{"id":611,"date":"2024-06-21T21:17:35","date_gmt":"2024-06-21T18:17:35","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=611"},"modified":"2025-11-20T20:13:37","modified_gmt":"2025-11-20T17:13:37","slug":"fichte","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/21\/fichte\/","title":{"rendered":"Johann Gottlieb Fichte. Science et science des sciences. Moi et pas-moi"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Johann Gottlieb Fichte est n\u00e9 \u00e0 Rammenau en 1762 et a \u00e9tudi\u00e9 aux universit\u00e9s d&rsquo;I\u00e9na et de Leipzig. Sans dipl\u00f4me, il travaille quelque temps comme professeur au foyer \u00e0 Zurich. Le tournant du destin de Fichte fut sa connaissance en 1790 des \u0153uvres de Kant. Il se sentit imm\u00e9diatement comme un kantien et commen\u00e7a \u00e0 chercher une rencontre avec l&rsquo;auteur de son syst\u00e8me philosophique pr\u00e9f\u00e9r\u00e9. La r\u00e9union eut lieu en juillet 1791, mais Kant ne montra aucun enthousiasme et Fichte fut d\u00e9\u00e7u. N\u00e9anmoins, il r\u00e9ussit quand m\u00eame \u00e0 gagner l\u2019approbation du c\u00e9l\u00e8bre philosophe. En 1792, il publia anonymement (mais pas intentionnellement) l\u2019ouvrage \u00abUne exp\u00e9rience de critique de toute r\u00e9v\u00e9lation\u00bb, qui s\u2019inscrivait dans l\u2019esprit de la critique et fut accept\u00e9 par beaucoup comme l\u2019\u0153uvre de Kant lui-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/21\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-v-philosophie-des-temps-nouveaux-chapitre-13-fichte\/fihte230624\/\" rel=\"attachment wp-att-811\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-811\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/fihte230624.jpg\" alt=\"\" width=\"500\" height=\"365\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/fihte230624.jpg 500w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/fihte230624-300x219.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 500px) 100vw, 500px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Apr\u00e8s que Kant ait publiquement soutenu \u00abl\u2019Essai\u00bb, tout en citant le nom du v\u00e9ritable auteur, Fichte est imm\u00e9diatement devenu c\u00e9l\u00e8bre. Bient\u00f4t, malgr\u00e9 ses opinions politiques radicales et son admiration pour la R\u00e9volution fran\u00e7aise, il re\u00e7ut une invitation \u00e0 occuper la chaire de philosophie de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;I\u00e9na (en grande partie gr\u00e2ce \u00e0 la recommandation de Goethe), o\u00f9 il travailla de 1794 \u00e0 1799. Fichte publia sous forme de manuel pour les \u00e9tudiants en 1794. l&rsquo;essai \u00abSur le concept d&rsquo;enseignement scientifique ou dite philosophie\u00bb, ainsi que \u00abLes bases de l&rsquo;enseignement scientifique g\u00e9n\u00e9ral\u00bb &#8211; un trait\u00e9 qui est devenu l&rsquo;un des ouvrages centraux de tout le cycle d&rsquo;ouvrages sur \u00abenseignement scientifique\u00bb. En 1795, fut publi\u00e9 \u00abEssai sur les particularit\u00e9s de l&rsquo;enseignement scientifique par rapport \u00e0 la capacit\u00e9 th\u00e9orique\u00bb, compl\u00e9tant la partie th\u00e9orique des \u00abFondements de l&rsquo;enseignement scientifique g\u00e9n\u00e9ral\u00bb, et en 1796, \u00abFondements du droit naturel\u00bb, poursuivant la partie pratique de l&rsquo;ouvrage travail mentionn\u00e9. Par la suite, Fichte fit de grands efforts pour clarifier et vulgariser les principales dispositions de son syst\u00e8me. Les conf\u00e9rences \u00e9mouvantes de Fichte ont