{"id":618,"date":"2024-06-22T13:44:00","date_gmt":"2024-06-22T10:44:00","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=618"},"modified":"2025-11-20T20:13:22","modified_gmt":"2025-11-20T17:13:22","slug":"schopenhauer","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/22\/schopenhauer\/","title":{"rendered":"Arthur Schopenhauer. Le monde comme spectacle. Comprendre la relation entre diff\u00e9rentes id\u00e9es"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">Arthur Schopenhauer est n\u00e9 \u00e0 Dantzig (aujourd&rsquo;hui Gdansk) en 1788 dans la famille d&rsquo;un riche homme d&rsquo;affaires et futur \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre. D\u00e9j\u00e0 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 17 ans de sa vie, se souvient-il, \u00absans aucune instruction scolaire, j&rsquo;\u00e9tais aussi submerg\u00e9 par le sentiment de tristesse du monde que Bouddha l&rsquo;\u00e9tait dans sa jeunesse, lorsqu&rsquo;il voyait la maladie, la vieillesse, la souffrance, la mort\u00bb (1:6, 222). En r\u00e9fl\u00e9chissant aux malheurs du monde, Schopenhauer \u00abarrivait \u00e0 la conclusion que ce monde ne pouvait pas \u00eatre l\u2019\u0153uvre d\u2019un \u00eatre tout bon, mais sans aucun doute l\u2019\u0153uvre d\u2019un diable qui faisait appel \u00e0 l\u2019existence de la cr\u00e9ature pour jouir du bien \u00bb. contemplation du tourment\u00bb (1:6, 222 ). Cette vision extr\u00eamement pessimiste fut bient\u00f4t modifi\u00e9e par Schopenhauer dans le sens o\u00f9 il commen\u00e7a \u00e0 affirmer que, bien que diverses catastrophes soient inextricablement li\u00e9es \u00e0 l\u2019existence m\u00eame du monde, ce monde lui-m\u00eame n\u2019est qu\u2019un moyen n\u00e9cessaire pour r\u00e9aliser le \u00abbien supr\u00eame\u00bb. Ce changement d\u2019orientation a \u00e9galement modifi\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation de Schopenhauer de l\u2019essence profonde du monde. D&rsquo;un d\u00e9but diabolique, cela s&rsquo;est transform\u00e9 en un d\u00e9but plut\u00f4t d\u00e9raisonnable, mais en qu\u00eate inconsciemment de connaissance de soi. Le monde sensoriel a perdu sa r\u00e9alit\u00e9 ind\u00e9pendante, apparaissant comme un cauchemar, r\u00e9v\u00e9lant le caract\u00e8re d\u00e9raisonnable de l\u2019essence du monde et poussant vers une \u00abmeilleure conscience\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/22\/histoire-de-la-philosophie-manuel-pour-les-universites-section-vi-philosophie-moderne-chapitre-1-schopenhauer\/shopengauer230624\/\" rel=\"attachment wp-att-820\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-820\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/shopengauer230624.jpg\" alt=\"\" width=\"796\" height=\"526\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/shopengauer230624.jpg 796w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/shopengauer230624-300x198.jpg 300w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/shopengauer230624-768x507.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 796px) 100vw, 796px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">Au fil du temps, ces pens\u00e9es ont acquis des contours de plus en plus clairs chez Schopenhauer. Mais cela ne signifie pas que, de ses id\u00e9es de jeunesse, Schopenhauer est all\u00e9 directement \u00e0 la cr\u00e9ation d&rsquo;un syst\u00e8me philosophique. Son chemin vers la philosophie n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 facile et il n&rsquo;a pas imm\u00e9diatement compris quelle \u00e9tait sa v\u00e9ritable vocation. Malgr\u00e9 son int\u00e9r\u00eat pour la science, sous l&rsquo;influence de son p\u00e8re, il d\u00e9cide de se lancer dans les affaires, mais peu apr\u00e8s la mort tragique de G. F. Schopenhauer en 1805, il abandonne cette voie et poursuit ses \u00e9tudes aux universit\u00e9s de G\u00f6ttingen et de Berlin, o\u00f9 il , en particulier, a suivi des cours chez G. E. Schulze et I. G. Fichte. Apr\u00e8s avoir soutenu sa th\u00e8se de doctorat et publi\u00e9 son texte intitul\u00e9 \u00abSur la quadruple racine de la loi de la raison suffisante\u00bb en 1813, Schopenhauer commen\u00e7a \u00e0 \u00e9crire le trait\u00e9 \u00abLe monde comme volont\u00e9 et repr\u00e9sentation\u00bb (1819). Apr\u00e8s avoir termin\u00e9 l&rsquo;ouvrage en 1818 et remis le manuscrit \u00e0 l&rsquo;\u00e9diteur, il part en voyage en Europe, puis en 1820 il est nomm\u00e9 privatdozent \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Berlin.<\/p>\n<p align=\"justify\">Schopenhauer a insist\u00e9 pour que son cours soit programm\u00e9 aux m\u00eames heures que celui de Hegel. Hegel, comme Fichte et Schelling, suscita son rejet total. Il les consid\u00e9rait comme des \u00absophistes\u00bb qui pervertissaient les grandes id\u00e9es de Kant et trompaient le public. Mais il \u00e9tait tr\u00e8s difficile de rivaliser avec Hegel. Les \u00e9tudiants n&rsquo;\u00e9taient pas int\u00e9ress\u00e9s par les enseignements de Schopenhauer et, les ann\u00e9es suivantes, il annula les cours en raison du petit nombre d&rsquo;\u00e9tudiants potentiels. Apr\u00e8s 1831, Schopenhauer rompit d\u00e9finitivement avec l&rsquo;universit\u00e9 et s&rsquo;installa apr\u00e8s un certain temps \u00e0 Francfort-sur-le-Main, o\u00f9 il passa les derni\u00e8res d\u00e9cennies de sa vie. Il s&rsquo;est isol\u00e9 des activit\u00e9s ext\u00e9rieures, se concentrant sur l&rsquo;explication des principales th\u00e8ses de \u00abLe monde comme volont\u00e9 et repr\u00e9sentation \u00bb. Au d\u00e9but, cela n&rsquo;a pas tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9, mais apr\u00e8s la publication du recueil d&rsquo;articles \u00ab Parerga et Paralipomena\u00bb en 1851, la situation a commenc\u00e9 \u00e0 changer<br \/>\n<a title=\"Au cours des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes, Schopenhauer a publi\u00e9 de petits ouvrages \u00ab De la volont\u00e9 dans la nature \u00bb (1836) et \u00ab Deux probl\u00e8mes fondamentaux de l'\u00e9thique \u00bb (1840, sur le titre - 1841) et a r\u00e9\u00e9dit\u00e9 \u00ab Le monde comme volont\u00e9 et repr\u00e9sentation \u00bb en 1844, en ajoutant un deuxi\u00e8me volume de son trait\u00e9 avec commentaires au premier.\"><sup>[39]<\/sup><\/a>. Schopenhauer avait des \u00e9tudiants et des adeptes, et il est devenu c\u00e9l\u00e8bre en tant que premier penseur de l&rsquo;Allemagne, \u00able nouveau Kaiser de la philosophie allemande\u00bb. Schopenhauer mourut en 1860 d&rsquo;une paralysie pulmonaire. Dans son dernier texte, une lettre \u00e9crite trois semaines avant sa mort, il appelait \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude de la Critique de la raison pure de Kant et soulignait l&rsquo;ind\u00e9cisibilit\u00e9 des questions m\u00e9taphysiques ultimes.<\/p>\n<p align=\"justify\">Schopenhauer \u00e9tait fier de l&rsquo;harmonie de son syst\u00e8me philosophique, expos\u00e9 dans \u00abLe monde comme volont\u00e9 et id\u00e9e\u00bb. Mais il a soulign\u00e9 qu\u2019il n\u2019avait jamais sp\u00e9cifiquement cherch\u00e9 \u00e0 cr\u00e9er un syst\u00e8me. Il \u00e9tait plut\u00f4t un philosophe aphoristique. \u00c0 l\u2019\u00e9coute du monde, il a captur\u00e9 ses v\u00e9rit\u00e9s et les a \u00abrefroidies\u00bb sous une forme conceptuelle. La coh\u00e9rence de ces v\u00e9rit\u00e9s se r\u00e9v\u00e9lait, selon Schopenhauer, d&rsquo;elle-m\u00eame. En m\u00eame temps, il n\u2019\u00e9tait pas un visionnaire et il comprenait fermement les le\u00e7ons critiques de la philosophie kantienne. Outre Kant, Schopenhauer a \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9 par Platon et la pens\u00e9e indienne ancienne.<\/p>\n<p align=\"justify\">La philosophie, disait Schopenhauer, commence par une prise de conscience du myst\u00e8re de l&rsquo;existence et vise \u00e0 r\u00e9soudre l&rsquo;\u00e9nigme du monde, en essayant de r\u00e9pondre \u00e0 la question de l&rsquo;essence du monde. Schopenhauer pensait que personne n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 aussi proche d\u2019une solution que lui.