{"id":607,"date":"2024-06-21T20:25:56","date_gmt":"2024-06-21T17:25:56","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=607"},"modified":"2025-11-20T20:13:47","modified_gmt":"2025-11-20T17:13:47","slug":"lumieres-francaises","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/21\/lumieres-francaises\/","title":{"rendered":"Lumi\u00e8res fran\u00e7aises. Combattre les pr\u00e9jug\u00e9s et l\u2019ignorance"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Le XVIIIe si\u00e8cle est \u00e0 juste titre appel\u00e9 le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Les id\u00e9es des Lumi\u00e8res se sont r\u00e9pandues dans de nombreux pays europ\u00e9ens, ainsi que sur le continent nord-am\u00e9ricain. Mais pour la premi\u00e8re fois, la philosophie des Lumi\u00e8res prend forme et trouve son expression classique en France. Comme le note \u00e0 juste titre un chercheur moderne, \u00abla France \u00e9tait la \u00abvitrine\u00bb des Lumi\u00e8res europ\u00e9ennes\u00bb (9:9). La philosophie des Lumi\u00e8res fran\u00e7aises dans son ensemble se caract\u00e9rise par le naturalisme (le d\u00e9sir d&rsquo;expliquer la nature \u00e0 partir d&rsquo;elle-m\u00eame). Dans la th\u00e9orie de la connaissance, les \u00e9claireurs adh\u00e9raient au sensationnalisme (la position selon laquelle la source de toute connaissance sont les sensations). De plus, les repr\u00e9sentants de la philosophie des Lumi\u00e8res se caract\u00e9risaient par la conviction que toutes les connaissances de l&rsquo;humanit\u00e9 pouvaient \u00eatre syst\u00e9matis\u00e9es et pr\u00e9sent\u00e9es sous la forme d&rsquo;un seul et bref code encyclop\u00e9dique (la fameuse \u00abEncyclop\u00e9die, ou Dictionnaire explicatif des sciences, des arts et des m\u00e9tiers\u00bb a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en 1751 &#8211; 1780. ). L\u2019id\u00e9ologie des Lumi\u00e8res avait une attitude n\u00e9gative typique envers les religions existantes (m\u00eame si tous les \u00e9claireurs n\u2019\u00e9taient pas ath\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/21\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-v-philosophie-des-temps-nouveaux-chapitre-11-lumieres-francaises\/prosveshenie230624\/\" rel=\"attachment wp-att-805\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-805\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/prosveshenie230624.jpg\" alt=\"\" width=\"768\" height=\"503\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/prosveshenie230624.jpg 768w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/prosveshenie230624-300x196.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Les \u00e9claireurs qui cherchaient \u00e0 s&rsquo;appuyer sur le \u00abbon sens\u00bb ont d\u00e9clar\u00e9 que leur t\u00e2che importante \u00e9tait de lutter contre les pr\u00e9jug\u00e9s (y compris religieux) et l&rsquo;ignorance. Les repr\u00e9sentants des Lumi\u00e8res fran\u00e7aises ont caract\u00e9ris\u00e9 n\u00e9gativement la r\u00e9alit\u00e9 sociale actuelle (la critique du syst\u00e8me f\u00e9odal-absolutiste est pr\u00e9sent\u00e9e dans leurs ouvrages comme une critique du \u00abdespotisme\u00bb). La plupart des \u00e9ducateurs associaient l&rsquo;am\u00e9lioration de la vie sociale aux r\u00e9formes du monarque sage (m\u00eame si certains fondaient leurs espoirs sur une r\u00e9volution sociale). Les penseurs des Lumi\u00e8res (une partie importante d\u2019entre eux) ont adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la th\u00e9orie du contrat social. Enfin, c\u2019est au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res que l\u2019id\u00e9e de droits de l\u2019homme inali\u00e9nables a acquis une popularit\u00e9 particuli\u00e8re. Les plus grands repr\u00e9sentants des Lumi\u00e8res fran\u00e7aises \u00e9taient Voltaire, Rousseau, Montesquieu, Condillac, La Mettrie, Diderot, Helv\u00e9tius et Holbach.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Fran\u00e7ois Marie Voltaire<\/strong> (1694-1778, de son vrai nom Arouet) est n\u00e9 \u00e0 Paris dans une famille de notaire. Apr\u00e8s avoir obtenu son dipl\u00f4me du coll\u00e8ge des J\u00e9suites, il abandonne, contre la volont\u00e9 de son p\u00e8re, sa carri\u00e8re de fonctionnaire judiciaire. Voltaire fait ses d\u00e9buts avec succ\u00e8s comme dramaturge; ses pi\u00e8ces sont tr\u00e8s populaires. Voltaire fut quelque temps \u00e0 la cour de Louis XV, puis de Fr\u00e9d\u00e9ric II. Ses espoirs de devenir conseiller d&rsquo;un monarque \u00e9clair\u00e9 n&rsquo;\u00e9taient pas destin\u00e9s \u00e0 se r\u00e9aliser. A la fin de sa vie, il s&rsquo;installe dans la ville de Ferne (pr\u00e8s de la fronti\u00e8re suisse), o\u00f9 il acquiert un domaine. Les principaux ouvrages philosophiques de Voltaire: \u00abTrait\u00e9 m\u00e9taphysique\u00bb (1734), \u00abFondements de la philosophie de Newton\u00bb (1740), \u00abDictionnaire philosophique\u00bb (1764) La vision du monde de Voltaire est le d\u00e9isme. Consid\u00e9rant les religions existantes comme fausses, Voltaire ne niait toujours pas l&rsquo;existence de Dieu. Il a critiqu\u00e9 assez vivement le christianisme qui, \u00e0 son avis, est n\u00e9 de la tromperie des imb\u00e9ciles par des escrocs. Dans son Trait\u00e9 M\u00e9taphysique, Voltaire avance deux preuves de l&rsquo;existence de Dieu. Le premier est destin\u00e9 aux \u00abesprits ordinaires\u00bb, aux \u00abesprits bruts\u00bb. Il est bas\u00e9 sur une affirmation de l&rsquo;opportunit\u00e9 pr\u00e9sente dans la nature. Tout comme les aiguilles d\u2019une horloge indiquent le ma\u00eetre qui l\u2019a fabriqu\u00e9e, de m\u00eame les ressorts du corps humain parlent du cr\u00e9ateur intelligent de la nature. La deuxi\u00e8me preuve, selon Voltaire, est plus \u00abm\u00e9taphysique\u00bb et donc moins adapt\u00e9e \u00e0 la perception des \u00abesprits grossiers\u00bb. Son point de d\u00e9part est \u00abJ&rsquo;existe, donc quelque chose existe\u00bb <strong>(1:136).<\/strong> Mais tout ce qui existe est soit \u00e9ternel, soit son existence provient d\u2019autre chose. L&rsquo;\u00eatre \u00e9ternel et autosuffisant doit \u00eatre une essence n\u00e9cessaire, par cons\u00e9quent, un tel \u00eatre est Dieu. L&rsquo;existence non autosuffisante pr\u00e9suppose la pr\u00e9sence d&rsquo;une certaine s\u00e9rie de causes, qui ne peuvent cependant pas s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;infini. Une telle s\u00e9rie doit conduire \u00e0 la cause finale de toute existence, et cette cause n\u00e9cessaire est Dieu. Selon Voltaire, il ne peut y avoir une cha\u00eene infinie de causes, car sinon il s&rsquo;av\u00e9rerait qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune raison pour l&rsquo;existence de toutes ces causes (consid\u00e9r\u00e9es ensemble, elles ne r\u00e9v\u00e9leront aucune raison ext\u00e9rieure \u00e0 leur existence ; consid\u00e9r\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment , ils ne r\u00e9v\u00e9leront aucune raison interne de son existence). Selon Voltaire, la preuve donn\u00e9e de l&rsquo;existence de Dieu permet de conclure que le cr\u00e9ateur de toute chose est une cause premi\u00e8re intelligente, infinie en taille et en puissance. Dans