connu un grand succ\u00e8s aupr\u00e8s des \u00e9tudiants. Cependant, ses activit\u00e9s administratives ne suscitent pas la m\u00eame approbation unanime. Au fil du temps, Fichte est devenu g\u00eanant pour l&rsquo;universit\u00e9, et la premi\u00e8re occasion qui s&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e (un article au contenu ath\u00e9e dans une revue \u00e9dit\u00e9e par Fichte) a \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e par les autorit\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9vincer de l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;I\u00e9na. En 1800, Fichte s&rsquo;installe \u00e0 Berlin, o\u00f9 il donne des cours particuliers de philosophie et publie les ouvrages \u00abLe but de l&rsquo;homme\u00bb et \u00abL&rsquo;\u00c9tat commercial ferm\u00e9\u00bb. Lors de l&rsquo;occupation de la Prusse par les troupes napol\u00e9oniennes, il adresse des \u00abDiscours \u00e0 la nation allemande\u00bb, appelant ses compatriotes au mouvement de lib\u00e9ration. En 1810, il publie \u00abFacts of Consciousness\u00bb et devient professeur \u00e0 la nouvelle universit\u00e9 de Berlin, o\u00f9 il enseigna jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1814.<\/p>\n<p align=\"justify\">Fichte \u00e9tait une personnalit\u00e9 brillante, une personne exceptionnellement active et \u00e9nergique. Beaucoup avaient m\u00eame peur de son activit\u00e9. \u00c0 une certaine \u00e9poque, il s&rsquo;int\u00e9ressait \u00e0 la franc-ma\u00e7onnerie, mais en d\u00e9chanta peu \u00e0 peu, convaincu que ses id\u00e9es ne trouvaient pas de r\u00e9ponse dans cet environnement. L&rsquo;influence d\u00e9cisive sur la philosophie de Fichte, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 not\u00e9, fut I. Kant. Fichte croyait d\u00e9velopper son syst\u00e8me (cependant, Kant se dissocia de son \u00e9l\u00e8ve en 1799). Sa passion de jeunesse pour la m\u00e9taphysique de B. Spinoza a \u00e9galement laiss\u00e9 une marque s\u00e9rieuse sur sa philosophie, m\u00eame s&rsquo;il a ensuite oppos\u00e9 son \u00abdogmatisme\u00bb \u00e0 la v\u00e9ritable \u00abcritique\u00bb. L&rsquo;influence du kantien K. L. Reingold sur Fichte fut encore plus significative. On peut m\u00eame dire que son syst\u00e8me est n\u00e9 d\u2019une tentative visant \u00e0 sauver les constructions de Reinhold des attaques sceptiques de G. E. Schulze. Fichte \u00e9tait d\u2019accord avec Schulze sur le fait que la base d\u2019un syst\u00e8me de connaissance ne peut pas \u00eatre la \u00abloi de la conscience\u00bb de Rheingold, qui stipule que le sujet se distingue des id\u00e9es et des objets, et que le principe initial doit \u00eatre corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la loi de l\u2019identit\u00e9. Mais il a donn\u00e9 \u00e0 cette loi un contenu subjectiviste, restant ainsi fid\u00e8le \u00e0 la tradition de Kant et de Reinhold.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Enseignement scientifique.<\/strong> Fichte, \u00e9vitant les termes \u00e9trangers, qualifie le syst\u00e8me philosophique qu\u2019il a cr\u00e9\u00e9 d\u2019\u00abenseignement scientifique\u00bb (Wissenschaftslehre). Les sciences sont des connaissances fiables, et il est tout \u00e0 fait naturel qu\u2019un philosophe se pose la question de la nature de la connaissance. Une r\u00e9ponse d\u00e9taill\u00e9e \u00e0 cette question est donn\u00e9e par la science. Cette r\u00e9ponse elle-m\u00eame doit \u00e9galement \u00eatre scientifique. Ainsi, la science des sciences s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre une sorte de \u00abscience des sciences\u00bb qui justifie les axiomes de disciplines particuli\u00e8res. En fait, toute connaissance implique une certitude, qui peut \u00eatre d\u00e9riv\u00e9e ou originale. La fiabilit\u00e9 d\u00e9riv\u00e9e ne peut \u00eatre que le r\u00e9sultat d\u2019une conclusion \u00e0 partir de certains principes initiaux. Mais s\u2019il existait de nombreux principes de ce type, alors la connaissance humaine serait priv\u00e9e d\u2019unit\u00e9 et certaines v\u00e9rit\u00e9s fiables pourraient en contredire d\u2019autres. Puisque cela n&rsquo;est pas observ\u00e9, notre connaissance forme un syst\u00e8me et doit s&rsquo;appuyer sur une base absolument fiable, d&rsquo;une part, qui sous-tend tous les axiomes particuliers, d&rsquo;autre part, qui est le point de d\u00e9part de l&rsquo;enseignement scientifique.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le candidat le plus proche de ce principe de base est la loi de l\u2019identit\u00e9, \u00abA est A\u00bb. Mais l&rsquo;identification de A \u00e0 lui-m\u00eame se produit dans la pens\u00e9e, dans le Je, qui doit lui aussi \u00eatre identique. Ainsi, le fondement de toute connaissance humaine s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre le principe \u00abJe suis Je\u00bb (voir 1:1, 77 &#8211; 81). En d&rsquo;autres termes, la science de la science ne peut remplir son r\u00f4le de justification des axiomes de sciences particuli\u00e8res que par la voie de l&rsquo;\u00e9tude de la nature et des lois de l&rsquo;esprit, ou du Soi. La compl\u00e9tude de la science de la science est assur\u00e9e par le fait que sa fin co\u00efncide avec son point de d\u00e9part. Ce caract\u00e8re novateur de la m\u00e9thodologie de Fichte permet de voir dans sa philosophie un certain cercle herm\u00e9neutique, dont le principal sujet d&rsquo;interpr\u00e9tation est le Je, \u00e0 la fois humain et divin. Au fil des centaines de pages des \u00abFondements de la science g\u00e9n\u00e9rale\u00bb, Fichte semble essayer d\u2019admettre la possibilit\u00e9 de combiner l\u2019existence du Soi absolu avec la conscience de soi humaine. Mais en fin de compte, il s\u2019av\u00e8re que le Soi absolu n\u2019est pr\u00e9sent dans l\u2019\u00e2me humaine que sous la forme d\u2019un id\u00e9al.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, le principe inconditionnel de l\u2019enseignement scientifique s\u2019av\u00e8re \u00eatre le principe fondamental \u00abje suis je\u00bb ou \u00abje pose je\u00bb. Dans cette formule \u00e9vidente, inspir\u00e9e par la doctrine kantienne de \u00abl&rsquo;unit\u00e9 transcendantale de l&rsquo;aperception\u00bb, Fichte voit la r\u00e9v\u00e9lation de l&rsquo;essence de la conscience de soi comme l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;activit\u00e9 consciente et son r\u00e9sultat, le Je, qui est au en m\u00eame temps un \u00e9tat de conscience de soi. L\u2019acte de conscience de soi n\u2019est conditionn\u00e9 par rien, il est spontan\u00e9. Il r\u00e9v\u00e8le la libert\u00e9 originelle de l&rsquo;homme, ainsi que l&rsquo;unit\u00e9 du th\u00e9orique et du pratique. Mais Fichte ne se limite toujours pas \u00e0 un seul principe fondamental. Le fait est que la v\u00e9ritable conscience de soi humaine n\u2019est pas une pure conscience de soi. La conscience de soi du Je se produit toujours sur fond de conscience de certains objets par ce m\u00eame Je.<\/p>\n<p align=\"justify\">Ce fait ne peut \u00eatre ignor\u00e9 et Fichte en cherche une explication. Il est clair que la donation des objets ne peut \u00eatre directement d\u00e9duite du Je. