{"id":872,"date":"2024-06-28T20:25:01","date_gmt":"2024-06-28T17:25:01","guid":{"rendered":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/?p=872"},"modified":"2025-11-20T20:11:33","modified_gmt":"2025-11-20T17:11:33","slug":"wittgenstein","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/28\/wittgenstein\/","title":{"rendered":"Wittgenstein. La pens\u00e9e est indissociable du langage. Limites de la connaissance humaine"},"content":{"rendered":"<p align=\"justify\">La vie de Wittgenstein, comme celle de Kierkegaard, ne semble pas \u00eatre secondaire par rapport \u00e0 son \u0153uvre philosophique. Wittgenstein s&rsquo;est recherch\u00e9 dans la vie de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;il s&rsquo;est recherch\u00e9 dans la philosophie, ce qui signifie que sa biographie et ses \u0153uvres philosophiques se compl\u00e8tent. Wittgenstein est n\u00e9 en 1889 \u00e0 Vienne dans la famille du magnat de l&rsquo;acier Karl Wittgenstein. Il a \u00e9tudi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de Linz, puis \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole technique sup\u00e9rieure de Manchester, en Angleterre. Au d\u00e9but, Wittgenstein travailla quelque temps avec Frege. Puis, sur les conseils de Frege, il se rend en 1911 \u00e0 Cambridge pour voir Russell, dont les enseignements l&rsquo;int\u00e9ressent s\u00e9rieusement et avec qui il parvient (au moins pour un temps) \u00e0 nouer les relations les plus amicales. 1913 est l&rsquo;ann\u00e9e du d\u00e9c\u00e8s du p\u00e8re de Wittgenstein, lorsqu&rsquo;il s&rsquo;av\u00e8re que le jeune philosophe a h\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;une grosse fortune. Wittgenstein a fait don d&rsquo;une partie importante de l&rsquo;h\u00e9ritage \u00e0 des personnalit\u00e9s de la culture autrichienne (dont Rainer Maria Rilke et Georg Trakl) et a refus\u00e9 le reste de l&rsquo;h\u00e9ritage en faveur de ses s\u0153urs et fr\u00e8res.<\/p>\n<p align=\"justify\"><!--more--><\/p>\n<p align=\"justify\"><a href=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/2024\/06\/28\/wittgenstein\/vitgenshtein230624\/\" rel=\"attachment wp-att-873\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-873\" src=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vitgenshtein230624.jpg\" alt=\"\" width=\"659\" height=\"496\" srcset=\"https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vitgenshtein230624.jpg 659w, https:\/\/planeta21vek.ru\/artemiada\/fr\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/vitgenshtein230624-300x226.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 659px) 100vw, 659px\" \/><\/a><\/p>\n<p align=\"justify\">L\u2019Europe de ces ann\u00e9es-l\u00e0 \u00e9tait au bord d\u2019une catastrophe: la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Comme ses deux fr\u00e8res, Wittgenstein consid\u00e9rait qu&rsquo;il \u00e9tait de son devoir de d\u00e9fendre sa patrie et, en 1916, il se porta volontaire pour l&rsquo;arm\u00e9e autrichienne. Wittgenstein a \u00e9crit son \u0153uvre la plus c\u00e9l\u00e8bre, le Tractatus Logico-Philosophicus, pendant la guerre et l&rsquo;a achev\u00e9 en 1918. En 1919, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9 de captivit\u00e9 italienne, Wittgenstein retourna en Autriche, o\u00f9 il entama imm\u00e9diatement des n\u00e9gociations avec des \u00e9diteurs. Cependant, les \u00e9diteurs n&rsquo;\u00e9taient pas press\u00e9s de publier un ouvrage aussi extraordinaire. Les deux premi\u00e8res \u00e9ditions n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es qu&rsquo;en 1921: d&rsquo;abord en allemand en Allemagne, puis en anglais et avec une introduction de Russell \u00e0 Londres. Wittgenstein lui-m\u00eame \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 loin des villes et de l&rsquo;agitation intellectuelle &#8211; il s&rsquo;est rendu dans un village isol\u00e9 des Alpes autrichiennes, o\u00f9 il a obtenu un emploi d&rsquo;enseignant dans une \u00e9cole primaire. Wittgenstein a travaill\u00e9 comme enseignant pendant environ 5 ans, jusqu&rsquo;en 1926. Ensuite, Wittgenstein a \u00e9t\u00e9 visit\u00e9 par le d\u00e9sir de devenir moine, puis il a travaill\u00e9 pendant un certain temps comme jardinier et, enfin, a \u00e9t\u00e9 directement impliqu\u00e9 dans la construction d&rsquo;une maison pour son s\u0153ur Margaret \u00e0 Vienne, dans la Kudmangasse.<\/p>\n<p align=\"justify\">En 1927, Wittgenstein assiste plus ou moins r\u00e9guli\u00e8rement aux r\u00e9unions du Cercle de Vienne, pour les repr\u00e9sentants duquel il est d\u00e9j\u00e0 devenu une figure culte. Cependant, un retour \u00abprofessionnel\u00bb \u00e0 la philosophie ne se produit qu\u2019en 1929, lorsque Wittgenstein retourne \u00e0 Cambridge, o\u00f9 il soutient sa th\u00e8se la m\u00eame ann\u00e9e. Wittgenstein a pass\u00e9 les 20 derni\u00e8res ann\u00e9es de sa vie \u00e0 Cambridge, \u00e0 enseigner la philosophie. Durant cette p\u00e9riode de son \u0153uvre, Wittgenstein a beaucoup \u00e9crit et pratiquement rien publi\u00e9. En 1934, il visite l&rsquo;Union sovi\u00e9tique. Le but de la visite \u00e9tait aussi extraordinaire que le style de vie du philosophe: il voulait vivre et travailler dans le pays du prol\u00e9tariat. On sait que Wittgenstein ma\u00eetrisait si bien le russe qu&rsquo;il pouvait lire Dosto\u00efevski dans l&rsquo;original. En Union sovi\u00e9tique, il fut bien accueilli, on lui proposa de prendre la chaire de philosophie \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Kazan, mais on ne voulut pas satisfaire son d\u00e9sir de cultiver les champs ou de se tenir devant la machine. De retour du Pays des Sovi\u00e9tiques, Wittgenstein n\u2019a jamais \u00e9voqu\u00e9 son voyage avec qui que ce soit. Pour rendre la position de Wittgenstein au moins quelque peu compr\u00e9hensible, nous ajoutons que Wittgenstein a conseill\u00e9 \u00e0 ses meilleurs \u00e9tudiants de Cambridge de trouver un emploi dans un grand magasin ou une entreprise, o\u00f9 ils pourraient rencontrer des gens ordinaires et acqu\u00e9rir cette exp\u00e9rience n\u00e9cessaire qui reste inaccessible jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;une personne soit immerg\u00e9e dans l\u2019environnement \u00ab sans oxyg\u00e8ne \u00bb de l\u2019universit\u00e9. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Wittgenstein a travaill\u00e9 comme infirmier dans l&rsquo;un des h\u00f4pitaux de Londres, car il consid\u00e9rait qu&rsquo;il \u00e9tait indigne d&rsquo;enseigner la philosophie \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 les Allemands bombardaient la capitale de l&rsquo;Angleterre. Wittgenstein mourut d&rsquo;un cancer dans la nuit du 29 avril 1951, en disant \u00e0 l&rsquo;\u00e9pouse du m\u00e9decin qui \u00e9tait de garde \u00e0 son chevet: \u00abDites-leur que j&rsquo;ai eu une vie merveilleuse.\u00bb<\/p>\n<p align=\"justify\">Du vivant de Wittgenstein, seuls deux de ses ouvrages ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s: le livre Tractatus Logico-Philosophicus (1921) et un article dans les Actes de la Soci\u00e9t\u00e9 Aristot\u00e9licienne &#8211; \u00abPlusieurs discours sur la forme logique\u00bb. Un autre ouvrage \u00abnon philosophique\u00bb qui m\u00e9rite d&rsquo;\u00eatre mentionn\u00e9 est le \u00abDictionnaire pour les \u00e9coles publiques\u00bb, publi\u00e9 en 1928 dans le cadre de la r\u00e9forme scolaire, \u00e0 laquelle Wittgenstein et des repr\u00e9sentants du Cercle de Vienne ont pris une part active. Toutes les autres \u0153uvres de Wittgenstein ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9es apr\u00e8s sa mort. Le plus important d\u2019entre eux, r\u00e9sumant la philosophie \u00abtardive\u00bb de Wittgenstein, Philosophical Investigations, fut publi\u00e9 en 1953, deux ans apr\u00e8s la mort du philosophe.