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La doctrine du monde comme repr\u00e9sentation.<\/strong>\u00a0Le monde, selon Schopenhauer, existe de deux mani\u00e8res : en tant que repr\u00e9sentation et en tant que chose en soi. Le monde comme repr\u00e9sentation est le monde tel qu&rsquo;il appara\u00eet au sujet humain, qui impose \u00e0 l&rsquo;essence du monde comme chose en soi des formes a priori de sensibilit\u00e9 et de raison, \u00e0 savoir l&rsquo;espace, le temps et la loi rationnelle de causalit\u00e9. Dans son interpr\u00e9tation du monde comme repr\u00e9sentation, Schopenhauer suit g\u00e9n\u00e9ralement Kant, acceptant les principales conclusions de sa doctrine de la sensibilit\u00e9 et de la compr\u00e9hension, tout en r\u00e9duisant consid\u00e9rablement le tableau des cat\u00e9gories de Kant. Une seule des douze cat\u00e9gories kantiennes, la cat\u00e9gorie de cause, est r\u00e9ellement demand\u00e9e pour la perception des ph\u00e9nom\u00e8nes. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;action de la loi de causalit\u00e9 correspondant \u00e0 cette cat\u00e9gorie, une personne corr\u00e8le les sensations subjectives avec les objets qui les g\u00e9n\u00e8rent dans l&rsquo;espace et le temps<br \/>\n<a title=\"La participation de la raison \u00e0 la perception permet \u00e0 Schopenhauer de parler de \u00ab l\u2019intellectualit\u00e9 \u00bb de la contemplation sensorielle.\"><sup>[40]<\/sup><\/a>. L&rsquo;apriorit\u00e9 de l&rsquo;espace et du temps est prouv\u00e9e par \u00abl&rsquo;impossibilit\u00e9 totale d&rsquo;\u00e9liminer de la pens\u00e9e\u00bb ces derniers, bien qu&rsquo;\u00abil soit tr\u00e8s facile d&rsquo;en \u00e9liminer tout ce qui y appara\u00eet\u00bb (1:2, 28).<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;espace et le temps illustrent l&rsquo;une des vari\u00e9t\u00e9s du principe de raison suffisante, \u00e0 savoir la loi du fondement de l&rsquo;existence, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;existence de leurs parties les unes par rapport aux autres (par exemple, le fondement de l&rsquo;existence du moment pr\u00e9sent dans le temps) est la fin de l&rsquo;existence du moment pr\u00e9c\u00e9dent). Les changements dans l&rsquo;espace et le temps se produisent selon la loi de la base de la formation, c&rsquo;est-\u00e0-dire la causalit\u00e9, et s&rsquo;il s&rsquo;agit de changements internes, alors selon la loi de la motivation, ou la base de l&rsquo;action. La connaissance de la relation entre diverses id\u00e9es s&rsquo;effectue selon la loi de la base de la connaissance, et la base ultime de la v\u00e9rit\u00e9 des id\u00e9es abstraites est leur enracinement dans les intuitions sensorielles.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais bien que les intuitions soient ainsi \u00abla premi\u00e8re source de toute \u00e9vidence\u00bb et m\u00eame\u00a0 la v\u00e9rit\u00e9 absolue\u00bb (1:1, 73), le monde donn\u00e9 dans ces intuitions est loin d\u2019\u00eatre absolu. La loi de la raison qui y pr\u00e9vaut, note Schopenhauer, souligne pr\u00e9cis\u00e9ment son manque d&rsquo;autosuffisance. Apr\u00e8s tout, cette loi d\u00e9montre la conditionnalit\u00e9 de toute partie du monde qui a besoin d\u2019autre chose pour son existence et qui n\u2019a donc pas sa propre existence. Et cela ne s\u2019applique pas uniquement \u00e0 certaines r\u00e9gions du monde. Le monde des ph\u00e9nom\u00e8nes dans son ensemble n\u2019est pas non plus ind\u00e9pendant: il n\u2019existe que dans l\u2019imagination du Soi.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La doctrine du monde comme Volont\u00e9.<\/strong> Mais le monde n\u2019est pas seulement une repr\u00e9sentation, il est quelque chose en soi. La sortie vers la chose en soi est dans la personne elle-m\u00eame. Apr\u00e8s tout, une personne se conna\u00eet non seulement de l&rsquo;ext\u00e9rieur, mais aussi de l&rsquo;int\u00e9rieur. De l\u2019ext\u00e9rieur, il appara\u00eet comme un corps, un m\u00e9canisme biologique complexe dot\u00e9 de nombreux organes et fonctions. Chez d\u2019autres personnes, nous ne voyons que cette enveloppe ext\u00e9rieure. Mais nous remarquons quelque chose de plus en nous-m\u00eames. Chacun de nous remarque, par exemple, que le mouvement de ses bras et d\u2019autres parties du corps s\u2019accompagne g\u00e9n\u00e9ralement d\u2019une sorte d\u2019effort interne. De tels \u00e9tats sont appel\u00e9s actes volontaires. Ils ne peuvent \u00eatre contempl\u00e9s \u00e0 l\u2019aide des sens ext\u00e9rieurs; ils ne sont pas localis\u00e9s dans l\u2019espace.<\/p>\n<p align=\"justify\">Schopenhauer \u00e9tait convaincu que la conscience de toutes ces circonstances permet de comprendre que les mouvements corporels sont ce qu&rsquo;on appelle les \u00abobjectivations\u00bb des actes de volont\u00e9. Ces derniers ne sont pas du tout les causes de ces mouvements, comme on l&rsquo;affirme parfois \u00e0 tort. Ce sont les m\u00eames mouvements, vus seulement de l\u2019int\u00e9rieur, seuls.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cependant, Schopenhauer ne pr\u00e9tendait toujours pas que les actes de volont\u00e9 correspondent exactement au niveau de l&rsquo;homme en tant que chose en soi. Apr\u00e8s tout, ces actes se produisent dans le temps, et le temps est une forme de sentiment int\u00e9rieur, qui nous r\u00e9v\u00e8le \u00e0 nouveau les ph\u00e9nom\u00e8nes et non les choses en elles-m\u00eames. Et pourtant, c\u2019est le sentiment int\u00e9rieur qui nous permet de supposer, estime Schopenhauer, comment les choses elles-m\u00eames fonctionnent. Apr\u00e8s tout, ses objets leur sont plus proches que les objets mat\u00e9riels, s\u00e9par\u00e9s des choses en elles-m\u00eames non seulement par le voile du temps, mais aussi de l&rsquo;espace.<\/p>\n<p align=\"justify\">En un mot, les choses en elles-m\u00eames, si tant est qu&rsquo;on puisse en parler, doivent \u00eatre d\u00e9crites en termes de volont\u00e9. Chacun de nous ne trouve qu\u2019en lui-m\u00eame un acc\u00e8s direct \u00e0 la chose en soi. Mais l\u2019hypoth\u00e8se est tout \u00e0 fait justifi\u00e9e que d\u2019autres choses, et pas seulement notre corps, ont leur propre existence essentielle, une nature volontaire. De plus, la structure harmonieuse du monde nous permet de parler de son essence unique, qui peut \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9e comme la Volont\u00e9 du monde.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quelle est la Volont\u00e9 du monde? La volont\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral est une sorte de d\u00e9sir. Dans la vie humaine, il s\u2019agit g\u00e9n\u00e9ralement du d\u00e9sir d\u2019atteindre un objectif. Cet objectif n\u2019existe pas r\u00e9ellement, mais appara\u00eet seulement. La repr\u00e9sentation est une question d&rsquo;intellect. Mais l\u2019intellect, Schopenhauer en est s\u00fbr, n\u2019accompagne pas n\u00e9cessairement la volont\u00e9. Elle est associ\u00e9e \u00e0 une organisation corporelle particuli\u00e8re, \u00e0 savoir la pr\u00e9sence d\u2019un syst\u00e8me nerveux d\u00e9velopp\u00e9. Essentiellement, l&rsquo;intellect (qui inclut chez une personne la capacit\u00e9 de repr\u00e9sentations visuelles, ou de contemplation, c&rsquo;est-\u00e0-dire la sensualit\u00e9, la raison et la capacit\u00e9 de repr\u00e9sentations abstraites &#8211; la raison) est l&rsquo;une des vari\u00e9t\u00e9s de la Volont\u00e9, \u00e0 savoir la soi-disant \u00abvolont\u00e9 \u00e0 la connaissance.