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est quelque chose d\u2019oppos\u00e9 au Soi, c\u2019est-\u00e0-dire un non-Soi. Cela peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme signifiant que le Soi s\u2019oppose au non-Soi. C&rsquo;est le deuxi\u00e8me principe de l&rsquo;enseignement scientifique. Dans son contenu, cela d\u00e9pend du premier, mais il est inconditionnel dans sa forme, c&rsquo;est-\u00e0-dire en ce qui concerne sa n\u00e9gativit\u00e9. La sp\u00e9cificit\u00e9 de ce principe fondamental permet \u00e0 Fichte de parler d\u2019\u00abempirisme\u00bb de l\u2019enseignement scientifique.<\/p>\n<p align=\"justify\">La double nature de la conscience, contenant le Soi et le non-Soi, est fix\u00e9e dans le troisi\u00e8me principe (inconditionnel dans le contenu, mais conditionn\u00e9 dans la forme): \u00abLe Soi oppose dans le Soi le Soi divisible au non-Soi divisible\u00bb (1:1, 95).<\/p>\n<p align=\"justify\">De cette position, dans laquelle il y a une similitude avec la \u00abloi de la conscience\u00bb de Reinhold (mais chez Fichte, ce n&rsquo;est pas un fait pur, mais au moins en partie le r\u00e9sultat d&rsquo;une d\u00e9duction \u00e0 partir de principes sup\u00e9rieurs), la philosophie th\u00e9orique et pratique de Fichte est n\u00e9e. En fait, toute la m\u00e9taphysique de Fichte est une tentative de r\u00e9pondre \u00e0 la question de la possibilit\u00e9 de l&rsquo;exp\u00e9rience de la conscience, qui s&rsquo;av\u00e8re probl\u00e9matique en raison de la pr\u00e9sence en elle des oppos\u00e9s du Soi et du non-Soi. La solution a \u00e9t\u00e9 propos\u00e9e par Fichte d\u00e9j\u00e0 dans le troisi\u00e8me principe, et elle consiste \u00e0 d\u00e9duire le concept de \u00abdivisibilit\u00e9\u00bb ou de limitation, qui permet au Soi et au non-Soi d&rsquo;\u00eatre unis, mais pas de se toucher. Cependant, selon Fichte, cette d\u00e9cision n&rsquo;est pas d\u00e9finitive. De nouvelles contradictions surgissent (par exemple, du troisi\u00e8me principe il r\u00e9sulte que le non-moi limite le je, mais que seul ce qui a une r\u00e9alit\u00e9 peut limiter, et la r\u00e9alit\u00e9, Fichte en est s\u00fbr, n&rsquo;existe que dans le je), et il est n\u00e9cessaire d&rsquo;introduire de nouveaux concepts afin de repousser les siens. De m\u00eame, outre les cat\u00e9gories de r\u00e9alit\u00e9 (d\u00e9riv\u00e9es d\u00e9j\u00e0 du premier principe), de n\u00e9gation (le deuxi\u00e8me principe) et de limitation, Fichte en d\u00e9duit \u00e9galement les cat\u00e9gories d&rsquo;interaction, de cause, de substance. En m\u00eame temps, il critique la m\u00e9thode kantienne de syst\u00e9matisation des concepts purs de l\u2019entendement, qui, \u00e0 son avis, manque des signes d\u2019une v\u00e9ritable d\u00e9duction.<\/p>\n<p align=\"justify\">En divisant le je et le non-moi, Fichte d\u00e9rive finalement l&rsquo;activit\u00e9 inconsciente \u00abind\u00e9pendante\u00bb de l&rsquo;\u00e2me, l&rsquo;\u00abimagination productive\u00bb, dont la fonction est de g\u00e9n\u00e9rer les oppos\u00e9s du je et du non-moi et en m\u00eame temps le temps les emp\u00eache de s\u2019absorber. La d\u00e9couverte des fonctions inconscientes du sujet am\u00e8ne Fichte \u00e0 conclure sur la n\u00e9cessit\u00e9 de distinguer plusieurs niveaux de vie spirituelle. Le sujet de l&rsquo;exp\u00e9rience quotidienne est appel\u00e9 par lui \u00abempirique\u00bb, ou le Soi final. Pour le Soi empirique, les objets de sa perception semblent \u00eatre quelque chose d&rsquo;ext\u00e9rieur