<\/p>\n<p align=\"justify\">Wittgenstein a non seulement re\u00e7u une excellente \u00e9ducation, mais il \u00e9tait \u00e9galement un homme tr\u00e8s instruit. Par ses livres, ses journaux intimes et les m\u00e9moires de ses amis et coll\u00e8gues, nous savons qu&rsquo;il s&rsquo;int\u00e9ressait aux \u0153uvres d&rsquo;Augustin, Schopenhauer, Kierkegaard, Spengler, ainsi qu&rsquo;\u00e0 Dosto\u00efevski et Tolsto\u00ef. Kant a \u00e9galement eu une certaine influence sur la philosophie de Wittgenstein. En t\u00e9moigne la fascination pour Schopenhauer et Frege, qui, dans nombre de leurs arguments, s&rsquo;appuient sur la philosophie de Kant. On sait \u00e9galement que, pendant sa captivit\u00e9 italienne, le philosophe autrichien a lu et discut\u00e9 de Kant avec Ludwig Hansel. Selon E. Stenius, le premier Wittgenstein pose une question de forme similaire \u00e0 celle de Kant: Kant s\u2019interroge sur la fa\u00e7on dont un jugement est possible, et Wittgenstein (dans le Tractatus) sur la mani\u00e8re dont les phrases sont possibles.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Premier Wittgenstein &#8211; Tractatus Logico-Philosophicus.<\/strong> Le Tractatus Logico-Philosophicus, l\u2019ouvrage principal du premier Wittgenstein, a marqu\u00e9 toute une \u00e9poque de la philosophie du XXe si\u00e8cle. et surtout en philosophie anglophone. Les id\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es dans le Tractatus Logico-Philosophicus ont \u00e9t\u00e9 initialement formul\u00e9es dans les ouvrages, notes, journaux et lettres que Wittgenstein a \u00e9crits tout au long de la p\u00e9riode 1913-1921. Wittgenstein lui-m\u00eame a donn\u00e9 au manuscrit le titre \u00abDer Satz\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00abphrase\u00bb ou \u00abproposition\u00bb. Le livre re\u00e7ut son titre latin (Tractatus Logico-Philosophicus) peu avant sa publication &#8211; il fut propos\u00e9 par J. E. Moore, \u00e0 qui le livre de Wittgenstein rappelait les \u0153uvres de Spinoza.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le Tractatus Logico-Philosophicus de Wittgenstein est devenu c\u00e9l\u00e8bre apr\u00e8s son \u00e9dition anglaise, dont Russell a \u00e9crit la pr\u00e9face. Malgr\u00e9 tout le profond respect que Wittgenstein avait pour Russell, il \u00e9tait extr\u00eamement m\u00e9content de sa pr\u00e9face, car elle traitait exclusivement des aspects logiques et non id\u00e9ologiques de l&rsquo;\u0153uvre. Du point de vue de Russell, dans le Tractatus, Wittgenstein explore les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 la construction d&rsquo;un langage logiquement parfait et postule en m\u00eame temps la n\u00e9cessit\u00e9 pour le langage ordinaire de tendre vers cet id\u00e9al. Cette id\u00e9e est coh\u00e9rente avec le contenu des trois volumes Principia Mathematica (1910-1913), \u00e9crits par Russell avec Whitehead.<\/p>\n<p align=\"justify\">Expliquant le v\u00e9ritable but de l&rsquo;\u00e9criture du Tractatus, Wittgenstein \u00e9crit \u00e0 son ami Ludwig von Ficker: \u00abLe but du livre est \u00e9thique&#8230; Mon travail se compose de deux parties: la premi\u00e8re partie est pr\u00e9sent\u00e9e ici, et la seconde est tout ce que je n&rsquo;a pas \u00e9crit. Le plus important, c&rsquo;est cette deuxi\u00e8me partie. Mon livre, pour ainsi dire, limite la port\u00e9e de l\u2019\u00e9thique de l\u2019int\u00e9rieur. Je suis convaincu que c&rsquo;est la seule m\u00e9thode stricte de restriction.\u00a0\u00bb Ainsi, le \u00abTrait\u00e9 logico-philosophique\u00bb, bas\u00e9 sur les caract\u00e9ristiques propres de l\u2019auteur, appara\u00eet d\u00e8s le d\u00e9but comme un livre ambigu qui provoque de nombreuses interpr\u00e9tations et \u00abcache\u00bb ses id\u00e9es fondamentales et principales.<\/p>\n<p align=\"justify\">La t\u00e2che du Tractatus Logico-Philosophicus, comme le dit Wittgenstein lui-m\u00eame dans la pr\u00e9face, est de \u00abfixer une limite \u00e0 l&rsquo;expression de la pens\u00e9e\u00bb, et le sens du livre pourrait \u00eatre formul\u00e9 ainsi: \u00abce qui peut \u00eatre dit peut \u00eatre dit\u00bb. Il est clair que ce qui est impossible \u00e0 dire doit rester silencieux. Il n&rsquo;est pas surprenant que Russell, dans la pr\u00e9face de l&rsquo;\u00e9dition londonienne, d\u00e9finisse le probl\u00e8me g\u00e9n\u00e9ral du Trait\u00e9 comme le probl\u00e8me de la construction d&rsquo;un langage logiquement parfait (plus pr\u00e9cis\u00e9ment, de la construction d&rsquo;un syst\u00e8me symbolique correct qui permettrait d&rsquo;obtenir un langage logiquement parfait).<\/p>\n<p align=\"justify\">Ainsi, Wittgenstein explore dans le Tractatus les possibilit\u00e9s d&rsquo;exprimer la connaissance de la r\u00e9alit\u00e9 dans le langage, ou en d&rsquo;autres termes, les conditions qui permettent \u00e0 toute langue naturelle de remplir ses fonctions de description de la r\u00e9alit\u00e9. Cependant, avant de passer \u00e0 l&rsquo;examen des principales dispositions du Trait\u00e9, il est n\u00e9cessaire de noter plusieurs id\u00e9es importantes qui sont constamment \u00e9tay\u00e9es et r\u00e9v\u00e9l\u00e9es dans le livre. La premi\u00e8re est que la question ontologiquement premi\u00e8re ne concerne pas l\u2019\u00eatre, l\u2019existence ou la non-existence, mais l\u2019expression (et ses formes \u2013 repr\u00e9sentation, d\u00e9monstration, signification et attribution de sens). Cette id\u00e9e est fondamentale, puisque le crit\u00e8re d\u2019expressibilit\u00e9 est le principal pour distinguer le domaine du r\u00e9el et celui du mystique. Selon la deuxi\u00e8me id\u00e9e, la pens\u00e9e est indissociable du langage. Apr\u00e8s avoir pos\u00e9 des limites au langage, on peut donc simultan\u00e9ment poser des limites \u00e0 la pens\u00e9e. Le troisi\u00e8me concerne la relation entre le monde et le langage ou entre l\u2019ontologie et la s\u00e9mantique : les concepts ontologiques (logiques) et s\u00e9mantiques (linguistiques) se refl\u00e8tent les uns dans les autres. Enfin, quatri\u00e8mement, Wittgenstein accorde une attention particuli\u00e8re au r\u00f4le de la philosophie, qui se r\u00e9sume \u00e0 clarifier les expressions linguistiques et n&rsquo;est pas une doctrine, mais une activit\u00e9. Ainsi, les principaux sujets abord\u00e9s dans le Trait\u00e9 sont le monde, le langage, la logique et la pens\u00e9e. La clarification de leur structure et de leurs relations, selon Wittgenstein, permet de tracer les limites de la connaissance humaine. C\u2019est \u00e0 cet \u00e9gard que la position de Wittgenstein doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme critique. Dans le processus de clarification des limites de l&rsquo;expression de la pens\u00e9e ou des limites de la connaissance, la r\u00e9gion du mystique re\u00e7oit son statut de fondamentalement inexprimable. La question des fonctions et des t\u00e2ches de la philosophie est de nature double, puisque la philosophie n&rsquo;est pas seulement la philosophie sur laquelle l&rsquo;auteur du Trait\u00e9 prononce son verdict &#8211; la n\u00e9cessit\u00e9 de se limiter \u00e0 la critique du langage &#8211; mais aussi tout le contenu du Trait\u00e9. comme une \u0153uvre philosophique elle-m\u00eame.