements significatifs dans l\u2019atmosph\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale de la philosophie de Berkeley. Si dans ses premiers travaux Berkeley \u00e9tait analytique et faisait preuve d&rsquo;une ing\u00e9niosit\u00e9 logique \u00e9tonnante, alors dans Seiris il r\u00e9v\u00e8le une large \u00e9rudition et une respectable adh\u00e9sion \u00e0 la tradition. Berkeley a pass\u00e9 les six derniers mois de sa vie avec sa famille \u00e0 Oxford, o\u00f9 il a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 pour superviser les \u00e9tudes de son fils. Berkeley mourut en 1753.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La doctrine de l&rsquo;abstraction.<\/strong> La base th\u00e9orique de bon nombre des id\u00e9es cl\u00e9s de Berkeley est sa doctrine de l&rsquo;abstraction, expos\u00e9e dans l&rsquo;introduction du Trait\u00e9 sur les principes de la connaissance humaine. Berkeley croit que la th\u00e9orie de l&rsquo;abstraction de Locke, selon laquelle les id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales d\u00e9coulant de l&rsquo;abstraction des propri\u00e9t\u00e9s al\u00e9atoires des choses, ont une existence ind\u00e9pendante dans l&rsquo;esprit humain, est erron\u00e9e. Il estime qu&rsquo;il est impossible d&rsquo;imaginer une personne en g\u00e9n\u00e9ral, un triangle en g\u00e9n\u00e9ral, etc. Des choses concr\u00e8tes et individuelles sont toujours imagin\u00e9es. Cela ne veut pas dire que Berkeley rejette la possibilit\u00e9 de l\u2019abstraction en tant que telle. L&rsquo;esprit humain est tout \u00e0 fait capable de s\u00e9parer certaines qualit\u00e9s, par exemple de faire abstraction de l&rsquo;odeur d&rsquo;une chose tout en pr\u00e9servant son image visuelle. Il ne nie pas non plus les id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales. Berkeley ne nie l\u2019existence qu\u2019aux id\u00e9es abstraites g\u00e9n\u00e9rales. En fait, toute id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale, par exemple l&rsquo;id\u00e9e de \u00abfruit en g\u00e9n\u00e9ral\u00bb, n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la repr\u00e9sentation d&rsquo;un fruit particulier, qui pourtant int\u00e9resse l&rsquo;esprit non pas en lui-m\u00eame, mais dans sa fonction repr\u00e9sentative, en tant que fruit repr\u00e9sentatif d\u2019une classe enti\u00e8re d\u2019objets. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autres diff\u00e9rences, qu&rsquo;un changement de point de vue, entre une id\u00e9e unique et une id\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale. La th\u00e9orie repr\u00e9sentationnelle de l\u2019abstraction est utilis\u00e9e par Berkeley pour critiquer un certain nombre des concepts les plus importants de la m\u00e9taphysique traditionnelle. Il est convaincu qu&rsquo;un malentendu sur la nature des id\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales peut conduire \u00e0 la cr\u00e9ation de concepts fictifs, comme le concept de mati\u00e8re, ainsi qu&rsquo;\u00e0 des tentatives de s\u00e9parer des choses ins\u00e9parables, par exemple pour s\u00e9parer la perception et l&rsquo;existence. De telles tentatives ne peuvent r\u00e9ussir qu\u2019au niveau verbal. Berkeley soutient que le langage lui-m\u00eame conduit parfois les philosophes \u00e0 des conclusions erron\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Esse est percipi.