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">En d\u2019autres termes, la Volont\u00e9 en tant que telle ne n\u00e9cessite pas d\u2019intellect. Elle se d\u00e9brouille sans lui, \u00e9tant un d\u00e9sir aveugle et sans fin. L&rsquo;essence du monde est donc d\u00e9pourvue de principe rationnel. Elle est sombre et irrationnelle. Il n\u2019est pas surprenant que le monde qu\u2019il cr\u00e9e soit une ar\u00e8ne d\u2019horreur et de souffrance sans fin. On ne peut que s&rsquo;\u00e9tonner de la na\u00efvet\u00e9 de certains philosophes qui consid\u00e9raient qu&rsquo;il s&rsquo;agissait du meilleur des mondes possibles. En fait, c&rsquo;est le pire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Des caract\u00e9ristiques comme celle ci-dessus apparaissent en abondance tout au long des pages des \u0153uvres de Schopenhauer. Et pourtant, \u00e0 y regarder de plus pr\u00e8s, il s\u2019av\u00e8re que sa position n\u2019est pas aussi tranch\u00e9e. Premi\u00e8rement, le monde de la Volont\u00e9 n\u2019est en aucun cas quelque chose de compl\u00e8tement irrationnel. Apr\u00e8s tout, la raison est l\u2019une de ses cr\u00e9ations. Deuxi\u00e8mement, il est n\u00e9cessaire de distinguer le monde des ph\u00e9nom\u00e8nes, dans lequel se d\u00e9roule une lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour l\u2019existence, du monde magnifique des \u00abid\u00e9es platoniciennes\u00bb, qui sont des objectivations directes de la Volont\u00e9 unie.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>La doctrine des id\u00e9es et la philosophie naturelle.<\/strong> La doctrine des id\u00e9es est l\u2019un des blocs les plus importants de la m\u00e9taphysique de Schopenhauer. Il est utilis\u00e9 par lui en esth\u00e9tique, ainsi qu&rsquo;en philosophie de la nature. La nature est l\u2019existence d\u2019objets spatio-temporels r\u00e9gie par des lois. Mais ces objets sont loin d\u2019\u00eatre homog\u00e8nes. Au contraire, ils nous \u00e9tonnent par leur diversit\u00e9. En r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 ses origines, Schopenhauer est arriv\u00e9 \u00e0 la conclusion que les principaux principes \u00abmultiplicateurs\u00bb \u00e9taient l\u2019espace et le temps. En fait, une chose de m\u00eame qualit\u00e9 peut \u00eatre reproduite un nombre illimit\u00e9 de fois dans d\u2019autres parties de l\u2019espace et du temps.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais dans la nature, il existe \u00e9galement une diversit\u00e9 qualitative, dont les composants essentiels sont divers types d&rsquo;organismes vivants, ainsi que diverses vari\u00e9t\u00e9s de substances inorganiques. Ces derniers, cependant, sont d\u00e9pourvus de caract\u00e9ristiques individualisantes, \u00e9tant des manifestations de forces naturelles fondamentales. Ainsi, la diversit\u00e9 de l&rsquo;existence naturelle peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e, selon Schopenhauer, comme le r\u00e9sultat de l&rsquo;imposition de l&rsquo;espace et du temps comme formes a priori de sensibilit\u00e9 de sujets finis sur l&rsquo;ensemble des forces originelles de la nature, formant une sorte de structure hi\u00e9rarchique, qui repose sur les forces d\u2019attraction et de r\u00e9pulsion sur lesquelles repose la puissance chimique, qui \u00e0 son tour sert de fondement \u00e0 la \u00abforce vitale\u00bb. La force vitale en tant que telle est une abstraction. Ce qui a de la r\u00e9alit\u00e9, ce sont ses sp\u00e9cifications sp\u00e9cifiques, qui fondent les esp\u00e8ces biologiques, comme dans le r\u00e8gne animal, ou encore les individus, comme chez l&rsquo;homme.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour justifier ce sch\u00e9ma, Schopenhauer a d\u00fb clarifier le statut ontologique des forces naturelles mentionn\u00e9es ci-dessus. Ici, il avait besoin de la doctrine des id\u00e9es. Chaque force fondamentale de la nature correspond \u00e0 un certain mod\u00e8le, une \u00abid\u00e9e platonicienne\u00bb, existant en dehors de l\u2019espace et du temps dans la repr\u00e9sentation d\u2019un certain sujet, appel\u00e9 par Schopenhauer \u00abl\u2019\u0153il \u00e9ternel du monde\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il est \u00e9vident que \u00abl&rsquo;\u0153il \u00e9ternel du monde\u00bb n&rsquo;est pas identique aux sujets finis repr\u00e9sentant le monde dans l&rsquo;espace et le temps, m\u00eame si ces sujets, comme nous le verrons, peuvent parfois adopter son point de vue. Mais ils ont aussi quelque chose en commun: les objets qu&rsquo;ils contemplent, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;id\u00e9es ou de ph\u00e9nom\u00e8nes spatio-temporels, n&rsquo;existent pas en eux-m\u00eames, mais d\u00e9pendent de sujets, qui, \u00e0 leur tour, ne peuvent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme de v\u00e9ritables substances, c&rsquo;est-\u00e0-dire des entit\u00e9s ind\u00e9pendantes, et ils ne peuvent \u00eatre reconnus que comme ayant une existence corr\u00e9lative avec les objets. Tout cela, selon Schopenhauer, signifie que le monde actuel tout entier n\u2019est qu\u2019une illusion, Maya, un long r\u00eave, \u00e9crit Schopenhauer, cet \u00ab\u00eatre unique\u00bb voit un \u00abgrand r\u00eave\u00bb qu\u2019il voit r\u00eave afin que \u00abensemble tous les participants au r\u00eave le voient avec lui\u00bb (1:4, 165).<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais si le sommeil de \u00abl&rsquo;esprit du monde\u00bb lui montre une image apaisante d&rsquo;id\u00e9es comme objectifications directes de la Volont\u00e9, o\u00f9 r\u00e8gnent l&rsquo;harmonie et l&rsquo;ordre, alors les longs r\u00eaves de sujets finis, qu&rsquo;ils appellent la vie r\u00e9elle, sont v\u00e9ritablement cauchemardesques. La vie, selon Schopenhauer, est une s\u00e9rie de souffrances qui se remplacent. Cependant, seules les cr\u00e9atures dot\u00e9es d&rsquo;intelligence souffrent. Mais les causes ontologiques de la souffrance impr\u00e8gnent tout ce qui existe et sont enracin\u00e9es dans les \u00abprincipes d&rsquo;individuation\u00bb: l&rsquo;espace et le temps. L&rsquo;espace cr\u00e9e les conditions d&rsquo;une multiplication illimit\u00e9e des individus correspondant \u00e0 l&rsquo;une ou l&rsquo;autre id\u00e9e \u00e9ternelle. Mais il y a beaucoup d&rsquo;id\u00e9es, et dans une telle situation se pose in\u00e9vitablement le probl\u00e8me du manque de mati\u00e8re, qui se r\u00e9sout dans une bataille de tous contre tous. La lutte pour l&rsquo;existence donne lieu au d\u00e9placement des formes primitives par des formes sup\u00e9rieures, \u00e0 toute une s\u00e9rie de r\u00e9volutions naturelles, conduisant d&rsquo;abord \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de la vie, puis \u00e0 l&rsquo;objectivation la plus \u00e9lev\u00e9e de la Volont\u00e9 mondiale (qui, de par sa direction, peut \u00eatre appel\u00e9 la Volont\u00e9 de Vie) &#8211; l&rsquo;homme.<\/p>\n<p align=\"justify\">La force d&rsquo;une personne r\u00e9side dans son intellect. L&rsquo;intellect est g\u00e9n\u00e9ralement au service des aspirations volontaires, et plus il est fort, plus la cr\u00e9ature qui le poss\u00e8de peut lutter avec succ\u00e8s pour sa survie. En revanche, le niveau de d\u00e9veloppement du renseignement est directement proportionnel au degr\u00e9 de sensibilit\u00e9 du sujet aux catastrophes et aux souffrances. Il s\u2019av\u00e8re que la plus viable de toutes les cr\u00e9atures, l\u2019homme, est la plus consciente du fardeau de son existence.<\/p>\n<p align=\"justify\">Schopenhauer consid\u00e8re qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;un paradoxe, mais d&rsquo;une cons\u00e9quence naturelle de l&rsquo;enracinement du monde dans la Volont\u00e9 irrationnelle. Une telle Volont\u00e9 ne peut que donner lieu \u00e0 de la souffrance, et son essence doit se manifester le plus clairement dans sa cr\u00e9ation la plus \u00e9lev\u00e9e, l&rsquo;homme. Bien entendu, Schopenhauer comprend qu\u2019en tant qu\u2019\u00eatre rationnel, capable de pr\u00e9voir l\u2019avenir, l\u2019homme peut essayer de se faciliter la vie et de minimiser les souffrances. L&rsquo;un des moyens d&rsquo;atteindre cet objectif est l&rsquo;\u00c9tat, ainsi que la culture mat\u00e9rielle et juridique. Schopenhauer ne nie pas que le d\u00e9veloppement de l&rsquo;industrie et d&rsquo;autres facteurs culturels conduisent \u00e0 un adoucissement des m\u0153urs et \u00e0 une diminution de la violence. Mais la nature m\u00eame de l\u2019homme emp\u00eache son bonheur universel. Apr\u00e8s tout, selon Schopenhauer, le bonheur ou le plaisir sont des concepts purement n\u00e9gatifs. Le plaisir est toujours associ\u00e9 \u00e0 la cessation de la souffrance. Autrement dit, une personne ne peut \u00eatre heureuse qu&rsquo;au moment de se lib\u00e9rer de certaines difficult\u00e9s. Et s&rsquo;il n&rsquo;y a plus de difficult\u00e9s dans sa vie, alors \u00e0 leur place r\u00e8gne un ennui mortel, le plus s\u00e9v\u00e8re de tous les tourments. En d\u2019autres termes, tout effort visant \u00e0 rendre les gens heureux est vou\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chec et ne fait qu\u2019obscurcir leur v\u00e9ritable vocation.