<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour l\u2019ontologie du Trait\u00e9, le concept principal est \u00abobjet\u00bb (Gegenstand). Les objets, et non les choses ou les objets, constituent la substance (base ontologique) du monde. Les choses, les objets sont ce qui peut \u00eatre per\u00e7u par les sens. Notez que Russell consid\u00e9rait les \u00abobjets\u00bb de Wittgenstein comme des \u00abdonn\u00e9es sensorielles\u00bb, mais le Tractatus Logico-Philosophicus ne fournit aucune base pour ce point de vue. Les objets ne sont pas per\u00e7us par les sens et repr\u00e9sentent des formes \u00e9l\u00e9mentaires qui sont \u00e0 la base du monde. Puisqu\u2019un objet est simple, il n\u2019a aucune propri\u00e9t\u00e9 et n\u2019appartient pas au monde r\u00e9el. Les objets ont en outre un caract\u00e8re logique, puisqu\u2019ils existent dans un espace logique. En ce sens, les objets ne font que mettre en \u0153uvre l&rsquo;exigence de la th\u00e9orie logico-s\u00e9mantique de Wittgenstein, qui constitue la limite de l&rsquo;analyse logique d&rsquo;une phrase, et visent principalement \u00e0 r\u00e9soudre le probl\u00e8me logique principal &#8211; comment un langage significatif (significatif) est possible.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le maillon suivant dans la structure ontologique est \u00abl\u2019\u00e9v\u00e9nement\u00bb ou \u00abl\u2019\u00e9tat des choses\u00bb (Sachverhalt). Les objets sont combin\u00e9s en \u00e9tats de choses, c&rsquo;est-\u00e0-dire certaines situations factuelles \u00e9l\u00e9mentaires. Ce que Wittgenstein appelle un \u00abfait\u00bb (Tatsache) consiste en des structures d\u2019\u00e9v\u00e9nements (\u00e9tats de choses). De plus, si dans un \u00e9v\u00e9nement les objets sont li\u00e9s les uns aux autres d&rsquo;une certaine mani\u00e8re, alors au niveau des faits, lorsqu&rsquo;on parle de relation d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements, le principe d&rsquo;atomicit\u00e9 entre en jeu: les \u00e9v\u00e9nements (\u00e9tats de choses) peuvent former des configurations complexes, mais en m\u00eame temps elles restent compl\u00e8tement ind\u00e9pendantes .<\/p>\n<p align=\"justify\">La situation est plus compliqu\u00e9e avec le \u00abmonde\u00bb (Welt), que Wittgenstein d\u00e9finit comme \u00abla r\u00e9alit\u00e9 dans toute son \u00e9tendue\u00bb (2.063). Le fait est que le sujet de la connaissance, comme il ressort du contenu du Trait\u00e9, ne peut \u00eatre que divers \u00e9l\u00e9ments du monde, mais non le monde dans son int\u00e9gralit\u00e9, qui appartient d\u00e9j\u00e0 au domaine du mystique (6, 44).<\/p>\n<p align=\"justify\">Abordons maintenant la question de la relation entre ontologie et r\u00e9alit\u00e9 linguistique. La fonction s\u00e9mantique principale des objets est la signification des noms. Les noms sont des signes \u00e9l\u00e9mentaires, limite de la division linguistique du langage. Les noms d\u00e9signent des objets, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;un objet est la signification d&rsquo;un nom. Les noms ont un sens, mais ils n\u2019en ont aucun. La combinaison de noms forme une phrase. Notre connaissance du monde repose sur des phrases \u00e9l\u00e9mentaires &#8211; des images d&rsquo;une situation ou d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement \u00e9l\u00e9mentaire (\u00e9tat de fait). Des phrases \u00e9l\u00e9mentaires peuvent \u00eatre assembl\u00e9es pour former des phrases complexes. Les phrases \u00e9l\u00e9mentaires sont des fonctions d\u2019elles-m\u00eames et ne se contredisent donc pas. Les phrases complexes indiquent des faits. Les faits sont mieux indiqu\u00e9s par des phrases complexes de sciences naturelles qui ont un sens, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;elles peuvent \u00eatre vraies ou fausses. Le domaine du significatif est le domaine du possible logiquement. Les fausses phrases nous emm\u00e8nent au-del\u00e0 des limites des faits r\u00e9els, dans un autre monde possible (du point de vue de la logique, mais pas de la r\u00e9alit\u00e9).<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;ad\u00e9quation du \u00abreflet\u00bb du monde dans l&rsquo;espace linguistique et logique est garantie par un concept tel que \u00abforme logique\u00bb (logische Form). Cependant, afin de comprendre le contenu et la charge fonctionnelle que porte la forme logique, il est n\u00e9cessaire de dire quelques mots suppl\u00e9mentaires sur un autre concept &#8211; \u00abl&rsquo;image\u00bb (Bild), \u00e0 travers lequel Wittgenstein introduit le principe de figuration. Le tableau est un \u00abmod\u00e8le de r\u00e9alit\u00e9\u00bb, puisqu\u2019il existe une relation picturale entre les \u00e9l\u00e9ments du tableau et les \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9alit\u00e9. La parent\u00e9 ne signifie pas ici une simple similitude, mais une certaine identit\u00e9. Une image est capable de repr\u00e9senter la r\u00e9alit\u00e9 du fait qu&rsquo;elle lui est identique \u00e0 certains \u00e9gards, \u00e0 savoir qu&rsquo;elle a la forme de cette r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est-\u00e0-dire une forme logique. Une phrase est une \u00abimage de la r\u00e9alit\u00e9\u00bb (4.021). Un exemple d&rsquo;image ou d&rsquo;image dans sa forme pure sont les phrases des sciences naturelles. Ce qu&rsquo;une image repr\u00e9sente constitue sa signification (2.201; 2.221). Les phrases ont un sens parce qu\u2019elles peuvent \u00eatre vraies ou fausses, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019elles repr\u00e9sentent la r\u00e9alit\u00e9 (\u00e9v\u00e9nements et faits) de mani\u00e8re vraie ou fausse. Les propositions logiques ont un statut particulier. Ils ne veulent rien dire, ils n\u2019ont aucun sens, mais ils montrent la structure du langage, ils montrent les fronti\u00e8res du monde. Bien que les phrases logiques n\u2019aient aucun sens, on ne peut pas dire qu\u2019elles soient d\u00e9nu\u00e9es de sens. Les phrases logiques ne peuvent rien dire sur elles-m\u00eames, mais elles ont une forme logique qui permet aux autres phrases de refl\u00e9ter correctement le monde.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le concept d\u00e9crit par Wittgenstein est g\u00e9n\u00e9ralement appel\u00e9 \u00abatomisme logique\u00bb. Par cons\u00e9quent, la question se pose de la diff\u00e9rence entre ce concept et l&rsquo;atomisme logique de Russell. Russell croit qu&rsquo;un contact direct entre le physique et le mental est possible (le concept de \u00abdonn\u00e9es sensorielles\u00bb et de \u00abconnaissance-connaissance\u00bb). Selon Wittgenstein, un type particulier de relation s&rsquo;\u00e9tablit entre le monde et notre conscience linguistique: les phrases d\u00e9crivent la r\u00e9alit\u00e9. La diff\u00e9rence suivante est li\u00e9e \u00e0 la m\u00e9thode de justification de l&rsquo;atomisme logique: dans le cas de Russell, la justification empirique est prioritaire, dans le cas de Wittgenstein, nous parlons de n\u00e9cessit\u00e9 logique. Enfin, l\u2019atomisme logique n\u2019est qu\u2019une partie de l\u2019enseignement philosophique de Wittgenstein, au-dessus duquel se construit le domaine du mystique, qui est au-del\u00e0 de la logique et du langage. Il n&rsquo;y a pas de place pour le mystique ou son analogie dans la philosophie de Russell.