<\/strong> L&rsquo;une des applications les plus importantes de la th\u00e9orie repr\u00e9sentationnelle de l&rsquo;abstraction de Berkeley est sa doctrine de l&rsquo;ins\u00e9parabilit\u00e9 de l&rsquo;existence et de la perception, exprim\u00e9e dans la formule courte \u00abesse is percipi\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00ab\u00eatre, c&rsquo;est \u00eatre per\u00e7u\u00bb (voir 1:172). ). La v\u00e9racit\u00e9 de cette formule, selon Berkeley, va presque de soi. En fait, lorsque nous imaginons un objet sensoriel, nous nous imaginons simultan\u00e9ment repr\u00e9senter cet objet. Le sujet ne peut \u00eatre pens\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019objet. Cela signifie que les objets n&rsquo;ont qu&rsquo;une existence corr\u00e9lative et d\u00e9pendent de l&rsquo;esprit qui les per\u00e7oit. Cependant, Berkeley h\u00e9site encore \u00e0 d\u00e9clarer cette proposition comme un axiome absolu, apparemment parce qu&rsquo;elle semble contredire le bon sens, selon lequel les objets sensoriels existent ind\u00e9pendamment de la perception. Et bien que Berkeley nie que sa philosophie soit incompatible avec le bon sens, il avance n\u00e9anmoins des preuves suppl\u00e9mentaires pour \u00e9tayer sa th\u00e8se fondamentale.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;un des arguments de Berkeley est de renforcer la position traditionnelle de la philosophie europ\u00e9enne moderne, selon laquelle un certain nombre de qualit\u00e9s sensorielles, telles que la couleur, l&rsquo;odeur, le go\u00fbt, etc., telles que nous les connaissons, sont subjectives. Cela \u00e9tait g\u00e9n\u00e9ralement prouv\u00e9 en citant le fait qu\u2019un m\u00eame objet peut para\u00eetre diff\u00e9rent \u00e0 diff\u00e9rentes personnes. Par exemple, le vin peut para\u00eetre doux \u00e0 une personne et aigre \u00e0 une autre. Puisqu\u2019il ne peut pas \u00eatre \u00e0 la fois aigre et sucr\u00e9, nous devons supposer que la douceur, l\u2019acidit\u00e9 et m\u00eame tout go\u00fbt n\u2019existent pas dans une chose, mais dans la perception du sujet. Berkeley \u00e9tend cet argument intrins\u00e8quement erron\u00e9 (qu\u2019il ressentait d\u2019ailleurs) aux soi-disant \u00abqualit\u00e9s primaires\u00bb, l\u2019extension et la densit\u00e9, qui \u00e9taient g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9r\u00e9es comme formant le monde des objets mat\u00e9riels ind\u00e9pendants de l\u2019esprit. Le m\u00eame objet, note Berkeley, peut sembler avoir des formes diff\u00e9rentes et, suivant la logique de prouver la subjectivit\u00e9 des \u00abqualit\u00e9s secondaires\u00bb mentionn\u00e9es ci-dessus, couleur, odeur, etc., afin d&rsquo;\u00e9viter les contradictions, nous devons admettre cette forme et cette extension sont g\u00e9n\u00e9ralement subjectives. La m\u00eame chose peut \u00eatre d\u00e9montr\u00e9e pour la densit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Si tel est le cas, alors toutes les qualit\u00e9s qui composent ce qu&rsquo;on appelle dans l&rsquo;usage courant la mati\u00e8re d\u00e9pendent du sujet et n&rsquo;existent donc que dans sa perception, ce qu&rsquo;il fallait prouver. Une autre preuve en faveur de la m\u00eame th\u00e8se \u00e9tait que Berkeley demandait au lecteur d&rsquo;essayer d&rsquo;imaginer les propri\u00e9t\u00e9s de la substance mat\u00e9rielle suppos\u00e9e. Il est difficile de nier que les objets de la conscience imm\u00e9diate ne sont pas les choses elles-m\u00eames, mais leurs empreintes mentales, les \u00abid\u00e9es\u00bb (bien que dans l&rsquo;histoire de la philosophie cette th\u00e8se ait \u00e9t\u00e9 p\u00e9riodiquement contest\u00e9e par les \u00abphilosophes du sens commun\u00bb, de T. Reed dans du XVIIIe si\u00e8cle \u00e0 J. Searle au XXIe si\u00e8cle). De telles id\u00e9es existent dans l\u2019esprit, qui est leur support, leur substance. Mais nous supposons que ces id\u00e9es repr\u00e9sentent les choses mat\u00e9rielles de mani\u00e8re plus ou moins ad\u00e9quate. Cependant, Berkeley note raisonnablement que les id\u00e9es ne peuvent \u00eatre que similaires aux id\u00e9es. Cela signifie que la pr\u00e9tendue substance mat\u00e9rielle doit se r\u00e9v\u00e9ler porteuse d\u2019id\u00e9es. Mais le porteur des id\u00e9es, c&rsquo;est l&rsquo;esprit et non la mati\u00e8re. Par cons\u00e9quent, Berkeley estime que le concept de mati\u00e8re est contradictoire et d\u00e9clare une r\u00e9futation du mat\u00e9rialisme. Seuls les esprits et leurs perceptions peuvent exister dans le monde. Les perceptions ne peuvent pas \u00eatre s\u00e9par\u00e9es de l&rsquo;esprit. Pour exister, ils doivent \u00eatre per\u00e7us r\u00e9ellement, et non potentiellement. L&rsquo;explication claire de ce point dans les Trois Conversations entre Hylas et Philonus a lev\u00e9 l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 qui subsistait dans le Trait\u00e9, o\u00f9 il pouvait sembler que la formule \u00ab\u00eatre c&rsquo;est \u00eatre per\u00e7u\u00bb signifie que tout ce qui existe ne peut en principe \u00eatre qu&rsquo;\u00eatre per\u00e7u une perception d\u2019objet. Avec une telle interpr\u00e9tation, Berkeley ne serait pas en mesure d\u2019utiliser son principe principal pour les g\u00e9n\u00e9ralisations philosophiques et th\u00e9ologiques radicales qu\u2019il fait dans Trois conversations.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Parfum.<\/strong> Le principe \u00ab\u00eatre, c&rsquo;est \u00eatre per\u00e7u\u00bb au sens \u00e9troit n&rsquo;a de sens que pour les objets sensoriels, qui n&rsquo;\u00e9puisent cependant pas tout ce qui existe. Ces objets eux-m\u00eames existent dans les esprits, auxquels s&rsquo;applique une autre proposition: \u00eatre, c&rsquo;est percevoir. Les esprits sont des substances simples et peuvent conna\u00eetre leur unit\u00e9 et leur physicalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aide de la \u00abr\u00e9flexion\u00bb, une contemplation interne particuli\u00e8re, qui cependant ne nous fournit pas d&rsquo;\u00abid\u00e9es\u00bb, mais nous permet de former des \u00abconcepts\u00bb sur leurs objets. Berkeley refuse d&rsquo;appeler ces concepts \u00abid\u00e9es\u00bb, car ces derni\u00e8res, selon lui, ne contiennent aucun signe d&rsquo;activit\u00e9, alors que les esprits ne sont pas seulement des \u00eatres percevants, mais aussi actifs. Apr\u00e8s tout, outre les perceptions ou les id\u00e9es, les esprits sont \u00e9galement dot\u00e9s de volont\u00e9. La volont\u00e9 est responsable de la modification des id\u00e9es. Les capacit\u00e9s des \u00e2mes humaines, qui constituent l&rsquo;une des vari\u00e9t\u00e9s d&rsquo;esprits finis, \u00e0 modifier les id\u00e9es, sont cependant tr\u00e8s limit\u00e9es. La volont\u00e9 de l&rsquo;homme a du pouvoir sur les id\u00e9es de l&rsquo;imagination, mais les id\u00e9es de sensation semblent lui \u00eatre impos\u00e9es. Cela signifie que de telles id\u00e9es sont g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par une cause externe. Pour d\u00e9terminer les propri\u00e9t\u00e9s de cette cause, Berkeley attire l&rsquo;attention sur l&rsquo;unit\u00e9 et la finalit\u00e9 du monde des sensations. De telles qualit\u00e9s indiquent que derri\u00e8re l\u2019ensemble des id\u00e9es de sensation, il y a une seule cause profonde intelligente, \u00e0 savoir Dieu.