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais quelle est cette v\u00e9ritable vocation? Schopenhauer croit au d\u00e9ni de la volont\u00e9. L&rsquo;homme est la seule cr\u00e9ature capable d&rsquo;aller \u00e0 l&rsquo;encontre du cours naturel des \u00e9v\u00e9nements, de cesser d&rsquo;\u00eatre un jouet de la Volont\u00e9 mondiale et de diriger cette Volont\u00e9 contre elle-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">La capacit\u00e9 d\u2019une personne \u00e0 se rebeller contre la Volont\u00e9 n\u2019est pas une sorte d\u2019accident. Bien que les manifestations de la Volont\u00e9 soient conformes aux lois, la Volont\u00e9 elle-m\u00eame est sans fondement, ce qui signifie qu&rsquo;elle est libre et peut, en principe, se nier. Mais avant de reculer, elle doit faire face \u00e0 son essence sombre. L&rsquo;homme agit comme une sorte de miroir de la Volont\u00e9 du monde, et c&rsquo;est \u00e0 travers l&rsquo;homme que se produit l&rsquo;auto-n\u00e9gation (partielle) de cette derni\u00e8re. En tant qu\u2019objectivation la plus \u00e9lev\u00e9e du libre arbitre, il est capable de briser les cha\u00eenes de la n\u00e9cessit\u00e9 et de manifester la libert\u00e9 dans un monde o\u00f9 son existence semble presque impossible. Renoncer \u00e0 sa volont\u00e9 peut prendre plusieurs formes. La premi\u00e8re et la plus \u00e9ph\u00e9m\u00e8re d\u2019entre elles est la contemplation esth\u00e9tique. Une personne dans un tel \u00e9tat de contemplation lib\u00e8re temporairement l&rsquo;intellect de servir les int\u00e9r\u00eats de sa volont\u00e9, quitte la sph\u00e8re spatio-temporelle de l&rsquo;existence individualis\u00e9e et repr\u00e9sente les choses dans leur forme essentielle, sous forme d&rsquo;id\u00e9es.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Notion esth\u00e9tique.<\/strong>\u00a0Le passage \u00e0 une position esth\u00e9tique, d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e, mais accompagn\u00e9e de plaisirs purs particuliers, peut se produire \u00e0 tout moment, puisque toutes choses sont impliqu\u00e9es dans des id\u00e9es et peuvent faire l&rsquo;objet d&rsquo;une \u00e9valuation esth\u00e9tique. Mais les plus appropri\u00e9es \u00e0 cet effet sont les \u0153uvres d\u2019art r\u00e9alis\u00e9es pr\u00e9cis\u00e9ment pour faciliter la contemplation esth\u00e9tique. Ils sont cr\u00e9\u00e9s par des g\u00e9nies, des personnes qui ont un exc\u00e8s de capacit\u00e9s intellectuelles et qui, par cons\u00e9quent, non seulement passent facilement de la contemplation des choses \u00e0 la contemplation des id\u00e9es, mais peuvent \u00e9galement reproduire les r\u00e9sultats de ces contemplations sous une forme qui facilite de telles contemplations chez d&rsquo;autres personnes. .<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c9tant donn\u00e9 que les \u0153uvres d&rsquo;art expriment certaines id\u00e9es et que le monde des id\u00e9es a une structure hi\u00e9rarchique complexe, Schopenhauer consid\u00e8re que le raisonnement sur la valeur relative de divers arts est justifi\u00e9. L&rsquo;art de base est l&rsquo;architecture. En gros, elle se caract\u00e9rise par \u00abun seul d\u00e9sir: mettre en pleine clart\u00e9 certaines de ces id\u00e9es qui repr\u00e9sentent les degr\u00e9s inf\u00e9rieurs de l&rsquo;objectivit\u00e9 de la volont\u00e9, \u00e0 savoir la lourdeur, la coh\u00e9sion, l&rsquo;inertie, la duret\u00e9, ces propri\u00e9t\u00e9s g\u00e9n\u00e9rales de la pierre, ces &#8230; les basses g\u00e9n\u00e9rales de la nature, et puis, avec elles, la lumi\u00e8re\u00bb (1:1, 188). Un compl\u00e9ment naturel \u00e0 l\u2019architecture est l\u2019art de l\u2019hydraulique, qui joue sur la fluidit\u00e9 de la mati\u00e8re. Un niveau plus \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;objectivation de la Volont\u00e9, de la vie v\u00e9g\u00e9tale, correspond \u00e0 l&rsquo;art des parcs ainsi qu&rsquo;\u00e0 la peinture de paysages. \u00abUn niveau encore plus \u00e9lev\u00e9 est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 par la repr\u00e9sentation picturale et sculpturale des animaux\u00bb (1:1, 188). Mais<\/p>\n<p align=\"justify\">Le sujet principal de l\u2019art est l\u2019homme. Dans sa repr\u00e9sentation, l&rsquo;artiste doit maintenir un \u00e9quilibre dans la repr\u00e9sentation de propri\u00e9t\u00e9s de nature sp\u00e9cifique et individuelle. La po\u00e9sie exprime le mieux la nature humaine. Il s\u2019agit d\u2019un art diversifi\u00e9, mais l\u2019image la plus dynamique et la plus ad\u00e9quate de la nature humaine est bien entendu donn\u00e9e par la trag\u00e9die. Le type parfait de trag\u00e9die, selon Schopenhauer, doit \u00eatre reconnu comme celui dans lequel la souffrance des gens appara\u00eet non pas comme le r\u00e9sultat du hasard ou d&rsquo;une malice exceptionnelle de certains individus, mais comme la cons\u00e9quence de lois in\u00e9vitables, lorsque \u00abaucun camp ne s&rsquo;en sort avoir exclusivement tort\u00bb (1:1, 221).<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Schopenhauer, la musique occupe une place particuli\u00e8re parmi les arts. Si d&rsquo;autres arts refl\u00e8tent principalement des id\u00e9es individuelles, alors la musique est \u00abl&rsquo;objectivation directe et l&#8217;empreinte de la Volont\u00e9 enti\u00e8re, comme le monde lui-m\u00eame, comme les id\u00e9es dont l&rsquo;apparition multiple constitue le monde des choses individuelles\u00bb (1:1, 224).<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Enseignement \u00e9thique.<\/strong>\u00a0Plus radical encore que dans le cas de la contemplation esth\u00e9tique, le d\u00e9passement du monde de l&rsquo;individuation d\u00e9montre, selon Schopenhauer, une conscience morale. Il consid\u00e8re la compassion comme la principale et, par essence, la seule source de moralit\u00e9. La compassion est un \u00e9tat dans lequel une personne accepte la souffrance d&rsquo;autrui comme la sienne. M\u00e9taphysiquement, la compassion ne peut s\u2019expliquer que sur la base de l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019unit\u00e9 profonde de tous les peuples de la Volont\u00e9 du monde. En fait, en acceptant la souffrance d\u2019autrui comme mienne, il me semble supposer que, sur un plan essentiel, je ne suis pas diff\u00e9rent de l\u2019autre, mais que je co\u00efncide avec lui. La prise de conscience de cette circonstance d\u00e9truit l&rsquo;\u00e9go\u00efsme caract\u00e9ristique d&rsquo;une attitude envers la r\u00e9alit\u00e9 des diff\u00e9rences individuelles.<\/p>\n<p align=\"justify\">Schopenhauer tente de montrer que la compassion est le fondement de deux vertus fondamentales: la justice et la philanthropie. La philanthropie pousse le sujet \u00e0 soulager activement la souffrance d\u2019autrui, et la justice s\u2019av\u00e8re \u00e9quivaloir \u00e0 l\u2019exigence de ne pas lui faire souffrir, c\u2019est-\u00e0-dire de ne pas lui nuire. Toutes les autres vertus d\u00e9coulent de ces deux-l\u00e0.