son essai \u00abSur l\u2019\u00e2me\u00bb, il dit que le sage ne devrait attribuer \u00abaucun sentiment humain\u00bb \u00e0 Dieu. Le Dieu de Voltaire est l&rsquo;esprit impersonnel qui a cr\u00e9\u00e9 la mati\u00e8re et lui a donn\u00e9 la capacit\u00e9 de se d\u00e9placer. Dans la derni\u00e8re p\u00e9riode de son \u0153uvre, le penseur fran\u00e7ais a d\u00e9fendu la th\u00e8se sur la valeur sociale de la foi en Dieu. La foi en Dieu est utile car elle donne de l\u2019espoir, sert de consolation \u00e0 certains et dissuade d\u2019autres de commettre des crimes. Par cons\u00e9quent, \u00absi Dieu n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019inventer\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Newton, Voltaire a soutenu que le monde cr\u00e9\u00e9 est fini, mat\u00e9riel et que la mati\u00e8re est compos\u00e9e d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments primaires &#8211; des atomes. Dans le m\u00eame temps, le penseur fran\u00e7ais discutait avec Newton, arguant que ce dernier attribuait \u00e0 tort aux atomes la capacit\u00e9 de se transformer les uns les autres. Les atomes sont des corps solides immuables, ind\u00e9composables. Voltaire a ni\u00e9 la physicalit\u00e9 et l&rsquo;incorporalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e2me. \u00abCette \u00e2me, que vous imaginez comme une substance, n&rsquo;est en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;une capacit\u00e9&#8230; C&rsquo;est une propri\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e \u00e0 nos organes, et pas du tout une substance\u00bb (1:395). L&rsquo;homme est mati\u00e8re, capable de ressentir et de penser. La pens\u00e9e est un attribut accord\u00e9 \u00e0 la mati\u00e8re par Dieu Tout-Puissant. Si l\u2019\u00e2me \u00e9tait une substance incorporelle, alors son essence serait la pens\u00e9e et elle penserait constamment. \u00abMais j\u2019en appelle ici \u00e0 la conscience de tous: pensent-ils sans cesse? Pensent-ils pendant un sommeil complet et profond?\u00bb<strong>(1:152).<\/strong><\/p>\n<p align=\"justify\">Dans sa doctrine de la connaissance, Voltaire cherchait \u00e0 suivre le \u00absage Locke\u00bb. Toutes les id\u00e9es naissent de sensations. Il n&rsquo;y a pas de connaissance inn\u00e9e &#8211; cela est prouv\u00e9 par l&rsquo;absence de concepts m\u00e9taphysiques identiques parmi les gens. Les id\u00e9es complexes sont une combinaison d\u2019id\u00e9es simples; \u00abToute la vaste connaissance de l\u2019homme d\u00e9coule de cette unique capacit\u00e9 \u00e0 combiner et \u00e0 ordonner nos id\u00e9es de cette mani\u00e8re.\u00bb (1:145).Dans le cadre de sa conception socio-politique, Voltaire met en avant l&rsquo;id\u00e9e de progr\u00e8s. Selon lui, au cours de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9, il y a eu un lent mouvement de la \u00abgrossi\u00e8ret\u00e9 barbare\u00bb vers la \u00abcivilisation\u00bb. L&rsquo;homme est un \u00eatre social. Une personne isol\u00e9e se transformerait en animal et perdrait la capacit\u00e9 de penser. La pr\u00e9servation de la soci\u00e9t\u00e9, selon Voltaire, a toujours \u00e9t\u00e9 facilit\u00e9e par les passions humaines. Le cours de l\u2019histoire, selon lui, est d\u00e9termin\u00e9 par les opinions des gens: \u00able monde est gouvern\u00e9 par l\u2019opinion\u00bb. Les opinions de grands personnages, s&#8217;emparant progressivement de l&rsquo;esprit d&rsquo;une partie importante de leurs concitoyens, changent la vie publique. De plus, ces opinions peuvent \u00eatre soit vraies, contribuant au bien public, soit fausses, donnant lieu \u00e0 des superstitions et des pr\u00e9jug\u00e9s. Le philosophe fran\u00e7ais croyait que le pouvoir despotique c\u00e9derait in\u00e9vitablement la place au \u00abroyaume de la raison\u00bb; La division des gens entre riches et pauvres est in\u00e9branlable et persistera toujours. Les souverains \u00e9clair\u00e9s devraient \u00eatre conseill\u00e9s par des philosophes qui d\u00e9fendent toujours l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Jean-Jacques Rousseau<\/strong> (1712-1778) est n\u00e9 dans une famille d&rsquo;horloger. Envoy\u00e9 pour \u00e9tudier le m\u00e9tier de graveur, il fuit son ma\u00eetre et erre pendant plusieurs ann\u00e9es en Suisse, en Italie et en France. Il \u00e9tait domestique, professeur de musique, secr\u00e9taire et copiste musical. Arriv\u00e9 \u00e0 Paris, Rousseau rencontre Diderot et Condillac et devient pendant quelque temps employ\u00e9 de l&rsquo;Encyclop\u00e9die. Apr\u00e8s avoir rompu avec les encyclop\u00e9distes, il v\u00e9cut en Suisse et en Angleterre. En 1770, il revient \u00e0 Paris. Les principaux ouvrages philosophiques de Rousseau: \u00abDiscours sur les sciences et les arts\u00bb (1750), \u00abDiscours sur l&rsquo;origine et les fondements de l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 entre les peuples\u00bb (1755), \u00abSur le contrat social\u00bb (1762).<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00abDiscours sur les sciences et les arts\u00a0 a re\u00e7u\u00bb un prix de l&rsquo;Acad\u00e9mie de Dijon, qui a propos\u00e9 une question au concours: le renouveau des sciences et des arts a-t-il contribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9puration des m\u0153urs? Rousseau donne une r\u00e9ponse n\u00e9gative: \u00abNos \u00e2mes se sont corrompues \u00e0 mesure que nos sciences et nos arts progressaient vers la perfection\u00bb (8:30). Les sciences et les arts naissent de l\u2019orgueil, de la vanit\u00e9, d\u2019une vaine curiosit\u00e9. L&rsquo;apprentissage, selon l&rsquo;auteur du Discours, a toujours \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 au luxe et au libertinage, qui conduisaient \u00e0 l&rsquo;affaiblissement du courage et \u00e0 l&rsquo;esclavage. L&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00c9gypte, de la Gr\u00e8ce et de Rome montre que le d\u00e9veloppement des arts s&rsquo;est accompagn\u00e9 du d\u00e9clin des m\u0153urs et, par cons\u00e9quent, de la perte de l&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;\u00c9tat. Les peuples ignorants maintinrent longtemps leur bonheur: tels sont les Perses, les Scythes et les Germains. Rousseau note que tous les scientifiques ne recherchent pas sinc\u00e8rement la v\u00e9rit\u00e9; beaucoup d\u2019entre eux sont anim\u00e9s par des passions compl\u00e8tement diff\u00e9rentes. Il condamne les sciences et les arts pour avoir longtemps servi le despotisme: \u00abLes sciences, la litt\u00e9rature et l&rsquo;art&#8230; couvrent les cha\u00eenes de fer avec lesquelles ces gens sont enchev\u00eatr\u00e9s de guirlandes de fleurs ; supprimer en eux le sentiment de cette libert\u00e9 primordiale pour laquelle ils semblent \u00eatre n\u00e9s; faites-leur aimer leur \u00e9tat d\u2019esclavage\u00bb (8:27). En enseignant le manque d\u2019amour de la libert\u00e9, la science et l\u2019art ont min\u00e9 le courage et la vertu. Il est important de noter que le penseur fran\u00e7ais n\u2019appelle pas \u00e0 la destruction des sciences. Il estime qu&rsquo;ils peuvent b\u00e9n\u00e9ficier aux gens si de v\u00e9ritables sages, luttant pour la vertu et le bien commun, deviennent