<\/p>\n<p align=\"justify\">Du fait que la t\u00e2che principale du \u00abTrait\u00e9\u00bb est d&rsquo;\u00e9tablir les limites du pensable, l&rsquo;interpr\u00e9tation originale du concept de \u00absujet\u00bb prend une signification particuli\u00e8re. Le sujet est caract\u00e9ris\u00e9 dans le Trait\u00e9 de deux mani\u00e8res: comme sujet m\u00e9taphysique et comme sujet volitionnel. Les deux sujets sont hors du monde et ne peuvent \u00eatre d\u00e9crits. On ne peut rien dire du sujet comme de la volont\u00e9 sinon qu&rsquo;il existe. Ce sujet n&rsquo;a aucun rapport avec le monde (6.374) et n&rsquo;a que des attributs \u00e9thiques dont il est impossible de parler (6.423). Nous nous int\u00e9resserons principalement au sujet m\u00e9taphysique.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le sujet ne pouvant \u00eatre composite (5.5421), il ne peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme un ensemble de pens\u00e9es, de sentiments et de sensations. En comprenant le sujet comme quelque chose de simple, nous pouvons supposer qu&rsquo;il est l&rsquo;un des objets, mais le Soi ne fait pas partie du monde (5.631, 5.632, 5.633, 5.641) et, par cons\u00e9quent, ne peut pas \u00eatre un objet. Selon Wittgenstein, il n\u2019est possible de parler l\u00e9gitimement du sujet que si l\u2019on entend par sujet \u00abla fronti\u00e8re du monde\u00bb (5.632).<\/p>\n<p align=\"justify\">Pour comprendre l\u2019attitude particuli\u00e8re de Wittgenstein \u00e0 l\u2019\u00e9gard du sujet, il faut garder deux points \u00e0 l\u2019esprit. Premi\u00e8rement, comme mod\u00e8le pour penser le monde \u00e0 la premi\u00e8re personne, Wittgenstein utilise le concept de \u00abchamp visuel\u00bb, dont la limite est l&rsquo;\u0153il. Deuxi\u00e8mement, Wittgenstein rejette la division traditionnelle entre sujet et objet.<\/p>\n<p align=\"justify\">Par analogie avec le \u00abchamp de vision\u00bb qui ne permet pas aux yeux de voir, on ne peut d\u00e9tecter dans le monde un sujet m\u00e9taphysique (5.633). Nous n\u2019avons rien \u00e0 ajouter \u00e0 la d\u00e9finition du sujet comme \u00abfronti\u00e8re du monde\u00bb. En d\u2019autres termes, il est impossible de d\u00e9finir le sujet en tant que tel, sans le mettre en corr\u00e9lation avec le monde; il est impossible de \u00abl\u2019isoler\u00bb. Le sujet en corr\u00e9lation avec le monde n&rsquo;agit pas comme une partie du monde, mais comme un point \u00e0 sa fronti\u00e8re (5.641). Le sujet en tant que fronti\u00e8re est \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 la compr\u00e9hension de la t\u00e2che principale de la philosophie. La philosophie doit fixer les limites du pensable, et elles ne peuvent \u00eatre \u00e9tablies que de l\u2019int\u00e9rieur, c\u2019est-\u00e0-dire de ce qui peut \u00eatre dit. Puisque l\u2019essence d\u2019une langue est d\u00e9termin\u00e9e par sa forme logique, c\u2019est la logique qui fixe les limites de la langue. Le langage ne peut d\u00e9crire que des faits, mais le sujet n&rsquo;est pas un fait (puisque les faits appartiennent au monde et le sujet ne fait pas partie du monde) et ne peut donc pas \u00eatre d\u00e9crit. Contrairement \u00e0 la forme logique, elle ne peut pas non plus \u00eatre montr\u00e9e, mais existe n\u00e9anmoins comme une fronti\u00e8re o\u00f9 co\u00efncident le monde et \u00abmon monde\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Wittgenstein, le solipsisme implique que \u00able monde est mon monde\u00bb. D\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, le solipsisme co\u00efncide avec le r\u00e9alisme, puisque le sujet est \u00abcompress\u00e9 \u00e0 un point non \u00e9tendu\u00bb, et quand on parle de mon monde, nous parlons toujours uniquement du monde. Le sujet ne pouvant faire partie du monde, il est tout ou rien par rapport au monde. La position de Wittgenstein selon laquelle le solipsisme est du r\u00e9alisme indique que les deux solutions sont \u00e9quivalentes. En effet, on peut dire que tout est sujet, puisque le monde est mon monde, mais on peut aussi dire que tout est monde, puisqu&rsquo;un sujet hors du monde n&rsquo;est rien (existant). Le solipsisme est aussi du r\u00e9alisme car le sujet n&rsquo;influence en aucune fa\u00e7on les faits du monde, ne lui conf\u00e8re aucun caract\u00e8re personnel. Le sujet occupe autant de place dans mon monde que dans le monde en g\u00e9n\u00e9ral. Lorsque nous avons abandonn\u00e9 le Soi pensant, nous avons simultan\u00e9ment abandonn\u00e9 l\u2019interpr\u00e9tation dualiste du solipsisme, lorsque le sujet et le monde sont consid\u00e9r\u00e9s comme existant. Le r\u00e9alisme, pour Wittgenstein, est une mani\u00e8re d&rsquo;\u00e9viter le psychologisme (le sujet psychologique) et de parler exclusivement de la r\u00e9alit\u00e9 (des \u00e9v\u00e9nements et des faits).<\/p>\n<p align=\"justify\">Il faut faire attention au fait que Wittgenstein nie l&rsquo;existence du sujet, mais pas l&rsquo;\u00e2me, qui est le sujet de la psychologie (5.641). Puisque le monde est divis\u00e9 en faits, le moi psychologique est constitu\u00e9 de faits dont les composants sont les pens\u00e9es, la douleur, les d\u00e9sirs, etc.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le but du Trait\u00e9 \u00e9tait d\u2019\u00e9tablir \u00ables limites de l\u2019expression de la pens\u00e9e\u00bb \u00e0 travers une analyse de la logique du langage. Les limites de l&rsquo;expression de la pens\u00e9e, comme nous l&rsquo;avons d\u00e9couvert, sont en m\u00eame temps les limites du monde, donc la logique du langage nous donne une compr\u00e9hension compl\u00e8te de la logique du monde. Dans le m\u00eame temps, Wittgenstein estime que la logique du monde devrait \u00eatre mieux refl\u00e9t\u00e9e dans la \u00ablangue des signes\u00bb &#8211; elle ne contiendra pas les erreurs impos\u00e9es par le langage quotidien, qui \u00abd\u00e9guise les pens\u00e9es\u00bb. Ainsi, la seule logique du monde correspond id\u00e9alement (r\u00e9alisable en principe) \u00e0 un langage unique qui ob\u00e9it \u00e0 une \u00abgrammaire logique\u00bb (3.325). Si l&rsquo;on ajoute \u00e0 cela la notion de sujet (selon laquelle le sujet, bien que corr\u00e9l\u00e9 au monde, n&rsquo;y change rien), alors il devient \u00e9vident que dans le Trait\u00e9 il n&rsquo;y a pas de place pour les questions \u00e9pist\u00e9mologiques: ce n&rsquo;est pas le cas. une connaissance qui pose probl\u00e8me, mais ses limites.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Le royaume du mystique.<\/strong> Pour Wittgenstein, l\u2019\u00e9tude des relations entre langage, logique et r\u00e9alit\u00e9 n\u2019\u00e9tait pas une fin en soi. La langue est un indicateur des fronti\u00e8res du monde, un outil m\u00e9thodologique pour comprendre le monde et montrer ce qu&rsquo;il y a de commun entre la r\u00e9alit\u00e9 et le connu. Mais qu\u2019y a-t-il au-del\u00e0 du monde? Ce dont on ne peut pas parler. Au-del\u00e0 du langage (le monde des faits, de la science et de la logique) se trouve le non-sens. C\u2019est le domaine existentiel, le \u00abmystique\u00bb, le domaine de la chose la plus pr\u00e9cieuse pour une personne. Tout ce qui est mystique ne peut pas \u00eatre exprim\u00e9 par des phrases imag\u00e9es significatives repr\u00e9sentant des faits, mais cela se manifeste (6.522). Chez Wittgenstein, le mystique, non r\u00e9fl\u00e9chi comme un fait, est repr\u00e9sent\u00e9 par le sujet (5.631, 5.632, 5.633), Dieu (6.432), l&rsquo;\u00e9thique et l&rsquo;esth\u00e9tique (6.421, 6.422), ainsi que la m\u00e9taphysique, y compris les propres d\u00e9clarations de l&rsquo;auteur du Tractatus Logico-Philosophicus (6.54). Les premi\u00e8res intuitions de Wittgenstein concernant le monde, la volont\u00e9, le moi m\u00e9taphysique, l&rsquo;esth\u00e9tique et l&rsquo;\u00e9thique, qui se refl\u00e8tent dans le Tractatus et le Journal, trouvent leur source dans les id\u00e9es correspondantes de Schopenhauer. Comme Schopenhauer, Wittgenstein emm\u00e8ne l\u2019\u00e9thique au-del\u00e0 du monde et la s\u00e9pare de la raison. Sur ce point, il s\u2019\u00e9carte compl\u00e8tement de Kant, mais suit les postulats fondamentaux de la philosophie de la vie. Des d\u00e9clarations du Trait\u00e9 telles que \u00abLe monde est mon monde\u00bb (5.641) et \u00abLe monde et la vie ne font qu\u2019un\u00bb (5.621), ainsi que quelques autres, sont souvent interpr\u00e9t\u00e9es \u00e0 la lumi\u00e8re de l\u2019enseignement de Schopenhauer.