<\/p>\n<p align=\"justify\">\u00c0 premi\u00e8re vue, l&rsquo;interpr\u00e9tation de Schopenhauer du comportement moral et sa haute appr\u00e9ciation de la vie vertueuse ne s&rsquo;harmonisent pas bien avec son raisonnement sur la n\u00e9cessit\u00e9 de nier la Volont\u00e9 de vivre. Apr\u00e8s tout, une personne morale soulage la souffrance des autres, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elle s&rsquo;efforce de les rendre heureux, favorisant ainsi la volont\u00e9 de vivre et ne supprimant pas du tout ses aspirations. Schopenhauer estime cependant que c&rsquo;est une personne morale qui peut pleinement comprendre la profondeur et le caract\u00e8re in\u00e9vitable de la souffrance des \u00eatres rationnels. Un \u00e9go\u00efste peut d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre construire son propre bien-\u00eatre et, oubliant les horreurs de la vie des autres, parler d&rsquo;optimisme. Pour une personne morale, cette possibilit\u00e9 est compl\u00e8tement ferm\u00e9e. T\u00f4t ou tard, il devra adopter une position de pessimisme philosophique et se rendre compte de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une action plus d\u00e9cisive pour se lib\u00e9rer, ainsi que les autres, du cycle des d\u00e9sastres de la vie.<\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019essence de cette voie radicale s\u2019exprime dans la pratique asc\u00e9tique de l\u2019homme, c\u2019est-\u00e0-dire sa lutte avec sa propre volont\u00e9 individuelle en limitant le fonctionnement de son objectivation, \u00e0 savoir le corps et ses organes. Schopenhauer appelle \u00abla volupt\u00e9 dans l&rsquo;acte de copulation\u00bb la plus pure r\u00e9v\u00e9lation de la volont\u00e9 de vivre (1:6, 152). Par cons\u00e9quent, la premi\u00e8re \u00e9tape sur le chemin du renoncement \u00e0 la volont\u00e9 est la chastet\u00e9. Mais bien que la volont\u00e9 de vivre soit concentr\u00e9e dans les organes g\u00e9nitaux, son objectivation concerne le corps tout entier. La lutte contre cette volont\u00e9 doit donc consister en la suppression syst\u00e9matique des impulsions corporelles. La prochaine \u00e9tape de l&rsquo;asc\u00e9tisme apr\u00e8s la pacification de l&rsquo;instinct sexuel est \u00abla pauvret\u00e9 volontaire et d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e\u00bb (1:1, 325). Id\u00e9alement, un asc\u00e8te devrait mourir de faim. La famine est le seul type de suicide que Schopenhauer est pr\u00eat \u00e0 admettre. La question de la l\u00e9galit\u00e9 du suicide se pose naturellement lorsqu\u2019on consid\u00e8re ses opinions. \u00c0 premi\u00e8re vue, Schopenhauer devrait en accueillir d\u2019autres vari\u00e9t\u00e9s. Apr\u00e8s tout, si le corps est corr\u00e9latif \u00e0 la volont\u00e9 individuelle, alors la mani\u00e8re la plus simple de nier la volont\u00e9 est la cessation imm\u00e9diate de l\u2019existence du corps. Mais Schopenhauer ne partage pas cette position. Il qualifie le suicide \u00abclassique\u00bb de \u00abchef-d\u2019\u0153uvre de Maya\u00bb, de ruse de la Volont\u00e9 du monde. Le fait est qu\u2019un suicide ne renonce pas \u00e0 la volont\u00e9 de vivre, mais seulement \u00e0 la vie elle-m\u00eame. Il aime la vie, mais quelque chose ne fonctionne pas et il d\u00e9cide de r\u00e9gler ses comptes avec elle. Un vrai nihiliste d\u00e9teste la vie et n&rsquo;est donc pas press\u00e9 de s&rsquo;en s\u00e9parer. Cela semble paradoxal, mais la situation peut \u00eatre clarifi\u00e9e par la doctrine de Schopenhauer sur l&rsquo;existence posthume.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le sujet de l&rsquo;existence posthume occupait s\u00e9rieusement Schopenhauer. Il niait r\u00e9solument la possibilit\u00e9 de pr\u00e9server la soi-disant \u00abidentit\u00e9 personnelle\u00bb apr\u00e8s la destruction du corps, c&rsquo;est-\u00e0-dire de l&rsquo;individu Je avec tous ses souvenirs. Le caract\u00e8re cat\u00e9gorique s&rsquo;expliquait par le fait que Schopenhauer associait les qualit\u00e9s intellectuelles d&rsquo;un individu aux processus physiologiques du cerveau. La destruction du cerveau avec cette approche signifie la destruction compl\u00e8te de la personnalit\u00e9. En revanche, le \u00abcaract\u00e8re intelligible\u00bb de chaque personne (sa volont\u00e9 unique comme chose en soi) n\u2019est pas sujet \u00e0 la corruption. Cela signifie qu&rsquo;il est conserv\u00e9 apr\u00e8s la d\u00e9sint\u00e9gration du corps, et d&rsquo;un point de vue ext\u00e9rieur, tout semble exister pendant un certain temps sans intellect: la volont\u00e9 de connaissance, bien s\u00fbr, demeure, mais non r\u00e9alis\u00e9e. Cependant, au fil du temps, ce personnage se retrouve dans une nouvelle carapace intellectuelle.<\/p>\n<p align=\"justify\">D&rsquo;un point de vue empirique, la nouvelle personnalit\u00e9 appara\u00eet compl\u00e8tement diff\u00e9rente de l&rsquo;ancienne. C\u2019est en partie vrai: c\u2019est un exemple de la mani\u00e8re dont le temps peut \u00eatre un principe d\u2019individuation. Et pourtant, le lien entre ces individus est ind\u00e9niable. Schopenhauer refuse cependant de parler de m\u00e9tempsycose, c&rsquo;est-\u00e0-dire de \u00abla transition de la soi-disant \u00e2me enti\u00e8re dans un autre corps\u00bb, pr\u00e9f\u00e9rant appeler sa th\u00e9orie \u00abpaling\u00e9n\u00e9sie\u00bb, par laquelle il entendait \u00abla d\u00e9composition et la nouvelle formation de l&rsquo;individu\u00bb et il ne reste que sa volont\u00e9, qui, prenant la forme d&rsquo;un \u00eatre nouveau, re\u00e7oit un nouvel intellect\u00a0 (1:5, 214).<\/p>\n<p align=\"justify\">Aujourd\u2019hui, la question du suicide devient vraiment plus claire. Un suicide ordinaire nie la vie, mais pas la volont\u00e9 de vivre. Par cons\u00e9quent, son caract\u00e8re intelligible se manifeste \u00e0 nouveau bient\u00f4t. L&rsquo;asc\u00e8te \u00e9crase m\u00e9thodiquement la volont\u00e9 de vivre et tombe hors de la roue de la renaissance.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais qu\u2019est-ce qui attend une personne apr\u00e8s avoir ni\u00e9 la volont\u00e9 de vivre? C\u2019est \u00e9videmment une question des plus difficiles. Il est seulement clair que bien qu&rsquo;\u00e0 premi\u00e8re vue l&rsquo;asc\u00e8te m\u00e8ne une vie pleine de souffrance, et s&rsquo;efforce m\u00eame consciemment d&rsquo;y parvenir, il n&rsquo;est pas \u00e9puis\u00e9 par la souffrance, car \u00abcelui en qui est n\u00e9 le d\u00e9ni de la volont\u00e9 de vivre&#8230; est impr\u00e9gn\u00e9 d\u2019une joie int\u00e9rieure et d\u2019une paix v\u00e9ritablement c\u00e9leste\u00bb (1:1, 331). On peut donc supposer que l\u2019extinction compl\u00e8te de la volont\u00e9 de vivre allumera une lumi\u00e8re nouvelle et incompr\u00e9hensible dans le caract\u00e8re intelligible de l\u2019homme. L\u2019\u00e9tat qui surgit apr\u00e8s le refus de la volont\u00e9 de vivre pourrait \u00eatre d\u00e9crit comme \u00abl\u2019extase, l\u2019admiration, l\u2019illumination, l\u2019union avec Dieu\u00bb (1:1, 348). Cependant, ce ne sont plus des caract\u00e9ristiques philosophiques: \u00abRestant du point de vue de la philosophie, il faut ici se contenter de connaissances n\u00e9gatives\u00bb (1:1, 348). Cette r\u00e9serve de Schopenhauer n&rsquo;est pas fortuite: \u00abBien que dans la conclusion de ma philosophie j&rsquo;aie soulign\u00e9 le domaine de l&rsquo;illuminisme comme un fait existant\u00bb, \u00e9crit-il, \u00abmais j&rsquo;ai pris soin de ne pas faire un pas de plus vers lui. &#8230; Je n&rsquo;ai atteint que les limites qu&rsquo;il est possible d&rsquo;atteindre sur terre.