les conseillers des rois: \u00abQue les \u00e9rudits de premier ordre re\u00e7oivent un abri honorable \u00e0 la cour; qu&rsquo;ils y re\u00e7oivent la seule r\u00e9compense digne d&rsquo;eux: l&rsquo;occasion de contribuer par leur influence au bonheur des peuples auxquels ils enseignent la sagesse; alors seulement les gens verront de quoi la vertu, la science et le pouvoir sont capables&#8230; d&rsquo;agir en harmonie pour le bien du genre humain\u00bb (8:49). Tant que les Lumi\u00e8res et la sagesse (qui ont refus\u00e9 de servir le despotisme), d\u2019une part, et le pouvoir d\u2019\u00c9tat, de l\u2019autre, n\u2019\u00e9tabliront pas une alliance forte, les peuples resteront \u00abvicieux et malheureux\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son Discours sur l&rsquo;origine des in\u00e9galit\u00e9s, Rousseau distingue deux types d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s: physiques et politiques. L&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 physique consiste dans la diff\u00e9rence entre la \u00abforce physique\u00bb et les \u00abqualit\u00e9s mentales\u00bb. Ce type d\u2019in\u00e9galit\u00e9 est inamovible et g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la nature elle-m\u00eame. L\u2019in\u00e9galit\u00e9 politique est cr\u00e9\u00e9e par les individus et consiste en privil\u00e8ges dont jouissent certains au d\u00e9triment d\u2019autres. C&rsquo;est de ce type d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 que Rousseau fait l&rsquo;objet de son analyse. Selon lui, dans son \u00e9tat naturel, un homme sauvage errait dans les for\u00eats, n&rsquo;avait pas de domicile permanent, n&rsquo;\u00e9tait pas enclin au travail, avait peu besoin de communication et avait tr\u00e8s peu de passions. Une personne aurait pu rester dans un tel \u00e9tat pour toujours sans sa capacit\u00e9 \u00e0 s\u2019am\u00e9liorer. Il a appris \u00e0 surmonter les difficult\u00e9s, a utilis\u00e9 des pierres et des b\u00e2tons pour ce faire, et est devenu plus adroit et plus rapide. Rousseau identifie plusieurs \u00e9tapes dans le d\u00e9veloppement des in\u00e9galit\u00e9s politiques. Le penseur fran\u00e7ais associe l&rsquo;\u00e8re de la \u00abpremi\u00e8re r\u00e9volution\u00bb dans la vie de l&rsquo;humanit\u00e9, qui a conduit \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence des in\u00e9galit\u00e9s, \u00e0 la construction de logements. A cette \u00e9poque, on observe une s\u00e9paration des familles, qui s&rsquo;unissent progressivement en tribus. Des id\u00e9es sur la moralit\u00e9 surgissent. Rousseau consid\u00e9rait cette \u00e9poque de la \u00abpremi\u00e8re r\u00e9volution\u00bb comme la plus heureuse de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9: les besoins des hommes \u00e9taient insignifiants, ils se contentaient de v\u00eatements grossiers en peaux de b\u00eates, de \u00abpauvres huttes\u00bb, \u00abse paraient de plumes et de coquillages\u00bb, et en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9taient gentils, sains et libres. Certes, m\u00eame alors, des conflits et des discordes ont commenc\u00e9 \u00e0 surgir entre les gens. Le philosophe fran\u00e7ais associe la prochaine \u00abgrande r\u00e9volution\u00bb au d\u00e9but de la transformation des m\u00e9taux. Il a sugg\u00e9r\u00e9 qu\u2019une \u00e9ruption volcanique a accidentellement amen\u00e9 les gens \u00e0 d\u00e9couvrir une m\u00e9thode de fabrication d\u2019outils en m\u00e9tal. L\u2019apparition de ces outils a donn\u00e9 naissance \u00e0 l\u2019agriculture. La culture \u00e0 grande \u00e9chelle des terres conduit \u00e0 leur division en parcelles: c&rsquo;est l\u00e0, selon Rousseau, l&rsquo;origine de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. \u00abLe fer et le pain, selon le philosophe, sont ce qui a civilis\u00e9 les hommes et d\u00e9truit le genre humain\u00bb (8 : 114). Les gens sont devenus ambitieux et en col\u00e8re. Partout, il est devenu possible d\u2019observer des rivalit\u00e9s, un d\u00e9sir d\u2019augmenter la taille de sa propri\u00e9t\u00e9 et un \u00ab \u00e9tat de guerre la plus terrible\u00bb surgit entre les gens. Conscients des inconv\u00e9nients d&rsquo;une guerre constante, les gens concluent un accord dont le r\u00e9sultat est la formation d&rsquo;un \u00c9tat et la cr\u00e9ation de lois qui ont compl\u00e8tement \u00abd\u00e9truit la libert\u00e9 naturelle\u00bb (8:121). Le penseur fran\u00e7ais croyait qu&rsquo;au d\u00e9part, les dirigeants des \u00c9tats \u00e9taient \u00e9lus, mais qu&rsquo;\u00e0 la suite d&rsquo;une autre \u00abr\u00e9volution\u00bb, le pouvoir de l&rsquo;\u00c9tat devient despotique et se transforme en tyrannie illimit\u00e9e. Cette \u00abr\u00e9volution\u00bb conduit \u00e0 la \u00ablimite extr\u00eame\u00bb de l\u2019in\u00e9galit\u00e9 politique: les sujets deviennent des esclaves. Rousseau pensait que cette nouvelle forme d\u2019in\u00e9galit\u00e9 politique n\u2019\u00e9tait pas \u00e9ternelle: de nouvelles \u00abr\u00e9volutions\u00bb attendaient l\u2019humanit\u00e9. Il a soutenu que l\u2019in\u00e9galit\u00e9 politique dans sa forme actuelle contredit la loi naturelle, puisqu\u2019elle ne co\u00efncide pas avec l\u2019in\u00e9galit\u00e9 physique.Le pouvoir despotique fond\u00e9 sur la violence ne peut \u00eatre d\u00e9truit que par la force: un soul\u00e8vement doit mettre fin \u00e0 la tyrannie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son ouvrage \u00abSur le contrat social\u00bb, Rousseau d\u00e9clare que les accords entre les peuples sont la base de tout pouvoir l\u00e9gitime. Selon lui, les gens n&rsquo;ont pas de pouvoir naturel les uns sur les autres, c&rsquo;est pourquoi l&rsquo;\u00c9tat est n\u00e9 de la conclusion d&rsquo;un contrat social. Un contrat social est un accord visant \u00e0 cr\u00e9er une association de personnes qui prot\u00e9gerait la personne et les biens de chacun de ses membres. Le contrat social instaure l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 politique entre les citoyens, garantit leur libert\u00e9 et permet l&rsquo;\u00e9mergence de droits de propri\u00e9t\u00e9. Les articles de l\u2019accord social initial n\u2019\u00e9taient nulle part formul\u00e9s avec pr\u00e9cision, mais partout \u00abtacitement accept\u00e9s\u00bb. Selon Rousseau, le souverain est le peuple, et la souverainet\u00e9 du peuple est inali\u00e9nable et indivisible. Cette souverainet\u00e9 s&rsquo;exprime dans le fait que le pouvoir l\u00e9gislatif ne peut appartenir qu&rsquo;au peuple. Aucun \u00abrepr\u00e9sentant\u00bb ne peut avoir le pouvoir de prendre des d\u00e9cisions d\u00e9finitives: une loi non ratifi\u00e9e par la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du peuple doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme nulle et non avenue. Le pouvoir ex\u00e9cutif, ne pouvant \u00eatre exerc\u00e9 par la masse enti\u00e8re du peuple, doit \u00eatre confi\u00e9 au gouvernement, dont les membres sont des fonctionnaires au service du souverain. Le peuple a le droit \u00e0 tout moment de modifier, de limiter, voire de retirer le pouvoir ex\u00e9cutif \u00e0 ceux \u00e0 qui il \u00e9tait auparavant confi\u00e9. Le maintien du