<\/p>\n<p align=\"justify\">Il existe diff\u00e9rents points de vue sur la relation entre le mystique et le d\u00e9nu\u00e9 de sens chez Wittgenstein. Ainsi, E. Stenius identifie ces concepts. Cependant, avec cette solution \u00e0 la question, Wittgenstein appara\u00eet automatiquement comme un repr\u00e9sentant du positivisme logique, puisque le mystique, comme d\u00e9nu\u00e9 de sens dans ce cas, doit \u00eatre \u00e9cart\u00e9 et expuls\u00e9 de la sph\u00e8re de la connaissance. A l&rsquo;appui de cette position, on cite g\u00e9n\u00e9ralement le paragraphe 6.53 du Trait\u00e9, o\u00f9 l&rsquo;on parle de la m\u00e9thode \u00abseule stricte\u00bb (eizig streng) en philosophie. Mais il est \u00e9galement n\u00e9cessaire de prendre en compte la circonstance suivante: \u00abl&rsquo;absence de sens\u00bb dans le \u00abTrait\u00e9 logico-philosophique\u00bb est une caract\u00e9ristique non pas d&rsquo;une, mais de deux classes de phrases &#8211; les phrases de philosophie (6.54) et les phrases de logique (6.124) . La capacit\u00e9 de ne rien dire de nous-m\u00eames, mais en m\u00eame temps de montrer notre essence, est une autre caract\u00e9ristique commune de la logique et de la philosophie (6.522, 6.124). Le probl\u00e8me est que les propositions de la logique nous connectent au monde, mais les propositions de la philosophie nous permettent de le d\u00e9passer. Nous suivons involontairement les premiers, puisque nous vivons dans le monde; nous devons constamment \u00absurmonter\u00bb les seconds, sinon ils ne sont tout simplement pas n\u00e9cessaires. La relation entre la prononciation et le changement existentiel de la vision du monde, accompli dans le domaine du sans mot (le domaine du silence), s&rsquo;exprime dans la compr\u00e9hension de la philosophie non pas comme une doctrine, mais comme une activit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\"><strong>Fin de Wittgenstein<\/strong>\u00a0&#8211;\u00a0<strong>Enqu\u00eates philosophiques.<\/strong> Dans la pr\u00e9face des Enqu\u00eates philosophiques, l&rsquo;\u0153uvre majeure de feu Wittgenstein, publi\u00e9e apr\u00e8s sa mort en 1953, l&rsquo;auteur appelle son livre \u00abnotes philosophiques\u00bb (philosophische Bemerkungen) et simplement \u00abalbum\u00bb (Album), soulignant l&rsquo;extr\u00eame vari\u00e9t\u00e9 des sujets abord\u00e9s et le manque d&rsquo;unit\u00e9 dans ses courts paragraphes. Les recherches philosophiques sont n\u00e9es de notes \u00e9crites par Wittgenstein sur une p\u00e9riode de 16 ans. Au d\u00e9but, il essaya de les assembler de mani\u00e8re \u00e0 ce que la pens\u00e9e suive d&rsquo;un objet \u00e0 l&rsquo;autre sans interruption, mais il n&rsquo;y parvint jamais.<\/p>\n<p align=\"justify\">Selon Wittgenstein lui-m\u00eame, la publication de l&rsquo;\u0153uvre inachev\u00e9e pourrait s&rsquo;expliquer, d&rsquo;une part, par une interpr\u00e9tation biais\u00e9e et erron\u00e9e des id\u00e9es exprim\u00e9es par lui dans les conf\u00e9rences, manuscrits et discussions, d&rsquo;autre part, par un changement radical dans sa \u00abfa\u00e7on de de pens\u00e9e\u00bb et le d\u00e9sir de corriger \u00ables erreurs graves\u00bb qui ont eu lieu dans le \u00abTrait\u00e9 logico-philosophique\u00bb, ainsi que le d\u00e9sir \u00abd\u2019encourager quelqu\u2019un \u00e0 ses propres r\u00e9flexions\u00bb.<\/p>\n<p align=\"justify\">Aussi ambigu\u00eb et contradictoire que soit l\u2019\u0153uvre du philosophe autrichien, ses appr\u00e9ciations g\u00e9n\u00e9rales parmi ses disciples et commentateurs sont tout aussi vari\u00e9es et souvent contradictoires. Certains estiment qu\u2019il marque une p\u00e9riode qualitativement nouvelle dans son \u0153uvre philosophique, et sa publication conjointe avec le Trait\u00e9 logico-philosophique est consid\u00e9r\u00e9e comme le renoncement de l\u2019auteur \u00e0 ce dernier. D&rsquo;autres, au contraire, parlent du d\u00e9veloppement coh\u00e9rent des id\u00e9es de Wittgenstein, qui s&rsquo;est poursuivi tout au long de sa vie, ce qui exclut l&rsquo;opposition de ses deux livres principaux. La position de l&rsquo;auteur est qualifi\u00e9e de \u00abcart\u00e9sienne\u00bb, \u00abbehavioriste\u00bb et \u00ablinguistique-s\u00e9mantique\u00bb, ce qui n&rsquo;\u00e9puise cependant pas le riche contenu des \u00abRecherches philosophiques\u00bb. Le changement dans la position philosophique g\u00e9n\u00e9rale de Wittgenstein est principalement li\u00e9 \u00e0 son appel \u00e0 la philosophie. langage de communication quotidien. On pense que le changement d\u2019attitude s\u2019est produit d\u00e8s 1930, c\u2019est-\u00e0-dire bien avant le d\u00e9but des travaux sur les Recherches Philosophiques. En t\u00e9moigne la publication relativement r\u00e9cente (1980) de ses conf\u00e9rences \u00e0 Cambridge de 1930 \u00e0 1932, dans lesquelles la grammaire n&rsquo;est plus comprise comme un ensemble de r\u00e8gles grammaticales \u00e9ternelles et immuables (non pas la pure grammaire du Trait\u00e9), mais la grammaire de notre langage quotidien.<\/p>\n<p align=\"justify\">Dans les Recherches Philosophiques, le probl\u00e8me de la mani\u00e8re dont nous connaissons, c&rsquo;est-\u00e0-dire le probl\u00e8me \u00e9pist\u00e9mologique, appara\u00eet au premier plan. L&rsquo;\u00e9tude se limite encore au cadre du langage, mais la place de la \u00ablogique\u00bb, commune \u00e0 toutes les langues, est occup\u00e9e par la \u00abgrammaire du langage naturel\u00bb, et la place de la \u00abforme logique\u00bb par la \u00abforme de vie\u00bb. Si, disons, chez Aristote, la logique et la grammaire co\u00efncident, puisque le processus de comparaison et de combinaison des choses selon des caract\u00e9ristiques communes s&rsquo;exprime principalement dans le langage, dans ses cat\u00e9gories grammaticales, alors chez Wittgenstein tardif, la logique et la grammaire ont un contenu diff\u00e9rent, puisque la grammaire signifie un langage naturel \u00e0 grammaire profonde, qui traite des \u00abjeux de langage\u00bb, des \u00abformes de vie\u00bb et, sous la logique formelle, l&rsquo;un des jeux de langage. Se tourner vers le langage naturel, c\u2019est en m\u00eame temps abandonner la position \u00abmoniste\u00bb: on ne peut parler du monde que comme un total d\u2019une centaine de \u00abjeux de langage\u00bb et de \u00abformes de vie\u00bb possibles et r\u00e9els.