et d&rsquo;\u00e9tranger, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;ils sont pr\u00e9sent\u00e9s comme le non-Soi. \u00c0 un niveau plus profond de l\u2019esprit humain, que seul un philosophe r\u00e9fl\u00e9chi peut conna\u00eetre, \u00e0 savoir au niveau du Soi en tant qu\u2019\u00abintelligentsia\u00bb, la situation change radicalement. Le moi intelligent, qui a un caract\u00e8re supra-individuel, produit par l&rsquo;imagination inconsciente elle-m\u00eame des soi empiriques individuels, ainsi qu&rsquo;un non-moi empirique, c&rsquo;est-\u00e0-dire le monde des ph\u00e9nom\u00e8nes donn\u00e9s dans la contemplation, les opposant les uns aux autres dans la conscience unique des individus (c&rsquo;est du moi intelligent dont il est question au d\u00e9but du troisi\u00e8me principe de Fichte). La conscience de soi du Soi empirique n&rsquo;est possible que sous forme de r\u00e9flexion, ce qui implique la r\u00e9flexion de l&rsquo;activit\u00e9 du Soi \u00e0 partir d&rsquo;un certain objet. Mais face \u00e0 un obstacle, cette activit\u00e9 s\u2019efforce in\u00e9vitablement de le surmonter.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le Soi \u00abpratique\u00bb se caract\u00e9rise pr\u00e9cis\u00e9ment par ce d\u00e9sir d\u2019\u00e9largir la sph\u00e8re du Soi empirique en acqu\u00e9rant de plus en plus de pouvoir sur le non-Soi, ou la nature. Fichte estime que surmonter les obstacles et vaincre les difficult\u00e9s aide \u00e0 forger progressivement une volont\u00e9 morale \u00e0 partir de la vague aspiration initiale de l&rsquo;\u00e2me. L&rsquo;id\u00e9al (en r\u00e9alit\u00e9 cependant irr\u00e9alisable) de cette expansion de la sph\u00e8re du Soi est le d\u00e9placement final du non-Soi, comme s&rsquo;il se dissolvait dans le Soi. On obtiendrait ainsi un Soi. n&rsquo;aurait pas besoin du non-Soi pour la conscience de soi, serait infini et ne serait pas divis\u00e9 en activit\u00e9s conscientes et inconscientes &#8211; Fichte l&rsquo;appelle le \u00abJe absolu\u00bb. Le Soi Absolu ou Dieu n&rsquo;est rien de plus qu&rsquo;une id\u00e9e de l&rsquo;esprit humain. Dans ses premiers \u00e9crits, Fichte souscrit \u00e0 la position de Kant, affirmant que l\u2019existence de Dieu est ind\u00e9montrable. Mais comme il admettait toujours la possibilit\u00e9 d&rsquo;une conscience de soi non seulement r\u00e9flexive, mais aussi non r\u00e9flexive (divine), il devait indiquer la raison pour laquelle la conscience de soi humaine est structur\u00e9e pr\u00e9cis\u00e9ment de mani\u00e8re r\u00e9flexive.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une telle cause, selon Fichte, s\u2019av\u00e8re \u00eatre la chose en soi. La chose en elle-m\u00eame (qui ne peut \u00eatre confondue avec le Je-non-Moi intelligent g\u00e9n\u00e9r\u00e9 en tant que monde des ph\u00e9nom\u00e8nes) agit comme le \u00abPremier Moteur\u00bb du Je (voir 1: 1, 281-283).<\/p>\n<p align=\"justify\">Cependant, le concept de chose en soi est presque insaisissable. Quand on y pense, on ne pense plus \u00e0 la chose en elle-m\u00eame. Il est seulement clair qu&rsquo;il produit une sorte de \u00abpouss\u00e9e\u00bb (Anstoss) sur l&rsquo;activit\u00e9 de notre Je, qui joue le r\u00f4le de d\u00e9clencheur pour toute la m\u00e9canique interne du Je intelligent. Ayant \u00e9nonc\u00e9 cette position dans la \u00abFondation du G\u00e9n\u00e9ral Science\u00bb, Fichte l\u2019a ensuite consid\u00e9rablement corrig\u00e9. Il est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que le concept de chose en soi doit encore \u00eatre \u00e9limin\u00e9, car