contrat social devrait s&rsquo;effectuer, selon Rousseau, par le biais d&rsquo;assembl\u00e9es populaires p\u00e9riodiques, dont le calendrier ne d\u00e9pend pas du pouvoir ex\u00e9cutif. De telles r\u00e9unions populaires, \u00e0 son avis, avaient lieu r\u00e9guli\u00e8rement dans la R\u00e9publique romaine. Rousseau a d\u00e9clar\u00e9 qu&rsquo;au cours de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanit\u00e9, les gouvernements ont constamment abus\u00e9 de leurs pouvoirs: dans un effort pour atteindre une force maximale, ils ont profit\u00e9 de la \u00abl\u00e2chet\u00e9\u00bb des citoyens, le pouvoir du souverain a disparu et le contrat social a ainsi \u00e9t\u00e9 viol\u00e9. Le penseur fran\u00e7ais a insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019\u00c9tat de se doter d\u2019une \u00abreligion civile\u00bb d\u00e9iste, dont l\u2019essence se r\u00e9sume \u00e0 la croyance au caract\u00e8re sacr\u00e9 du contrat social, \u00e0 la reconnaissance de l\u2019existence de Dieu, de l\u2019au-del\u00e0 et de la r\u00e9compense posthume. La \u00abreligion civile\u00bb interdit l&rsquo;intol\u00e9rance religieuse; dans le m\u00eame temps, les ath\u00e9es devraient \u00eatre expuls\u00e9s de l\u2019\u00c9tat en tant que personnes \u00abantisociales\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Charles Louis Montesquieu<\/strong>\u00a0(1689-1775) est n\u00e9 dans une famille noble. Il a \u00e9tudi\u00e9 le droit \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Bordeaux, puis a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sident de la chambre judiciaire. En 1726, il quitte la fonction publique et se concentre sur la cr\u00e9ativit\u00e9 litt\u00e9raire et philosophique. En 1728, il fut \u00e9lu membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Dans son roman Lettres persanes (1721), Montesquieu critique le cl\u00e9ricalisme et le despotisme. Il a condamn\u00e9 le fanatisme religieux et les violents affrontements entre repr\u00e9sentants de diff\u00e9rentes confessions. Il oppose la monarchie absolue \u00e0 l\u2019id\u00e9al d\u2019un \u00c9tat dans lequel les int\u00e9r\u00eats publics et priv\u00e9s sont en parfaite harmonie.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son principal ouvrage philosophique \u00abDe l&rsquo;esprit des lois\u00bb (1748), Montesquieu, analysant la vie sociale, propose une justification du d\u00e9terminisme g\u00e9ographique. Il ne partageait pas la vision de l\u2019histoire comme une combinaison al\u00e9atoire d\u2019\u00e9v\u00e9nements. Montesquieu identifie trois formes de gouvernement: la r\u00e9publique, la monarchie et le despotisme. Sous le gouvernement r\u00e9publicain, le pouvoir supr\u00eame est entre les mains de tout ou partie du peuple; sous une monarchie, il appartient \u00e0 une seule personne qui gouverne selon des lois immuables ; dans un \u00c9tat despotique, il appartient \u00e0 une seule personne qui l&rsquo;utilise \u00e0 sa discr\u00e9tion. Pour maintenir le r\u00e9gime r\u00e9publicain, il faut une vertu politique, fond\u00e9e sur l\u2019amour de la patrie, l\u2019amour de l\u2019\u00e9galit\u00e9 et le d\u00e9sir de la vraie gloire. Une monarchie ne peut exister sans le \u00abprincipe d&rsquo;honneur\u00bb: l&rsquo;honneur, ce sont les pr\u00e9jug\u00e9s d&rsquo;un individu ou d&rsquo;une classe enti\u00e8re qui profitent au souverain (cependant, ces pr\u00e9jug\u00e9s peuvent motiver les gens \u00e0 accomplir des actes nobles). Le despotisme exige une crainte constante de la punition de ses sujets.<\/p>\n<p align=\"justify\">Montesquieu a plac\u00e9 les formes de gouvernement, ainsi que les lois \u00e9tablies dans divers \u00c9tats, en d\u00e9pendance directe de l&rsquo;environnement g\u00e9ographique, dont il consid\u00e9rait les composantes les plus importantes comme le climat, le sol et le terrain. Il a divis\u00e9 le climat en froid, temp\u00e9r\u00e9 et chaud. Montesquieu consid\u00e9rait le climat froid comme favorable \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de la libert\u00e9 politique, tandis que le climat chaud contribuait au contraire \u00e0 \u00abl\u2019esprit d\u2019esclavage\u00bb. \u00abUne chaleur excessive mine la force et la vigueur des gens et\u2026 un climat froid donne \u00e0 l&rsquo;esprit et au corps une certaine force, qui rend les gens capables d&rsquo;actions longues, difficiles, grandes et courageuses\u00bb (7:235). Divisant le sol en fertile et infertile, il associe sa premi\u00e8re vari\u00e9t\u00e9 \u00e0 \u00abl&rsquo;esprit de d\u00e9pendance\u00bb qui pr\u00e9vaut sous le despotisme, puisqu&rsquo;un sol fertile, selon Montesquieu, conduit \u00e0 l&rsquo;accumulation de richesses au sein de la population et, en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 l&rsquo;eff\u00e9mination, refus de risquer sa vie et manque d&rsquo;amour pour la libert\u00e9. Le sol \u00abst\u00e9rile\u00bb, selon lui, inculque au contraire aux gens l&rsquo;ing\u00e9niosit\u00e9, le courage, la retenue et, par cons\u00e9quent, contribue \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement d&rsquo;une forme de gouvernement r\u00e9publicain. \u00abDans un pays dont le sol est propice \u00e0 l&rsquo;agriculture, un esprit de d\u00e9pendance s&rsquo;installe naturellement&#8230; Le sol aride de l&rsquo;Attique y a donn\u00e9 naissance au gouvernement populaire\u00bb (7: 240). Le terrain, selon Montesquieu, d\u00e9termine la taille du territoire d&rsquo;un \u00c9tat: puisque les montagnes sont la \u00abfronti\u00e8re naturelle\u00bb des \u00c9tats, les \u00c9tats de grande \u00e9tendue naissent sur de vastes plaines, et les \u00c9tats de petite et moyenne taille naissent sur un terrain accident\u00e9. Dans le m\u00eame temps, les grands \u00c9tats ne peuvent \u00eatre gouvern\u00e9s que par un pouvoir despotique, alors que dans les petits pays, des r\u00e9publiques naissent naturellement. Montesquieu a soutenu qu&rsquo;outre les facteurs g\u00e9ographiques, la nature des lois \u00e9tablies par les gens est \u00e9galement influenc\u00e9e par le commerce, la taille de la population, sa richesse, ses m\u0153urs, ses coutumes et sa religion. D\u00e9veloppant les id\u00e9es de Locke, il plaide en faveur de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une s\u00e9paration des pouvoirs au sein de l&rsquo;\u00c9tat. Selon lui, la libert\u00e9 politique est impossible sans la s\u00e9paration des pouvoirs l\u00e9gislatif, ex\u00e9cutif et judiciaire; les pouvoirs doivent \u00eatre ind\u00e9pendants les uns des autres; leur m\u00e9lange conduit au despotisme. Le principe de s\u00e9paration des pouvoirs de Montesquieu a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9 par les r\u00e9dacteurs de la Constitution am\u00e9ricaine (1787).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Etienne Bonnot de Condillac<\/strong> (1714-1780) est n\u00e9 dans la famille d&rsquo;un officier de justice. Apr\u00e8s avoir obtenu son dipl\u00f4me du s\u00e9minaire, il devient abb\u00e9. Condillac fut longtemps le pr\u00e9cepteur du petit-fils de Louis XV. Condillac \u00e9tait membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Son principal ouvrage philosophique est le \u00abTrait\u00e9 des sensations\u00bb (1754).