\u00bb (1:5, 10). En fait, la r\u00e9ponse philosophique \u00e0 la question de l\u2019\u00e9tat de la volont\u00e9 apr\u00e8s son extinction est qu\u2019elle doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme rien. N\u00e9anmoins, c&rsquo;est la philosophie qui montre la possibilit\u00e9 d&rsquo;interpr\u00e9ter ce Rien non pas dans un sens absolu, mais dans un sens relatif, ainsi que d&rsquo;utiliser l&rsquo;exp\u00e9rience illuminative pour le caract\u00e9riser. Apr\u00e8s tout, le monde en tant que chose en soi n\u2019est pas enti\u00e8rement identique \u00e0 la Volont\u00e9 de vivre. S\u2019il en \u00e9tait ainsi, sa n\u00e9gation produirait le pur N\u00e9ant. En fait, la chose en elle-m\u00eame n\u2019est appel\u00e9e Volont\u00e9 que par sa manifestation la plus directe. Il pourrait donc avoir d\u2019autres propri\u00e9t\u00e9s, et l\u2019extinction de la volont\u00e9 de vivre pourrait conduire \u00e0 leur d\u00e9couverte. En outre, la philosophie souligne que la d\u00e9couverte de ces propri\u00e9t\u00e9s ne peut \u00eatre pens\u00e9e dans des cat\u00e9gories sujet-objet. Si l\u2019exp\u00e9rience illuminative est possible, alors c\u2019est une exp\u00e9rience dans laquelle la distinction entre sujet et objet dispara\u00eet. Enfin, la philosophie explique que l\u2019auto-n\u00e9gation de la volont\u00e9 individuelle en tant que chose en soi n\u2019est pas identique \u00e0 l\u2019extinction de la Volont\u00e9 mondiale dans son ensemble. Apr\u00e8s tout, la volont\u00e9 individuelle, en tant que chose en soi, n&rsquo;est qu&rsquo;un des actes diff\u00e9renci\u00e9s de cette Volont\u00e9. En d\u2019autres termes, le saint se rend au nirvana, mais pas au monde entier. Cependant, les saints ne sont pas les seuls \u00e0 aller au nirvana. Schopenhauer honore \u00e9galement de ce sort les h\u00e9ros, c&rsquo;est-\u00e0-dire les personnes qui se sont battues pour le bien commun, mais qui n&rsquo;ont pas gagn\u00e9 la gratitude du peuple.<\/p>\n<p align=\"justify\">Cette caract\u00e9risation des h\u00e9ros semblait avoir \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialement adapt\u00e9e par Schopenhauer &#8211; il ne semblait pas \u00eatre un h\u00e9ros au sens habituel du terme, m\u00eame s&rsquo;il ne faut pas oublier que l&rsquo;opinion r\u00e9pandue sur son mauvais caract\u00e8re contient une distorsion importante de la v\u00e9rit\u00e9. Mais m\u00eame s\u2019il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 se reconna\u00eetre comme un h\u00e9ros, il ne se consid\u00e9rait certainement pas comme un saint et disait g\u00e9n\u00e9ralement qu\u2019un philosophe n\u2019\u00e9tait pas oblig\u00e9 d\u2019\u00eatre un saint. Son travail consiste \u00e0 d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9, mais il n\u2019a peut-\u00eatre pas la force de la suivre.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Religion et th\u00e9ologie.<\/strong> Les discussions sur la saintet\u00e9, le nirvana et l\u2019unit\u00e9 avec Dieu nous font r\u00e9fl\u00e9chir sur l\u2019attitude de Schopenhauer \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la religion. Il a r\u00e9sum\u00e9 sa compr\u00e9hension de la religion avec la th\u00e8se selon laquelle il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00abm\u00e9taphysique populaire\u00bb (1:5, 252). Comme Kant, Schopenhauer croyait que chaque personne a besoin de m\u00e9taphysique, c&rsquo;est-\u00e0-dire de comprendre l&rsquo;essence profonde du monde, une essence qui se situe au-del\u00e0 de l&rsquo;existence physique. La philosophie peut apporter une satisfaction plus ou moins ad\u00e9quate \u00e0 ce besoin. Mais la philosophie est une chose difficile, et elle d\u00e9passe la compr\u00e9hension de la plupart. Par cons\u00e9quent, il est remplac\u00e9 par une sorte de substitut. C&rsquo;est la religion. La substitution de la religion se manifeste dans le fait que les v\u00e9rit\u00e9s les plus \u00e9lev\u00e9es y sont pr\u00e9sent\u00e9es sous forme d&rsquo;all\u00e9gories. D\u2019une part, cela les rend plus faciles \u00e0 assimiler. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, cela donne lieu \u00e0 une sorte de contradiction interne. Le fait est que les religions ne peuvent pas d\u00e9clarer directement leurs dogmes comme des all\u00e9gories, car cela minerait imm\u00e9diatement leur cr\u00e9dibilit\u00e9. Ils sont donc oblig\u00e9s d\u2019insister sur leur v\u00e9rit\u00e9 litt\u00e9rale. Mais cela conduit souvent \u00e0 des absurdit\u00e9s. Ainsi, la religion s&rsquo;av\u00e8re avoir \u00abdeux visages: le visage de la v\u00e9rit\u00e9 et le visage de la tromperie\u00bb (1:5, 261). Et Schopenhauer pr\u00e9dit une \u00e9poque o\u00f9 la lumi\u00e8re des Lumi\u00e8res permettra \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 d\u2019abandonner compl\u00e8tement les religions.<\/p>\n<p align=\"justify\">Mais, bien que sensiblement inf\u00e9rieure \u00e0 la philosophie au sens heuristique, la religion lui est en tout cas parall\u00e8le. Cependant, il n\u2019existe pas de syst\u00e8me philosophique g\u00e9n\u00e9ralement accept\u00e9. Il n\u2019y a pas non plus d\u2019uniformit\u00e9 entre les religions. Comme en philosophie, on peut parler ici de plus ou moins de rapprochement avec la v\u00e9rit\u00e9. Schopenhauer consid\u00e8re le bouddhisme comme la \u00abmeilleure\u00bb religion. Avec le christianisme et le brahmanisme, il le classe comme une religion pessimiste. Les religions pessimistes consid\u00e8rent l\u2019existence du monde comme un mal et visent \u00e0 nier le monde. Ils sont oppos\u00e9s par des religions optimistes telles que le juda\u00efsme et son rejeton, l\u2019islam. La vision panth\u00e9iste du monde leur est \u00e9galement adjacente. Le panth\u00e9isme, selon Schopenhauer, est g\u00e9n\u00e9ralement absurde, puisque l&rsquo;identification de Dieu avec le monde conduit \u00e0 une contradiction : le monde est terrible, et Dieu est cens\u00e9 \u00eatre sage &#8211; comment a-t-il pu se choisir un sort aussi pitoyable ? Le th\u00e9isme qui s\u00e9pare le monde de Dieu est au moins coh\u00e9rent. L\u2019origine des id\u00e9es th\u00e9istes est assez \u00e9vidente. Les gens ont peur des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels et tentent d\u2019en prendre le contr\u00f4le. Ce d\u00e9sir m\u00eame implique d\u00e9j\u00e0 qu&rsquo;une personne a un esprit, \u00e0 certaines caract\u00e9ristiques du fonctionnement duquel se r\u00e9duit le besoin m\u00e9taphysique mentionn\u00e9 ci-dessus, inh\u00e9rent \u00e0 tous. Les gens conf\u00e8rent aux forces inconnues de la nature des qualit\u00e9s anthropomorphiques afin de demander diverses mis\u00e9ricordes aux dieux ou au Dieu unique. Pour que de telles id\u00e9es soient efficaces, elles doivent \u00eatre ordonn\u00e9es et fond\u00e9es sur une certaine forme d\u2019autorit\u00e9. \u00c0 leur tour, les enseignements religieux peuvent cimenter l\u2019\u00c9tat. Mais leur influence sur la moralit\u00e9, estime Schopenhauer, est tr\u00e8s douteuse. Une autre chose est qu\u2019ils peuvent apporter un confort subjectif aux gens.<\/p>\n<p align=\"justify\">Toutefois, les opinions th\u00e9istes restent inacceptables. Le polyth\u00e9isme n&rsquo;est pas du tout une vraie religion, n&rsquo;atteignant pas la compr\u00e9hension de l&rsquo;essence unique du monde, et le monoth\u00e9isme est bas\u00e9 sur le concept de cr\u00e9ation du monde, et le cr\u00e9ateur est con\u00e7u selon le mod\u00e8le de l&rsquo;intellect humain, comme un \u00eatre rationnel, un individu. Mais l\u2019essence du monde n\u2019est ni individualis\u00e9e ni rationnelle, c\u2019est une Volont\u00e9 aveugle. De plus, la doctrine de la cr\u00e9ation l&#8217;emm\u00e8ne au-del\u00e0 des fronti\u00e8res du monde: \u00abLe th\u00e9isme dans son sens propre est tout \u00e0 fait semblable \u00e0 l&rsquo;affirmation selon laquelle avec une construction g\u00e9om\u00e9trique correcte, le centre de la balle s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur d&rsquo;elle\u00bb (1:6 , 157). Le cr\u00e9ationnisme du th\u00e9isme est \u00e9galement peu coh\u00e9rent avec la doctrine de l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9 des caract\u00e8res intelligibles des personnes &#8211; ce qui est apparu doit t\u00f4t ou tard dispara\u00eetre &#8211; et est \u00e9galement incompatible avec la libert\u00e9 absolue de l&rsquo;\u00eatre humain, qui pr\u00e9suppose sa compl\u00e8te autonomie.