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le sens de notre vie d\u00e9pend enti\u00e8rement de la possibilit\u00e9 de son expression verbale. Qu\u2019entend Wittgenstein par langage en g\u00e9n\u00e9ral? Les ph\u00e9nom\u00e8nes que nous appelons linguistiques, et que l\u2019on d\u00e9signe g\u00e9n\u00e9ralement par le mot \u00ablangage\u00bb, n\u2019ont rien de commun qui nous obligerait \u00e0 utiliser le m\u00eame mot pour tout le monde. Cependant, ils se rapportent les uns aux autres de diff\u00e9rentes mani\u00e8res: \u00abC&rsquo;est \u00e0 cause de cette ou de ces relations que nous les appelons \u00ablangage\u00bb (FI, \u00a765). Par \u00abinterconnexions\u00bb des ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques, Wittgenstein entend \u00abair de famille\u00bb (FI, \u00a767), ce qui signifie, par rapport au concept de langage, que dans les ph\u00e9nom\u00e8nes que nous appelons linguistiques, divers \u00e9l\u00e9ments se r\u00e9p\u00e8tent constamment, mais aucun l&rsquo;un d&rsquo;entre eux est commun \u00e0 tous. Il n\u2019existe donc pas de d\u00e9finition unique du langage qui conviendrait \u00e0 toutes les langues, mais il existe des exigences n\u00e9cessaires au fonctionnement des mots dans une langue. Parmi eux figurent la compr\u00e9hension du sens comme usage et la pr\u00e9sence de r\u00e8gles d\u2019usage. Ainsi, par langage, Wittgenstein entend pr\u00e9cis\u00e9ment la langue \u00abde travail\u00bb, la langue que nous utilisons. Dans ce langage de notre communication quotidienne, il n&rsquo;y a pas de place pour les concepts de \u00ablangage\u00bb, de \u00abpens\u00e9e\u00bb, de \u00abmonde\u00bb en tant que tels, puisqu&rsquo;il n&rsquo;existe pas de jeu de langage dans lequel ces concepts sont utilis\u00e9s (FI, \u00a796). L&rsquo;id\u00e9e du langage de Wittgenstein est directement li\u00e9e \u00e0 son id\u00e9e des fonctions et des possibilit\u00e9s de la philosophie. Si la t\u00e2che principale de la philosophie est de d\u00e9crire les jeux de langage et les formes de vie, alors elle ne peut pas nous en dire plus que ces jeux eux-m\u00eames ne disent et, par cons\u00e9quent, la connaissance de l&rsquo;essence du langage, de la pens\u00e9e et du monde d\u00e9passe la comp\u00e9tence de la philosophie.<\/p>\n<p align=\"justify\">La vie joue le r\u00f4le de \u00ablimite m\u00e9taphysique\u00bb dans la philosophie ult\u00e9rieure de Wittgenstein, et ce qui nous rapproche le plus de la vie, un concept qui d\u00e9fie toute conceptualisation, se trouve dans l&rsquo;analyse du concept de \u00abformes de vie\u00bb. L\u2019interaction des deux capacit\u00e9s originelles inh\u00e9rentes \u00e0 l\u2019homme \u2013 la capacit\u00e9 d\u2019action et la capacit\u00e9 d\u2019expression linguistique \u2013 donne naissance \u00e0 un champ pr\u00e9r\u00e9flexif d\u2019orientations humaines primaires, que Wittgenstein appelle \u00abforme de vie\u00bb. Une telle interaction peut s&rsquo;effectuer de diff\u00e9rentes mani\u00e8res, c&rsquo;est pourquoi le nombre de \u00abformes de vie\u00bb n&rsquo;est limit\u00e9 que par la pertinence de leur utilisation. Les formes de vie sont con\u00e7ues pour structurer exclusivement la vie humaine dans son ensemble, pour en constituer la base sous-jacente; leur fonction ne peut \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes plus sp\u00e9cifiques. Faute de pouvoir explicatif, les formes de vie ne peuvent \u00eatre utilis\u00e9es dans la construction de th\u00e9ories sociologiques, ce qui leur donnerait in\u00e9vitablement un caract\u00e8re rationaliste qui ne leur est pas caract\u00e9ristique. Les Lebensformen sont uniques dans le sens o\u00f9, contrairement aux \u00e9l\u00e9ments formels des math\u00e9matiques et de la logique, ils ne peuvent pas \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s, mais seulement v\u00e9cus et donn\u00e9s dans l&rsquo;exp\u00e9rience. Cela signifie que les formes de vie ne peuvent jamais \u00eatre des objets d&rsquo;Erkennen, c&rsquo;est-\u00e0-dire de connaissance, mais seulement des cat\u00e9gories d&rsquo;Erleben. Par cons\u00e9quent, Wittgenstein estime que nous devons les traiter comme des donn\u00e9es : elles ne peuvent \u00eatre justifi\u00e9es, rationalis\u00e9es ou expliqu\u00e9es th\u00e9oriquement. Notons que dans les enseignements de feu Wittgenstein sur les \u00abjeux de langage\u00bb et les \u00abformes de vie\u00bb, il y a une influence \u00e9vidente de la philosophie d&rsquo;O Spengler. Par exemple, l&rsquo;influence de Spengler peut expliquer l&rsquo;affirmation de Wittgenstein concernant l&rsquo;impossibilit\u00e9 de comprendre un peuple \u00e9tranger, m\u00eame si l&rsquo;on ma\u00eetrise sa langue. Le probl\u00e8me des \u00abconsciences extraterrestres\u00bb \u00e9tait au centre des discussions philosophiques dans les ann\u00e9es 60. La justification de l\u2019existence d\u2019\u00abesprits \u00e9trangers\u00bb dans les Recherches philosophiques est contenue principalement dans les arguments du \u00ablangage personnel\u00bb, qui affectent la plupart des concepts th\u00e9matis\u00e9s par Wittgenstein. La question sur l&rsquo;existence du langage personnel est la suivante: le langage peut-il v\u00e9hiculer une exp\u00e9rience int\u00e9rieure, des sensations priv\u00e9es imm\u00e9diates (FI, \u00a7243)? L&rsquo;incapacit\u00e9 de comprendre cette langue par une autre personne est consid\u00e9r\u00e9e comme une condition n\u00e9cessaire. Le processus de cr\u00e9ation d&rsquo;un langage personnel semble \u00e0 premi\u00e8re vue assez simple: je m&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 n&rsquo;importe laquelle de mes sensations, je concentre mon attention sur elle, je trouve un signe ou un mot appropri\u00e9 pour cela, puis j&rsquo;utilise ce mot chaque fois que j&rsquo;en ai sensation. Les paragraphes 243 \u00e0 280 sont consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;analyse du langage personnel dans les \u00e9tudes philosophiques, mais la plupart des chercheurs sont enclins \u00e0 croire que la formulation du probl\u00e8me lui-m\u00eame, et en partie sa solution, est contenue \u00e0 la fois dans les paragraphes pr\u00e9c\u00e9dents et suivants. Le probl\u00e8me de la \u00abconscience des autres\u00bb devient l&rsquo;un des th\u00e8mes cl\u00e9s de Wittgenstein pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la fin de sa cr\u00e9ativit\u00e9, lorsque l&rsquo;\u00e9pist\u00e9mologie prend le devant de la sc\u00e8ne et le solipsisme linguistique du Trait\u00e9 logico-philosophique se d\u00e9veloppe en solipsisme m\u00e9thodologique des Recherches philosophiques. Le solipsisme m\u00e9thodologique est fondamentalement diff\u00e9rent du solipsisme m\u00e9taphysique et \u00e9pist\u00e9mologique, puisque le Soi n&rsquo;est primordial pour lui qu&rsquo;\u00e0 un certain stade. Certes, le rapport aux autres consciences ne peut \u00eatre qu\u2019indirect (ce qui se confirme dans l\u2019analyse des phrases \u00e0 la troisi\u00e8me personne), mais l\u2019usage de notre langage indique que nous n\u2019avons aucun doute sur leur existence. Sur quelle base se fonde notre droit de porter de tels jugements?<\/p>\n<p align=\"justify\">Voici quelques-uns des arguments r\u00e9futant l\u2019existence d\u2019un langage personnel. (1) Soumettant le langage naturel \u00e0 l&rsquo;analyse, Wittgenstein arrive \u00e0 la conclusion que l&rsquo;expression naturelle des sensations (cri, g\u00e9missement, etc.) lors de l&rsquo;acquisition du langage est n\u00e9cessairement remplac\u00e9e (et non d\u00e9crite) par l&rsquo;expression linguistique, qui ne devient possible que gr\u00e2ce \u00e0 des similitude entre les sentiments de diff\u00e9rentes personnes. Ainsi, la nature personnelle des sensations doit \u00eatre \u00e9voqu\u00e9e principalement dans le sens de l&rsquo;imm\u00e9diatet\u00e9 de leur exp\u00e9rience, et non dans le sens de leur diff\u00e9rence par rapport aux sensations des autres. (2) De plus, le besoin d&rsquo;expression ext\u00e9rieure des sensations remet en cause l&rsquo;existence d&rsquo;un langage personnel, puisqu&rsquo;il permet de comparer les mots de ce langage avec le comportement correspondant, dont le r\u00e9sultat est la compr\u00e9hension du langage personnel. par d&rsquo;autres. (3) Pour r\u00e9soudre le probl\u00e8me de l&rsquo;existence d&rsquo;un langage personnel, le concept cl\u00e9 est le langage, et non le caract\u00e8re personnel des sensations. Lors de l&rsquo;identification d&rsquo;une sensation, une personne doit faire la distinction entre l&rsquo;utilisation correcte et incorrecte d&rsquo;un mot. Mais les r\u00e8gles d\u2019une langue sont fix\u00e9es par la grammaire et sont suivies par tous les membres de la communaut\u00e9 linguistique. Il s&rsquo;ensuit que dans le langage personnel, il n&rsquo;y a pas de notion de r\u00e8gle.