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>L&rsquo;existence de Dieu<\/strong> est prouv\u00e9e par Berkeley d&rsquo;une autre mani\u00e8re. Il combine la th\u00e8se \u00ab\u00eatre, c\u2019est \u00eatre per\u00e7u\u00bb avec la position de bon sens selon laquelle les choses (ou, selon sa terminologie, les \u00abid\u00e9es de sensation\u00bb) existent ind\u00e9pendamment de notre perception. La combinaison de ces pr\u00e9misses conduit \u00e0 la conclusion sur l&rsquo;existence d&rsquo;un ou plusieurs esprits sup\u00e9rieurs, dans la perception desquels ou quelles choses sensorielles existent. La th\u00e8se sur l&rsquo;unit\u00e9 et la finalit\u00e9 du monde nous permet encore une fois de limiter le nombre de ces \u00eatres percevants \u00e0 un seul esprit infini: Dieu. Berkeley est fier de cette preuve qui, entre autres, d\u00e9montre clairement que sa philosophie peut effectivement se concilier avec le bon sens. Il ne croit pas du tout, comme on pourrait le penser \u00e0 premi\u00e8re vue, que la cessation de la perception d\u2019une chose par une personne signifie sa destruction. Apr\u00e8s tout, l\u2019existence d\u2019une chose, comme le proclame Berkeley dans Three Conversations, ne d\u00e9pend pas de la perception humaine, mais de la perception divine. Bien s\u00fbr, il serait faux de dire que Dieu per\u00e7oit les choses exactement de la m\u00eame mani\u00e8re que les esprits finis les per\u00e7oivent (nous arrivons \u00e0 la conclusion qu&rsquo;il existe d&rsquo;autres esprits finis que le n\u00f4tre avec l&rsquo;aide de l&rsquo;exp\u00e9rience et du principe d&rsquo;analogie). Dieu est d\u00e9pourvu de sensation au sens humain du terme. Il existe donc dans sa perception des arch\u00e9types de ce que nous appelons des choses sensorielles. Et conform\u00e9ment \u00e0 ces arch\u00e9types, Dieu g\u00e9n\u00e8re une s\u00e9rie de sensations dans les esprits finis, et le fait de telle mani\u00e8re que certaines sensations agissent comme des signes naturels ou des pr\u00e9curseurs d&rsquo;autres. Cela nous permet d\u2019en discerner des sch\u00e9mas et d\u2019accro\u00eetre nos connaissances, y compris scientifiques.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>L&rsquo;ontologie<\/strong> de Berkeley \u00e9tablit ainsi un contact direct entre les \u00e2mes humaines et les id\u00e9es de Dieu. S&rsquo;\u00e9cartant des sch\u00e9mas traditionnels, Berkeley \u00e9limine du processus de cette interaction ce qu&rsquo;il consid\u00e8re comme un \u00e9l\u00e9ment inutile: la mati\u00e8re (la mati\u00e8re conserve un statut ontologique dans le syst\u00e8me de N. Malebranche, qui, a-t-on soutenu, a eu une forte influence sur Berkeley, prouvant que \u00abnous voyons toutes les choses en Dieu\u00a0\u00bb; bien que Berkeley lui-m\u00eame ait ni\u00e9 la similitude de ses vues avec les id\u00e9es du cart\u00e9sien fran\u00e7ais). Cette interpr\u00e9tation cr\u00e9e cependant des difficult\u00e9s dans la compr\u00e9hension de la possibilit\u00e9 que Dieu ait cr\u00e9\u00e9 le monde, que Berkeley, du moins en raison des sp\u00e9cificit\u00e9s de sa profession, ne pouvait ignorer. Il a donc \u00e9t\u00e9 contraint de clarifier sa position. Par cr\u00e9ation, il propose d&rsquo;entendre la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu aux esprits finis, alors que le monde d&rsquo;avant la cr\u00e9ation repr\u00e9sente, selon lui, Dieu ferm\u00e9 sur lui-m\u00eame. En d\u2019autres termes, Berkeley a restaur\u00e9 la trinit\u00e9 de l\u2019\u00eatre. Les choses en tant qu&rsquo;id\u00e9es existent sous trois formes: cach\u00e9es en Dieu, r\u00e9v\u00e9l\u00e9es en Dieu et en tant qu&rsquo;id\u00e9es de sensation dans l&rsquo;esprit d&rsquo;esprits finis. L\u2019existence de second ordre correspond \u00e0 la place occup\u00e9e dans les ontologies traditionnelles par l\u2019incarnation mat\u00e9rielle des id\u00e9es divines.