<\/p>\n<p align=\"justify\">Condillac est \u00e0 juste titre consid\u00e9r\u00e9 comme le plus grand \u00e9pist\u00e9mologue des Lumi\u00e8res fran\u00e7aises. Il a d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e9orie sensationnaliste de la connaissance. Son id\u00e9e principale est que \u00abtoutes nos connaissances et toutes nos capacit\u00e9s viennent des sens, ou, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, des sensations\u00bb (5:2, 379). Condillac est d&rsquo;accord avec ceux qui attribuent \u00e0 Aristote la d\u00e9couverte de la c\u00e9l\u00e8bre proposition: toute connaissance vient des sens. Mais Aristote, \u00e0 son avis, n&rsquo;a en aucune fa\u00e7on d\u00e9velopp\u00e9 ce principe, et les disciples d&rsquo;Aristote ont si mal compris la v\u00e9rit\u00e9 qu&rsquo;il contenait qu&rsquo;\u00abapr\u00e8s plusieurs si\u00e8cles, il a fallu la d\u00e9couvrir \u00e0 nouveau\u00bb (5 : 2, 380). Cela a \u00e9t\u00e9 fait par Locke; cependant, ce dernier, selon Condillac, n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 en mesure de clarifier pleinement la v\u00e9rit\u00e9 mentionn\u00e9e. Le penseur fran\u00e7ais reproche \u00e0 Locke d&rsquo;avoir reconnu, outre les sensations, une deuxi\u00e8me source \u00e0 l&rsquo;origine des id\u00e9es, la r\u00e9flexion. Selon Condillac, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule source d&rsquo;id\u00e9es, puisque \u00abla r\u00e9flexion est au fond la m\u00eame sensation, et parce qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas tant une source d&rsquo;id\u00e9es qu&rsquo;un canal par lequel elles d\u00e9coulent des sensations\u00bb (5:2, 383). La deuxi\u00e8me erreur de Locke est de croire que les facult\u00e9s de l\u2019\u00e2me sont inn\u00e9es. En fait, selon Condillac, ce sont des habitudes acquises. Le philosophe fran\u00e7ais insiste sur le fait que \u00abtoutes les op\u00e9rations mentales ne sont rien d&rsquo;autre que la sensation elle-m\u00eame dans ses diverses transformations\u00bb (5:2, 384). Il justifie en d\u00e9tail cette th\u00e8se (assez innovante). Si une personne \u00e9prouve plusieurs sensations en m\u00eame temps et que l&rsquo;une d&rsquo;elles se d\u00e9marque par son intensit\u00e9, alors l&rsquo;\u00e2me \u00abse pr\u00e9cipite\u00bb vers cette sensation particuli\u00e8re; c&rsquo;est ainsi que l&rsquo;attention surgit. La m\u00e9moire n\u2019est aussi qu\u2019une sensation \u00abtransform\u00e9e\u00bb qui est pr\u00e9serv\u00e9e dans l\u2019esprit d\u2019une personne gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019impression qu\u2019elle produit. La pr\u00e9sence de m\u00e9moire et d\u2019attention permet \u00e0 l\u2019\u00e2me de percevoir deux id\u00e9es \u00e0 la fois \u2013 d\u2019o\u00f9 la capacit\u00e9 de comparer. Mais la comparaison ouvre la possibilit\u00e9 de saisir les similitudes et les diff\u00e9rences, c\u2019est-\u00e0-dire de porter un jugement. \u00c9tablir des relations entre des objets permet de formuler des id\u00e9es pr\u00e9cises sur ces objets &#8211; c&rsquo;est la capacit\u00e9 de r\u00e9flexion. Le d\u00e9sir se d\u00e9veloppe comme un d\u00e9sir d&rsquo;un objet ressenti; Du d\u00e9sir naissent l\u2019espoir, la peur, l\u2019amour, la haine, la volont\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Condillac, on peut prouver la pr\u00e9sence de corps ext\u00e9rieurs gr\u00e2ce au sens du toucher. Le toucher donne \u00e0 une personne un sentiment particulier de continuit\u00e9, d&rsquo;extension, qu&rsquo;elle ne peut consid\u00e9rer uniquement comme sa propre modification, non li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;existence ext\u00e9rieure. Le philosophe fran\u00e7ais a reconnu l&rsquo;existence de Dieu et de l&rsquo;\u00e2me incorporelle. Dans son Trait\u00e9 sur les animaux, il soutenait que l&rsquo;existence de Dieu est prouv\u00e9e par des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels, puisque la cha\u00eene des causes que nous observons ne peut s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;infini. Selon Condillac, si l\u2019on suppose que Dieu, cause premi\u00e8re supr\u00eame de toute chose, n\u2019existe pas, alors il faudra se mettre d\u2019accord avec la conclusion contradictoire: dans le monde il y a des effets qui n\u2019ont pas de cause.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Julien Aufray La Mettrie<\/strong> (1709-1751) est n\u00e9 dans une famille de marchands. Il a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 la facult\u00e9 de m\u00e9decine de l&rsquo;Universit\u00e9 de Paris; a travaill\u00e9 huit ans \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Saint-Malo; a particip\u00e9 aux hostilit\u00e9s en tant que m\u00e9decin r\u00e9gimentaire. En 1748, \u00e0 l&rsquo;invitation du roi Fr\u00e9d\u00e9ric II, il arrive \u00e0 Berlin, o\u00f9 il devient membre de l&rsquo;Acad\u00e9mie des sciences et m\u00e9decin de la cour. Son \u0153uvre principale: \u00abL&rsquo;Homme-Machine\u00bb (1747). La Mettrie est partisan du mat\u00e9rialisme et de l&rsquo;ath\u00e9isme. Pour justifier la vision mat\u00e9rialiste du monde, il utilise une \u00e9pist\u00e9mologie sensualiste. \u00abIl n&rsquo;y a pas de guides plus fiables que nos sentiments&#8230; eux seuls peuvent \u00e9clairer l&rsquo;esprit dans la recherche de la v\u00e9rit\u00e9\u00bb (6:65). Les sentiments t\u00e9moignent sans aucun doute de l&rsquo;existence de la mati\u00e8re. On dit aussi que la mati\u00e8re a un attribut sp\u00e9cial: l&rsquo;extension. Cet attribut suppose trois dimensions dans les corps mat\u00e9riels : longueur, largeur et profondeur. Les propri\u00e9t\u00e9s m\u00e9caniques de la mati\u00e8re, selon l&rsquo;extension, sont: la taille, la figure, l&rsquo;\u00e9tat de repos et la position. En plus de l\u2019\u00e9tendue, la mati\u00e8re poss\u00e8de deux autres attributs: la force motrice et la capacit\u00e9 de ressentir. Il n&rsquo;y a aucune preuve que la mati\u00e8re re\u00e7oit son mouvement de quelque part \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur; la sensibilit\u00e9 ne se retrouve que dans des corps organis\u00e9s d\u2019une mani\u00e8re particuli\u00e8re. L&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle contredit les id\u00e9es sur les substances incorporelles: \u00abNous ne connaissons que la mati\u00e8re dans les corps et observons la capacit\u00e9 de ressentir uniquement dans ces corps. Sur quelle base peut-on construire un \u00eatre id\u00e9al, rejet\u00e9 par tous nos savoirs? (6h75). L&rsquo;homme est une modification de la mati\u00e8re; l&rsquo;\u00e2me immat\u00e9rielle est une \u00abchim\u00e8re\u00bb; le terme \u00ab\u00e2me\u00bb ne peut \u00eatre utilis\u00e9 que pour d\u00e9signer certaines des capacit\u00e9s de notre corps. Cette conclusion, selon La Mettrie, est confirm\u00e9e par les faits de d\u00e9pendance de la pens\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la structure du cerveau, des maladies, de l&rsquo;\u00e2ge et de l&rsquo;alimentation. Les malformations c\u00e9r\u00e9brales provoquent la d\u00e9mence, les maladies peuvent endommager consid\u00e9rablement les capacit\u00e9s