il pr\u00e9suppose une application transcendantale du concept de cause, ce qui, comme l&rsquo;a montr\u00e9 Kant, est impossible. Mais l\u2019\u00e9limination de ce concept a rendu difficile pour Fichte d\u2019expliquer la r\u00e9flectivit\u00e9 du moi humain. Dans sa \u00abDeuxi\u00e8me introduction \u00e0 la science de la science\u00bb, Fichte \u00e9tait enclin \u00e0 simplement \u00e9noncer cette r\u00e9flectivit\u00e9 comme un fait initial. Mais une telle explication ne satisfaisait pas Fichte lui-m\u00eame et, dans ses travaux ult\u00e9rieurs, il la rempla\u00e7a par de nouveaux sch\u00e9mas conceptuels.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;essence de la nouvelle position de Fichte consistait en une tentative de combiner les fonctions de la chose en soi issues des \u00abFondements de la science g\u00e9n\u00e9rale\u00bb et l&rsquo;id\u00e9e du Soi absolu, qu&rsquo;il avait auparavant priv\u00e9e de r\u00e9alit\u00e9 objective. Dans ses \u0153uvres ult\u00e9rieures, il parle de l&rsquo;existence de l&rsquo;Absolu et de son image &#8211; la Connaissance, qu&rsquo;il appelait auparavant \u00abJe en tant qu&rsquo;intelligentsia\u00bb. L&rsquo;Absolu est identifi\u00e9 par Fichte \u00e0 l&rsquo;\u00catre ou \u00e0 la Vie, et la Connaissance s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre le \u00absch\u00e8me\u00bb de l&rsquo;\u00catre, son existence (Dasein). Parfois, Fichte se tournait vers la terminologie th\u00e9ologique et notait par exemple la concordance de l&rsquo;enseignement scientifique avec le prologue de l&rsquo;\u00c9vangile de Jean: \u00abAu commencement \u00e9tait la Parole, et la Parole \u00e9tait avec Dieu, et la Parole \u00e9tait Dieu.\u00bb La Parole est synonyme de Connaissance, refl\u00e9tant Dieu et en m\u00eame temps, dans un certain sens, identique \u00e0 Lui. Dans le m\u00eame temps, l\u2019accord de l\u2019enseignement scientifique avec les vues th\u00e9istes traditionnelles a toujours \u00e9t\u00e9 assez conditionnel. Le Dieu \u00abth\u00e9iste\u00bb classique est con\u00e7u sur le mod\u00e8le d&rsquo;un \u00eatre conscient et cr\u00e9atif individuel, tandis que chez Fichte, ni l&rsquo;Absolu (dont on sait seulement qu&rsquo;il est absolu), ni le Soi intelligent qui engendre le Soi fini et la nature, ou, pour utiliser La terminologie ult\u00e9rieure de Fichte, Connaissance impersonnelle, ne r\u00e9pond pas \u00e0 ces crit\u00e8res.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La doctrine de la morale.<\/strong> L&rsquo;inconscience du principe spirituel supra-individuel dans le syst\u00e8me de Fichte explique pourquoi il l&rsquo;a souvent caract\u00e9ris\u00e9 en termes non de Pens\u00e9e, mais de Volont\u00e9, anticipant les id\u00e9es d&rsquo;A. Schopenhauer. L\u2019accent mis sur l\u2019aspect volitionnel de l\u2019essence du monde refl\u00e8te \u00e9galement le profond int\u00e9r\u00eat de Fichte pour les questions \u00e9thiques. La doctrine de la morale s&rsquo;est d\u00e9velopp\u00e9e chez Fichte sous l&rsquo;influence des th\u00e9ories correspondantes de Kant. En m\u00eame temps, il tente de d\u00e9passer le dualisme kantien entre sensualit\u00e9 et volont\u00e9 rationnelle. La loi morale est la m\u00eame aspiration sensorielle, mais \u00e0 un niveau qualitativement nouveau. Conform\u00e9ment \u00e0 ce principe, Fichte propose une solution \u00e0 l&rsquo;un des probl\u00e8mes de l&rsquo;\u00e9thique kantienne, qui, semble-t-il, impose une interdiction de tirer du plaisir des bonnes actions (Kant appelle les actions qui sont de forme morale mais