<\/p>\n<p align=\"justify\">La m\u00e9thode de la philosophie, selon Wittgenstein, est descriptive &#8211; la philosophie n&rsquo;explique rien, mais d\u00e9crit seulement. La description en tant que clarification de ce qui est cach\u00e9 dans la mani\u00e8re ordinaire d&rsquo;utiliser le langage ne peut pas \u00eatre immanente \u00e0 cette mani\u00e8re et implique un changement d&rsquo;attitude ou, en termes ph\u00e9nom\u00e9nologiques, une \u00e9poque qui th\u00e9matise le langage ordinaire. Par ailleurs, il convient de garder \u00e0 l&rsquo;esprit que la description grammaticale en philosophie du langage n&rsquo;a rien de commun avec la description grammaticale en linguistique. La grammaire, selon Wittgenstein, est une \u00abgrammaire profonde\u00bb et doit d\u00e9crire ce qui est essentiel dans les jeux de langage, c&rsquo;est-\u00e0-dire ce qui relie le langage en tant que syst\u00e8me symbolique \u00e0 la vie. Le r\u00e9sultat d&rsquo;une telle analyse grammaticale est l&rsquo;identification d&rsquo;un certain nombre de concepts \u00e0 l&rsquo;aide desquels le fonctionnement du langage ordinaire est d\u00e9crit. Une telle conceptualisation ne signifie cependant pas la cr\u00e9ation d\u2019un mod\u00e8le complet et parfait du langage, ce qui, selon Wittgenstein, est impossible. Ayant fait du langage ordinaire le sujet de son analyse, Wittgenstein se fixe pour t\u00e2che de ne pas quitter le \u00abterrain solide\u00bb (FI, \u00a7 107), ce qui arrive d\u2019ailleurs avec toute tentative de formalisation du langage quotidien. Ainsi, le philosophe autrichien se met dans une position assez difficile lorsqu&rsquo;il faut, d&rsquo;une part, trouver des sch\u00e9mas, mettre en \u00e9vidence l&rsquo;essentiel, et d&rsquo;autre part, conserver, si possible, la langue telle qu&rsquo;elle est, dans son utilisation naturelle. Wittgenstein r\u00e9sout ce probl\u00e8me en reconnaissant l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 inh\u00e9rente au langage, qui doit rester intacte dans toute analyse philosophique.<\/p>\n<p align=\"justify\">En relation avec le changement de m\u00e9thode, dans la philosophie ult\u00e9rieure de Wittgenstein, le concept du Soi (sujet) change \u00e9galement. Dans les recherches philosophiques, le sujet est consid\u00e9r\u00e9 grammaticalement et non formellement logique. Le point de d\u00e9part d\u2019une telle r\u00e9flexion est l\u2019utilisation du pronom personnel \u00abje\u00bb, ainsi que les actions linguistiques du locuteur. Le Soi primaire et singulier du Trait\u00e9 \u00e9tait un point in\u00e9tendu, sans contenu, une condition m\u00e9taphysique de l\u2019exp\u00e9rience. Le sujet dans Philosophical Investigations devient une condition grammaticale: \u00abje\u00bb est un mot qui a une grammaire unique.<\/p>\n<p align=\"justify\">Quant \u00e0 la compr\u00e9hension de la \u00abconscience\u00bb, elle est cruciale dans la philosophie ult\u00e9rieure de Wittgenstein. La t\u00e2che que Wittgenstein s&rsquo;est fix\u00e9e \u00e9tait une critique s\u00e9v\u00e8re de la th\u00e9orie de la connaissance dans le cadre de la m\u00e9taphysique philosophique, de son point de vue fausse et donc inefficace. Si l&rsquo;on fait des parall\u00e8les historiques et philosophiques, alors la critique entreprise par Wittgenstein pourrait \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 la critique du concept de \u00abje\u00bb dans l&#8217;empirio-critique et le pragmatisme, lorsque ce concept n&rsquo;est reconnu que comme un \u00absigne\u00bb, l&rsquo;utilisation ce qui est peut-\u00eatre utile dans la pratique quotidienne, mais dans la science, cela ne fait que soulever des probl\u00e8mes insolubles et illusoires. Mais si chez Avenarius ou James la critique s&rsquo;effectue \u00e0 partir de descriptions empiriques, dans le premier cas par r\u00e9duction aux sensations, et dans le second aux \u00e9tats de conscience, alors Wittgenstein expose les concepts philosophiques et psychologiques \u00e0 travers la critique du langage. La critique de Wittgenstein des attitudes th\u00e9oriques, consid\u00e9r\u00e9e comme in\u00e9branlable, est compl\u00e9t\u00e9e par une critique des interpr\u00e9tations des \u00e9tats psychologiques du point de vue du bon sens. La source des erreurs, tant dans le premier que dans le deuxi\u00e8me cas, doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme les formes de notre langage quotidien, dispos\u00e9es de telle mani\u00e8re que certaines id\u00e9es semblent naturelles et sont donc accept\u00e9es comme vraies, bien qu&rsquo;elles ne le soient pas en r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"justify\">Lorsqu&rsquo;on consid\u00e8re le noyau positif de la philosophie de la conscience de Wittgenstein, il faut tout d&rsquo;abord pr\u00eater attention au fait que le concept de conscience qu&rsquo;il a propos\u00e9 fait partie int\u00e9grante de l&rsquo;approche conceptuelle g\u00e9n\u00e9rale des probl\u00e8mes philosophiques et scientifiques. En d\u2019autres termes, la philosophie de l\u2019esprit, telle qu\u2019elle est pr\u00e9sent\u00e9e dans Philosophical Investigations, repr\u00e9sente un d\u00e9veloppement naturel des id\u00e9es ancr\u00e9es dans la philosophie du langage en tant qu\u2019approche th\u00e9orique r\u00e9fl\u00e9chie, ce qui signifie que sa compr\u00e9hension ad\u00e9quate est impossible sans prendre en compte le contexte plus large contexte. En ce qui concerne la conscience, le sujet d\u2019\u00e9tude imm\u00e9diat de Wittgenstein est le fonctionnement des concepts psychologiques, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9ponse \u00e0 la question de savoir comment ils fonctionnent exactement. La conscience en tant qu\u2019entit\u00e9 interne \u00e0 laquelle le sujet a un acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9, selon Wittgenstein, n\u2019existe tout simplement pas. Ce que nous avons l&rsquo;habitude d&rsquo;appeler \u00abconscience\u00bb (ainsi que ses divers \u00e9tats et actes) est avant tout un concept et est donc toujours d\u00e9j\u00e0 contextuel, inclus dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre jeu de langage et associ\u00e9 \u00e0 certaines circonstances. Bien entendu, un r\u00f4le important dans cette conclusion est jou\u00e9 par le passage de l&rsquo;interne \u00e0 l&rsquo;externe, exprim\u00e9 dans le langage et mis en \u0153uvre dans le comportement. C\u2019est pour cette raison que Wittgenstein a \u00e9t\u00e9 inclus parmi les repr\u00e9sentants du behaviorisme. Cette question reste l\u2019objet de d\u00e9bats houleux dans la litt\u00e9rature. Bien que tous les principaux signes de cette position soient pr\u00e9sents chez Wittgenstein, son propre point de vue est d\u00e9termin\u00e9 par la \u00abcorrection\u00bb de la construction cr\u00e9atrice de la r\u00e9alit\u00e9 linguistique : le comportement ne prend de sens que dans la mesure o\u00f9 il est proportionn\u00e9 au jeu de langage, qui c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il re\u00e7oit une interpr\u00e9tation linguistique.