du \u00abg\u00e9nie le plus brillant\u00bb, le d\u00e9veloppement du corps \u00e0 mesure qu&rsquo;une personne vieillit entra\u00eene un changement dans l&rsquo;\u00e2me, \u00absans nourriture, l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;\u00e9puise, tombe dans la fr\u00e9n\u00e9sie. .. la nourriture grossi\u00e8re cr\u00e9e un esprit lourd et maladroit\u00bb (6:199) . L&rsquo;homme et les animaux sont des manifestations de la m\u00eame substance ; la diff\u00e9rence entre eux est d\u00e9termin\u00e9e par l&rsquo;organisation et l&rsquo;\u00e9ducation. Abordant le probl\u00e8me de l&rsquo;origine de la vie, La Mettrie dit que \u00abla mati\u00e8re a d\u00fb passer par d&rsquo;innombrables combinaisons diff\u00e9rentes avant d&rsquo;arriver \u00e0 la seule qui puisse produire un animal parfait\u00bb (6:395). Parmi ses hypoth\u00e8ses, il a sugg\u00e9r\u00e9 que l&rsquo;ass\u00e8chement de l&rsquo;oc\u00e9an primaire s&rsquo;accompagnait du d\u00e9veloppement de divers embryons \u00e0 partir desquels sont n\u00e9s tous les types d&rsquo;organismes vivants. Le penseur fran\u00e7ais a condamn\u00e9 le r\u00e9gime despotique; les philosophes, selon lui, devraient contribuer \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration de la vie publique en \u00e9duquant les dirigeants.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Denis Diderot<\/strong>\u00a0(1713 &#8211; 1784) est n\u00e9 dans une famille d&rsquo;artisans. Il \u00e9tudie au coll\u00e8ge des J\u00e9suites de Langres. Refusant de devenir pr\u00eatre, Diderot perd le soutien financier de son p\u00e8re et passe beaucoup de temps \u00e0 gagner sa vie en enseignant \u00e0 la maison. Diderot fut l&rsquo;initiateur et le leader de la publication de la c\u00e9l\u00e8bre Encyclop\u00e9die. \u00c0 l&rsquo;invitation de Catherine II, il se rend en Russie et pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9ratrice un plan de r\u00e9organisation politique du pays.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans ses premiers ouvrages, Diderot adh\u00e8re au d\u00e9isme (Pens\u00e9es philosophiques, 1746, La promenade ou les ruelles du sceptique, 1747). Dans l&rsquo;essai \u00abLettre sur les aveugles\u00bb (1749), il passe aux positions de l&rsquo;ath\u00e9isme et du mat\u00e9rialisme. Il oppose la preuve t\u00e9l\u00e9ologique de l&rsquo;existence de Dieu aux vues \u00e9volutionnistes sur la nature (l&rsquo;harmonie et l&rsquo;ordre observ\u00e9s dans le monde sont le r\u00e9sultat du long d\u00e9veloppement de la mati\u00e8re, il n&rsquo;est donc pas n\u00e9cessaire de supposer l&rsquo;existence d&rsquo;une Cause Supr\u00eame). Le mat\u00e9rialisme ath\u00e9e s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9 davantage dans les travaux de Diderot \u00abPens\u00e9es pour l&rsquo;interpr\u00e9tation de la nature\u00bb (1753), \u00abConversation entre D&rsquo;Alembert et Diderot\u00bb (1769), \u00abPrincipes philosophiques concernant la mati\u00e8re et le mouvement\u00bb (1770), etc. cherche \u00e0 justifier le monisme mat\u00e9rialiste en faisant r\u00e9f\u00e9rence au fait que la sensibilit\u00e9 et le mouvement sont des propri\u00e9t\u00e9s universelles de la mati\u00e8re. Selon lui, dans le processus de d\u00e9veloppement conduisant \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un animal \u00e0 partir d&rsquo;un \u0153uf, on peut observer une transition de la masse inerte \u00e0 la mati\u00e8re sensible. Mais cette transition n\u2019est possible que si la mati\u00e8re \u00e9tait initialement caract\u00e9ris\u00e9e par une sensibilit\u00e9 inerte, transform\u00e9e en sensibilit\u00e9 active. Selon Diderot, \u00e0 l&rsquo;aide de cet exemple \u00abtous les enseignements de la th\u00e9ologie et tous les temples de la terre sont renvers\u00e9s\u00bb (4, 1, 386). Si un corps poss\u00e8de une sensibilit\u00e9 (inerte ou active &#8211; cela n&rsquo;a pas d&rsquo;importance, car une transition entre eux est possible), alors la mati\u00e8re seule suffit \u00e0 expliquer la pens\u00e9e, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire de supposer la pr\u00e9sence d&rsquo;entit\u00e9s incorporelles sp\u00e9ciales; Par cons\u00e9quent, \u00abdans l\u2019Univers\u2026 il n\u2019y a qu\u2019une seule substance\u00bb (4:1, 388), la mati\u00e8re. Diderot d\u00e9fend la doctrine de l&rsquo;unit\u00e9 de la mati\u00e8re et du mouvement. Selon lui, la pr\u00e9sence de la gravit\u00e9 dans l\u2019Univers prouve la capacit\u00e9 de la mati\u00e8re \u00e0 se d\u00e9placer. La paix absolue n&rsquo;existe pas dans la nature. La doctrine de l\u2019inactivit\u00e9 des corps reposait sur la fausse pr\u00e9misse de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de la mati\u00e8re. En fait, la mati\u00e8re est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, ses \u00e9l\u00e9ments sont des mol\u00e9cules dont chacune est immuable et \u00e9ternelle. Il existe une \u00ab vari\u00e9t\u00e9 infinie \u00bb de mol\u00e9cules, et elles sont indivisibles, elles ont une force in\u00e9puisable, immuable, indestructible. Puisque la mati\u00e8re est mise en mouvement par l\u2019action de forces internes, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire de supposer un moteur premier divin; \u00abIl est impossible de supposer l&rsquo;existence de quoi que ce soit en dehors de l&rsquo;Univers mat\u00e9riel\u00bb (4:1, 448). Au c\u0153ur des vues \u00e9pist\u00e9mologiques de Diderot se trouve l\u2019id\u00e9e selon laquelle la source de toute connaissance humaine est la perception sensorielle. Les sens doivent \u00eatre contr\u00f4l\u00e9s par la raison et l&rsquo;exp\u00e9rience; Par cons\u00e9quent, les trois principaux moyens d\u2019\u00e9tudier la nature sont l\u2019observation, la r\u00e9flexion et l\u2019exp\u00e9rimentation.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Claude Adrian Helv\u00e9tius<\/strong> (1715-1771) est n\u00e9 dans la famille d&rsquo;un m\u00e9decin de la cour. Il est dipl\u00f4m\u00e9 du coll\u00e8ge des J\u00e9suites, en 1738-1751 a occup\u00e9 le poste d&rsquo;agriculteur g\u00e9n\u00e9ral des imp\u00f4ts, se concentrant ensuite sur la cr\u00e9ativit\u00e9 philosophique. Ses principaux ouvrages: \u00abSur l&rsquo;esprit\u00bb (1758) et \u00abSur l&rsquo;homme\u00bb (1770).