qui procurent un plaisir sensuel \u00abjuridiques\u00bb et non \u00abmoral\u00bb). Fichte consid\u00e8re qu&rsquo;il est possible pour une personne de remplir son devoir avec joie. Une autre diff\u00e9rence entre l&rsquo;\u00e9thique de Fichte et les constructions de Kant est que celui-ci a tent\u00e9 de s&rsquo;\u00e9loigner de l&rsquo;universalit\u00e9 abstraite de la loi morale de Kant. Sans abandonner la combinaison de la motivation morale avec les imp\u00e9ratifs universels de la raison pratique, Fichte soutenait en m\u00eame temps que chaque personne apporte sa propre contribution au mouvement du monde vers un \u00e9tat plus parfait. Cet apport s&rsquo;exprime par la notion de \u00abd\u00e9signation\u00bb d&rsquo;une personne particuli\u00e8re. Le caract\u00e8re unique de chaque individu garantit, selon Fichte, qu&rsquo;il ne sera pas d\u00e9truit apr\u00e8s la d\u00e9sint\u00e9gration du corps. Son am\u00e9lioration se poursuivra dans la vie future, bien que sous une forme diff\u00e9rente.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Philosophie sociale.<\/strong> Cependant, Fichte ne se limite pas aux discussions sur la signification transcendantale des actions morales. Il analyse \u00e9galement leurs conditions terrestres. Ainsi, il est s\u00fbr qu&rsquo;une personnalit\u00e9 libre ne peut se r\u00e9v\u00e9ler si d&rsquo;autres personnalit\u00e9s n&rsquo;existent pas. La loi morale pr\u00e9suppose \u00e9galement une pluralit\u00e9 de sujets moraux. Ainsi, comme Kant, l\u2019\u00e9thique de Fichte est \u00e9troitement li\u00e9e aux probl\u00e8mes de philosophie sociale et de philosophie de l\u2019histoire. Il a identifi\u00e9 cinq \u00e9tapes de l&rsquo;histoire humaine &#8211; 1) \u00abl&rsquo;innocence\u00bb, lorsque la raison appara\u00eet sous la forme d&rsquo;instinct, 2) \u00able d\u00e9but du p\u00e9ch\u00e9\u00bb, 3) le \u00abp\u00e9ch\u00e9 complet\u00bb, lorsque les gens abandonnent compl\u00e8tement la raison, 4) le \u00abd\u00e9but de la justification\u00bb et 5) \u00abune justification et une sanctification compl\u00e8tes\u00bb, \u00ablorsque l\u2019humanit\u00e9, d\u2019une main s\u00fbre et ferme, laisse d\u2019elle-m\u00eame l\u2019empreinte exacte de la raison\u00bb (1:2, 370). L\u2019introduction des id\u00e9aux de raison dans la vie publique est impossible sans la participation active de l\u2019\u00c9tat, m\u00eame si son r\u00f4le est en grande partie un r\u00f4le de service.<\/p>\n<p align=\"justify\">Les opinions sociopolitiques de Fichte ont consid\u00e9rablement chang\u00e9 au fil du temps. Au d\u00e9but, il exprimait des opinions proches de la th\u00e9orie de Locke selon laquelle l\u2019\u00c9tat \u00e9tait garant de la propri\u00e9t\u00e9, des droits et des libert\u00e9s des citoyens. Vers 1800, il parvint \u00e0 la conclusion que l\u2019\u00c9tat devait jouer un r\u00f4le plus actif dans la r\u00e9solution des probl\u00e8mes de propri\u00e9t\u00e9. L\u2019\u00c9tat doit d\u2019abord \u00abdonner \u00e0 chacun le sien, le mettre en possession de sa propri\u00e9t\u00e9, et ensuite seulement commencer \u00e0 la prot\u00e9ger\u00bb (1:2, 237). Fichte estime qu&rsquo;en mati\u00e8re de propri\u00e9t\u00e9, l&rsquo;\u00c9tat doit partir du principe de l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 de tous. Sur cette base, il construit une th\u00e9orie d&rsquo;un \u00c9tat id\u00e9al, proche des enseignements socialistes et rappelant en m\u00eame temps le mode de vie corporatif du Moyen \u00c2ge. L\u2019\u00c9tat, estime Fichte, devrait avoir des fonctions de contr\u00f4le plus importantes et planifier la production et la distribution. Seul le commerce international, se d\u00e9veloppant selon ses propres lois, peut interf\u00e9rer avec une \u00e9conomie planifi\u00e9e. Fichte propose donc de cr\u00e9er un \u00ab\u00c9tat commercial ferm\u00e9\u00bb, qui aurait le monopole des relations commerciales avec les autres pays. Dans sa derni\u00e8re p\u00e9riode, Fichte commen\u00e7a \u00e0 parler de plus en plus de la fonction religieuse de l\u2019\u00c9tat.