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutes ces pr\u00e9cisions r\u00e9duisaient au minimum l&rsquo;originalit\u00e9 des jugements de Berkeley. Berkeley a \u00e9crit qu&rsquo;il avait du mal avec l&rsquo;id\u00e9e de l&rsquo;existence absolument ind\u00e9pendante des objets mat\u00e9riels, mais aucun des principaux m\u00e9taphysiciens des temps modernes n&rsquo;a en fait avanc\u00e9 une telle id\u00e9e. La plupart des philosophes des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles, s&rsquo;appuyant sur l&rsquo;intuition paneurop\u00e9enne selon laquelle l&rsquo;\u00eatre est la pl\u00e9nitude de l&rsquo;essence, qui manque aux choses mat\u00e9rielles imparfaites, croyaient que Dieu, ayant cr\u00e9\u00e9 le monde mat\u00e9riel, maintient constamment son existence et qu&rsquo;une telle activit\u00e9 vigilante peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme la perception continue de Dieu de ce monde. Peu \u00e0 peu, Berkeley est devenu de plus en plus conscient de la nature traditionnelle de ses constructions th\u00e9oriques et a int\u00e9gr\u00e9 ses id\u00e9es dans le contexte de la philosophie platonicienne alors en vigueur, tout en insistant sur la continuit\u00e9 avec ses travaux ant\u00e9rieurs.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Enseigner la nature.<\/strong>\u00a0La philosophie platonicienne, avec ses id\u00e9es sur la hi\u00e9rarchie de l&rsquo;\u00eatre et la primaut\u00e9 de l&rsquo;esprit sur la mati\u00e8re, s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e \u00eatre un outil pratique pour Berkeley pour pr\u00e9senter ses propres enseignements philosophiques naturels, bien que son int\u00e9r\u00eat pour les sciences naturelles soit n\u00e9 dans sa jeunesse. Berkeley a critiqu\u00e9 un certain nombre de concepts scientifiques populaires, notamment certains aspects de la th\u00e9orie du calcul diff\u00e9rentiel et l&rsquo;id\u00e9e de Newton sur le mouvement des corps dans l&rsquo;espace absolu. Il \u00e9tait convaincu de l&rsquo;absurdit\u00e9 du concept de quantit\u00e9 infinit\u00e9simale et consid\u00e9rait qu&rsquo;il \u00e9tait impossible de parler de mani\u00e8re significative de la divisibilit\u00e9 infinie de segments finis, bien qu&rsquo;il ne pr\u00e9tende pas que ces techniques pourraient \u00eatre un moyen efficace de r\u00e9soudre des probl\u00e8mes math\u00e9matiques et physiques. Cependant, puisqu&rsquo;ils conduisent \u00e0 des contradictions (le fini s&rsquo;identifie \u00e0 l&rsquo;infini), alors, \u00e0 son avis, ils devraient \u00eatre \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ces contradictions elles-m\u00eames sont une cons\u00e9quence du fait que le concept de grandeur infinit\u00e9simale et de divisibilit\u00e9 infinie, ainsi que le concept d&rsquo;espace absolu, ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s \u00e0 partir d&rsquo;une abstraction mal comprise. Les vraies math\u00e9matiques, selon Berkeley, doivent \u00eatre fond\u00e9es sur une th\u00e9orie repr\u00e9sentative de l\u2019abstraction. Berkeley s\u2019est \u00e9galement oppos\u00e9 \u00e0 la doctrine de plus en plus populaire de l\u2019activit\u00e9 interne de la mati\u00e8re.