<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Helv\u00e9tius, la nature ne contient que des corps mat\u00e9riels caract\u00e9ris\u00e9s par l&rsquo;extension, la densit\u00e9, l&rsquo;imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9, la capacit\u00e9 de perception et de mouvement. Consid\u00e9rant les propri\u00e9t\u00e9s d&rsquo;une personne, il a soutenu que la sensibilit\u00e9 physique est \u00e0 la base de toutes les pens\u00e9es et de toutes les actions. Il n\u2019y a pas de connaissance inn\u00e9e; toutes les id\u00e9es viennent de sensations. Les op\u00e9rations mentales sont r\u00e9duites \u00e0 l&rsquo;observation des similitudes et des diff\u00e9rences entre les perceptions sensorielles, donc chaque jugement est le r\u00e9sultat pr\u00e9cis des sensations v\u00e9cues. Les gens ont naturellement les m\u00eames capacit\u00e9s mentales ; l\u2019in\u00e9galit\u00e9 mentale est une cons\u00e9quence d\u2019\u00e9ducations diff\u00e9rentes. Toute vie humaine est une \u00e9ducation continue. Par \u00e9ducation, Helv\u00e9tius comprenait non seulement l&rsquo;influence des enseignants, mais aussi l&rsquo;influence sur l&rsquo;esprit humain de facteurs externes tels que la forme de gouvernement, la morale du peuple et les \u00e9v\u00e9nements al\u00e9atoires (les sentiments qu&rsquo;ils \u00e9prouvent incluent \u00e9galement les \u00e9ducateurs des gens). Par cons\u00e9quent, deux personnes n\u2019auraient pas re\u00e7u exactement la m\u00eame \u00e9ducation. Condamnant le r\u00e9gime despotique, Helv\u00e9tius consid\u00e9rait l&rsquo;ignorance comme la source de la plupart des d\u00e9sastres sociaux. Le malheur des peuples et des nations est d\u00e9termin\u00e9 par l&rsquo;imperfection des lois, il est donc n\u00e9cessaire d&rsquo;adopter des lois justes qui garantiraient un certain minimum de propri\u00e9t\u00e9 \u00e0 tous les citoyens, abolissant ainsi la division des personnes en deux classes, dont l&rsquo;une vit dans la pauvret\u00e9, l\u2019autre est rassasi\u00e9 de divers exc\u00e8s. Sans pr\u00f4ner l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 compl\u00e8te des biens, Helv\u00e9tius \u00e9voque la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;\u00e9liminer les disproportions trop prononc\u00e9es dans la r\u00e9partition des richesses. Il pensait que la r\u00e9forme de la vie sociale pouvait \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 des changements l\u00e9gislatifs \u00e0 long terme, \u00abcontinus et imperceptibles\u00bb. Helv\u00e9tius critiquait les religions existantes: le clerg\u00e9 cherchait toujours \u00e0 s&rsquo;approprier la richesse et le pouvoir, instillant hypocritement chez les gens le d\u00e9go\u00fbt des deux. La seule vraie religion est la moralit\u00e9 fond\u00e9e sur des principes authentiques (dont le premier est de consid\u00e9rer le bien de la soci\u00e9t\u00e9 comme la loi supr\u00eame). La vraie religion ne condamne pas, mais renforce l&rsquo;attachement des gens \u00e0 la vie terrestre.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Paul Henri Holbach<\/strong> (1723-1789) est n\u00e9 en Allemagne (Edesheim) dans une famille de commer\u00e7ant. Il a \u00e9tudi\u00e9 la chimie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Leiden. S&rsquo;installant \u00e0 Paris, il ouvre un c\u00e9l\u00e8bre salon, qui devient un lieu de rencontres r\u00e9guli\u00e8res pour les encyclop\u00e9distes. Son principal ouvrage philosophique est \u00abLe syst\u00e8me de la nature\u00bb (1770).<\/p>\n<p align=\"justify\">Holbach est un syst\u00e9matisateur des id\u00e9es mat\u00e9rialistes et ath\u00e9es des Lumi\u00e8res. Dans sa th\u00e9orie de l&rsquo;existence, il d\u00e9fend le monisme mat\u00e9rialiste: \u00abL&rsquo;Univers, cette combinaison colossale de tout ce qui existe, ne nous montre partout que de la mati\u00e8re et du mouvement\u00bb (3:1, 66). La mati\u00e8re est incr\u00e9\u00e9e, \u00e9ternelle, elle est cause d&rsquo;elle-m\u00eame. Selon Holbach, aucune preuve solide ne pourrait jamais \u00eatre apport\u00e9e en faveur de la doctrine de la cr\u00e9ation du monde par Dieu. De plus, une telle cr\u00e9ation est totalement impossible, puisque le pr\u00e9tendu principe spirituel, d\u00e9pourvu d\u2019extension et de parties, ne pourrait produire aucun mouvement (apr\u00e8s tout, le mouvement est un mouvement spatial). Holbach propose une d\u00e9finition innovante de la mati\u00e8re : \u00ab par rapport \u00e0 nous, la mati\u00e8re en g\u00e9n\u00e9ral est tout ce qui influence d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre nos sentiments \u00bb (3 : 1, 84). La mati\u00e8re est constitu\u00e9e de minuscules particules, qu\u2019il appelle mol\u00e9cules (parfois atomes). Les \u00e9l\u00e9ments de la mati\u00e8re diff\u00e8rent par leurs propri\u00e9t\u00e9s et leurs modes d&rsquo;action, il est donc incorrect de la consid\u00e9rer comme homog\u00e8ne. Le mouvement est le mode d&rsquo;existence de la mati\u00e8re. Selon Holbach, cette position est confirm\u00e9e par la loi de la gravitation de Newton, ainsi que par les interactions continues de corps qui semblent au repos (par exemple, une pierre pos\u00e9e au sol exerce sur elle une pression constante). Dans sa doctrine de la causalit\u00e9, le philosophe fran\u00e7ais a d\u00e9velopp\u00e9 un \u00ab syst\u00e8me de fatalisme \u00bb unique : tout ce qui arrive dans le monde est n\u00e9cessaire, soumis aux lois de la nature en constante action; il n&rsquo;y a pas de ph\u00e9nom\u00e8nes al\u00e9atoires.<\/p>\n<p align=\"justify\">En \u00e9pist\u00e9mologie, Holbach adh\u00e8re au sensationnalisme: les objets mat\u00e9riels, agissant sur nos sens, provoquent des sensations \u00e0 partir desquelles se forment les pens\u00e9es et les d\u00e9sirs. Les capacit\u00e9s mentales (pens\u00e9e, m\u00e9moire, imagination) proviennent de la capacit\u00e9 de ressentir. Il n\u2019y a pas d\u2019id\u00e9es inn\u00e9es; les gens consid\u00e8rent comme inn\u00e9es les id\u00e9es dont ils ont oubli\u00e9 l&rsquo;origine.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019homme, selon Holbach, n\u2019a pas une double nature. La doctrine de l\u2019\u00e2me d\u00e9sincarn\u00e9e et de l\u2019au-del\u00e0 est \u00abfantastique\u00bb et bas\u00e9e sur des \u00abhypoth\u00e8ses arbitraires\u00bb. L&rsquo;\u00e2me immat\u00e9rielle ne pourrait pas agir sur les organes corporels. \u00abL&rsquo;homme est un \u00eatre purement physique; un homme spirituel est le m\u00eame \u00eatre physique, vu seulement sous un certain angle; c&rsquo;est-\u00e0-dire par rapport \u00e0 certaines modalit\u00e9s d&rsquo;action d\u00e9termin\u00e9es par les particularit\u00e9s de son organisation\u00bb (3:1, 60). Toutes les actions humaines sont des cons\u00e9quences de sa structure physique et des influences qu&rsquo;il re\u00e7oit des objets ext\u00e9rieurs.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans le cadre de son \u00e9thique, le penseur fran\u00e7ais a d\u00e9fendu la position selon laquelle le motif principal de toutes les actions humaines est l&rsquo;int\u00e9r\u00eat. L\u2019int\u00e9r\u00eat humain le plus important est la recherche du bonheur. Le bonheur consiste dans la correspondance des d\u00e9sirs d&rsquo;une personne avec son environnement. De plus, le bonheur ne peut pas \u00eatre exactement le m\u00eame pour tous, car ils diff\u00e8rent par leur organisation physique. D\u2019o\u00f9 les in\u00e9vitables divergences entre moralistes sur la question de la nature du bonheur. Pour atteindre le bonheur, une personne a besoin de l\u2019aide des autres. L\u2019int\u00e9r\u00eat essentiel de l\u2019homme est donc de promouvoir le bonheur de ses semblables, qui contribueront alors \u00e9galement \u00e0 son bien-\u00eatre. \u00catre vertueux signifie b\u00e9n\u00e9ficier aux gens; une personne vicieuse est celle qui fait du mal aux autres et leur apporte le malheur.