<\/p>\n<p align=\"justify\">Fichte a eu une grande influence sur ses contemporains. Sa th\u00e8se sur l&rsquo;auto-fermeture, c&rsquo;est-\u00e0-dire essentiellement l&rsquo;herm\u00e9neutique, des syst\u00e8mes philosophiques a \u00e9t\u00e9 reprise par Schelling, Hegel, Feuerbach et m\u00eame Schopenhauer, qui, en paroles, ne voulaient rien avoir \u00e0 faire avec Fichte. Ils ont \u00e9tendu son sch\u00e9ma m\u00e9thodologique \u00e0 l&rsquo;existence elle-m\u00eame, \u00e0 laquelle \u00e9tait attribu\u00e9 le d\u00e9sir de compr\u00e9hension et de connaissance de soi. Non moins influente \u00e9tait son id\u00e9e d&rsquo;utiliser les contradictions pour faire avancer la pens\u00e9e dans les d\u00e9ductions philosophiques. Elle a \u00e9t\u00e9 pleinement d\u00e9velopp\u00e9e par Hegel dans sa doctrine de la m\u00e9thode sp\u00e9culative. Les r\u00e9flexions de Fichte sur la nature cr\u00e9atrice du moi furent un succ\u00e8s parmi les romantiques. Les marxistes reconnaissaient une certaine influence de la philosophie de Fichte en mettant l&rsquo;accent sur l&rsquo;activit\u00e9 du sujet. Mais la plus grande influence de Fichte fut, bien entendu, sur Friedrich Schelling.<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1. Fichte I.G.<\/em>\u00a0Travaux. T. 1-2, Saint-P\u00e9tersbourg, 1993.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2. Fichte I. G.<\/em>\u00a0Travaux : Travaux 1792-1801. M., 1995.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3.Fichte JG<\/em>\u00a0Gesamtausgabe der Bayerischen Akademie der Wissenschaften, hrsg. R. Lauth et. H. Gliwitzky. Stuttgart, 1964 et suiv.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4.<\/em>\u00a0La philosophie et la modernit\u00e9 de Gaidenko P. P. Fichte. M., 1979.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>5. Gaidenko P. P.<\/em>\u00a0Paradoxes de la libert\u00e9 dans les enseignements de Fichte. M., 1990.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6. Copleston F.C.<\/em>\u00a0De Fichte \u00e0 Nietzsche. M., 2004. P. 55-121.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>7.Kuznetsov V.N.<\/em>\u00a0Philosophie classique allemande. M., 2003. P. 116\u2014158.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8. Oyzerman T. I.<\/em>\u00a0Philosophie de Fichte. M., 1962.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>9.Jacobs GT<\/em>\u00a0Johann Gottlieb Fichte. Reinbek b. H., 1984.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>10.<\/em>\u00a0Th\u00e9orie de la subjectivit\u00e9 de Neuhouser F. Fichte. Cambridge, 1990.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>11.Rohs P.<\/em>\u00a0Johann Gottlieb Fichte. Munich, 1991.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Johann Gottlieb Fichte est n\u00e9 \u00e0 Rammenau en 1762 et a \u00e9tudi\u00e9 aux universit\u00e9s d&rsquo;I\u00e9na et de Leipzig. Sans dipl\u00f4me, il travaille quelque temps comme professeur au foyer \u00e0 Zurich. Le tournant du destin de Fichte fut sa connaissance en 1790 des \u0153uvres de Kant. 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