<\/p>\n<p align=\"justify\">La volont\u00e9 de vie comme \u00aben soi\u00bb du monde ne peut pas non plus \u00eatre appel\u00e9e Dieu au sens th\u00e9iste, car on suppose qu&rsquo;un tel Dieu doit \u00eatre bon, mais il engendre la souffrance. Il est impossible d\u2019appeler Dieu (sauf au sens figur\u00e9) la Volont\u00e9 apais\u00e9e, car \u00abDieu serait dans ce cas celui qui ne veut pas du monde, tandis que dans le concept \u00abDieu\u00bb r\u00e9side l\u2019id\u00e9e qu\u2019il veut l\u2019existence du monde\u00bb. (1:6, 151 ). Il n&rsquo;est pas surprenant qu&rsquo;avec cette approche, la meilleure religion pour Schopenhauer s&rsquo;av\u00e8re \u00eatre le bouddhisme, une religion sans Dieu, mais avec un contraste clair entre le monde de la souffrance, le samsara, et un \u00e9tat libre des d\u00e9sirs qui provoquent la souffrance, le nirvana. Cependant, puisque Schopenhauer se caract\u00e9rise par une approche dynamique de la relation entre volont\u00e9 active et apais\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il croyait que l&rsquo;auto-n\u00e9gation de la volont\u00e9 pr\u00e9suppose son affirmation de soi, que le nirvana n&rsquo;est pas originel, mais doit \u00eatre atteint par la volont\u00e9 et la condition de sa r\u00e9alisation est la g\u00e9n\u00e9ration du monde de l&rsquo;individualisation et de la souffrance, alors il pourrait encore utiliser une terminologie quasi th\u00e9ologique et, en particulier, rechercher une alliance avec le christianisme, qui lui \u00e9tait proche avec son id\u00e9e de r\u00e9demption. Il a m\u00eame d\u00e9clar\u00e9 que son enseignement pouvait \u00eatre qualifi\u00e9 de v\u00e9ritable philosophie chr\u00e9tienne et a tent\u00e9 de traduire les principales th\u00e8ses de sa doctrine dans le langage de la dogmatique chr\u00e9tienne. Selon son interpr\u00e9tation, la Volont\u00e9 de Vie est Dieu le P\u00e8re, la \u00abn\u00e9gation d\u00e9cisive de la volont\u00e9 de vie\u00bb est le Saint-Esprit. L&rsquo;identit\u00e9 de la Volont\u00e9 de vie et sa n\u00e9gation est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par Dieu le Fils, le Christ Dieu-homme. Compte tenu de l&rsquo;opinion de Schopenhauer sur la nature all\u00e9gorique de toutes les positions religieuses, les formules ci-dessus peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme une d\u00e9claration sur l&rsquo;implication de l&rsquo;homme dans le processus de retour de l&rsquo;essence du monde \u00e0 elle-m\u00eame, dans le processus de connaissance de soi quasi divine. Les analogies de ce philosophe de Schopenhauer avec les intuitions profondes de Schelling et de Hegel sont \u00e9videntes, pour qui l&rsquo;Esprit Absolu a aussi besoin d&rsquo;une personne pour se conna\u00eetre. Certes, Hegel croyait que cette connaissance de soi se r\u00e9alisait de la mani\u00e8re la plus ad\u00e9quate dans la pens\u00e9e, tandis que Schopenhauer attribuait ce r\u00f4le \u00e0 l&rsquo;action. Une autre diff\u00e9rence est que la place du principe originel chez Hegel est prise par l&rsquo;Id\u00e9e Absolue, chez Schopenhauer &#8211; par la Volont\u00e9 obscure. Cependant, ce n&rsquo;est peut-\u00eatre pas si important, car bien que cette Volont\u00e9 soit sombre, certaines intentions super-intelligentes, la Providence, y sont visibles, la conduisant \u00e0 l&rsquo;auto-lib\u00e9ration.<\/p>\n<p align=\"justify\">Une diff\u00e9rence plus significative dans les approches de Schopenhauer et Hegel \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la religion en g\u00e9n\u00e9ral et du christianisme en particulier est que ce dernier \u00e9tait beaucoup plus prudent \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la dogmatique et essayait de fournir un soutien philosophique \u00e0 la partie rationnelle de la th\u00e9ologie chr\u00e9tienne, en particulier pour repousser les dangereuses attaques de Kant sur la preuve de l&rsquo;existence de Dieu. Schopenhauer a agi diff\u00e9remment. Il croyait que \u00abnulle part il n\u2019est plus n\u00e9cessaire de faire la distinction entre le noyau et la coquille que dans le christianisme\u00bb, ajoutant que \u00abc\u2019est parce que j\u2019aime le noyau que je brise parfois la coquille\u00bb (1:6, 163). La \u00abcoquille\u00bb du christianisme est avant tout constitu\u00e9e d\u2019\u00e9l\u00e9ments du juda\u00efsme, la religion optimiste et mondaine de l\u2019Ancien Testament. Son unification avec le Nouveau Testament n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 possible que parce que l&rsquo;Ancien Testament contenait encore des \u00e9l\u00e9ments de pessimisme exprim\u00e9s dans le r\u00e9cit de la Chute. Outre l\u2019\u00e9clectisme, le christianisme pr\u00e9sente d\u2019autres inconv\u00e9nients. Il exag\u00e8re la signification d\u2019\u00e9v\u00e9nements historiques sp\u00e9cifiques et ignore l\u2019unit\u00e9 essentielle de tous les \u00eatres vivants, encourageant la cruaut\u00e9 envers les animaux \u2013 ce que Schopenhauer d\u00e9testait particuli\u00e8rement.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quant \u00e0 la th\u00e9ologie rationnelle (ou \u00abnaturelle\u00bb), selon Schopenhauer elle n\u2019existe tout simplement pas. Apr\u00e8s tout, ses fondements devraient \u00eatre une preuve de l\u2019existence de Dieu, mais tous sont intenables. L&rsquo;argument ontologique, qui conclut de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un \u00eatre tout parfait \u00e0 son existence, n&rsquo;est qu&rsquo;un sophisme, l&rsquo;argument cosmologique, remontant du monde comme action \u00e0 Dieu comme cause premi\u00e8re, est erron\u00e9, puisque la loi de causalit\u00e9 n&rsquo;est applicable qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du monde, et l&rsquo;id\u00e9e physico-th\u00e9ologique, qui part de l&rsquo;opportunit\u00e9 du dispositif mondial et en d\u00e9rive l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un architecte rationnel de l&rsquo;univers, ne suffit pas, puisque l&rsquo;opportunit\u00e9 peut \u00eatre expliqu\u00e9e sans impliquer le concept d&rsquo;un \u00eatre rationnel &#8211; de l&rsquo;unit\u00e9 de la Volont\u00e9 mondiale. En comparant ces arguments avec d\u2019autres th\u00e8ses de Schopenhauer, on peut cependant remarquer que la preuve physico-th\u00e9ologique transform\u00e9e devait encore jouer un r\u00f4le important dans son syst\u00e8me. L&rsquo;opportunit\u00e9 de la nature, d\u00e9clare-t-il, s&rsquo;explique par l&rsquo;unit\u00e9 de la Volont\u00e9 de vie. Mais comment cette unit\u00e9 est-elle connue? Apr\u00e8s tout, Schopenhauer lui-m\u00eame disait qu\u2019il ne savait pas \u00e0 quel point les \u00abracines de l\u2019individuation\u00bb s\u2019enfoncent dans la chose en soi. Et un argument en faveur de l&rsquo;existence d&rsquo;une unit\u00e9 sup\u00e9rieure d&rsquo;actes volontaires uniques pourrait \u00eatre pr\u00e9cis\u00e9ment une indication de l&rsquo;opportunit\u00e9 du monde, rendant probable l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;existence d&rsquo;une sorte de centre de coordination en son sein.<\/p>\n<p align=\"justify\">En g\u00e9n\u00e9ral, l&rsquo;attitude de Schopenhauer envers la religion et la th\u00e9ologie ne peut pas \u00eatre qualifi\u00e9e de sans ambigu\u00eft\u00e9. Une chose est s\u00fbre: sa philosophie est \u00e9mancip\u00e9e de la religion. Schopenhauer consid\u00e9rait Bruno et Spinoza comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs \u00e0 cet \u00e9gard. Mais c\u2019est seulement chez lui qu\u2019une telle attitude apparaissait dans toute sa puret\u00e9. Dans sa philosophie, il n\u2019y a ni d\u00e9pendance \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la religion ni r\u00e9bellion contre elle. Et m\u00eame s\u2019il se tourne vers les religions pour obtenir du soutien, l\u2019alliance avec elles s\u2019av\u00e8re toujours libre. Schopenhauer a montr\u00e9 \u00e0 quel point la philosophie peut \u00eatre brillante, lib\u00e9r\u00e9e des dogmes religieux. C&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;\u00e9norme importance de son syst\u00e8me, m\u00eame si son influence, bien entendu, ne se limite pas \u00e0 cela.