<\/p>\n<p align=\"justify\">Soutenant Descartes, il soutenait que la mati\u00e8re (entendue comme l&rsquo;ensemble des donn\u00e9es du sens externe) elle-m\u00eame est d\u00e9pourvue de toute activit\u00e9 et est compl\u00e8tement passive. Pour justifier cette position, il s&rsquo;est r\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00e0 la loi g\u00e9n\u00e9ralement admise depuis l&rsquo;\u00e9poque de Galil\u00e9e et Descartes, selon laquelle les corps conservent leur \u00e9tat existant en l&rsquo;absence d&rsquo;influences ext\u00e9rieures. Cette loi signifie que les objets mat\u00e9riels ne peuvent pas changer d&rsquo;\u00e9tat de mani\u00e8re ind\u00e9pendante et sont donc passifs m\u00eame lorsqu&rsquo;ils semblent \u00eatre actifs, par exemple, entrer en collision avec d&rsquo;autres corps, se d\u00e9placer d&rsquo;un endroit \u00e0 l&rsquo;autre, etc. id\u00e9e de la force motrice, \u00e0 moins que vous ne la d\u00e9clariez comme une qualit\u00e9 cach\u00e9e incompr\u00e9hensible. La conception correcte de la force motrice peut \u00eatre d\u00e9riv\u00e9e exclusivement de l&rsquo;observation des actions de l&rsquo;esprit. Seul l&rsquo;esprit est v\u00e9ritablement actif, et c&rsquo;est pourquoi tous les mouvements corporels du monde doivent \u00eatre attribu\u00e9s \u00e0 l&rsquo;action des esprits, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de l&rsquo;\u00e2me du monde, associ\u00e9e au principe rationnel le plus \u00e9lev\u00e9 du monde. Et cette relation entre l\u2019esprit et le monde est tout \u00e0 fait logique, estime Berkeley. Apr\u00e8s tout, ce n\u2019est pas l\u2019esprit qui est dans le monde, mais le monde qui est dans l\u2019esprit et qui en vient.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans le m\u00eame temps, Berkeley a cependant not\u00e9 que les r\u00e9flexions m\u00e9taphysiques sur l\u2019esprit en tant que \u00abv\u00e9ritable cause productrice du mouvement\u00bb ne doivent pas \u00eatre confondues avec les \u00e9tudes physiques des \u00abcauses corporelles secondaires\u00bb, dont la connaissance peut apporter des b\u00e9n\u00e9fices sp\u00e9cifiques. Les sciences doivent conna\u00eetre leurs limites et ne pas les d\u00e9passer. Berkeley a eu une influence controvers\u00e9e sur les penseurs europ\u00e9ens. Parfois, il \u00e9tait per\u00e7u comme un amoureux des paradoxes et du choc philosophique &#8211; un exemple d&rsquo;une telle interpr\u00e9tation de Berkeley a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par G. W. Leibniz. Les partisans de la philosophie mat\u00e9rialiste consid\u00e9raient Berkeley comme un adversaire dangereux et tentaient de se d\u00e9barrasser de ses arguments en les opposant au bon sens. Sur ce chemin, ils sont parfois eux-m\u00eames entr\u00e9s en conflit avec le bon sens. Ainsi, les c\u00e9l\u00e8bres arguments de D. Diderot selon lesquels le syst\u00e8me de Berkeley est absurde, mais tr\u00e8s difficile \u00e0 r\u00e9futer, sont eux-m\u00eames au bord de l&rsquo;absurdit\u00e9. Il convient de noter que les id\u00e9es de Berkeley \u00e9taient souvent pr\u00e9sent\u00e9es sous une forme r\u00e9duite, notamment dans un certain nombre d&rsquo;ouvrages marxistes. Beaucoup le percevaient comme un \u00abid\u00e9aliste subjectif\u00bb qui niait tout sauf la r\u00e9alit\u00e9 de son propre Soi. Cependant, ceux qui interpr\u00e9taient plus correctement son