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans son concept sociopolitique, Holbach d\u00e9fend la th\u00e9orie du contrat social. Le pouvoir gouvernemental na\u00eet de l\u2019accord de peuples unis. Les princes qui re\u00e7oivent le pouvoir de la soci\u00e9t\u00e9 sont ses serviteurs. La soci\u00e9t\u00e9 s&rsquo;y soumettait pour qu&rsquo;ils veillent \u00e0 sa pr\u00e9servation et \u00e0 son bien-\u00eatre. Le but de la conclusion d&rsquo;un contrat social est d&rsquo;assurer la libert\u00e9, la propri\u00e9t\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 des citoyens. Cependant, les dirigeants ont utilis\u00e9 leur pouvoir au d\u00e9triment de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat public, le sacrifiant \u00e0 leur gain personnel: \u00ab\u00c0 partir de ce moment-l\u00e0, la politique est devenue compl\u00e8tement pervertie et s&rsquo;est transform\u00e9e en vol complet. Les nations \u00e9taient asservies\u00bb (3:1, 174). Condamnant le despotisme, Holbach associait principalement l&rsquo;am\u00e9lioration de la vie sociale aux activit\u00e9s d&rsquo;un monarque \u00e9clair\u00e9, admettant en outre la possibilit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9volution comme moyen d&rsquo;abolir l&rsquo;injustice sociale. Selon lui, la soci\u00e9t\u00e9 a toujours le droit, si n\u00e9cessaire, de renverser le gouvernement et de changer la forme du gouvernement.<\/p>\n<p align=\"justify\">D&rsquo;une position ath\u00e9e, Holbach a consid\u00e9r\u00e9 le probl\u00e8me de l&rsquo;origine de la religion. Selon lui, la religion a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e par l\u2019ignorance, la peur et la tromperie. Niant l\u2019existence de Dieu, il affirme que le concept m\u00eame de \u00abDieu\u00bb contient une contradiction: il s\u2019obtient en combinant des attributs moraux (caract\u00e8re raisonnable, justice, v\u00e9racit\u00e9, etc.) et m\u00e9taphysiques (incorpor\u00e9it\u00e9, \u00e9ternit\u00e9, immuabilit\u00e9, etc.). Alors que les attributs moraux transf\u00e8rent les qualit\u00e9s humaines \u00e0 Dieu, les attributs m\u00e9taphysiques les nient, puisqu&rsquo;ils attribuent \u00e0 Dieu pr\u00e9cis\u00e9ment ces propri\u00e9t\u00e9s dont l&rsquo;homme est compl\u00e8tement priv\u00e9. De plus, selon Holbach, si le Dieu incorporel est inaccessible aux sens humains ordinaires et que toute connaissance vient des sensations, alors il s\u2019ensuit que le sujet de la th\u00e9ologie est une \u00abpure fiction\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le penseur fran\u00e7ais a parl\u00e9 de l\u2019influence \u00abn\u00e9faste\u00bb des d\u00e9lires sur le bonheur, la libert\u00e9 et la moralit\u00e9 des gens. Selon lui, toutes les id\u00e9es fausses humaines sont associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ignorance de la nature. Les gens deviennent malheureux lorsqu&rsquo;ils font de cr\u00e9atures imaginaires l&rsquo;objet de leurs espoirs ; ils perdent leur libert\u00e9 lorsque, par ignorance de leur nature et de leurs droits, ils se soumettent aux caprices des dirigeants ; ils deviennent vicieux s&rsquo;ils ne comprennent pas leurs devoirs envers leurs voisins. Holbach encourage les gens \u00e0 s\u2019\u00e9lever au-dessus des \u00abnuages \u200b\u200bde pr\u00e9jug\u00e9s\u00bb. Le principal rem\u00e8de contre toutes les catastrophes humaines est de s\u2019appuyer sur de \u00abvraies id\u00e9es fond\u00e9es sur la nature\u00bb.<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1.Voltaire<\/em>\u00a0. \u00c9crits philosophiques. M., 1996.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2. Helv\u00e9tius K. A.<\/em>\u00a0Travaux. T.1-2. M., 1974.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3. Golbach P. A.<\/em>\u00a0\u0152uvres s\u00e9lectionn\u00e9es. T.1-2. M., 1963.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4.Diderot<\/em>\u00a0D. Travaux. T.1-2. M., 1986-1991.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>5. Condillac E.B.<\/em>\u00a0Travaux. T.1-3. M., 1980-1983.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6. Lametrie J. O.<\/em>\u00a0Travaux. M., 1976.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>7.Montesquieu S. L.<\/em>\u00a0Sur l&rsquo;esprit des lois. M., 1999.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8. Rousseau J. J.<\/em>\u00a0Sur le contrat social. M., 1998.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>9.Vasiliev V.V.<\/em>\u00a0Histoire de la psychologie philosophique. Europe occidentale &#8211; XVIIIe si\u00e8cle. Kaliningrad, 2003.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>10.Kassirer E.<\/em>\u00a0Philosophie des Lumi\u00e8res. M., 2004.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>11. Kuznetsov V. N., Meerovsky B. V., Gryaznov A. F.<\/em>\u00a0Philosophie de l&rsquo;Europe occidentale du XVIIIe si\u00e8cle. M., 1986.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>12.Ewald O.<\/em>\u00a0Die franzosische Aufklarungsphilosophie. Munich, 1922.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>13.Gusdorf G.<\/em>\u00a0Dieu, la nature, l&rsquo;homme au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. P., 1971.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>14. Gusdorf G.<\/em>\u00a0Les principes de la pens\u00e9e au si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. P., 1971.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>15.Hazard P.<\/em>\u00a0La pens\u00e9e europ\u00e9enne au XVIII si\u00e8cle de Montesquieu \u00e0 Lessing. P., 1964.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>16. Keohane N.<\/em>\u00a0Philosophie et \u00c9tat en France, NJ, 1970.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>17.Mornet G.<\/em>\u00a0Les sciences de la nature en France au dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle. P., 1911.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>18.Naville P.<\/em>\u00a0D&rsquo;Holbach et la philosophie scientifique au XVIII si\u00e8cle. P., 1967.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le XVIIIe si\u00e8cle est \u00e0 juste titre appel\u00e9 le si\u00e8cle des Lumi\u00e8res. Les id\u00e9es des Lumi\u00e8res se sont r\u00e9pandues dans de nombreux pays europ\u00e9ens, ainsi que sur le continent nord-am\u00e9ricain. Mais pour la premi\u00e8re fois, la philosophie des Lumi\u00e8res prend forme et trouve son expression classique en France. Comme le note \u00e0 juste titre un chercheur moderne, \u00abla France \u00e9tait la \u00abvitrine\u00bb des&hellip;<\/p>\n<p> <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/21\/lumieres-francaises\/\">Read more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":805,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49,182],"tags":[140,141],"class_list":{"0":"post-607","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-philosophie","8":"category-filosofianovogovremeni","9":"tag-matiere","10":"tag-sensibilite"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=607"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":941,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/607\/revisions\/941"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/805"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=607"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=607"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=607"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}