<\/p>\n<p align=\"justify\">D\u00e9j\u00e0 de son vivant, Schopenhauer avait des disciples fid\u00e8les, qu\u2019il appelait en plaisantant \u00ab\u00e9vang\u00e9listes\u00bb et \u00abap\u00f4tres\u00bb. Apr\u00e8s la mort de son professeur, J. Frauenstedt a publi\u00e9 un recueil de ses \u0153uvres et publi\u00e9 des fragments de l&rsquo;h\u00e9ritage manuscrit de Schopenhauer. Et m\u00eame si ces publications \u00e9taient tr\u00e8s imparfaites d\u2019un point de vue scientifique, de nouveaux textes ont encore aliment\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les id\u00e9es de Schopenhauer. Parmi le grand public, \u00abAphorismes de la sagesse mondaine\u00bb et \u00abM\u00e9taphysique de l&rsquo;amour sexuel\u00bb (chapitre du deuxi\u00e8me volume de \u00abLe monde comme volont\u00e9 et repr\u00e9sentation\u00bb) \u00e9taient (et sont toujours) populaires parmi le grand public. Les philosophes professionnels \u00e9taient attir\u00e9s par les principes fondamentaux du syst\u00e8me de Schopenhauer. Beaucoup, cependant, pensaient qu\u2019ils devaient \u00eatre modifi\u00e9s. Par exemple, E. Hartmann, l&rsquo;auteur de \u00abPhilosophie de l&rsquo;inconscient\u00bb, croyait que le premier principe de l&rsquo;existence devrait \u00eatre \u00e0 la fois la Volont\u00e9 et l&rsquo;Id\u00e9e. Il a \u00e9galement corrig\u00e9 le concept de d\u00e9ni de Volont\u00e9 &#8211; celui-ci ne peut \u00eatre efficace qu&rsquo;avec le suicide collectif de l&rsquo;humanit\u00e9 qui a vu le jour.<\/p>\n<p align=\"justify\">F. Nietzsche a tir\u00e9 des conclusions compl\u00e8tement diff\u00e9rentes des th\u00e9ories de Schopenhauer. Tout comme Feuerbach a boulevers\u00e9 la philosophie de Hegel, Nietzsche a radicalement repens\u00e9 la doctrine de Schopenhauer sur la volont\u00e9 de vivre. Ayant abandonn\u00e9 les aspects transcendantaux de cet enseignement, Nietzsche arrive \u00e0 la conclusion qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;alternative \u00e0 une telle Volont\u00e9, et donc la n\u00e9cessit\u00e9 de son \u00e9l\u00e9vation, et non un d\u00e9ni illusoire.<\/p>\n<p align=\"justify\">Compte tenu de son influence sur Nietzsche, Schopenhauer peut \u00e0 juste titre \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le pr\u00e9curseur de la \u00abphilosophie de la vie\u00bb, un mouvement important dans la pens\u00e9e europ\u00e9enne de la fin du XIXe si\u00e8cle. Les tentatives visant \u00e0 discerner dans son syst\u00e8me des \u00e9l\u00e9ments de \u00abm\u00e9taphysique inductive\u00bb pr\u00e9sent\u00e9es au XIXe si\u00e8cle ne sont pas moins justifi\u00e9es. Des noms tels que G. T. Fechner, W. Wundt et d\u2019autres ont connu au si\u00e8cle dernier l\u2019influence de Schopenhauer, par exemple, sur Scheler, Wittgenstein et Horkheimer, m\u00eame si elle n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 significative. Mais le vingti\u00e8me si\u00e8cle. est devenu l&rsquo;apog\u00e9e des \u00e9tudes historiques et philosophiques consacr\u00e9es \u00e0 ce penseur. De nombreux auteurs nationaux et occidentaux ont \u00e9crit sur les profondes contradictions de la m\u00e9taphysique de Schopenhauer &#8211; c&rsquo;est devenu une sorte de norme depuis l&rsquo;\u00e9poque de K. Fischer. Il est \u00e9galement de bon ton d\u2019\u00e9tablir des parall\u00e8les entre les id\u00e9es de Schopenhauer et Hegel (ainsi que celles de Fichte et Schelling) dans le contexte d\u2019affirmations selon lesquelles, malgr\u00e9 toutes les diff\u00e9rences d\u2019accentuation, leurs syst\u00e8mes r\u00e9v\u00e8lent un \u00abair de famille\u00bb ind\u00e9niable. Or, les diff\u00e9rences d\u2019accent sont parfois d\u00e9cisives dans l\u2019histoire de la philosophie. La philosophie porte toujours un contenu non seulement logique, mais aussi \u00e9motionnel. Et le sentiment de trag\u00e9die existentielle de Schopenhauer demeure, malgr\u00e9 toutes les r\u00e9serves. Le rapprochement de sa philosophie avec celle de Hegel ne se produit pas non plus parce que Schopenhauer s\u2019int\u00e9resse avant tout au probl\u00e8me de l\u2019homme et philosophe \u00ab\u00e0 la premi\u00e8re personne\u00bb, tandis que Hegel s\u2019int\u00e9resse beaucoup plus \u00e0 l\u2019Absolu, au nom duquel il semble parler. Hegel \u00e9tait plein d\u2019optimisme \u00e9pist\u00e9mologique et, pour lui, aucun sujet n\u2019\u00e9chappait au pouvoir de l\u2019esprit sp\u00e9culatif. Schopenhauer s&rsquo;est toujours souvenu des limites de la connaissance. Il a d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment laiss\u00e9 de nombreuses \u00abquestions \u00e9ternelles\u00bb sans r\u00e9ponse. Cela explique en partie le sentiment de sous-estimation ou d&rsquo;incoh\u00e9rence qui surgit lorsqu&rsquo;on se familiarise avec son syst\u00e8me. Mais il est plus facile d\u2019\u00e9liminer verbalement les contradictions que de r\u00e9sister \u00e0 cette tentation. La philosophie de Schopenhauer ne cr\u00e9e pas un monde id\u00e9al d&rsquo;abstractions, mais plonge le lecteur dans le monde r\u00e9el avec ses vrais probl\u00e8mes.<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1. Schopenhauer A.<\/em>\u00a0Travaux : En 6 \u03c4. M., 1999 &#8211; 2001.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2.Schopenhauer<\/em><br \/>\n<em>A.<\/em>\u00a0S\u00e4mtliche Werke. HRG. \u03bd. P. Deussen ua Bd. 1 &#8211; 16. Munich, 1911-1942.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3. Schopenhauer A.<\/em>\u00a0S\u00e4mtliche Werke. Bd. 1-7. HRG. \u03bd. \u0391. Hubscher. 4 Aufl. Mannheim, 1988.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4.<\/em><br \/>\n<em>Schopenhauer<\/em>\u00a0A.\u00a0Der handschriftliche Nachlass. HRG. v. \u0391. Hubscher. Bd. 1-5. Francfort a. M., 1966-1975.<\/p>\n<p align=\"justify\">5. Il n\u2019y a pas de cinqui\u00e8me nombre.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6. Gardiner P.<\/em>\u00a0Arthur Schopenhauer. Philosophe de l&rsquo;hell\u00e9nisme allemand. M., 2003.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>7. Gulyga A. V., Andreeva I. S.<\/em>\u00a0Schopenhauer. M., 2003.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8. Guseinov A. A., Skripnik A.<\/em>\u00a0Humanisme pessimiste d&rsquo;Arthur Schopenhauer \/\/ Schopenhauer A. Libre arbitre et moralit\u00e9. M., 1992. S. 5-18.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>9. Copleston F.C.<\/em>\u00a0De Fichte \u00e0 Nietzsche. M., 2004. P. 300-333.<br \/>\n<em>Fischer K.<\/em>\u00a0Arthur Schopenhauer. Saint-P\u00e9tersbourg, 1999.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>10. Volkelt I.<\/em>\u00a0Arthur Schopenhauer, sa personnalit\u00e9 et ses enseignements. Saint-P\u00e9tersbourg, 1902.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>11. L&rsquo;enseignement de Chanyshev A. A.<\/em>\u00a0Schopenhauer sur le monde, l&rsquo;homme et les fondements de la moralit\u00e9 \/\/<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>12.<\/em>\u00a0Schopenhauer A. Travaux : En 6 vol. M., 1999-2001. T. 1. pp. 452-468.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>13. Janaway S.<\/em>\u00a0Soi et monde dans la philosophie de Schopenhauer. Oxford, 1989.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>14.H\u00fcbscher A.<\/em>\u00a0Denker gegen der Strom : Arthur Schopenhauer gestern, heute, morgen. Bonn, 1973.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>15.Fabricant \u0391.<\/em>\u00a0Arthur Schopenhauer : Philosophie Transzendentaire et M\u00e9taphysique des Willens. Stuttgart, 1991.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>16.Safranski R.<\/em>\u00a0Schopenhauer et le sauvage Jahre der Philosophie. Une biographie. Munich, 1987.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Arthur Schopenhauer est n\u00e9 \u00e0 Dantzig (aujourd&rsquo;hui Gdansk) en 1788 dans la famille d&rsquo;un riche homme d&rsquo;affaires et futur \u00e9crivain c\u00e9l\u00e8bre. 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