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;usage du langage et sa fonction signifiante sont de nature sociale, c&rsquo;est-\u00e0-dire que le caract\u00e8re de socialit\u00e9 leur est inh\u00e9rent d\u00e8s le d\u00e9but. Le lien entre la pens\u00e9e et le langage est \u00e9galement suppos\u00e9 original, ce qui signifie que toute implication, tout acte mental (consid\u00e9r\u00e9 comme interne) n&rsquo;a le droit d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 tel qu&rsquo;en raison de sa manifestation linguistique. Les ph\u00e9nom\u00e8nes de compr\u00e9hension, de croyance, de volont\u00e9, d\u2019imagination, etc., du point de vue de Wittgenstein, ne repr\u00e9sentent pas des processus ou des fonctions isol\u00e9s de la conscience et ne peuvent donc faire r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 aucune d\u00e9finition ni explication univoque. Comme dans le cas du langage, nous n&rsquo;avons affaire qu&rsquo;\u00e0 des \u00abairs de famille\u00bb: les ph\u00e9nom\u00e8nes de conscience sont class\u00e9s non selon des esp\u00e8ces et des caract\u00e8res g\u00e9n\u00e9riques, qui impliquent une r\u00e9duction d\u00e9finitive \u00e0 un caract\u00e8re commun, mais selon l&rsquo;ensemble du langage. jeux dans lesquels ils se montrent. La r\u00e9alit\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes de conscience est donc la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019utilisation des concepts correspondants. \u00c0 l\u2019oppos\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 des significations qui leur sont traditionnellement et injustifi\u00e9ement attribu\u00e9es, la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019usage r\u00e9v\u00e8le leur v\u00e9ritable sens. En ce sens, le langage ne cache rien, cependant, une m\u00e9thodologie particuli\u00e8re est n\u00e9cessaire pour retracer les principes et les caract\u00e9ristiques de son travail, ce qui, en fait, est ce que, comme le croyait Wittgenstein, une philosophie valable devrait faire. du langage a une cons\u00e9quence d\u2019un autre ordre. Ayant effectivement r\u00e9solu le probl\u00e8me du solipsisme, Wittgenstein reste n\u00e9anmoins pluraliste, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il d\u00e9fend l\u2019irr\u00e9ductibilit\u00e9 des diverses \u00abformes de vie\u00bb (et de leurs cultures correspondantes) les unes aux autres. Mais l\u00e0 o\u00f9 les points communs n\u2019apparaissent que sous la forme d\u2019\u00abairs de famille\u00bb, parler de recherche d\u2019\u00e9quivalents s\u00e9mantiques et de traduction des significations d\u2019une culture dans une autre devient probl\u00e9matique. En d\u2019autres termes, la compr\u00e9hension mutuelle n\u00e9cessite un champ commun et, selon Wittgenstein, la recherche de tels points de contact ne peut pas toujours conduire \u00e0 un r\u00e9sultat positif.<\/p>\n<p align=\"justify\">Le concept de jeux de langage de Wittgenstein peut ainsi \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une alternative au vocabulaire psychologique de la philosophie de l&rsquo;esprit traditionnelle. La place qui, dans la philosophie de la conscience orient\u00e9e sujet, est occup\u00e9e par la description du processus de cognition et de compr\u00e9hension, dans la philosophie de Wittgenstein est occup\u00e9e par la description des jeux de langage, dans le contexte desquels (et nulle part ailleurs !) les mots et les intentions acqui\u00e8rent un sens. En revanche, nous sommes revenus sur la th\u00e8se \u00e9nonc\u00e9e pr\u00e9c\u00e9demment sur l&rsquo;interdiction des d\u00e9finitions et des g\u00e9n\u00e9ralisations dans le domaine de la psychologie et de la philosophie de la conscience &#8211; tout sens attribu\u00e9 \u00e0 des concepts (mots) autres que le jeu de langage s&rsquo;av\u00e8re vide ou faux.<\/p>\n<p align=\"justify\">L&rsquo;image du monde, construite conform\u00e9ment \u00e0 la philosophie du langage de feu Wittgenstein, n&rsquo;a rien de commun avec l&rsquo;image du monde dans laquelle le langage repr\u00e9sente des objets et des \u00e9tats de choses ou des \u00e9v\u00e9nements existants. En fait, l&rsquo;id\u00e9e de la corr\u00e9lation entre le langage et le monde chez Wittgenstein tardif diff\u00e8re non seulement des id\u00e9es du Tractatus Logico-Philosophicus, mais aussi en g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;image paradigmatique du monde pour la philosophie europ\u00e9enne. Les jeux de langage ne refl\u00e8tent ni ne d\u00e9crivent le monde, mais cr\u00e9ent le monde, le sculptant selon les normes de leur base ancestrale &#8211; la \u00abforme de vie\u00bb. L&rsquo;activit\u00e9 elle-m\u00eame et le domaine du non-dit dans une telle formulation de la question d\u00e9terminent telle ou telle \u00abdonation\u00bb du monde, mais restent en dehors de ses fronti\u00e8res. Le monde se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre ce qui a \u00e9t\u00e9 compris ou, ce qui revient au m\u00eame, sur lequel repose l&#8217;empreinte du langage.<\/p>\n<h5 class=\"subtitle\"><strong>Litt\u00e9rature<\/strong><\/h5>\n<p align=\"justify\"><em>1. Wittgenstein L.<\/em>\u00a0Trait\u00e9 logique-philosophique. M., 1958.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>2. Wittgenstein L.<\/em>\u00a0Ouvrages philosophiques. Partie 1. M., 1994.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>3.<\/em>\u00a0Journaux de Wittgenstein L.. 1914\u20141916 (traduction abr\u00e9g\u00e9e) \/\/ Philosophie analytique moderne. Vol. 3. M., 1991. S. 167 &#8211; 178.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>4.Wittgenstein L.<\/em>\u00a0Schriften. \u00c9d. de Friedrich Waismann. Suhrkamp, \u200b\u200b\u200b\u200b1960.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>5.Rudnev V.<\/em>\u00a0Divin Ludwig. M., 2002.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>6. Von Wright G. X.<\/em>\u00a0Wittgenstein et le XXe si\u00e8cle \/\/ Num\u00e9ro. philosophie. 2001 n\u00b0 7. P. 3346. Article introductif : Kozlova M. S. Wittgenstein : une nouvelle image de la philosophie. p. 25-32<\/p>\n<p align=\"justify\">7.<br \/>\n<em>Gryaznov A.F.<\/em>\u00a0Langue et activit\u00e9 : Une analyse critique du Wittgensteinisme. M\u00a0\u00bb 1991.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>8. Gryaznov A.F.<\/em>\u00a0Evolution des vues philosophiques de L. Wittgenstein : Analyse critique. M., 1985.<\/p>\n<p align=\"justify\">9.<br \/>\n<em>Kozlova M. S.<\/em>\u00a0L. Wittgenstein \u00e9tait-il un positiviste logique ? \/\/ Histoire<\/p>\n<p align=\"justify\">philosophie. N\u00b0 5, 1999.<\/p>\n<p align=\"justify\"><em>10. Sokuler 3. A.<\/em>\u00a0Ludwig Wittgenstein et sa place dans la philosophie du XXe si\u00e8cle. Dolgoproudny, 1994.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La vie de Wittgenstein, comme celle de Kierkegaard, ne semble pas \u00eatre secondaire par rapport \u00e0 son \u0153uvre philosophique. Wittgenstein s&rsquo;est recherch\u00e9 dans la vie de la m\u00eame mani\u00e8re qu&rsquo;il s&rsquo;est recherch\u00e9 dans la philosophie, ce qui signifie que sa biographie et ses \u0153uvres philosophiques se compl\u00e8tent. 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