syst\u00e8me y voyaient une menace pour l\u2019ontologie traditionnelle. Disons \u03a7V\u038a\u0399\u0399 in. Dans la philosophie allemande, la philosophie \u00e9tait largement plac\u00e9e sous le signe de la \u00abr\u00e9futation de l\u2019id\u00e9alisme\u00bb, par lequel le syst\u00e8me de Berkeley \u00e9tait compris. Des penseurs aussi c\u00e9l\u00e8bres que Chr. Wolf, I.N. Tetens, I. Kant et d&rsquo;autres, par exemple, ont qualifi\u00e9 Berkeley d&rsquo;\u00abid\u00e9aliste dogmatique\u00bb et ont cru r\u00e9futer sa th\u00e9orie dans les doctrines des formes a priori de sensibilit\u00e9 et des antinomies de la raison pure, qui la rendent possible pour d\u00e9barrasser le concept de mati\u00e8re de ses contradictions, m\u00eame si Kant lui-m\u00eame s&rsquo;est souvent vu reprocher par ses contemporains d&rsquo;\u00eatre un Berkeleyen. D. Hume, qui lui a pris la th\u00e9orie de l\u2019abstraction, l\u2019argument sur la subjectivit\u00e9 des \u00abqualit\u00e9s primaires\u00bb et quelques autres id\u00e9es, a \u00e9t\u00e9 s\u00e9rieusement influenc\u00e9 par les id\u00e9es de Berkeley. Hume consid\u00e9rait Berkeley, qui attaquait agressivement le scepticisme, comme un sceptique potentiel lui-m\u00eame. Il existe \u00e9galement \u00e0 Berkeley un grand int\u00e9r\u00eat pour la philosophie moderne.<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1. Berkeley J.<\/em>\u00a0Travaux. M., 1978.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2. Berkeley J.<\/em>\u00a0Alkifron, ou le Petit Philosophe : Travaux de diff\u00e9rentes ann\u00e9es. Saint-P\u00e9tersbourg, 1996.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3.Berkeley<\/em>\u00a0G. Les \u0153uvres de George Berkeley, \u00e9d. Par A. A. Luce et T. E. Jessop. Vol. 1-9, L., 1948-1957.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4. La doctrine de la r\u00e9alit\u00e9 de Blonsky P. P.<\/em>\u00a0Berkeley. K., 1907.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>5. Brickman J.<\/em>\u00a0\u00ab Alkiphron \u00bb, ou Jeu de mots \/\/ Berkeley J. Alkiphron, ou le Petit Philosophe : \u0152uvres de diff\u00e9rentes ann\u00e9es. Saint-P\u00e9tersbourg, 1996. P. 357 &#8211; 401.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6. Bykhovsky B.E.<\/em>\u00a0Berkeley. M., 1970.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>7. Kuznetsov V. N., Meerovsky B. V., Gryaznov A. F.<\/em>\u00a0Philosophie de l&rsquo;Europe occidentale du XVIIIe si\u00e8cle. M., 1986. P. 11-40.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8. Pussel J.<\/em>\u00a0Introduction \u00e0 \u00ab Alkiphron \u00bb \/\/ Berkeley J. Alkiphron, ou le petit philosophe : \u0152uvres de diff\u00e9rentes ann\u00e9es. Saint-P\u00e9tersbourg, 1996. pp. 319 &#8211; 356.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>9.Grayling G.<\/em>\u00a0Berkeley : Les arguments centraux. L., 1986.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>10.<\/em>\u00a0Immat\u00e9rialisme de Luce A. A. Berkeley, L., 1945.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>George Berkeley est n\u00e9 en Irlande en 1685. Il est issu d&rsquo;une famille de colons anglais. En 1700, il entre au Trinity College de Dublin, o\u00f9 il est influenc\u00e9 par les id\u00e9es de J. Locke et d\u00e9teste la scolastique. En 1707, il commen\u00e7a \u00e0 enseigner dans le m\u00eame coll\u00e8ge. 1707 peut aussi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le d\u00e9but de son activit\u00e9 philosophique. 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